Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est condition de la femme. Afficher tous les articles
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dimanche 23 août 2020

"On ne touche pas" de Ketty Rouf



Un plaidoyer pour le corps, une critique acerbe du système scolaire. 

 

 

 

Une jeune femme peu sure d’elle, mal dans sa peau et surtout dans son corps qu’elle n’ose regarder et qu’elle trouve laid,

Une jeune femme qui enseigne la philosophie à des lycéens peu intéressés, des jeunes de la banlieue, qui ont mieux à faire que de lire Kant, Descartes et les autres,

Une jeune femme qui un jour décide de se prendre en main, 

de prendre des cours de danse, 

des cours de danse d’effeuillage.

Une jeune femme qui travaille la nuit, se déshabille, juste pour lire le désir et le plaisir dans les yeux des hommes, 

Une jeune femme qui reprend de l’assurance et goût à la vie.

 

 

Dans ce premier roman Ketty Rouf n’y va pas avec le dos de la cuillère, elle même enseignante en philosophie elle nous donne une certaine image du système scolaire, du lycée, de l’enseignement… et honnêtement ça ne fait pas rêver et ça fait même peur.

Mais ce roman c’est aussi une histoire de retrouvaille avec soi-même, de paix intérieur que l’on recherche lorsque tout vous malmène, et ici cela passe par la reconnaissance du corps, la maitrise, le désir de plaire. 

 

 

Même si j’ai du mal à imaginer ce besoin de se montrer et surtout le passage à l’acte, J’ai aimé ce premier roman, la dichotomie de cette vie, tellement en opposition.  J’ai aimé le regard et malgré tout l’envie d’aider ces jeunes. Le passage d’un monde à l’autre.

Il y a de très beaux moments, l’écriture est fluide, crue, vraie.

Un premier roman réussi, à découvrir.

"Pour si peu ? Quelle cruche je fais ! Tout ce « peu » qui est ma vie est en train de se casser la gueule. Qu'ai-je fait pour me retrouver dans le désarroi d'un manque de reconnaissance, d'argent, de joie ? Énorme, monstrueuse bêtise d'avoir voulu être prof. Séduite par la publicité des valeurs, je me suis fait baiser par l'illusion d'accomplir une noble mission, celle d'éduquer, un si beau métier. Et les vacances. Des vacances que je passe souvent à travailler, et pendant lesquelles je ne pars jamais bien loin."

"Ce qui me fait le plus peur, c'est d'être comme eux. Assis à la cantine du lycée, nous ne sommes que des femmes et des hommes rassemblés par l'étalage obscène de notre manque de volonté et de passion. Sur nos visages, dans nos discours, l'absence d'une quelconque intensité. J'espère toujours surprendre quelque chose de vivant, colère ou joie, peu importe, pourvu que ce soit de la vie. Les condamner, ça soulage mon petit moi. Moi, différente de tous les naïfs qui sentent avoir déjà gagné le combat de l'homme noble contre la pauvreté d'esprit, et se destinent au long fleuve tranquille du bonheur. Ceux-là, je les félicite avec mépris. Les autres n'y ont jamais pensé, au bonheur. C'est ça, la réalité qu'on me sert dans une assiette en plastique. Je bouffe du mépris en regardant mes collègues qui avalent, avalent tout, parlent des élèves, et des méthodes. Du programme et des conseils de classe. Ils exultent pour l'heure supplémentaire qui rapportera un peu d'argent à la fin du mois. Ils ont déjà sous le bras les copies à corriger dans le train ou le métro."

