Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est féminisme. Afficher tous les articles
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vendredi 20 août 2021

"Géantes" de Murielle Magellan

 



Murielle Magellan nous propose un roman très original. 

Se succèdent les parties du roman et celles du journal intime.

 

 

Le roman est un conte où Laura une jeune femme simple et sans histoire se met à grandir après qu’un événement l’ait poussé sur le devant de la scène. 

Dans le journal intime, l’autrice relate sa rencontre avec Andreï Makine sur le plateau de La Grande Librairie ; il lui dit à cette occasion une phrase qui va pousser à la réflexion et la faire digresser jusqu’à ce que la boucle soit bouclée. 

 

 

Le roman est un vrai conte philosophique sur la place de la femme dans notre société, son évolution et sans doute ses retombées.

Il n’y a pas d’attaque contre les hommes, c’est fin et réfléchi.

 

 

Le journal intime reprend ce thème en s’appuyant notamment sur le vieillissement, mais il y a aussi de l’amour, la filiation et un peu de mysticisme et de spiritualité. 

 

 

C’est un roman troublant, féministe, subtil et délicat.

 

 

ÉNORME COUP DE CŒUR !!!


Mialet Barrault, 2021




lundi 19 avril 2021

❤️❤️❤️ "Et ces êtres sans pénis !" de Chahdortt Djavann

 


Ce nouveau texte de Chahdortt Djavann est inclassable, totalement anti-conformiste.

Elle y met beaucoup d’elle, se livre à nous, totalement, profondément, intimement, dans ce qui la compose et la détruit. 

 

 

 

Elle nous raconte des histoires de femmes, de femmes iraniennes ; elle nous parle de son pays d’origine, de l’Iran, si beau, si plein de culture, de traditions, de paysages, un pays avec une grande Histoire. 

Mais aujourd’hui ce qui se vit dans ce pays est dramatique, terrifiant, effroyable ; les femmes y sont niées, massacrées, rabaissées, elles sont la cause de toutes les misères et faiblesses des hommes…

 

 

Alors encore une fois, elle raconte, elle dit, l’Iran, elle dit la Femme. 

Plusieurs parties se succèdent dans ce texte ; il y a l’auteur, il y a ces femmes et il y a la dernière partie, un rêve, une utopie, un fantasme (?), veut-elle nous donner l’envie d’y croire, croire qu’une solution existe, qu’une issue est possible, que tout n’est pas perdu ? 

 

Je dis merci à la vie d’être née femme

Je dis merci à la vie d’être née en France

Je dis merci à Chahdortt Djavann de nous ouvrir les yeux encore une fois, 

De nous rappeler qu’en Iran, dans le monde, des femmes sont encore, aujourd’hui, chaque jour, entravées, humiliées, battues, fracassées…

 

 

 

Pour toutes ces femmes je veux me lever, 

pour toutes ces femmes cette littérature doit exister, 

pour toutes ces femmes il faut continuer à lire les témoignage, à écrire

 pour toutes ces femmes il faut élever nos fils, continuer d’avancer et de garder l’espoir fou qu’un jour plus aucune ne sera brisée, privée de liberté, juste parce qu’elle est un être sans pénis.


Grasset, 225 pages. 2021




samedi 20 mars 2021

❤️❤️❤️ "Viendra le temps du feu" de Wendy Delorme

 



J’ai de la chance en ce moment☺, encore un énorme coup de cœur pour ce livre qui m’avait attiré avec sa superbe couverture (peinture de @Karine Rougier). 

 

 

C’est un pays totalitaire où depuis que le Pacte National a été signé plus aucun civil ne peut passer la frontière, si tu pars tu ne reviens plus. 

L’argent n’a plus cours ; la population dispose d’avoirs pour le logement, la nourriture, l’accès à l’eau potable, les vêtements, les divertissements, en fonction de la contribution que l’on apporte (production/reproduction). 

C’est un pays où les livres n’existent plus, les médias sont sous contrôle, la mémoire numérique a été effacée, la police veille.

Le monde ancien n’est plus, le sud est dévasté par la sécheresse, le nord par la montée des eaux, les mers sont acides et la pollution est à son paroxysme. Alors pour continuer à vivre dans son petit Eden ce pays garde ses frontières, farouchement, férocement. 

 

 

Ce sont des voix qui nous racontent, des voix de femmes, mais aussi un homme. 

