Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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mardi 15 décembre 2020

"Le tram de Noël" de Giosuè Calaciura

 


Dans ce tram de la ligne 14 il se passe des choses étranges.

Tout au fond dans le noir, on dirait qu’il y a un bébé abandonné sur un siège, le chauffeur lui s’isole dans sa cabine de conducteur, il ne veut pas voir ce qu’il se passe derrière lui. 

Le tram n’est éclairé qu’au passage des lampadaires.

Des personnages montent ; des personnages avec qui la vie n’a pas été tendre, des laissés pour compte, des pauvres, des abandonnés… Chacun a son histoire, son fardeau, et ensemble ils se retrouvent les uns après les autres au fond de ce tram.

 

 

Il y a celui qui nourrit pour un peu de tendresse, celle qui se prostitue pour se nourrir, l’orphelin, le philippin dans son costume, le magicien plus tout à fait là, le triste vendeur de parapluies….

 

 

Arrêt après arrêt il y en a qui montent, il y en a qui descendent, dans ce tram des miséreux. 

Et l’auteur dans la simplicité de son langage, dans la douceur de ses mots nous racontent un joli conte de Noël.

Pas de misérabilisme, mais beaucoup de douceur, d’amour, de partage et de bienveillance.

Un texte magnifique, touchant, comme une belle méditation entre ciel et terre, un moment de lumière et de grâce. 

Un conte agrémenté de dessins aussi simples que l’écriture mais qui en disent tant en si peu. 

 

« il fallait qu’ils le sachent eux aussi avec certitude afin de ne pas confondre le désir de Dieu avec l’injustice des hommes. […] la jeune fille de 15 ans […] avait été sans Annonciation, violée plusieurs fois à tour de rôle par des hommes armés. »

« Elle ne savait pas qu’elle était au centre de chocs et de chantages internationaux, au centre de la guerre des ports, de la surveillance des navigations, des frontières fermées. Elle n’imaginait pas qu’une petite fille en marche puisse entraver l’Histoire. »

Les Éditions Noir sur Blanc, 111 pages, Octobre 2020.

Traduction de Lise Chapuis.

jeudi 27 août 2020

❤️❤️❤️ "Les Lumières d'Oujda" de Marc Alexandre Oho Bambe

 



« Quand tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi et souviens-toi, souviens-toi d’où tu viens. »

«  Je suis le capitaine de mon destin

Le maître de mon âme. »

 

 

Énorme coup de cœur pour ce livre hors-norme qui parle de migrants, non pardon, de personnes, vivantes, humaines, qui à cause de tout un tas de raison plus difficiles et violentes les unes que les autres décident de quitter leur pays, leur sol, pour se donner la chance d’une vie meilleure, parce que de là où ils viennent ils n’ont plus rien à espérer… .

 

 

Le narrateur, après une expérience ratée en Italie, se voit rapatrié au Cameroun ; c’est pour lui un échec cuisant mais il va transformer son expérience en trésor, en la partageant, en aidant et conseillant des jeunes qui voudraient partir.

Autour de lui il y a quelques personnages importants que l’on suit, telle les jumelles Leïla et Imane, Le père Antoine, la grand-mère Sita, Yaguine et Fodé et aussi Ibra, et la multitude des ombres qui ont quitté leur pays, qui sont morts sur le sable ou dans la mer, fracassés, exploités par leurs semblables sans pitié.

 

 

Ce livre est une vraie jouissance de lecture, tout en délicatesse, 

On y lit le respect du sujet, l’amour de la langue,

Une grande humilité,

Il y a de la poésie et de la musique, 

L’accueil de l’autre, des autres, les Ulysses à la peau sombre

Un texte qui m’a éblouie et émue 


"Les mots qui nous saignent sont souvent aussi ceux qui nous signent, nous soignent et nous sourient."
"Bonjour mon frère, bonjour ma soeur, comment va ta douleur ? "
"Parler, c'est d'abord écouter l'autre." 
"Tu quittes un pays mais lui ne te quitte pas

                Tu habites sa douleur et celle-ci habite en toi." 

