Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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samedi 28 avril 2018

❤️❤️ "Retour à Killybegs" de Sorj Chalandon


"Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes. [...] Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. [...]"

Ainsi débute le livre, par la confession de Tyrone Meehan, le héros de notre histoire. On le sait tout de suite, il était membre de l'IRA, l'armée républicaine irlandaise, et il a trahi.
Nous sommes en décembre 2006, il est de retour dans son village natal, Killybegs, et il s'apprête à mourir. Et depuis cet exil dans sa maison d'enfance, il revient sur son passé, sur son histoire, sur ce qui l'a amené aujourd'hui à être là, dans cette position plus que délicate, à 80 ans passés.

Tyrone vient d'une famille catholique, pauvre ; il a de nombreux frères et soeurs, une mère dévouée, un père profondément irlandais mais aussi violent et spécialement lorsqu'il a bu.
Adolescent il se retrouve à Belfast en territoire occupé par les anglais, et c'est tout naturellement qu'il va petit à petit faire ses premiers pas pour devenir membre à part entière de l' IRA.

L'IRA, tous des terroristes, des assassins.... c'est ce que j'ai toujours entendu, cru, pensé.
Il faut dire qu'enfant, puis plus tard adulte, je ne m'étais jamais vraiment intéressée au sujet ni posée la question.
Mais là, en lisant le roman de Sorj Chalandon j'ai été transporté "de l'autre côté", dans le camp des soi-disant méchants. Et sans excuser les assassinats et attentats on découvre le pourquoi, on découvre que de l'autre côté il y a des êtres humains qui eux aussi souffrent, sont mal traités et se battent pour une cause qui leur est chère.

Un récit brillant, touchant, mené d'une main de maitre encore une fois par un Sorj Chalandon qui décidément jamais ne nous déçoit.
Un livre que j'ai énormément aimé, un sujet passionnant, déroutant, perturbant. J'ai appris beaucoup de choses sur ce conflit entre irlandais et anglais, entre protestants et catholiques.
On y apprend aussi la loyauté, au delà de tout, et jusqu'à la trahison.

Livre de Poche, 332 pages.

dimanche 11 février 2018

"Mécaniques du chaos" de Daniel Rondeau




GRAND PRIX DU ROMAN DE L'ACADEMIE FRANCAISE 2017

Un roman à plusieurs voix où l'on retrouve pêle-mêle un militaire africain qui a pris place dans l'ambassade américaine de Tripoli, un policier spécialisé dans le terrorisme, une journaliste française, un jeune africain de la banlieue, une étudiante française, un patron de la drogue toujours en banlieue, une immigrée, un diplomate-avocat turc, un diplomate français, un financier fils d'algérien immigré, une adolescente tunisienne et un archéologue.

L'archéologue est le seul qui dit "je", tous les autres sont racontés (à priori par l'archéologue).
Les histoires se mêlent, s'emmêlent et s'entremêlent, en passant de la France - ce pays où tout va mal, en perdition totale - à la Libye via la Turquie, Malte, la Tunisie ; nos protagonistes voyagent, complotent, s'organisent, se trahissent.

Au départ j'avoue que j'ai eu un peu de mal à suivre et puis petit à petit on rentre dans l'histoire, on se laisse happer par les personnages et l'engrenage de l'histoire où il est question bien sur de traffic de drogues, d'armes et d'antiquités mais tout cela pour cacher un autre traffic, celui des hommes qui partent pour le djihad, celui des hommes qui reviennent pour faire leur guerre sainte en France.

Un roman basé sur une réalité, notre réalité.
Il y a des rappels de ce que nous avons vécu, connu, et puis il y a la fiction qui n'est jamais bien loin mais qui aurait tout aussi bien pu être réelle.
On suit la montée en puissance des engagements de chacun, la bascule.
Il y a tout de même une petite note d'espoir, tout le monde n'est pas "fichu".

Une histoire intéressante servie par une écriture travaillée et agréable.
C'est dense, puissant.