Des voix qui se rebellent, des voix qui luttent, des voix qui veulent retrouver la liberté. 

Eve, Louise, Rosa, Grâce, Raphaël…et tous ceux que l’on n’entend pas.

Ils veulent vivre, libres ; libres d’être qui ils sont, libres d’aimer qui ils veulent, libres d’écrire, de lire, de rêver, libres de vivre.

 

Un livre fortement engagé, qui reprend toutes les thématiques brûlantes actuelles notamment autour du changement climatique, de la montée des extrêmes, des migrants mais aussi de la différence, du rejet de l’autre, des corps, des sexes, de l’amour.

 

 

Une dystopie pleine de poésie, d’amour et de rage, une histoire de sororité et de partage, un livre éblouissant, à lire, à réfléchir, à partager !!

 

 

            « Et j’ai compris alors ce qu’il voulait me dire. Je ne l’ai jamais vu mais je sais son histoire, celle des hommes comme lui. Nous la connaissons tous, nous qui vivons ici, même ceux qui comme moi n’ont jamais vu l’ailleurs. Il est né quelque part où l’on meurt de soif, de faim, ou par les armes, a traversé la mer et d’autres terres encore, puis le fleuve de nuit, ou bien la montagne. Il a dû tout laisser, ou on lui a tout pris. Il n’a plus que son corps, les vêtements qu’il porte, ses souvenirs, sa vie. Le reste a disparu. Je revois son regard, il avait cet air las de qui a cru pouvoir nouer contact humain.» 

 

 

            « Les outils du langage viennent fixer ce qu’ils peuvent de l’expérience humaine. Souvent, c’est moins le sens des mots qui rend pleinement ce qu’ils tentent de décrire, que le rythme qu’ils prennent à l’oreille qui entend, sans même qu’on les prononce. Car les mots qu’on écrit présentent ceci d’étrange qu’ils s’égrènent en musique résonnant seulement pour l’être qui les lit. Et c’est cette musique silencieuse et secrète qui dessine le mieux la forme de ce qu’ils disent. »

 

 

            « Il n’ya pas d’ailleurs. Nulle part où se rendre. Notre espèce prisonnière d’une planète moribonde, et qui espère survivre juste un peu plus longtemps, me donnait la nausée. »

 

 

          « La librairie : lieu dédié aux livres, où on peut les feuilleter, en faire l’acquisition pour les emmener chez soi, les adopter comme siens, écrire dans les marges, en souligner des phrases, les relire quand on veut, en faire la lecture à la personne aimée, les prêter, les donner. N’importe quel livre. »

 

 

            « Les Autres ne discutent pas les cadres de perception qu’on leur a inculqués. Ne cherchent pas d’ailleurs. Ils n’ont jamais dû fuir. Ils ne s’inquiètent pas de trouver la justesse, quérir la vérité. Ce sont tous ceux qui laissent l’histoire s’effacer, qui veulent oublier, ou refusent de voir, ou bien ne sont jamais venus jusqu’à l’idée que le présent n’est pas un donné, état de fait, mais bien la conséquence d’une longue chaîne d’actions, de discours, d’évènements. Que rien ne va de soi, rien n’est évident, et rien ne devrait rester inquestionné. Ils pratiquent le mépris de manière si usuelle qu’ils ne le voient même plus, ou bien ils pensent vraiment que certaines vies humaines valent mieux que d’autres. Ils se sont mutilés de leurs organes psychiques, et leur champ d’empathie se restreint à leurs seuls semblables identiques. Ils se pensent au centre et organisent le monde de manière concentrique, ravalant au néant toute manière d’exister qui n’est pas sous leur dogme, pourchassant tous les êtres ayant commis le crime de venir d’ailleurs, ou bien de s’excentrer en pensant autrement. Ils s’approprient la terre pour piller les ressources d’autres peuples du monde en les laissant exsangues, repoussant par la suite hors de leurs frontières les exilés venus des régions dévastées. »

 

Cambourakis, 265 pages. Mars 2021

samedi 13 mars 2021

❤️❤️ " Vers les étoiles" de Mary Robinette Kowal

 


Un coup de cœur tout à fait inattendu avec ce livre lu suite à une très forte recommandation d’un client, une fois n’est pas coutume !

Cette uchronie m’a sortie de ma zone de confort et ce ne fut que du plaisir !

