Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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lundi 13 avril 2020

❤️❤️❤️ "La panthère des neiges" de Sylvain Tesson




Dans ce récit, Sylvain Tesson nous livre ses observations et pensées lors d’un voyage qu’il a fait au Tibet, sur le haut plateau de Chang Tang au pied du mont Kunlun. Un voyage un peu particulier car invité par Vincent Munier, photographe animalier, il partait se mettre à l’affût de la panthère des neiges. Avec Munier et Tesson,  Marie, cinéaste-animalière (et fiancée de Munier) et Léo aide de camp de Munier - après avoir abandonné sa thèse de philo. Quel drôle d’équipage !

Les voilà à plus de 4000 m d’altitude dans une nature sauvage, aride, gelée mais tellement vivante. Vivante de tous ces animaux qui déambulent à peu près librement -malheureusement les braconniers font tout de même partis de cette réalité.
Il y a des gazelles, des ânes sauvages, des renards, des loups, des yacks, des kiangs, des pikas, des chirous, des chèvres bleues, de multiples oiseaux du plus petit au plus gigantesque tels les vautours et aigles royaux…
Partir en hiver, car c’est l’hiver que les panthères sont en rut, qu’elles sortent, qu’on a une chance de les apercevoir…

Ainsi en étant à l’affût, ils sont contemplateurs, observateurs, témoins de cette force de vie magnifique !
Le plaisir est presque plus dans l’attente, l’attente décuple la joie du moment de l’apparition.


Un livre qui parle de montagne, d’animaux, de contemplation, d’attente, de patience, de philosophie : la vie.
Que fait l’homme, quelles traces laisse-t-il ? Un livre pour ouvrir les yeux ?
Il y a l’aventure physique, géographique mais aussi cette aventure du questionnement sur l’humain, la vie.

Une très belle analyse de l’Homme en tant qu’être humain qui veut tout et son contraire, qui est un éternel insatisfait, lui-même ne se met pas en dehors de cet être humain là, ce n’est pas un jugement des autres mais bien de la nature humaine.
Une critique qui à lire aujourd’hui, au moment où nous vivons le confinement, est assez intéressante. En espérant que notre mémoire ne nous joue pas de mauvais tour à la sortie de cette crise….

Un livre court, mais dense, très dense.
Ce fut pour moi un voyage lent, progressif, j’ai pris le temps de relire des phrases entières, plusieurs fois.
D’en recopier…parce que la langue est belle, finement maniée, utilisée.

Je découvre cet auteur avec son écriture si belle et si simple à la fois ; le vocabulaire est précis, imagé, il sait stimuler notre imaginaire, on voit, ressent, entend…. On y est !


C’est un livre qui pendant sa lecture m’en a remémoré de très beaux, tel « Voyage d’une parisienne à Lhassa » de l’extraordinaire Alexandra David-Néel, ou encore « Sur les pas d’Alexandra… », le très beau « Funérailles célestes » de XinRan ainsi que le récit de Paolo Cognetti « Sans jamais atteindre le sommet ». Tous ces livres qui nous font voyager dans le monde et près de nos âmes.

"L'affût est un pari : on part vers les bêtes, on risque l'échec."
"la montagne était immobile, l'air pur, l'horizon vide. D'où un troupeau aurait-il débouché ? "
"Il célébrait la grâce du loup, l'élégance de la grue, la perfection de l'ours. Ses photos appartenaient à l'art, pas à la mathématique. "
"...je m'étais dit qu'il était fort dommage d'affubler du même nom de chasseur l'homme éventrant le mammouth d'un coup d'épieu et le monsieur à double menton distribuant sa volée de plombs à un faisan obèse, entre le cognac et le chaource. "
"On pouvait d'échiner à explorer le monde et passer à côté du vivant."
 "Alors l'inétendu s'étendit, l'ineffable connut le décompte, l'immuable s'articula, l'indifférencié prit des visages multiples, l'obscur s'illumina. Ce fut la rupture. Fin de l'Unicité !"
 "Avec Munier je commençais à saisir que la contemplation des bêtes vous projette devant votre reflet inversé."
"...l'une des traces du passage de l'homme sur la Terre aura été sa capacité à faire place nette."
" C'étaient des totems envoyés dans les âges. Ils étaient lourds, puissants, silencieux, immobiles : si peu modernes ! Ils n'avaient pas évolué, ils ne s'étaient pas croisés. Les mêmes instincts les guidaient depuis des millions d'années, les mêmes gènes encodaient leurs désirs. Ils se maintenaient contre le vent, contre la pente, contre le mélange, contre toute évolution. Ils demeuraient purs, car stables. C'étaient les vaisseaux du temps arrêté. La Préhistoire pleurait et chacune de ses larmes était un yack. Leurs ombres disaient : "Nous sommes d'ici et de toujours. Vous êtes de la culture, plastiques et instables, vous innovez sans cesse, où vous dirigez-vous ?""
"Aussitôt que nous l'apercevions [la bête], une paix montait en nous, un saisissement nous électrisait. L'excitation et la plénitude, sentiments contradictoires."
" Le cheminot défend le cheminot. L'homme se préoccupe de l'homme. L'humanisme est un syndicalisme comme un autre." 
Gallimard, 167 pages. Octobre 2019.