Mon tout petit bémol peut-être serait l'histoire personnelle de notre archéologue et de son lien particulier à Rim la jeune adolescente qu'il a recueilli. J'avoue toujours me sentir mal à l'aise dans ce genre de relation où finalement on ne sait pas trop bien ce qu'il en est mais l'âge des protagonistes me pose problème.
"Hagards, hébétés, brûlés par le soleil et le sel mais tremblants de froid, giflés à chaque instant par des paquets de mer, les voyageurs se sont blottis les uns contre les autres. Ils chiaient tous dans leurs culottes. La peur. L'odeur de la merde était devenue plus forte que celle de la mer. Beaucoup essayaient encore de croire qu'ils allaient bientôt quitter leur radeau en caoutchouc et poser le pied sur la terre d'Europe, ce n'était qu'une question de patience. Il fallait encore un peu de courage. Certains priaient à voix haute. Tous ceux qui ne pleuraient pas."
"L'homme que j'avais en face de moi était armé d'un pouvoir de vie et de mort dans un monde qu'il simplifiait à l'extrême, aussi déterminé à tuer qu'à mourir. Très à l'aise, apparemment, dans cette violence binaire."
"Il avait soufflé au commandant Moussa l'idée de vendre sur le marché parallèle des statues ou des mosaïques de Leptis Magna. L'État islamique débitait et écoulait chaque jour des pièces du patrimoine syrien et irakien en même temps qu'il dynamitait des sites prestigieux sous le regard de ses caméras de propagande." 

Grasset, 458 pages.

jeudi 23 mars 2017

"2084 la fin du monde" de Boualem Sansal



Nous ne sommes pas en 2084 mais à une date ultérieure, cette date est celle du début, celle au-delà de laquelle on ne sait rien.
Nous sommes en Abistan, nouveau pays, nouveau monde ?, le dieu vénéré est Yölah et son unique prophète et représentant est Abi, immortel...
Le pays/monde est sec, pauvre, lugubre, il n'y a apparemment plus grand chose après de multiples guerres de religion, des guerres parfois atomiques.
Nous suivons Ati, un simple employé de mairie qui vient de passer une année complète dans un sanatorium pour soigner sa tuberculose. Il s'en est miraculeusement sorti et va donc retourner chez lui, où personne ne l'attend. En chemin il va faire des rencontres qui vont attiser sa curiosité, il avait commencé à se poser des questions lors de son séjour au sanatorium, sur une frontière qui existerait, sur un autre monde, un autre pays, sur cette religion qu'il observe. Il va donc retourner dans sa ville et continuer à se poser des questions jusqu'à ce qu'il rencontre Koa avec qui ils vont partir à l'aventure pour essayer d'en découvrir un peu plus sur le "monde" dans lequel ils vivent et surtout sur cette religion un peu mystérieuse...

Nous avons ici une dystopie qui nous met en garde sur une certaine religion...

Alors pour être tout à fait honnête ce genre littéraire n'est pas du tout ma tasse de thé, et en principe je ne me tourne pas vers cette littérature. J'avais d'ailleurs déjà décidé que je ne lirai pas ce livre (Fontaine, ....) , mais c'était sans compter sur notre super librairie française ici à HK qui nous organise très souvent de belles rencontres. Et voilà, Boualem Sansal invité ! J'ai donc acheté et lu le livre...

J'ai énormément aimé écouter Boualem Sansal, il a un vrai talent de conteur, son écriture est aussi très belle, on sent un homme intelligent et érudit, qui sait écrire. Mais (et oui....) ce livre là ne m'a pas beaucoup plu.

Je n'aime pas lire ce genre parce que je n'aime pas trop me faire peur, et là je n'ai pas eu peur, je n'y ai pas vraiment cru, parce qu'il ne va pas tellement en profondeur, le personnage est un peu fade, on ne sait pas trop ce qu'il ressent vraiment, ses émotions. Malgré sa curiosité de découvrir la Vérité il semble un peu simplet. En fait j'aurais voulu plus de pages, plus de ressenti, plus de descriptions. En fait je crois que pour moi il manquait du réalisme mais ce n'est peut être pas ce que l'auteur voulait...