 

Nous sommes en 1952 aux États-Unis, une météorite traverse l’atmosphère et s’écrase au large de Washington DC provoquant des dégâts considérables, dont la destruction totale de la capitale.

Elma, notre héroïne, se trouvait fort heureusement avec son mari dans les Appalaches et a donc échappé à une mort certaine. Tous les deux sont d’éminents scientifiques et comprennent rapidement ce qu’il vient de se produire ; la lumière intense, suivie de peu d’un séisme les font rapidement fuir l’onde de choc qui se prépare.

 

Elma, génie mathématique, a fait partie des WASPS au cours de la seconde guerre mondiale, elle est une pilote émérite ; quant à Nathaniel son époux il est ingénieur spatial, spécialiste des fusées.

Elma est une femme forte, très intelligente mais aussi timide, anxieuse, et ces fêlures nous la rendent d’autant plus attachante. Quant à Nathaniel, son mari, il est très présent et compréhensif ce qui détonne dans l’environnement machiste qui règne.

 

Grâce à ses calculs et aux réponses de son frère météorologue, Elma comprend rapidement que les conséquences liées à la chute de la météorite seront plus graves qu’il n’y paraît.

Après qu’elle ait enfin pu convaincre le président de l’urgence de la situation, le gouvernement décide de mettre en place un programme de colonisation de l’espace. Et bien sûr Elma veut en être !!!

 

L’autrice réussit brillamment à nous plonger dans l’ambiance un peu désuète des années 50 aux USA, une époque où le racisme est encore hyper prégnant et la place de la femme derrière les fourneaux.

Elle réussit aussi et surtout à vulgariser la part scientifique de l’histoire qui aurait pu être rébarbative et incompréhensible.

Mary Robinette nous livre une histoire hautement féministe, avec des femmes qui ne renient pas leur part féminine tout en voulant être à la même place que les hommes et notamment dans la conquête de l’univers, et elles vont se battre, tout faire pour y arriver. 

 

Un roman qui m’a emportée, un peu plus près des étoiles, dans un genre que je ne pensais pas pouvoir apprécier, je suis partie en voyage dans le temps, et dans l’espace, un moment de lecture intense et jubilatoire, une belle surprise ! et un roman parfait pour le mois de #marsaufeminin. 


Denoël, 546 pages. 2020

Traduction de Patrick Imbert.

 


dimanche 10 janvier 2021

♥️♥️♥️ "Peau d'Homme" de Hubert et Zanzim

 



Bianca est promise à Giovanni, un jeune homme qu’elle ne connaît pas. Elle n’est pas contre l’idée mais aimerait tant pouvoir faire connaissance avec son futur mari avant la noce. 

C’est l’Italie de la Renaissance et la jeune fille n’a pas vraiment son mot à dire. D’autant plus qu’au même moment son frère, ecclésiastique ultra-traditionaliste, décide de mater la population de la ville beaucoup trop versée dans le péché selon ses préceptes à lui. 

Et tandis que le jeune fou instaure peu à peu une véritable Inquisition, Bianca, elle, découvre une peau d’Homme que sa marraine lui confie.

C’est ainsi qu’en revêtant cette peau elle se transforme en Lorenzo et part à la rencontre de la ville, du monde des hommes et surtout de Giovanni.

Bianca va trouver un plaisir immense et intense dans la peau de Lorenzo, elle va aussi et surtout découvrir l’amour, ses contraintes et ses difficultés dans un monde fermé à la différence.

 

 

Un joli conte qui nous ouvre de nouvelles portes. 

Une jeune fille à l’esprit large et ouvert, la sexualité vue sous un angle nouveau et audacieux, la répression religieuse (encore et toujours)…

Bianca est curieuse, bienveillante, et tellement moderne. Giovanni un peu pédant au départ nous montre toute sa sensibilité, il se dévoile au contact de Lorenzo comme un homme attentif, attentionné mais surtout blessé et perdu. 

 

 

 

Les couleurs chatoyantes ajoutées à la finesse du dessin nous offrent un graphisme absolument magnifique ce qui ajoute encore plus de plaisir à la lecture de cette œuvre. 

Franchement elle n'est pas canon cette couverture, elle donne envie d'avoir l'album juste pour la mettre en valeur.

 

 

 

Je poursuis la découverte des romans graphiques et je dois dire que je ne suis pas déçue ! 