Calmann-Levy, 327 pages. Août 2020. 

lundi 5 août 2019

"Priez pour nous" de Lionel Duroy




La famille Guidon de Repeynac vit à Neuilly mais le titre de noblesse ne suffit pas à remplir les assiettes et les comptes en banque, ils sont sans argent et se retrouvent expulsés de leur bel appartement et relogés dans une HLM de la banlieue, la Cité du Bois-Brûlé...
Deux petits appartements dans lesquels il faut caser les parents, les sept enfants (!), les meubles Louis  XVI, les porcelaines de Chine, les tapis ... et Thérèse la bonne.

C'est par la voix de William que nous découvrons l'histoire de cette famille, il est le numéro 4 de cette grande fratrie qui continuera de s'agrandir au fil du récit.
On suit les pérégrinations du père, Toto, qui tente tout un tas de magouilles - pas toujours légales - pour trouver de l'argent et améliorer le quotidien de sa famille ; il embarque avec lui ses grands garçons qui ne sont que de très jeunes adolescents mais heureux de le suivre pour échapper à leur mère qui petit à petit nous est montrée comme une vraie marâtre, à moitié hystérique, jamais heureuse et toujours enceinte.
Le père ment constamment à son épouse pour ne pas subir son ire. Il n'a pas l'air très malin, et un peu lâche, bien que gentil, très bricoleur, et voulant faire au mieux mais ses petites combines sont trop souvent des échecs, et empiler les lettres des créanciers et des huissiers dans un coin n'a jamais fait disparaitre les dettes.
Ses enfants le soutiennent du mieux qu'ils peuvent mais ils ne sont malheureusement pas toujours capable de le sauver.

Un livre qui nous renvoie dans les années soixante, dans une famille catho-cliché ; je me suis attachée à ce petit William qui aime son père et voudrait l'aider, qui fini par haïr sa mère et on le comprend. Cette mère qui ne vit pas avec ses enfants et son mari mais dans un monde à part où l'apparence et les "on-dit" sont les plus importants.

Il s'agit du premier roman de Lionel Duroy qui lui a valu le désaveu de toute sa famille car apparemment très autobiographique... Il est certain que l'image de la mère n'est pas très reluisante mais celle du père est touchante, attendrissante, les frères et soeurs sont plutôt épargnés.

J'AI Lu, 319 pages.

vendredi 10 mai 2019

"Pain amer" de Marie-Odile Ascher


Marina est une jeune fille de 18 ans, heureuse, elle est amoureuse et se prépare à faire des études de littérature anglaise, la vie lui sourit malgré les difficultés rencontrées depuis la seconde guerre mondiale, mais voilà qu'en octobre 1947 ses parents décident que toute la famille doit quitter Nice et "rentrer" au pays.

Oui, parce que Marina est la fille de deux russes blancs qui ont quitté leur pays dans les années 20 au moment de la révolution bolchevique. Les parents de Marina se sont rencontrés en France, ils ont fait toute leur vie en France, ils ont eu 7 enfants et se sont installés depuis maintenant plus de dix ans à Vence. Mais le rêve d'un retour "à la maison" ne les lâche plus depuis que Boris, un des frères de Vladimir le père, a annoncé qu'il allait profiter, avec son épouse, de l'opportunité offerte par Staline de retourner dans son pays.

La propagande est dithyrambique, vous choisissez votre ville, le pays vous donnera un travail, un appartement, des bons pour partir en vacances, et du pain ! Comment refuser une telle proposition lorsque l'on se morfond de ses origines....

Mais pour Marina c'est toute sa vie qu'elle laisse derrière elle lorsqu'elle monte dans le train, c'est Marc son fiancé, ce sont Anne et Juliette ses deux meilleures amies, c'est son entrée à l'université, ce sont tous ses rêves et ses espoirs.
Et la déconvenue sera amère, violente, désespérante.

L'objectif est Odessa, le départ se fait en train de Nice, d'abord l'Allemagne, la Pologne et enfin l'URSS. Plus la famille avance dans son voyage, plus les conditions de transport deviennent archaïques et rudes. C'est l'hiver la famille a du mal à trouver de quoi se chauffer, de quoi se nourrir, de quoi boire....
Marina prend en charge ses frères et soeurs, elle se sacrifie et nous raconte au quotidien la descente aux enfers de sa famille, et comment petit à petit ils vont tenter de s'intégrer dans cette nouvelle vie où ils doivent lutter à chaque instant pour survivre sans pouvoir compter sur quiconque et en se méfiant de tous.

