Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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vendredi 5 juillet 2019

"Trois petits tours" de Hélène Machelon



Le livre commence avec l'annonce du décès de Rose, une petite fille, très jeune, hospitalisée depuis de longs mois à l'hôpital Necker dans le service très spécial d'immunologie pédiatrique ; il se termine avec son enterrement.

C'est un roman polyphonique où l'on découvre différents personnages qui interviennent entre ces deux moment où les parents doivent décider de tout arrêter et jusqu'aux funérailles.

Il y a la pédiatre, Mademoiselle Sardine la clown du service, l'infirmière, Aline une autre maman, la dame de l'administration, l'aumônier, le thanatopracteur et la vieille tante.

Chaque personne a son importance dans ce processus.
Chacun parle, se raconte, sa vie, son métier, son lien à Rose ou ses parents en fil ténu, discret. Et juste après chaque personnage il y a la voix de la maman, comment elle vit les choses, ce qu'elle ressent face à son histoire et aux différentes rencontres.
Chacun porte son fardeau, sa douleur, sa détresse.

On le sait dès le départ c'est une auto-fiction, dont les parents sont les seuls personnages réels. Le sujet n'est pas vraiment nouveau mais ici la forme choisie est très intéressante et donne à ce livre une originalité, une délicatesse qui maintient le pathos à bonne distance.

Il est très intéressant de voir comment chaque personnage vit son quotidien à l'hôpital, au contact des enfants, de la maladie, de la mort. Une très bonne analyse des rencontres de deux êtres humains avec chacun son passé, son histoire et du coup sa manière de vivre les choses et de les transmettre, j'aime cette perspective qui donne une ouverture à l'autre et nous oblige, nous lecteur, à plus d'humanité, de respect et moins de jugement.

J'ai particulièrement aimé le personnage de la "peau de vache", c'est à dire la dame de l'administration, qui n'est pourtant pas très appréciée de son entourage et de ses collègues, mais lorsqu'on découvre sa vie c'est tout autre chose.
Un bel hommage rendu à tout le personnel de l'hôpital dans les personnages rencontrés, ils sont humanisés, vivent des émotions et des sentiments, ce que parfois on oublie, ils sont des hommes et des femmes comme les patients et leur famille.

Le père n'est pas très présent dans ce texte et c'est vrai que j'aurai aimé plus le ressentir mais il y a des questionnements intéressants par rapport au couple ou à la foi.

L'écriture est très jolie et vraiment agréable à lire, on est ému, touché par ce récit, j'espère que cette auteur ne s'arrêtera pas là !

Librinova, 125 pages.



samedi 11 novembre 2017

"Un loup pour l'homme" de Brigitte Giraud


1960, Antoine est appelé en Algérie, cependant il ne veut pas aller au combat, il ne veut pas utiliser une arme à feu et avoir à tirer sur quelqu'un. Alors il se forme pour devenir infirmier.

Lorsqu'il quitte la France pour Sidi-Bel-Abbès il laisse sa jeune femme, Lila, tout juste enceinte. C'est un déchirement pour ce jeune couple.

En tant qu'infirmier Antoine est affecté à l'hôpital militaire de Sidi, il n'a pas à aller combattre mais se retrouve au contact des blessés et de leurs histoires.
Parmi ces blessés il y a Oscar, un jeune homme amputé d'une jambe et qui ne parle plus ; Antoine va se sentir irrémédiablement attiré vers lui, il est là pour l'aider, le sauver.

Et puis Lila, restée à Lyon, écrit à Antoine qu'elle ne veut pas vivre sa grossesse seule, avoir leur enfant seule, alors elle prend l'avion et rejoint Antoine. C'est ainsi qu'ils s'installent ensemble dans un petit meublé. C'est presque comme des vacances pour Lila, les balades, le soleil, les orangers.
Seulement la situation en Algérie se dégrade, et quelques mois après avoir mis au monde une petite fille, Lila doit retourner en France et attendre le retour d'Antoine.

C'est un très joli roman qui très simplement nous décrit la situation en Algérie vue des coulisses de l'hôpital. Nous ne sommes pas au front, mais à l'arrière, dans "l'après" où finalement c'est peut-être le pire. Il faut ramasser les morceaux et reconstruire ces hommes qui ont tout laissé sur le champ de bataille, un peu de leur corps, un peu de leur âme...
Et puis on découvre la solitude des soldats, ils ne connaissent finalement rien du contexte, et font simplement ce qu'on leur dit, petit à petit la vérité sur la situation va apparaître et les troubler. Ils découvrent que tout n'est pas ni tout blanc ni tout noir, que c'est compliqué, les algériens, les pieds-noirs, les harkis.... La plupart de ces soldats arrivent de leur campagne qu'ils n'avaient, pour la plus grande partie, jamais quittée.

Beaucoup de tendresse, de chaleur, un vrai regard humain sur toutes ces horreurs.

"Il traîne la  patte, il sent qu'il pourrait se mettre à boiter, à vaciller, tant ce qui monte en lui le déséquilibre. Il n'a plus de raison de rester là. L'hôpital, l'Algérie. C'est comme si sa mission était terminée. À quoi peut-il encore servir dans cette guerre dont il ne voit que l'arrière-cour cabossée ? Il sait qu'il va continuer à soigner, il n'a pas le choix, c'était son désir, ne pas tenir une arme. Il est celui qui arrive après, qui colmate et qui répare."
"Lila les rejoint le temps d'une étreinte dans la lumière feutrée qui sera bientôt celle de l'hiver. C'est une image sans paroles, dont on n'a pas l'habitude, celle d'un homme en chemise militaire étreignant une femme dont la silhouette habillée de rouge dissimule une petite fille de six semaines, qui tente de lever la tête vers son père et d'attirer toute son attention."
"Il voudrait qu'Oscar ne renonce pas, il peut vivre sans sa jambe. Les gars dans les tiroirs auraient donné cher pour s'en tirer avec un membre amputé. Oscar doit l'attendre, ils ont encore beaucoup à accomplir ensemble."  
Flammarion, 245 pages.