Glénat, 160 pages. Juin 2020

vendredi 1 mai 2020

"Et soudain, la liberté" de Caroline Laurent et Évelyne Pisier





Caroline Laurent est éditrice et lorsqu’Évelyne Pisier lui envoie un manuscrit elle est tout de suite emballée. Les deux femmes se rencontrent pour travailler sur le livre, malheureusement avant que ce travail ne puisse s’achever Évelyne décède, mais Caroline ne peut abandonner tout ce qui a déjà été fait et surtout elle veut raconter cette histoire romanesque d’Évelyne et de sa mère, au travers d’une amitié construite en quelques mois, Caroline veut rendre hommage à cette femme au destin incroyable.

Evelyne est née au Vietnam, au temps de l’Indochine, puis elle a vécu en France à Marseille, et à Nouméa. Son père était un homme raciste, dur, violent, intolérant, elle a grandi en admirant cet homme, jusqu’à ce qu’elle pense par elle-même, jusqu’à ce qu’elle remarque les incohérences de son discours et le machisme qui l’étouffait.
Sa mère s’est battue contre son mari, avec les armes qu’elle a pu utiliser, elle était féminisme dans l’âme, ou tout simplement femme, femme défendant ses droits, sa vie, sa liberté. 

En grandissant Evelyne s’engage, elle part à Cuba avec un groupe de jeunes communistes (dont Bernard Kouchner son futur mari), elle tombe littéralement sous le charme de Fidel Castro avec qui elle vivra une aventure amoureuse incandescente, mais l’homme est encore plus amoureux des femmes en général et de son pays en particulier, Evelyne fera sans doute le bon choix en décidant de rentrer en France où elle retrouvera Bernard, ce jeune médecin ambitieux et plein d’espoir.

Un livre brillant, plein d’amour, de découverte. On voit les paillettes dans les yeux de Caroline Laurent.
La violence colonialiste m’a profondément bouleversée et fait encore réaliser et comprendre beaucoup de choses, elle parle très bien de cette époque et de l’aveuglement de certains hommes. 
Le féminisme qui apparaît aussi, la force de certaines femmes grâce auxquelles nous avons bien avancé, mais qui me fait réaliser aussi tout ce qui est malgré tout encore bien ancré dans les cellules d’hommes et parfois de femmes… Nous ne sommes pas encore au bout de nos peines.

Deux petites choses m’ont gênées, la première est l’absence de Marie-France mais qui sera expliquée à la fin et qui est tout à fait compréhensible, la deuxième ce sont les intrusions de l’auteur qui m’ont surprise au départ et qui finalement m’ont fait encore plus aimé et le livre et l’auteur 😊. Ce qui me déplaisait est devenu ce qui m’a enthousiasmé !
J’ai aimé l’élan de l’auteur et sa passion se partage aisément, elle glisse un peu d’elle, un peu de sa propre mère, et je sais que depuis elle a écrit ce livre que l’on sent poindre entre les lignes, je suis tellement impatiente de pouvoir le découvrir.


Une belle découverte, une auteur à suivre !! 

"Simplicité du principe; régissent depuis toujours la société : les femmes sont inférieures aux hommes. Les premières cédaient naturellement aux seconds leur nom, leur patrimoine, leur corps, leurs ambitions."
"La déflagration. Une conscience est là face à vous qui vous dit : tu n'es pas qu'un fait biologique, de la position d'Autre tu peux devenir Essentiel toi aussi, mais méfie-toi, tu es ta propre ennemie, tu as gouté à ce confort qui fait de toi l'esclave de ton maitre. Pour être libre, tu devras accepter l'errance de la liberté; pour exister, tu devras accepter de renverser l'existence. Tu seras seule." 
"Ce que l'Amant, le gaulliste, lui donnait, c'était exactement ce qu'André ne pouvait se résoudre à lui offrir : de la liberté. Les femmes n'étaient pas des sous-hommes. Pas des enfants, pas des mineures ! Mona ne voulait plus qu'on lui dise quoi faire ou penser."
"Je ne vais pas vous parler de Dieu, de religion ou de pénitence. Ce que je vois, et qui m'inquiète, c'est que vous avez treize ans et qu'on vous demande d'agir comme une adulte. Les péchés de vos parents ne sont pas les vôtres. Les actions de vos parents ne sont pas les vôtres. Il faut que vous pensiez à vous. À votre avenir. À ce que vous voulez faire, à celle que vous voulez devenir. Cessez de vivre leur vie à la place de la vôtre. "
 

Les escales éditions 448 pages (Pocket 478 pages). Août 2017

mercredi 25 mars 2020

"Ordinary people" de Diana Evans




J’ai mis beaucoup de temps à lire ce livre, pour de multiples raisons.
Les conditions actuelles font que la concentration m’a été difficile pendant plusieurs jours, mais aussi c’est un livre qui entre dans l’intimité des couples, dans leur réalité et forcément c’est assez perturbant.
C’est un livre sombre et triste, la vision du couple n’en ressort pas nécessairement grandie ni belle. Je n’y ai pas lu beaucoup d’espoir.