Un roman historique très intéressant, passionnant même. J'ai aimé suivre Marina et sa famille, j'ai souffert avec eux et on voit bien comment petit à petit un pays, un "chef" prend le dessus sur toutes les vies, sur toutes les pensées... Un roman troublant sur une période bien sombre de l'Histoire de la Russie, pardon de l'URSS.

Un premier roman réussi et très bien documenté.

Éditions Anne Carrière, 424 pages.

mardi 5 mars 2019

"Né d'aucune femme" de Franck Bouysse


Les Landes, probablement au XIXème siècle, Rose est l'ainée de quatre enfants, quatre filles, ce qui est compliqué dans la famille de fermier dont elle est issue. Cela signifie qu'il n'y a pas de bras forts et puissants pour aider le père à sa tache, mais en revanche des bouches à nourrir.

Alors un jour, Rose a 14 ans et son père la vend. Il la vend à un maitre de forge, un homme violent, sans aucune compassion.
Rose se retrouve à vivre chez cet homme monstrueux avec la mère de ce dernier, une vieille sorcière méchante, elle doit faire le ménage, la cuisine....et bien plus encore.

Elle va se trouver face à la violence la plus dure, la plus complète, avec un manque total d'humanité, et seule, elle devra se battre.

Cette histoire on la découvre car Rose écrit dans des cahiers qui seront récupérés par Gabriel, un curé, qui sera bouleversé par l'histoire qui se dévoile à lui.

C'est la première fois que je lis Franck Bouysse et je suis déjà très curieuse de découvrir d'autres de ses romans car j'ai vraiment beaucoup aimé celui-là.
La manière dont il traite son sujet, dont il mène l'histoire est assez singulière et j'ai plutôt bien accrochée.
On est projeté dans la misère humaine la plus sombre.
On s'attache à Rose, elle est tellement sensible, elle est belle dans ses émotions et ses réactions, elle est forte. Elle se bat face à l'injustice, l'enfermement, qu'il soit physique ou psychologique.

Bref un livre très très bien mené, qui m'a profondément touchée, bouleversée.
"La seule chose qui me rattache à la vie, c'est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je ne crois pas que ce mot existe il me convient. Au moins, les mots, eux, ils me laissent pas tomber. Je les respire, les mots-montres et tous les autres. Ils décident pour moi. Je désire pourtant pas être sauvée."
La Manufacture de livres, 334 pages.

mercredi 26 septembre 2018

"Ne m'appelle pas Capitaine" de Lyonel Trouillot



Aude, une jeune fille issue d'une riche famille des beaux quartiers de Montagne Noire à Port-au-Prince, décide de prendre des cours de journalisme par correspondance.
Dans ce cours on lui demande de faire un reportage écrit sur un quartier de sa ville.
Elle choisit Morne Dédé, un quartier devenu pauvre après la fin de la dictature.
Grâce à son oncle Antoine elle part rencontrer le "Capitaine", un vieil homme qui vit seul dans une grande maison.
Tous les oppose, elle, la jeune femme, très blanche, très riche, qui ne connait rien à la vie et à ses difficultés, lui, le vieux, noir, pauvre, qui a vécu la pauvreté et la violence ; "une pimbêche et un vieux con".

Leurs rencontres deviennent rapidement un lieu de confidence pour lui, une ouverture sur la réalité pour elle, un rapprochement entre eux, une découverte ...
Petit à petit le "Capitaine" va se livrer, se raconter et elle va regarder sa famille et sa vie d'un autre oeil.

Il y a aussi autour du "Capitaine" beaucoup de petits jeunes qui gravitent et qui s'intéressent eux aussi à Aude.

C'est un livre court, intelligent, habile, qui nous emporte avec délice dans la vie haïtienne.
Des personnages beaux, attachants, une langue magnifique.