 "Car « il faut se rapprocher de la pratique culturelle des élèves et dans cette perspective qu'importent le support et le contenu. Star Trek ou Proust, c'est pareil si ça peut les faire travailler sans trop d'efforts, car c'est à vous de vous mettre à niveau... »"

"Tout le monde vous prend pour des imbéciles. Nos dirigeants, l'institution, mes collègues. Moi aussi. Et tout est fait pour que vous restiez des imbéciles. Vous vous êtes déjà demandé pourquoi on n'arrête pas d'alléger les programmes ? Ça ne vous fait pas réfléchir, ça ? Je vais vous le dire, pourquoi. Parce qu'on veut vous donner moins, et de moins en moins, pour faire croire à vos parents, à l'opinion publique et à la terre entière que vous assimilez vite et bien. Que vous êtes tous très intelligents. En réalité, on vous tire vers le bas parce qu'on a besoin de votre ignorance, et de votre incapacité à avoir une pensée élaborée, profonde. C'est pourquoi vous devriez pleurer tous les jours, vous désespérer, vous mettre à genoux, nous supplier de vous enseigner l'histoire, la littérature, la grammaire, la syntaxe, implorer pour qu'on vous donne des oeuvres complètes à lire, qu'on vous traite comme de vrais élèves à qui on impose silence, prise de notes, discipline, effort !" 

Albin Michel, 238 pages. Août 2020

lundi 16 décembre 2019

"La maison" de Emma Becker




Je démarre le livre, et déjà très vite, je me dis que cette fille n'est pas ordinaire, voire même, à mon sens, plutôt rare...

Dès les premières pages je pense : elle est probablement un peu nymphomane,
et puis en fait, non, pas du tout,
elle a une sexualité assumée, pleine, entière, vibrante, sans tabou et sans limite. 
Et sans être vulgaire ni glauque.
Pour elle toute rencontre avec un homme est d'abord analysée comme un potentiel érotique, comme une éventualité de baise, elle dissocie le plaisir des chairs et "l'amour".

❀❀❀

Emma Becker décide de vivre une expérience et de s'installer dans une maison close afin de découvrir le métier de prostituée, de pute, oui.

Les conditions dans lesquelles cela se fait sont néanmoins très particulières, car elle décide de partir à Berlin où le métier est légal et reconnu. Et donc un peu plus protégé.
Sauf que le premier endroit qu'elle teste s'avère être un échec ; les conditions ne sont pas très bonnes, les filles ne sont pas traitées correctement ni respectées, elle ne s'y sent pas en sécurité, ce qui est un point essentiel pour faire ce métier dans de bonnes conditions.
La deuxième maison sera la bonne, elle y sera heureuse, même si ce n'est pas tous les jours faciles.

❀❀❀

Emma Becker nous parle d'abord un peu d'elle, de qui elle est avant de nous expliquer sa démarche, son choix, sa fascination pour ces putes qui sont avant tout des femmes.

Une fois qu'elle s'installe dans "la Maison" elle nous raconte les conditions de travail, les bons jours et les mauvais, elle nous parle de ses collègues, pourquoi elles sont là, ce qu'elles font dans la vie, leurs histoires.
Et bien sûr les clients sont importants, ils sont la clé de voûte de la maison, de ce qui s'y passe.

Dans cette Maison il y a différentes chambres, chacune a son âme particulière. Il y a les chambres préférées, celles qui sont délaissées, il y a du mauve, du rose, du pastel, des miroirs, de grands lits....
Ce livre est fait de très beaux portraits de femmes, tout en nuance, en douceur et surtout dans le respect, malgré le côté peu reluisant du métier, peu reluisant pour nos sociétés qui jugent.

❀❀❀

Je ne veux pas dire que ce livre me fait aimer la prostitution, surtout qu'ici celle dont on parle n'a rien à voir avec la prostitution de rue, violente, sale, effrayante, rarement choisie ou consentie, mais ce livre est profondément féministe.
C'est un livre sur la liberté de la Femme, la liberté des choix, l'absence de jugement.
Ici Emma Becker nous parle de femmes,
d'être une femme,
d'aimer la chair,
le plaisir au plaisir.
Elle nous parle de femmes fortes

❀❀❀

On peut le dire, au départ c'est vraiment un sujet très casse-gueule, mais Emma Becker ose le pari, elle prend le risque. Un risque littéraire mais aussi un risque privé, c'est pour moi une force incroyable d'avoir publié ce roman, d'avoir tout raconté.
Je reconnais que j'étais initialement très sceptique et que je n'avais pas tellement envie de lire ce livre, mais lors de son passage dans "la grande librairie" elle m'a étonné, elle a éveillé ma curiosité, ce qu'elle disait avait du sens et en même temps était perturbant. J'ai eu envie de comprendre mieux son sujet.
Cette jeune femme assume ce qu'elle est, ce qu'elle ressent, ce qu'elle veut, et pour ça elle est admirable. Elle est tout simplement libre. Et elle le crie haut, et fort.