………………….

Nous sommes à Londres, ou plutôt dans sa banlieue sud en grande partie, une année s’écoule, plus ou moins encadrée entre l’élection de Barack Obama et la mort de Michaël Jackson, et nous suivons deux couples, deux couples en crise.

Il y a M&M, Melissa et Michael en couple depuis une petite quinzaine d’années, ils ont deux enfants dont le deuxième vient tout juste de naitre.
Il y a Stéphanie et Damian, amis des précédents, vivant carrément à la campagne et parents de 3 enfants.

Les deux couples sont encore trentenaires mais approchent de la quarantaine, ils ont donc des enfants encore jeunes, Stéphanie adore être femme au foyer et s’occuper de ses enfants tandis que Mélissa jongle entre son travail en free-lance à la maison et les enfants.

On comprend aussi petit à petit que Michael et Melissa sont noirs, issus d’une communauté mixte, et si ce détail ne compte pas pour Melissa il est d’une importance capitale pour Michael qui en fait un pivot essentiel de sa vie. 

En plus de l’étude des couples il y a une image de la vie londonienne, et notamment en périphérie, avec les communautés, les transports, les gangs….

Il est beaucoup question de désir, d’amour, d’envie de continuer, de trouver le bonheur ou pas, toutes questions qui habitent les couples après quelques années et l’arrivée des enfants.
On retrouve donc les concepts classiques d’amour, de fidélité, de famille, de sexe, mais aussi d’indépendance et de féminisme.

Ce roman aborde beaucoup de choses, je l’ai trouvé très intéressant mais lourd à lire, car pas très optimiste sur l’avenir du couple en général, et même si je partage beaucoup d’idées mon côté optimiste et positif à envie de se lever contre le défaitisme ambiant du livre. 

Mais peut-être que c’est elle qui a raison….

J’ai aimé l’écriture et la manière dont l’auteur apporte petit à petit des informations sur les couples, ce qu’ils sont, comment ils en sont arrivés là, l’évolution des sentiments, les déplacements dans la ville aussi. J’ai aimé qu’elle ose parler ainsi de la vie de couple, car les crises qu’ils vivent sont une réalité
« La relation que Michael entretenait avec ses origines et sa couleur de peau était une prison pour lui, autant que pour elle. »
«Tu ne crois pas que c’est un problème de perdre le contrôle de ce qu’on est vraiment, de la façon dont on fait les choses, de notre propre culture lorsqu’on est en couple ? »


Globe, 378 pages. Septembre 2019
Traduction de Karine Guerre

jeudi 5 septembre 2019

❤️ "Rouge Impératrice" de Léonora Miano



Nous sommes en 2124, le Katiopa unifié regroupe 9 régions d'Afrique, à priori donc une très grande partie du continent. C'est un État qui s'est formé en agrégeant les anciennes nations coloniales.
Cet État est fermé au reste du monde avec très peu d'ouverture au niveau des frontières, et aucun échange commercial, il s'autosuffit.
C'est un pays moderne tout en étant respectueux de sa terre, avec une conscience écologique développée.
Le mokenzi (président) du Katiopa se nomme Ilunga, il a été choisi par ses pairs ; il est marié à  Seshamani avec qui il a un fils.
Au début de l'histoire Ilunga rencontre Boya, une jeune femme "rouge" qui tout de suite exerce un pouvoir d'attraction très fort sur lui, sans qu'elle ne le sache.
Boya vit dans le quartier de "Vieux Pays", elle est universitaire, se bat pour la cause des femmes et fait des recherches sur les fulasi, cette petite communauté en marge de la société katiopienne.
A savoir que les fulasi sont des français qui ont émigré en Afrique après que le Pongo (l'Europe) n'ai pas réussi à assimiler la vague migratoire venant d'Afrique.