Je retrouve avec plaisir la chaleur des caraïbes et la plume de Lyonel Trouillot.

Actes Sud, 148 pages.

"En me garant, une pensée pour Nahoum. Peut-être, sans avoir la réponse à sa question, aurais-je dû au moins me poser la question : qu'avait-il dans ce que nous avions ? Moi, j'avais cette idée de moi qui me sortait de l'ordinaire. J'étais moi et une autre que je pouvais devenir. Peut-être un geste aurait-il suffi... Un adjectif de couleur."
"Si tu ne peux pas entendre ça, ne reviens pas. Avec ta boîte à lunch, ta petite voiture. Tes fausses vertus. La charité bien ordonnée que ta mère a dû t'enseigner. Ton Dieu, peut-être, avec lequel tu mènes une conversation personnelle qui ne t'engage à rien en ce qui concerne les autres. De là où tu viens, les autres n'existent que lorsque vous avez quelque chose à leur prendre."
"Pour la première fois entre le vieux con et la pimbêche, entre lui, bateau échoué et moi, feuille volante, le temps d'un café et de quelques phrases, il passait quelque chose de doux, un partage ou une bienveillance."  

mercredi 13 juin 2018

"L'enfant-mouche" de Philippe Pollet-Villard


L'enfant-mouche c'est Marie, cette enfant de 12 ans sortie de son orphelinat par sa "tante" Anne-Angèle.
En effet, Anne-Angèle, infirmière au Maroc venue à Paris suite à l'accident qui a causé la mort de sa soeur, se retrouve, par un drôle d'effet domino, en charge de la petite Marie.

Nous sommes en 1944, la France est occupée par l'armée allemande, et ensemble, Marie et sa tante partent vivre en Champagne dans un village près de Reims où Anne-Angèle doit gérer et remettre sur pied l'infirmerie.
Mais Anne-Angèle tombe malade et Marie doit se débrouiller pour leur trouver de quoi se nourrir dans une campagne épuisée, vidée par la guerre et l'hiver.
Elle ne peut compter sur personne et doit toujours être sur ses gardes. Elle apprendra souvent à ses dépens que la lâcheté, la trahison et la méchanceté ne sont jamais loin des hommes et qu'il lui faut se méfier d'eux "surtout quand il leur prend des envies d'héroïsme".

Pourtant Marie saura retomber sur ses pieds et tirer le mieux de chaque situation.

Dans ce roman, largement inspiré de l'enfance de sa maman, Philippe Pollet-Villard nous présente trois forts personnages de femmes pendant la seconde guerre mondiale.
Il y a bien sûr Marie, cette enfant qui grandit au milieu de la guerre et qui doit tout faire par elle-même. Heureusement elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot, elle a un caractère bien trempé qui lui permet certainement de tenir sans s'effondrer, elle n'a pas peur de tenir tête aux adultes, aux hommes, pas toujours bien intentionnés. On dirait qu'elle se fiche un peu de la guerre, de ses raisons, son souci principal étant sa propre survie. C'est d'ailleurs un peu le cas des deux autres femmes dont il est question dans le roman.
En effet Anne-Angèle a tout quitté pour se retrouver dans ce pays en guerre qui n'est plus vraiment le sien et qui plus est, elle est gravement malade. Et malgré l'hostilité flagrante des villageois couplée à sa maladie, elle continuera de se battre, de rester pour Marie.
La troisième femme est Toinette qui a des moeurs tout à fait questionnable et en particulier en tant de guerre. Mais c'est une belle femme, qui se fiche de ce que pensent les autres, qui ne veut manquer de rien, ni pour elle ni pour son mari ni pour son fils. Et elle fait ce qu'il faut pour permettre à sa famille de continuer à vivre correctement.

Un livre très fort, touchant. Des personnages ciselés, puissants et que l'on suit avec avidité. Rien ne leur fait peur et nous aimerions avoir ne serait-ce qu'un dixième de leur force mentale, de leur capacité de résistance.

Un auteur à découvrir et à suivre.

Ci-dessous une interview assez courte à propos de son roman.
https://www.youtube.com/watch?v=zH23vCu-Fm0

Flammarion, 421 pages.