C'est un livre perturbant, un livre qui bouscule, qui pousse les limites.
Je ne suis pas comme elle, comme beaucoup de femmes, et oui certains passages m'ont choqués, pourtant je suis loin d'être bégueule.
Je ne peux pas dire que j'approuve totalement la démarche, qui reste très partiale et est très peu représentative de la condition des prostituées de manière générale, il suffit de le savoir avant d'entamer la lecture. Il faut prendre ce livre pour ce qu'il est, une expérience un peu folle, et probablement très exceptionnelle, et non pas un témoignage des conditions de vie des prostituées.

À découvrir sans peur et sans oeillères !


Flammarion, 371 pages. Août 2019

lundi 7 octobre 2019

"La cage dorée" de Camilla Läckberg




Fay est mariée à Jack avec qui elle a une petite fille, Julienne.
Jack est riche, beau brillant, tout lui réussi.... et il délaisse sa femme qui se sent seule, moche, grosse, abandonnée, faible.
Jusqu'au jour où Jack annonce à Fay qu'il la quitte et qu'elle se retrouve seule, vraiment, sans le sou...
Alors Fay va mettre au point sa vengeance, et rien ne l'arrêtera jusqu'à ce qu'elle y arrive.
Elle est soutenue par sa meilleure amie Chris et par Kirsten une femme elle-aussi maltraitée par son mari et qui recueille Fay.

Nous sommes loin des enquêtes d'Erika et Patrick, que j'aime énormément.

Nous suivons Fay dans sa quête de vengeance tout en faisant quelques aller-retour dans son passé pour essayer de mieux la connaître.
Je reconnais avoir dévoré ce roman parce que l'écriture de Camilla Läckberg est très prenante et je me suis laissée prendre dans l'histoire. En revanche, il est vrai qu'il faut rester large d'esprit parce qu' il y a quelques facilités dans l'histoire.
Fay qui est une femme brillante réussit à monter une entreprise en moins de 3 ans et à se faire beaucoup beaucoup d'argent... les personnes qui l'aident sont très généreuses et prêtes à tout pour l'aider.
Bon clairement il y a des choses qui ne sont pas crédibles, mais si on veut juste passer un bon moment de lecture facile sans prise de tête et ben c'est parfait.

Attention, ici les hommes sont méchants, violents, menteurs, ils trompent leur femmes, les frappent....
Un roman soi-disant féministe, mais je ne trouve pas le personnage de Fay très complaisant, elle est elle-même pas toujours jolie, jolie dans ses actes et hormis accepter qu'elle a vécu une enfance très difficile on a tout de même du mal à croire à la réalité de son personnage.
Mais voilà parfois on a besoin d'un bon roman à l'eau-de-rose, ou d'un thriller/policier "facile".
Donc pour conclure si vous avez quelques heures à passer calé dans un bon fauteuil, sous la couette, ou sur la plage, sans vouloir vous prendre la tête ce roman est parfait !!

Actes Sud, 343 pages. Avril 2019

mercredi 25 septembre 2019

"le bal des folles" de Victoria Mas



1885, la Salpêtrière est un lieu d'enfermement, enfermement de femmes, de femmes "folles".
Mais ce mot de "folle" englobe beaucoup de définitions.... la plus simple étant ⟨toute femme qui dérange⟩.
De la femme adultère à la prostituée, de l'hystérique à la mélancolique, celle dont on a honte, celle qui ne doit pas entacher un nom...
Bien entendu ce sont souvent les hommes qui font enfermer ces femmes, les maris, les pères, les frères....
Dans ce célèbre hôpital parisien, le docteur Charcot officie, et notamment il hypnotise. Alors son cours du vendredi est toujours plein, d'hommes, bien sûr.
Et une fois par an il organise le bal de la mi-carême, bal auquel le tout-Paris voudrait assister car y sont "exposées" les aliénées de l'hôpital.

