Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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dimanche 10 janvier 2021

♥️♥️♥️ "Peau d'Homme" de Hubert et Zanzim

 



Bianca est promise à Giovanni, un jeune homme qu’elle ne connaît pas. Elle n’est pas contre l’idée mais aimerait tant pouvoir faire connaissance avec son futur mari avant la noce. 

C’est l’Italie de la Renaissance et la jeune fille n’a pas vraiment son mot à dire. D’autant plus qu’au même moment son frère, ecclésiastique ultra-traditionaliste, décide de mater la population de la ville beaucoup trop versée dans le péché selon ses préceptes à lui. 

Et tandis que le jeune fou instaure peu à peu une véritable Inquisition, Bianca, elle, découvre une peau d’Homme que sa marraine lui confie.

C’est ainsi qu’en revêtant cette peau elle se transforme en Lorenzo et part à la rencontre de la ville, du monde des hommes et surtout de Giovanni.

Bianca va trouver un plaisir immense et intense dans la peau de Lorenzo, elle va aussi et surtout découvrir l’amour, ses contraintes et ses difficultés dans un monde fermé à la différence.

 

 

Un joli conte qui nous ouvre de nouvelles portes. 

Une jeune fille à l’esprit large et ouvert, la sexualité vue sous un angle nouveau et audacieux, la répression religieuse (encore et toujours)…

Bianca est curieuse, bienveillante, et tellement moderne. Giovanni un peu pédant au départ nous montre toute sa sensibilité, il se dévoile au contact de Lorenzo comme un homme attentif, attentionné mais surtout blessé et perdu. 

 

 

 

Les couleurs chatoyantes ajoutées à la finesse du dessin nous offrent un graphisme absolument magnifique ce qui ajoute encore plus de plaisir à la lecture de cette œuvre. 

Franchement elle n'est pas canon cette couverture, elle donne envie d'avoir l'album juste pour la mettre en valeur.

 

 

 

Je poursuis la découverte des romans graphiques et je dois dire que je ne suis pas déçue ! 


Glénat, 160 pages. Juin 2020

mercredi 9 septembre 2020

❤️❤️❤️ "La petite dernière" de Fatima Daas

 



Un récit court, incisif, rythmé comme une litanie où l’autrice se livre par petite touche. 

C’est comme un dessin qui apparaît trait après trait, une sculpture que l’on voit naitre sous les coups de burin, 

A chaque phrase, à chaque chapitre on découvre un peu plus la jeune femme. 

 

 

Fatima Daas vit une double voire une triple intégration.

Intégration avec sa famille algérienne en France

Intégration dans sa famille car elle est la seule à être née en France, son pays à elle c’est la France

Intégration dans son propre corps, car elle a toujours été ce qu’on appelle « un garcon manqué », elle se sent musulmane, mais sa foi, sa religion n’accepte pas ce qu’elle est. 

 

 

Comment faire face à sa propre vie, à sa famille, à son pays ? 

Comment se construire lorsque sa foi ne rencontre pas la personne que l’on est ? Lorsque son prénom, Fatima, est celui d’une femme symbolique de l’islam, lorsque ce prénom porte toute la puissance de Dieu.

 

C’est délicat et féroce à la fois, touchant et bouleversant. 

J’ai aimé la sincérité de ce texte, j’ai aimé la forme avec la petite rengaine de chaque début de chapitre, j’ai aimé cette voix féminine si particulière.

 

N’attendez plus et lisez ce texte brillant !!


Les Éditions Noir sur Blanc, 190 pages. Août 2020

mercredi 18 mars 2020

"Une vue exceptionnelle" de Jean Mattern



Je découvre cet auteur avec ce petit roman grâce au conseil d’une amie.

Apparemment Jean Mattern a repris les personnages principaux de deux de ses précédents romans pour en faire des personnages secondaires mais qui ont une grande importance dans l’histoire et surtout dans la vie d’un des deux héros. 

Émile est neurochirurgien et a passé le plus clair de sa vie à travailler ; il a consacré beaucoup de temps et d’énergie pour sa belle carrière de médecin, c’est sa vie amoureuse qui en a pâti ; il l’a simplifié à de furtives entrevues jusqu’à ce qu’il rencontre David…

David est musicologue, et lorsqu’il rencontre Émile il vit depuis peu à Paris. Il arrive de Londres où il vient de laisser Laura la femme avec qui il pensait finir sa vie et dont il pensait adopter l’enfant, Simon. Mais c’était sans compter sur le retour imprévu de Gabriel, le père de Simon. Pour David c’est un déchirement, il voulait tellement être père.