Voilà pour planter un peu le décor.
Beaucoup de choses vont se jouer à partir du moment où Ilunga va rencontrer Boya car non seulement ils vont vivre une magnifique histoire d'amour mais elle va influer sur la vie politique du pays, sur des enjeux importants concernant notamment ce groupe communautaire que sont les fulasis, et bien entendu ce n'est pas au goût de tout le monde.

Moi qui n'avais pas spécialement aimé le seul autre roman lu de cet auteur (Crépuscule du tourment), je suis là sans voix, car j'ai tout aimé malgré un démarrage un peu compliqué.
Ce livre est d'une force, d'une puissance incroyable, il y a tellement, tellement de choses que l'on pourrait en parler pendant des heures. Je vais tenter d'être le plus concise possible.

On retrouve beaucoup de thèmes déjà présents dans "Crépuscule du tourment" mais traité avec moins de colère (c'est mon ressenti).
Il y a toute une réflexion sur le colonialisme et ses conséquences sur l'Afrique, et ce qui a amené à la création de ce nouvel État ; mais aussi sur la gestion de l'Europe, et donc des anciens colonisateurs, des vagues migratoires venues d'Afrique. Une analyse (de notre monde actuel) de notre société qui amène à la chute de l'Europe et au développement du continent Africain.
Il est question d'identité, d'ancêtres, d'âmes, de culture, tout ceci teinté de magie noire et de sciences occultes.
On trouve aussi une grande part de féminisme dans ce roman, avec des femmes qui se prennent en charge, qui sont autonomes, maitresses de leur corps et de leurs désirs, il y a beaucoup de sensualité, de beauté.

C'est un gros roman, un pavé comme on dit, mais il ne faut pas avoir peur, car c'est un livre qui vous emmène dans un autre monde, un futur possible ; c'est une histoire magnifique, pleine de sensibilité, d'une très grande intelligence.
J'ai aimé, j'ai adoré, je garde près de moi Ilunga et Boya ce couple intense, solide, infaillible, un couple modèle d'écoute et de respect.

Bref je ne peux que vous recommander cette lecture, et pour finir de vous convaincre écouter Léonora Miano parler de son livre, c'est encore elle qui le fait le mieux 😊
https://www.youtube.com/watch?time_continue=258&v=-FjyK9hDXf4

Merci @NetGalleyFrance et aux Éditions Grasset pour la découverte de ce roman.
"Une déficience spirituelle les empêchait de comprendre une loi élémentaire : ce n'était pas parce qu'il était possible de réaliser certaines choses qu'elles devaient être mises en oeuvre."
"Il y avait d'ailleurs une hypocrisie à prétendre se soucier de la planète quand on s'inquiétait surtout pour la survie des humains. La Terre s'adapterait à toutes les mutations, aux ères géologiques encore inconnues..."
"Le sujet qui les occupait , il voulait y insister, n'était donc pas celui d'une éventuelle menace fulasi. La question était de savoir si on avait fait la paix avec la part de fulasi et, par extension, de Pongo à l'intérieur de soi. Il me semble que le problème est là, dans notre capacité à accepter que ce fameux nous-mêmes à défendre et à élever, se soit formé dans le contact avec les agresseurs d'hier, dans le long frottement des peaux et des cultures. En prenant le pouvoir, l'Alliance avait renommé le Continent pour témoigner de la conscience de soi retrouvée."
"Que l'on se soit choisi un nom ne suffisait pas à effacer les faits : nous-mêmes était encore constitué d'une part significative de Pongo. La manière dont on traitait les évadés du pays fulasi révélait le confort ou l'intranquillité dans lesquels on se trouvait pour affronter cette vérité : qu'ils étaient des membres de la même famille. [...] Il répondrait que telle avait été l'origine du Sinistre : le refus de cette autre présence à l'intérieur de soi, la résistance aux transformations qui s'étaient produites aussitôt que l'on avait posé les yeux sur l'autre, avant de le toucher."
Grasset, 608 pages.

mercredi 7 novembre 2018

"Jézabel" de Irène Némirovsky


Ce roman, écrit en 1936, démarre par le procès d'une femme, Gladys Eysenach, qui a tué un jeune homme supposé être son amant. Les témoins défilent, puis le jury se retire et plus tard rend son verdict.