Des destins de femmes se croisent, se télescopent, s'entrelacent... et particulièrement Louise la jeune adolescente amoureuse et ingénue, Thérèse l'ancienne prostituée qui tricote et a trouvé un refuge dans cet asile, Geneviève la fidèle et dévouée infirmière et Eugénie la fille de bonne famille, la rebelle.

Une description très fine de l'époque, de Paris, on entend le bruit des sabots sur les pavés, on voit les moustaches et les chapeaux, les tenues des femmes, les rues le long de la Seine, on entre très facilement dans ce très beau premier roman et on se laisse happer par l'histoire.
J'ai beaucoup aimé l'histoire et me suis attachée aux personnages, j'ai même maintenant envie de croire aux esprits...😉

Un premier roman tout à fait réussi, une auteur à suivre !

Albin Michel, 251 pages. Août 2019


mardi 16 avril 2019

"Taqawan" de Eric Plamondon


"Il faut se méfier des mots. Ils commencent parfois par désigner et finissent par définir. Celui qu'on traite de bâtard toute sa vie pour lui signifier sa différence ne voit pas le monde du même oeil que celui qui a connu son père. Quel monde pour un peuple qu'on traite de sauvages durant quatre siècles ?"
Le 11 juin 1981 quelques 300 policiers de la Sureté du Québec débarquent dans la réserve de Restigouche pour empêcher les indiens Mig'maq de pêcher les saumons dans la rivière sous prétexte qu'ils en ramassent trop.

Sur la base de ce fait historique l'auteur nous raconte l'histoire d'Océane, une jeune adolescente indienne qui à la suite de ces évènements sera violentée, menacée, enlevée ; elle sera secourue et accueillie par un garde forestier, un vieil indien solitaire et une jeune institutrice française.

Les chapitres sont très courts, parfois il ne s'agit que d'un paragraphe, mais chacun a son importance pour la compréhension de l'histoire mais surtout de la grande Histoire.
Avec un retour très lointain aux sources, à l'arrivée des peuples indiens sur ces territoires, puis bien plus tard celle des français et des anglais on comprend mieux toute la complexité de la situation, mais aussi l'hypocrisie des peuples blancs et l'injustice faite aux peuples indiens.
Ces peuples millénaires nomades à qui l'on a tout pris, à qui on ne laisse que quelques kilomètre-carré pour survivre.

Il y a l'origine des mots, l'origine des légendes.
Il y a une incompréhension avec les Québécois qui veulent leur liberté par rapport au Canada mais qui sont eux-même incapables de comprendre le besoin de liberté des Indiens.
Il y a ces réserves qui ressemblent plus à des camps, fermés,  où on déverse de l'alcool, de la drogue, où l'on prend les filles et maintenant cette histoire de saumon....

Un texte rapide, incisif, qui va droit au but.
Je découvre cet auteur canadien grâce à mon amie Sophie "des livres et des books", c'est une très belle découverte. Un style qui change, un livre qu'on dévore d'une traite et qui fait réfléchir.... notamment à la migration des peuples, sujet finalement toujours très d'actualité.
"C'est un drôle de concept, la terre natale. Ce sont de drôles de concepts, le territoire, la culture, la langue, la famille. [...] Mais d'où vient cette incroyable force collective qui mène le monde depuis toujours : défendre son territoire, son identité, sa langue ? D'où vient cette nécessité, comme innée, depuis le fond des âges, qui veut que l'espèce humaine se batte et s'entretue au nom d'un lieu, d'une famille, d'une différence irréductible ? Pourquoi mourir pour tout ça ?" 