Vingt-cinq ans plus tard, Simon consulte Émile…

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David s’adresse directement à Émile tandis que ce dernier raconte son histoire à la troisième personne, et sur la fin une troisième voix se rajoute avec Clarisse, une jeune femme que David a rencontré presque au même endroit qu’Émile.

Avec une alternance dans le temps et dans les voix ,ce texte est écrit tout en douceur. Petit à petit la force des émotions et des sentiments monte, le passé se dévoile et avec lui l’intimité de ce couple, leur rencontre à la fois romantique et peu commune, mais aussi ce qui les tient dans leur vie, dans leur quotidien, et leurs faiblesses.

On pourrait penser que certaines coïncidences sont un peu invraisemblables, notamment à la fin du roman, mais parfois la vie nous joue de drôles de tours, ce qui fait que cela ne m’a pas dérangé, et puis un peu de rêve et de magie ne font pas de mal. 

Ce roman m’a donné envie de lire d’autres écrits de cet auteur et en particulier les romans où l’on retrouve Gabriel et Simon. (« Les bains de Kiraly » et « Simon Weber »)


Sabine Wespieser Éditeur, 134 pages. Août 2019


vendredi 6 mars 2020

"Love me tender" de Constance Debré




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Mais par où commencer pour parler de ce livre ?
.
La narratrice a quitté son mari trois années plus tôt, ainsi que sa robe d’avocate,
mais pas que,
elle a quitté ses cheveux longs, son look de jeune fille rangée,
maintenant c’est jean, t-shirt, tatouage, et les filles, l’amour avec les filles…
⚢
Lorsqu’elle se décide enfin de l’annoncer à son mari, il vrille et fait tout pour éloigner le petit Paul de sa mère qui se retrouve à n’avoir l’autorisation de rencontrer son fils qu’une heure tous les 15 jours sous surveillance, une aberration !
⚢
Ce texte est un long cri d’injustice d’une femme qui a voulu être libre,
libre à sa façon, et qui se retrouve punie
Punie parce qu’elle sort du cadre, parce qu’elle veut vivre différemment, 
Punie parce que son mâle de mari et la justice sont injustes, pour de mauvaises raisons, certainement…
⚢
C’est une femme qui a déconstruit sa vie pour la rebâtir autrement, 
C’est une femme qui a eu besoin de sortir de sa boîte pour continuer à vivre, 
Sans faire de mal à personne, en n’étant simplement libre, en exerçant ce droit à la liberté,
Et pourtant, pourtant….
⚢
Elle explore l’amour sous toutes ses formes, elle nous parle de l’amour d’une mère, d’un père, d’un autre, d’un enfant…. Peut-on faire le deuil de chacun de ses amours là ? Peut-on s’habituer ? s’adapter ? oublier ? 
⚢
Un livre écrit au cordeau, dans un souffle vibratoire qui ne peut laisser indifférent, 
Surtout pour une femme, 
Pour une mère…

"D'attendre que le livre sorte, que la procédure avance, de retrouver un peu de fric, de revoir mon fils. D'attendre que ça se calme, que l'univers s'habitue, cicatrise, se recompose. L'univers autour de moi. Je ne reviendrai pas en arrière, je ne reprendrai pas ma peau d'avant."
"Qu'elle n'est pas vraiment une mère puisqu'elle n'est pas vraiment une femme puisqu'elle n'aime pas vraiment les hommes. Que le droit est toujours du côté du plus fort et que la liberté n'est qu'une farce. Pour rester pure, je fais mon signe de croix au lubrifiant, je récite mon credo en jockstrap et mon confiteor en pinces à sein. La justice est porno, l'amour est porno, la famille est porno, il n'y a que le sexe qui ne l'est jamais. Puisqu'on se tait pour une fois, puisqu'on arrête de mentir."
"Quand j'ai les cheveux très courts, les quelques jours après le coiffeur, je passe ma main de la nuque au front, à rebrousse-poil pour sentir le crâne, les os, le squelette. Et puis ça repousse et je passe un peu moins la main. J'aimerais me raser la tête. J'y pense tous les jours. Mais peut-être qu'après il ne restera plus rien à faire. Peut-être qu'après je n'aurai plus d'idée. Plus aucun désir. C'est pour ça que je ne le fais pas."
Flammarion, 188 pages. Janvier 2020

lundi 2 décembre 2019

"Vie de David Hockney" de Catherine Cusset




Je dois reconnaitre qu'avant de commencer ce livre je ne connaissais pas du tout David Hockney.
Catherine Cusset m'a ouvert la porte de sa vie, de la naissance d'un peintre, d'un artiste dans notre monde contemporain, un artiste toujours là, un artiste qui a connu la célébrité et la renommée de son vivant.
C'est un livre court mais que j'ai lu assez lentement finalement, car à tout moment j'avais besoin d'aller voir les oeuvres citées, décrites, racontées. J'avais besoin de regarder ces formes et ses couleurs.