Il nous a raconté son histoire, un petit bout de sa vie, et on retrouve des choses qu'il a vécu dans ce roman, on comprend mieux certain passage, c'est évidemment ce qui rend toujours passionnant la rencontre avec les auteurs !
"Le mot le dérangeait plus que cela. Mécroire, c'est refuser une croyance dans laquelle on est inscrit d'office mais, et c'est là que le bât blesse, l'homme ne peut se libérer d'une croyance qu'en s'appuyant sur une autre, comme on soigne une addiction avec des drogues, en l'adoptant plus avant, en l'inventant si besoin. Mais quoi et comment puisque dans le monde idéal d'Abi il n'y a rien qui permette de le faire, aucune opinion en compétition, pas un soupçon de postulat pour accrocher la queue d'une idée rebelle, imaginer une suite, construire une histoire opposable à la vulgate? [...] Sous l'empire de la Pensée unique, mécroire est donc impensable. Mais alors pourquoi le Système interdit-il de mécroire quand il sait la chose impossible et fait tout pour qu'elle le demeure ? ... Il eut soudain une intuition, le plan était si clair : le Système ne veut pas que les gens croient ! [...], car quand on croit à une idée on peut croire à une autre, son opposée par exemple [...]"
"Dans son ultime connaissance de l'artifice, le Système a tôt compris que c'était de l'hypocrisie qui faisait le parfait croyant, pas la foi qui par sa nature oppressante traîne le doute dans son sillage, voire la révolte et la folie. Il a aussi compris que la vraie religion ne peut rien être d'autre que la bigoterie bien réglée, érigée en monopole et maintenue par la terreur omniprésente. « Le détail étant l'essentiel dans la pratique », tout a été codifié, de la naissance à la mort, du lever au coucher du soleil, la vie du parfait croyant est une suite ininterrompue de gestes et de paroles à répéter, elle ne lui laisse aucune latitude pour rêver, hésiter, réfléchir, mécroire éventuellement, croire peut-être.  [...] croire n'est pas croire mais tromper; ne pas croire est croire à l'idée opposée et donc se tromper soi-même et se trouver à faire de son idée un dogme pour l'autre. Cela était vrai dans la Pensée unique... l'était-ce aussi dans le monde libre ?"
"C'est son regard qui attira celui d'At, c'était le regard d'un homme qui, comme lui, avait fait la perturbante découverte que la religion peut se bâtir sur le contraire de la vérité et devenir de ce fait la gardienne acharnée du mensonge originel."
Mais quel personnage !!! Super sympathique, gentil, attachant et passionnant, une belle rencontre !

mardi 6 décembre 2016

"Le dernier des nôtres" de Adélaïde de Clermont-Tonnerre



  Werner Zilch est jeune, beau, intelligent, ambitieux ; il est associé avec son meilleur ami Marcus dans une affaire de promotion immobilière à New-York, qui va bientôt leur rapporter des millions.
Werner est un séducteur qui collectionne les conquêtes, jusqu'à ce qu'il croise les chevilles de Rebecca dont il tombe éperdument amoureux, mais leur histoire pourra-t-elle se construire, exister ?

Rebecca est la fille unique d'un richissime homme d'affaire, une artiste, une "princesse".

Werner, on le comprend très vite, est né en 1945 à Dresde en Allemagne sous les bombardements ; il a été adopté par les Goodman et ne sait rien de son histoire, de son passé.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre a construit son histoire en mêlant des chapitres du passé, et de l'histoire présente qui se déroule à partir de 1969. Petit à petit en revenant sur les années 1945, nous les lecteurs, nous comprenons d'où vient Werner et quelle est son histoire.

J'ai bien aimé ce roman qui une fois débuté nous entraine sur un rythme haletant, on veut, comme Werner, comprendre et savoir pourquoi, avoir les réponses à nos questions ; de même on a envie de savoir si cette histoire d'amour va être partagée, va pouvoir exister.

△~attention spoiler

Mon bémol sur ce livre qui limite donc mon enthousiasme, est le côté un peu trop "fleur bleue", tout est bien qui fini bien. Il y a beaucoup de rebondissements, peut-être même un peu trop, un peu trop attendus et évidents, et finalement l'amour est plus fort que tout... Les héros ont tout de même beaucoup de chance, ils sont beaux, riches, rencontrent des personnes qui les aident... bref la fin reste moyennement crédible.
Malgré tout c'est un bon moment de lecture mais pas certaine que cela mérite un prix de l'Académie française.