Le livre de poche, 224 pages.

vendredi 25 janvier 2019

"Les mots entre mes mains" de Guinevere Glasfurd



1634, Helena Jans van der Strom entre au service de Mr Sergeant, un libraire anglais installé à Amsterdam. Helena n'est pas une servante comme les autres car elle est capable de lire et d'écrire bien qu'à cette époque les petites filles n'étaient pas instruites.

Elle est plutôt satisfaite de sa vie chez le libraire ; peu à peu elle devient ami avec la servante de la maison d'à côté, elle trouve des solutions pour écrire et réussit même à former son amie à la lecture et à l'écriture.

Mais un jour un invité très spécial vient s'installer chez Mr Sergeant, il s'agit de René Descartes, philosophe, mathématicien, physicien, biologiste .... Cet homme étrange va se rapprocher peu à peu d'Helena qui va se sentir "considéré", il est comme un féministe avant l'heure et encourage le fait que les femmes puissent s'instruire. Peu à peu le lien entre eux va se renforcer, se transformer... Descartes est en pleine écriture de son fameux "Discours de la méthode", il est occupé à observer, disséquer, écrire ; Helena est présente, participe, aide.

Ensemble ils auront une fille dont Descartes sera très proche mais pourtant il n'épousera jamais Helena, elle est servante et beaucoup plus jeune que lui, c'est le 17ème siècle, encore très religieux. Alors il les garde près d'elle et les cache, avec l'aide de son valet, Limousin, qui lui n'est pas très fan de l'idée... peut être un peu jaloux...

C'est un premier roman très réussi qui se base sur l'Histoire, celle de Descartes en particulier, de la Hollande et des découvertes scientifiques, mais c'est aussi une magnifique histoire d'amour romancée, l'histoire d'une femme qui sait ce qu'elle veut et qui se bat, une femme forte et sensible.

Je me suis beaucoup attachée à Helena, son environnement, son caractère, sa force et j'ai découvert René Descartes dont finalement je ne savais pas grand chose.

Merci à Sophie qui m'a fait découvrir ce roman, vous pouvez lire sa très belle critique ICI.

Préludes, 435 pages, traduit par Claire Desserrey.

samedi 13 octobre 2018

❤️ "Les heures silencieuses" de Gaëlle Josse


Intérieur avec une femme jouant de l'épinette de Emmanuel de Witte
Dans ce texte très court, Gaëlle Josse imagine une vie à la femme qui se trouve sur ce tableau.
Nous sommes à Delft, en 1667 et Magdalena se confie à son journal intime. Elle nous raconte sa vie de fille d'administrateur de la Compagnie des Indes, puis son mariage. Elle évoque son enfance auprès de son père qu'elle chérit, la vie qu'elle aurait aimé avoir, celle qu'elle a eu, son époux, ses enfants, et puis aussi ses peurs et son secret.

C'est un roman lumineux, magnifiquement mené, dans la simplicité, dans l'étroitesse de la vie d'une femme de cette époque, d'une femme intelligente, presque féministe.
C'est beau, c'est bon, on en redemande. 
"Je ne suis ni plus sage, ni meilleure que beaucoup d'autres, mais avec le temps les peines du monde font leur chemin dans le coeur, et si l'on ne peut rien retirer des misères existantes, du moins efforçons-nous de n'en point ajouter."
"La vie ne ressemble pas à l'idée que nous en avions, et il nous appartient de savoir accepter notre sort. Je sais qu'il me reste un long chemin à parcourir pour trouver la paix, et ces propos que je m'efforce de tenir parlent à mon esprit, mais ils n'apaisent ni mon coeur, ni ma chair." 
Après la découverte cet été de cette auteur avec "une longue impatience", elle commence à rentrer dans la catégorie des valeurs sures !
J'ai lu, 89 pages.