Je suis donc partie à la rencontre de cet artiste, de cet homme, amoureux, passionné, vivant.
Un homme qui est passé entre les mailles du filet de la mort depuis tant d'années. Un homme qui a beaucoup perdu, traversé les années sida. Un homme vivant dans le milieu artistique homosexuel. Un homme touchant.

Une très jolie découverte servie par la très belle plume de Catherine Cusset qui sait raconter avec douceur une vie entière, belle et triste à la fois.

La lecture c'est aussi aller dans des milieux que l'on ne connait pas, la lecture nous pousse encore une fois à nous ouvrir, à découvrir, apprendre, la lecture est un voyage dont je ne me lasse jamais.

Gallimard, 181 pages. Janvier 2018

vendredi 4 octobre 2019

"Jour de courage" de Brigitte Giraud


"Autodafé était un mot que les élèves découvraient, et sur lequel Mme Martel voulait qu'ils réfléchissent. Un mot dont elle leur avait prié de noter l'étymologie et dont elle avait expliqué que c'était une cérémonie expiatoire par laquelle les tribunaux de l'Inquisition avaient fait exécuter leurs jugements, le plus souvent par la destruction de personnes ou d'objets par le feu. Une définition pointilleuse que chacun s'était mise dans la tête pour le jour du contrôle, mais qu'ils avaient oubliée aussitôt. Sauf Livio" 
Livio est en terminale et doit présenter un exposé devant sa classe en cours d'histoire, le thème est l'autodafé.
Il a choisi de parler du premier autodafé commis par les nazis à Berlin en 1933 sur la bibliothèque de Magnus Hirschfeld, un médecin qui avait créé un institut pour la recherche sexuelle. Dans cet institut on pouvait trouver des laboratoires, des cabinets de consultation et bien sûr une abondance d'ouvrages littéraires, médicaux ou psychologiques en lien avec la sexualité.
Et lorsque l'on parle de sexualité on parle d'homosexualité. Et Livio en profite pour faire de manière discrète mais indéniable son coming-out devant sa classe et sa petite amie.

La majorité du roman se situe dans la salle de classe avec l'exposé de Livio et surtout toutes les diversions qu'il fait au cours de son discours.
C'est un roman court mais intense, un roman sur l'intolérance mais aussi la solitude, la solitude quand on se sent différent, la solitude à l'école parmi ses camarades et la solitude au sein de sa propre famille.
C'est mon troisième roman en un mois avec la mise en scène de jeunes garçons adolescents de 16/17 ans (l'âge de mon fils), c'est perturbant de voir tout ce qu'il peut se passer dans la tête d'un adolescent, toutes les émotions par lesquelles ils passent.
J'ai aimé que ces romans me poussent à la réflexion, à la compréhension, ouvrent mon esprit à autre chose, même si parfois ça fait un peu peur.
"On avait l'impression que Livio riait intérieurement et que la prise de parole était en train de le changer. Il découvrait le pouvoir de mots et l'emprise qu'il pouvait avoir sur son auditoire. C'est lui qui dirigeait, lui qui décidait, de ce qu'il omettait ou pas, ce qu'il soulignait ou non, ce qu'il assénait comme une vérité ou comme une hypothèse à vérifier, et c'est aussi  pour cela que leur professeure tentait l'expérience. [...] pour que chacun comprenne que la voix haute est un outil de pouvoir, et même une arme. Celle qu'utilisent les hommes d'État et les dictateurs pour manipuler le peuple, cela commence toujours par l'art du discours, les mettait-elle régulièrement en garde."
Flammarion, 156 pages. Août 2019

mardi 10 septembre 2019

❤️❤️❤️ "Jolis jolis monstres" de Julien Dufresne-Lamy


"Jolis jolis monstres" est un roman qui nous parle de l'univers des drag-queens aux États-Unis des années 80 à nos jours.