Le livre se poursuit en nous racontant la vie de Gladys, son enfance, ses rencontres, ses amants, sa fille....
Petit à petit le caractère de cette femme nous est dévoilé sans que jamais on ne sente de jugement de la part de l'auteur. C'est une simple constatation de ce que fut sa vie. C'est une femme belle, très belle et qui vit dans et avec le regard des autres, surtout celui des hommes.
Plaire est un besoin physique, comme respirer ; alors inévitablement vieillir est une étape insoutenable.
Bien entendu si on lit ce livre au premier degré on voit une femme imbue d'elle-même et peu intéressée par son entourage, et en effet la relation à sa fille le prouve assez.
Mais on peut malgré tout lire aussi la fragilité féminine, le regard d'une femme sur elle-même, sur son vieillissement, la peau qui se fripe, qui perd de son éclat, le regard des hommes qui se tourne vers de plus jeunes demoiselles...

Ce livre a aussi un côté féministe, il reste très moderne et d'actualité.
Il y a une sorte d'injustice à ce que l'homme vieillissant est regardé avec plus de respect alors que la femme vieillissante est méprisée....
Gladys est une femme fragile, pleine d'angoisse et de contradiction, et même si son caractère est excessif elle exprime très bien, il me semble, ce que chacune d'entre nous peut avoir un jour pensé ou ressenti.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui m'a touché. Il a parfois fait résonance en moi, sur la vie, la vieillesse, la féminité. Même si le plus souvent on peut trouver que Gladys est franchement très égoïste -voire même horrible- je me suis malgré tout attachée à elle.
Et bien entendu il est magnifiquement écrit par une auteur dont la prose ne nous déçoit jamais.

Le Livre de Poche, 218 pages.

samedi 13 octobre 2018

❤️ "Les heures silencieuses" de Gaëlle Josse


Intérieur avec une femme jouant de l'épinette de Emmanuel de Witte
Dans ce texte très court, Gaëlle Josse imagine une vie à la femme qui se trouve sur ce tableau.
Nous sommes à Delft, en 1667 et Magdalena se confie à son journal intime. Elle nous raconte sa vie de fille d'administrateur de la Compagnie des Indes, puis son mariage. Elle évoque son enfance auprès de son père qu'elle chérit, la vie qu'elle aurait aimé avoir, celle qu'elle a eu, son époux, ses enfants, et puis aussi ses peurs et son secret.

C'est un roman lumineux, magnifiquement mené, dans la simplicité, dans l'étroitesse de la vie d'une femme de cette époque, d'une femme intelligente, presque féministe.
C'est beau, c'est bon, on en redemande. 
"Je ne suis ni plus sage, ni meilleure que beaucoup d'autres, mais avec le temps les peines du monde font leur chemin dans le coeur, et si l'on ne peut rien retirer des misères existantes, du moins efforçons-nous de n'en point ajouter."
"La vie ne ressemble pas à l'idée que nous en avions, et il nous appartient de savoir accepter notre sort. Je sais qu'il me reste un long chemin à parcourir pour trouver la paix, et ces propos que je m'efforce de tenir parlent à mon esprit, mais ils n'apaisent ni mon coeur, ni ma chair." 
Après la découverte cet été de cette auteur avec "une longue impatience", elle commence à rentrer dans la catégorie des valeurs sures !
J'ai lu, 89 pages.

lundi 26 février 2018

"La servante écarlate" de Margaret Atwood



Les États-Unis, une secte "chrétienne" a pris le pouvoir et contrôle tout le pays.
La femme est devenue une "denrée rare" bien contrôlée.
En effet, dans cet dystopie, la reproduction est devenue une affaire bien compliquée car à cause des déchets toxiques, radioactifs, à cause de la pollution, il est de plus en plus difficile de voir naitre un enfant sain, non malformé.
Ainsi les femmes sont catégorisées, entre autre on trouve les Épouses qui sont celles qui ont le plus de pouvoir car respectueuse de la foi d'État, mais comme elles ne peuvent pas nécessairement se reproduire elles ont des "servantes écarlates" qui sont là pour palier à leur manque et donc leur fournir un enfant. On retrouve aussi les "Marthas" qui gèrent l'entretien de la maison. Il y a bien sur des sous catégories et le pire du pire, les vieilles et les séniles qui sont envoyées sur des îles où elles doivent s'occuper des déchets toxiques...
Bref la femme n'est vraiment pas à son avantage même si ce n'est pas évident pour tous les hommes.