lundi 26 février 2018

"La servante écarlate" de Margaret Atwood



Les États-Unis, une secte "chrétienne" a pris le pouvoir et contrôle tout le pays.
La femme est devenue une "denrée rare" bien contrôlée.
En effet, dans cet dystopie, la reproduction est devenue une affaire bien compliquée car à cause des déchets toxiques, radioactifs, à cause de la pollution, il est de plus en plus difficile de voir naitre un enfant sain, non malformé.
Ainsi les femmes sont catégorisées, entre autre on trouve les Épouses qui sont celles qui ont le plus de pouvoir car respectueuse de la foi d'État, mais comme elles ne peuvent pas nécessairement se reproduire elles ont des "servantes écarlates" qui sont là pour palier à leur manque et donc leur fournir un enfant. On retrouve aussi les "Marthas" qui gèrent l'entretien de la maison. Il y a bien sur des sous catégories et le pire du pire, les vieilles et les séniles qui sont envoyées sur des îles où elles doivent s'occuper des déchets toxiques...
Bref la femme n'est vraiment pas à son avantage même si ce n'est pas évident pour tous les hommes.

Notre héroïne, Defred, est une servante écarlate qui vit donc chez un couple pour leur donner un enfant. Elle fait partie de la première génération des servantes écarlates, celles qui ont le souvenir "d'avant", qui ont eu une autre vie. Ainsi Defred se remémore son mari Luke, sa fille qu'elle a eu avec lui, mais aussi sa meilleure amie Moira et sa mère. Tout son entourage a "disparu" lorsque le coup d'état a eu lieu, elle ne sait pas où se trouvent ses proches.

Ce roman dystopique a été écrit au milieu des années 80 et cela se ressent bien, il a un peu "vieilli" et pas forcément en bien. Pour moi il perd de sa crédibilité car peu adapté à ce que l'on connait dans notre monde aujourd'hui.

J'ai eu du mal à rentrer complètement dans l'histoire, j'ai été gênée par un certain décalage dans la temporalité entre la vie d'avant de Defred et sa vie actuelle qu'elle nous raconte.

Le thème reste intéressant et pousse à la réflexion, car même si depuis que ce roman a été écrit la condition de la femme a positivement évolué dans certain pays, elle reste malheureusement très en deçà du tolérable pour une grande majorité d'entre elles, et certaines avancées médicales et techniques ont malheureusement amené à un traitement très proche de la servante écarlate.

Donc bilan mitigé car thème très intéressant mais dont le traitement a malheureusement mal vieilli. Mais très curieuse de découvrir la série faite à partir du livre.

Pavillions Poche, Robert Laffont, 511 pages.

jeudi 22 septembre 2016

❤️❤️❤️ "Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !" de Chahdortt Djavann



Chahdortt Djavann s'est inspirée d'un fait divers réel survenu dans la ville sainte de Mashhad en Iran où 16 corps de femmes - de prostituées - ont été retrouvé gisants dans la rue ; il fut question d'un tueur en série qui "nettoyait" la ville de ses femmes impures...


Chahdortt Djavann a décidé de donner une parole à ces prostituées, une vie, des mots qui racontent d'où elles viennent, ce qu'elles vivent, comment elles le vivent....
Ainsi tout en suivant le destin de deux fillettes, nous découvrons celui de plusieurs de ces femmes devenues des prostituées pour diverses raisons.

Elle ne mâche pas ses mots pour nous emmener dans l'horreur et la misère, en nous tenant la main elle nous fait venir au plus proche de ces femmes, de ce pays, de ces lois qui n'ont aucune considération pour une moitié de l'humanité. C'est un grand cri d'alarme,  non, la femme n'est pas au bout de ses peines et même si nous avons beaucoup obtenu depuis le siècle dernier il reste malheureusement encore un très long chemin à parcourir pour beaucoup, beaucoup d'entre nous. Je ne suis pourtant pas une féministe engagée mais je réalise que j'ai eu tellement de chance de naître dans un pays "civilisé" où nos droits sont tellement plus développés, où nous sommes considérées - presque - à l'égal de l'homme.