vendredi 25 janvier 2019

"Les mots entre mes mains" de Guinevere Glasfurd



1634, Helena Jans van der Strom entre au service de Mr Sergeant, un libraire anglais installé à Amsterdam. Helena n'est pas une servante comme les autres car elle est capable de lire et d'écrire bien qu'à cette époque les petites filles n'étaient pas instruites.

Elle est plutôt satisfaite de sa vie chez le libraire ; peu à peu elle devient ami avec la servante de la maison d'à côté, elle trouve des solutions pour écrire et réussit même à former son amie à la lecture et à l'écriture.

Mais un jour un invité très spécial vient s'installer chez Mr Sergeant, il s'agit de René Descartes, philosophe, mathématicien, physicien, biologiste .... Cet homme étrange va se rapprocher peu à peu d'Helena qui va se sentir "considéré", il est comme un féministe avant l'heure et encourage le fait que les femmes puissent s'instruire. Peu à peu le lien entre eux va se renforcer, se transformer... Descartes est en pleine écriture de son fameux "Discours de la méthode", il est occupé à observer, disséquer, écrire ; Helena est présente, participe, aide.

Ensemble ils auront une fille dont Descartes sera très proche mais pourtant il n'épousera jamais Helena, elle est servante et beaucoup plus jeune que lui, c'est le 17ème siècle, encore très religieux. Alors il les garde près d'elle et les cache, avec l'aide de son valet, Limousin, qui lui n'est pas très fan de l'idée... peut être un peu jaloux...

C'est un premier roman très réussi qui se base sur l'Histoire, celle de Descartes en particulier, de la Hollande et des découvertes scientifiques, mais c'est aussi une magnifique histoire d'amour romancée, l'histoire d'une femme qui sait ce qu'elle veut et qui se bat, une femme forte et sensible.

Je me suis beaucoup attachée à Helena, son environnement, son caractère, sa force et j'ai découvert René Descartes dont finalement je ne savais pas grand chose.

Merci à Sophie qui m'a fait découvrir ce roman, vous pouvez lire sa très belle critique ICI.

Préludes, 435 pages, traduit par Claire Desserrey.

vendredi 9 décembre 2016

❤️❤️ "Tout dort paisiblement, sauf l'amour" Claude Pujade-Renaud



Régine Olsen fut la fiancée de Soren Kiekergaard mais il rompit leurs fiançailles sans que vraiment elle ne comprit pourquoi; 15 ans plus tard Régine est l'épouse de Frederik Schlegel gouverneur aux antilles danoises, nous sommes en 1855 et elle apprend la mort de son ancien fiancé.
Cette annonce la trouble énormément et lui fait se poser beaucoup de questions sur cet homme qu'elle a tant aimé. De quoi avait-il peur ? Quel était ce secret de famille qui semblait beaucoup le perturber ? Y avait-il une malédiction sur sa famille ? Cet homme devenu un écrivain et philosophe reconnu mais pas toujours apprécié dans son pays prend beaucoup de place dans sa vie, elle va essayer de le comprendre, renouer avec sa famille, ses neveux et nièces.

Claude Pujade-Renaud, une fois de plus, nous emporte dans la vie d'un homme célèbre de manière douce et délicate, au travers des yeux d'une femme qu'il a aimé et à la voix de laquelle se rajoute celle de son époux, d'un neveu et d'une nièce.
Avec son écriture juste et belle l'auteur sait nous emmener dans son histoire, dans l'Histoire.

Elle m'avait déjà emportée dans "L'ombre de la lumière" (histoire de Saint Augustin au travers de la vie de celle qui fut sa femme, je recommande vivement...) et là encore ça fonctionne très bien, j'adore !

Kiekergaard : "avoir la patience de supporter l'impatience de la compassion" ...
Actes Sud,  297 pages.