James et Victor se croisent dans un pub, le premier, une cinquantaine d'année, afro-américain, est client, le second, petit jeune de 23 ans, d'origine mexicaine, est le barman.
Dans une première partie ils vont se raconter jusqu'à cette première rencontre, puis dans la seconde on les suit après, ce qu'ils deviennent ensemble.

Chacun raconte l'autre dans un tutoiement qui donne une vigueur et une énergie au texte incroyable.

James fut Lady Prudence du temps de sa splendeur, il n'a pas démarré à NY mais c'est là qu'il a fait sa vie de drag-queen, il nous dit toutes les difficultés qu'il a rencontré mais aussi ses joies et ses bonheurs.
Victor est un jeune homme, marié, déjà papa mais qui sent ce besoin confus, mystérieux et intense de devenir une drag-queen.

Ces deux personnages sont tellement attachants et touchants, ils sont restés avec moi et ne me quittent  plus. Avec eux on découvre ce milieu si particulier mais qui a bien changé en 40 ans.
L'arrivée du sida, la fermeture des clubs, et puis aujourd'hui l'hypermédiatisation avec les émissions de télé-réalité.

Beaucoup de personnages valsent autour de nos deux protagonistes principaux, chacun a sa particularité, chacun nous émeut, chacun nous attendrit mais nous enflamme aussi.

Il y a de la musique, de la danse, la fête et les rires, mais aussi de la violence, le rejet, l'incompréhension et la maladie.

C'est un livre qui renverse tous les codes, en tout cas les miens, il m'emmène dans un lieu que je ne connais pas et que j'ai aimé découvrir, il casse des tabous et des préjugés, il ouvre notre esprit à la différence.

Remarquable et bouleversant, encore une preuve que la lecture est une ouverture sur le monde, sur l'autre, sur nous. Un livre qui m'a rendu heureuse de lire, encore une fois !

❉ Dans ce livre on retrouve des personnages qui ont réellement existé, à la fin il y a des photos, mais vous pouvez aussi voir le documentaire "Paris is burning" sur Netflix de Jennie Livingston.
"« Monstres », ça revient toujours. C'est drôle quand on y pense. Certains répètent inlassablement qu'on est des monstres. Des fous à électrocuter. Alors que d'autres pensent que l'on est les plus belles choses du monde."
"...Nous sommes des centaures, des licornes, des chimères à tête de femme. C'est vrai que nous sommes les plus jolis monstres du monde."
Belfond, 416 pages.

lundi 27 mai 2019

"Un certain Paul Darrigrand" de Philippe Besson





Ta-da !
Voilà Philippe Besson de retour, avec un nouveau roman autobiographique 😊
Je l'avoue pour mon plus grand bonheur !
Je l'ai découvert il y a deux ans avec "Arrête avec tes mensonges" et j'avais été éblouie par cette magnifique première histoire d'amour d'un jeune homme de 18 ans.

On retrouve ce même jeune homme, en 1988, il a 21 ans, il est étudiant à Rouen puis à Bordeaux.
Une année de sa vie nous est contée, une année où il va aimer, fort, très fort, une année où il va découvrir la maladie.

C'est la rentrée scolaire, notre héros rencontre ce fameux Paul, un jeune homme beau et mystérieux, un jeune homme qui semble le chercher et le fuir en même temps.
Peu avant Noël il y a ces quelques jours entre amis à l'île de Ré et le masque tombe, une relation forte démarre.
Mais Paul est marié et le jeune homme se retrouve être l'amant, celui que l'on cache.

Et puis c'est la maladie qui prend place, inattendue, elle trouble, elle perturbe, elle fait peur.

Je dois dire que je ne suis peut-être pas très objective, et pourtant si, c'est l'effet que me fait ce livre qui est le plus important finalement. Il m'a rendue heureuse, nostalgique, amoureuse. Je me suis sentie rassurée, réconfortée.
Philippe Besson sait mieux que personne nous raconter l'amour, nous livrer son "âme romantique et torturée".
Il s'adresse à nous lecteur, il nous raconte, il nous explique, il parle de ses premiers romans aussi, et moi il m'a emmenée avec lui, dans ses mots, dans ses phrases, dans ses amours, dans ses émois.
Il sait me toucher, il me trouble, je suis ébranlée par son romantisme, par sa flamme et sa plume.

Il nous parle aussi de cette maladie dont il a réchappé, avec beaucoup de pudeur et de simplicité. Comment il a réussi à vivre avec, continuer à étudier, à aimer, à croire en la vie.