Ce livre puissant m'a bouleversée, émue, perturbée... J'ai noté de nombreux passages à lire, relire, méditer...
Je vous en livre quelques uns ici.

"Comment expliquer aux hommes occidentaux, dont les yeux se repaissent à volonté des jambes interminables des mannequins, des culs moulés dans les bikinis des filles blondes ou brunes, des nichons pigeonnants superbement mis en valeur par des décolletés généreux... comment expliquer à ces hommes occidentaux que dans la ville sainte de Mashhad, lorsqu'un bref instant un tchador noir s'entrouvre, le feu d'artifice s'allume dans le regards des mâles frustrés qui ne pensent qu'à y pénétrer ?"
Ce constat déjà lu chez Saphia Azzedine, à force d'empêcher on crée la frustration, frustration qui amène (à) la viol-ence.
"Un rien fait de vous une pute dans cette contrée. Femme, dès qu'on vous remarque, pour quelque raison que ce soit, vous êtes forcément une pute. Une femme vertueuse est une femme invisible."
Et l'homme qui la regarde et en qui naît de mauvaises pensées, est lui admirable....

" « Cinq corps de femmes de rue - façon pudique de nommer celles qui font le trottoir - ont été trouvés. [...] Quelqu'un les a éliminées.» Ce mot  «éliminées» évitait soigneusement le terme «assassinées», qui pouvait heurter les plus farouches des fanatiques. L'assassinat est condamnable selon la charia, tandis que l'élimination de fessad (mot persan d'origine arable qui désigne ici la prostitution) est le devoir de chaque musulman."
C'est le début du chapitre intitulé "le sang sans valeur" où il nous est expliqué que tuer une personne dont le sang est sans valeur ne revient pas à commettre un assassinat puisque "sans valeur" on ne commet pas de péché et l'on n'est donc pas punissable par la loi... bien entendu une prostituée est de sang sans valeur, et c'est le discernement islamique qui permet de savoir si une personne est de sang sans valeur...
"La sécurité des femmes n'a jamais été aussi en péril que depuis que les dogmes islamiques font office de loi dans ce pays." [...]  dès que les extrémistes islamistes s'emparent du pouvoir, ils s'en prennent tout de suite au plaisir en général, et au plaisir sexuel en particulier. [...]  Pour eux, la sexualité des femmes est diabolique. Ils ne supportent pas l'idée que leur mère ait écarté les jambes pour les fabriquer. Remarquez, elles auraient mieux fait de s'abstenir."
"Être pute, tout le monde l'est, plus ou moins je veux dire ... y a des centaines de millions de femmes dans le monde qui couchent avec leur mari sans plaisir. Femmes au foyer, elles s'occupent du ventre et du bas-ventre de leur mari et n'ont nulle part où aller. C'est dire que coucher avec un homme sans plaisir, ça arrive tous les jours et à des centaines de millions d'épouses. [...] C'est dire qu'il n'y a qu'un pas entre se prostituer et se marier. Et pourtant, ces femmes mariées nous condamnent du haut de leur vertu mercantile. Alors que dans les deux cas, on demande, avant toute chose : combien ? À ceci près que dans le mariage, les épouses se vendent à un seul homme pour un prix global, tout compris. Mais nous, une fois le client parti, nous sommes libres. Le prix n'est pas le même. Les avantages et les inconvénients non plus."
"Plus ils interdisent, plus les jeunes deviennent avides. Alors que mettre du rouge à lèvres est interdit aux femmes, Téhéran a été surnommée "la capitale du rouge à lèvres". Et rien que ça en dit long sur l'opposition entre la population et ce régime. [...]  Ce pays est devenu un merdier pas possible. Trente-cinq ans de répression, de privations, d'interdits et d'humiliations en tout genre ont rendu les gens avides, malhonnêtes et tricheurs."

Et pour aller plus loin je vous invite à lire ou relire Saphia Azzedine sur le thème des islamistes "Bilqiss" et Delphine Minoui pour l'Iran "Je vous écris de Téhéran".

Grasset, 205 pages.