Notre héroïne, Defred, est une servante écarlate qui vit donc chez un couple pour leur donner un enfant. Elle fait partie de la première génération des servantes écarlates, celles qui ont le souvenir "d'avant", qui ont eu une autre vie. Ainsi Defred se remémore son mari Luke, sa fille qu'elle a eu avec lui, mais aussi sa meilleure amie Moira et sa mère. Tout son entourage a "disparu" lorsque le coup d'état a eu lieu, elle ne sait pas où se trouvent ses proches.

Ce roman dystopique a été écrit au milieu des années 80 et cela se ressent bien, il a un peu "vieilli" et pas forcément en bien. Pour moi il perd de sa crédibilité car peu adapté à ce que l'on connait dans notre monde aujourd'hui.

J'ai eu du mal à rentrer complètement dans l'histoire, j'ai été gênée par un certain décalage dans la temporalité entre la vie d'avant de Defred et sa vie actuelle qu'elle nous raconte.

Le thème reste intéressant et pousse à la réflexion, car même si depuis que ce roman a été écrit la condition de la femme a positivement évolué dans certain pays, elle reste malheureusement très en deçà du tolérable pour une grande majorité d'entre elles, et certaines avancées médicales et techniques ont malheureusement amené à un traitement très proche de la servante écarlate.

Donc bilan mitigé car thème très intéressant mais dont le traitement a malheureusement mal vieilli. Mais très curieuse de découvrir la série faite à partir du livre.

Pavillions Poche, Robert Laffont, 511 pages.

vendredi 27 janvier 2017

❤️ "Celle qui fuit et celle qui reste" de Elena Ferrante


Et voilà le troisième opus de la très célèbre "saga" de l'amie prodigieuse.
Nous retrouvons les deux jeunes femmes, Elena la narratrice et Lina son amie.
Elles ont maintenant la trentaine, Elena a écrit son premier roman qui est un succès, elle est fiancée à Pietro ; Lina travaille toujours dans son usine de viande et élève son fils Gennaro avec Enzo, un "ami".

Sur fond de révolution ouvrière, de montée du fascisme, du communisme, d'attentats, de féminisme, la vie des deux jeunes femmes continue en dents de scie pour l'une comme pour l'autre.

Il y a celle qui fuit, c'est à dire Elena, qui va s'installer à Florence, qui fuit sa famille, Naples, son quartier, ses origines modestes, et celle qui reste, Lina, qui revient s'installer dans le quartier et retrouve tous les protagonistes de celui-ci et donc de leur enfance.

La deuxième partie est largement consacrée à Elena qui va découvrir les joies de la vie de famille (mère, épouse, ...) et la difficulté à rester concentrée sur son travail. Son coeur vibre toujours pour Nino, l'amoureux de toujours. Elle se pose toujours beaucoup de questions et notamment sur ses relations avec Lina, elle va s'intéresser à la condition des ouvrier(e)s, au féminisme...


Encore une fois Elena Ferrante nous emporte dans ce tourbillon de vies. Les caractères des deux protagonistes sont très puissants, la force de narration de l'auteur nous fait vibrer. On y va, on embarque et on dévore .... jusqu'au dernier tome à paraître en septembre et qui clôturera l'histoire.
Un beau roman d'apprentissage qui nous tient en haleine depuis plusieurs années.

Gallimard, 479 pages.

jeudi 15 septembre 2016

"Une si longue lettre" de Mariama Bâ



Ramatoulaye est une femme africaine musulmane qui vient de perdre son mari, elle est en période de réclusion traditionnelle suite à son veuvage et profite de ce temps pour écrire une longue lettre à son amie d'enfance Aïssatou.
Dans cette lettre, elle revient sur de nombreux souvenirs de son enfance et adolescence avec son amie, mais aussi sur sa longue vie d'épouse.

Mariama Bâ évoque avec brio la condition de la femme en général, et en particulier dans les pays africains musulmans, les injustices innombrables qui ne reposent que sur de vieilles traditions, la place qui est laissée à la femme dans la société mais aussi au sein des familles.

Son héroïne est farouchement féministe mais s'étonne malgré tout de voir l'évolution des jeunes femmes notamment en observant ses propres filles. Cette évolution lui fait peur tout en sachant qu'elle est inévitable pour que la femme trouve sa place dans la société des Hommes.

Très beau roman, court, concis et qui pousse à revoir la définition des mots liberté et égalité.