Un récit haletant qui se lit dans un souffle comme il a été écrit.

Julliard, 211 pages.

lundi 5 novembre 2018

"Tous les hommes désirent naturellement savoir" de Nina Bouraoui



Ce livre est présenté comme un roman mais il s'agit plus d'un récit autobiographique.
Avec des chapitres aux titres répétitifs, Nina Bouraoui revient sur son enfance, son adolescence et les prémices de son homosexualité.

Il y a les chapitres nommés "Se souvenir" où l'auteur se souvient de son enfance de 4 à 14 ans, en Algérie mais aussi lors de ses séjours en France ; "Savoir" parlent de ce qu'on lui a raconté, les souvenirs de sa famille, c'est avant elle mais aussi sa petite enfance ; "Devenir" c'est lorsqu'elle a 18 ans, qu'elle étudie à ASSAS, elle est seule à Paris et découvre le milieu homosexuel féminin, elle est attirée mais a peur, elle a envie tout en étant dégoutée ; et enfin le dernier qui n'arrive qu'à la fin du livre, "Être" qui en peu de mots nous dit ce qu'elle est, aujourd'hui.

La lecture de ce livre est très facile car les chapitres sont courts, parfois même très courts, mais tout est mélangé, c'est un va-et-vient incessant dans les différentes époques de son passé, ce qui est parfois pénible (et pourtant j'aime bien ce style de narration, mais là poussé à l'extrême...).
Cependant je me suis assez vite lassée de ce récit intime qui au final ne m'a rien apporté. C'est une énième confession, tranche de vie, sans grand intérêt et que je vais vite oublier à mon avis.

Dommage parce que c'est plutôt bien écrit et pour une première rencontre avec Nina Bouraoui je ne suis pas très convaincue, pas sûr d'y revenir.

JC Lattès, 264 pages.

mercredi 24 octobre 2018

❤️ "Ça raconte Sarah" de Pauline Delabroy-Allard

Chanson, toi qui ne veux rien dire, toi qui me parles d'elle, et toi qui me dis tout." Indian Song, Jeanne Moreau

Ça raconte une passion amoureuse fulgurante et dévorante entre deux femmes.

La narratrice est une jeune femme sage, professeur dans un lycée, mère d'une enfant de 6 ans, sa vie est plutôt monotone et tranquille ; à l'occasion d'une soirée de nouvel an elle rencontre la pétillante et extravagante Sarah, violoncelliste. Les deux jeunes femmes vont très vite se lier d'amitié, se voir tout le temps, de plus en plus souvent, jusqu'à réaliser qu'elles sont très amoureuses.

Vient alors les brûler le feu de la passion, l'exaltation, l'ivresse de l'amour tous les jours renouvelée.

C'est un roman court mais très intense, en deux parties distinctes. 
Dans la première partie, la narratrice nous raconte Sarah, leur rencontre, leur amour, la découverte, la folie de la passion. 
Ce sont des chapitres courts qui donne un rythme au livre comme une partition de musique, il y a des langueurs, des accélérations, des crescendos... On se trouve parfois sans souffle, haletant, pantelant, exsangue, tellement tout va vite, très vite. 
La tête tourne.
La deuxième partie est plus calme, mais aussi plus mélancolique, plus triste. La narratrice est seule, partie pour un voyage en Italie, mais Sarah est malgré tout toujours là, tel un fantôme, une ombre, une présence.

Il y a des mots, des morceaux de phrase qui reviennent dans le texte, un peu comme une obsession, un leitmotiv. Cela donne une narration très vivante, dynamique, rapide.

C'est un premier roman franchement réussi et tout à fait surprenant, plein de poésie.
"Ça raconte ça, le silence tonitruant et les jours cotonneux dans lesquels on flotte, quand on offre la vérité."
"Ça raconte ça : le souffle, le soufre, la tempête."
"Ça raconte ça, qu'on ne peut pas aimer, boire et chanter en paix, que pour vivre heureuses, il faut vivre cachées."
"Elle ne comprend pas que je suis à bout de forces de cette vie qu'elle me propose, de cette vie qui va trop vite et dans laquelle elle ne veut pas s'engouffrer tout à fait, de son instabilité, de son incertitude, de ses abandons et de ses caprices, de ses toquades de princesse."
"Ça raconte Sarah, imprévisible, ondoyante, déroutante, versatile, terrifiante comme un papillon de nuit."  
Les Éditions de Minuit, 189 pages.