Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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samedi 13 mars 2021

❤️❤️ " Vers les étoiles" de Mary Robinette Kowal

 


Un coup de cœur tout à fait inattendu avec ce livre lu suite à une très forte recommandation d’un client, une fois n’est pas coutume !

Cette uchronie m’a sortie de ma zone de confort et ce ne fut que du plaisir !

 

Nous sommes en 1952 aux États-Unis, une météorite traverse l’atmosphère et s’écrase au large de Washington DC provoquant des dégâts considérables, dont la destruction totale de la capitale.

Elma, notre héroïne, se trouvait fort heureusement avec son mari dans les Appalaches et a donc échappé à une mort certaine. Tous les deux sont d’éminents scientifiques et comprennent rapidement ce qu’il vient de se produire ; la lumière intense, suivie de peu d’un séisme les font rapidement fuir l’onde de choc qui se prépare.

 

Elma, génie mathématique, a fait partie des WASPS au cours de la seconde guerre mondiale, elle est une pilote émérite ; quant à Nathaniel son époux il est ingénieur spatial, spécialiste des fusées.

Elma est une femme forte, très intelligente mais aussi timide, anxieuse, et ces fêlures nous la rendent d’autant plus attachante. Quant à Nathaniel, son mari, il est très présent et compréhensif ce qui détonne dans l’environnement machiste qui règne.

 

Grâce à ses calculs et aux réponses de son frère météorologue, Elma comprend rapidement que les conséquences liées à la chute de la météorite seront plus graves qu’il n’y paraît.

Après qu’elle ait enfin pu convaincre le président de l’urgence de la situation, le gouvernement décide de mettre en place un programme de colonisation de l’espace. Et bien sûr Elma veut en être !!!

 

L’autrice réussit brillamment à nous plonger dans l’ambiance un peu désuète des années 50 aux USA, une époque où le racisme est encore hyper prégnant et la place de la femme derrière les fourneaux.

Elle réussit aussi et surtout à vulgariser la part scientifique de l’histoire qui aurait pu être rébarbative et incompréhensible.

Mary Robinette nous livre une histoire hautement féministe, avec des femmes qui ne renient pas leur part féminine tout en voulant être à la même place que les hommes et notamment dans la conquête de l’univers, et elles vont se battre, tout faire pour y arriver. 

 

Un roman qui m’a emportée, un peu plus près des étoiles, dans un genre que je ne pensais pas pouvoir apprécier, je suis partie en voyage dans le temps, et dans l’espace, un moment de lecture intense et jubilatoire, une belle surprise ! et un roman parfait pour le mois de #marsaufeminin. 


Denoël, 546 pages. 2020

Traduction de Patrick Imbert.

 


dimanche 26 juillet 2020

"En attendant le jour" de Michael Connelly




Quel bonheur de faire la connaissance de Renée Ballard la nouvelle héroïne de Michael Connelly, digne successeur de mon détective chouchou Harry Bosch. 

 

 

Renée commence très fort dans ce premier opus. 
Elle est affectée au quart de nuit après une sombre affaire de harcèlement sexuel avec un lieutenant de la brigade des vols et crimes. 
Bien entendu on tombe dans le cliché de la flic qui vit un peu n’importe comment, qui a eu une enfance un peu compliquée avec le décès de son père et l’abandon de sa mère, mais ce n’est pas grave il faut bien que nos flics soient un peu « abimés » pour pouvoir faire ce sacré foutu job !  Parce que soyons honnête ça n’a pas l’air facile tous les jours. 

 

 

Bref, notre Renée est sur plusieurs fronts car lors de la première nuit où nous l’accompagnons elle doit gérer avec son binôme un vol de carte de crédit, une prostituée retrouvée à moitié morte sur un parking et une fusillade dans un dancing….

 

 

Renée comme Harry a son petit caractère et ne laisse pas les choses facilement tomber, elle est têtue et veut aller au bout de ses enquêtes, même si ce ne sont pas vraiment les siennes 🙄  la coquine !

 

 

Évidemment j’ai adoré, je retrouve tout ce que j’aime dans les enquêtes de HB, le procédé des enquêtes, tous les petits détails, l’avancement qui se fait doucement et logiquement, on commence et on ne peut plus poser le livre jusqu’à résolution de l’enquête, et pour courronner le tout Michael arrive encore à me surprendre, il faut dire que je me laisse emmener sans aucune difficulté !

 

 

Avis aux amateurs ! 😉



Calmann-Levy Noir, 430 pages. 
Traduction de Robert Pépin. 

lundi 18 mai 2020

"Filles de la mer" de Mary Lynn Bracht




1943, sur l’île de Jeju, en Corée du Sud occupée depuis le début du siècle par les japonais, deux sœurs Hana et Emi sont sur les traces de leur mère qui est haenyeo, c’est à dire une femme qui plonge pour pêcher. 
Hana est plus âgée et suis déjà sa mère au fond de l’eau, et déjà elle aime ce qu’elle fait, pour sa tradition et son indépendance. 
Sur la plage Emi, trop jeune pour plonger, attend sa mère et sa sœur. Quand Hana aperçoit au loin un soldat japonais se rapprocher de sa sœur elle revient rapidement sur la plage pour la protéger, ce faisant elle se sacrifie et est enlevée par le soldat. 


2011, Emi a plus de 70 ans, son cœur est très fatigué, mais comme tous les ans elle part à Séoul voir ses enfants, elle profite de ce voyage pour aller à la manifestation du mercredi devant l’ambassade japonaise, en mémoire des filles de réconfort qui ont servi aux soldats japonais. Ce sont des milliers de jeunes filles et jeunes femmes qui ont été enlevées et violées par les soldats. Emi espère retrouver sa grande sœur. 


Chapitre après chapitre on découvre ce qui est arrivé à Hana en 1943, où elle a été emmenée et ce que fut son histoire, et de l’autre côté on apprend la vie d’Emi, ce qui a suivi la disparition de sa sœur mais aussi ce que fut la fin de la seconde guerre mondiale et la suite pour les sud-coréens. Cette famille de pêcheurs a été durement touchée et a payé un lourd tribut à la folie des hommes. 


Un roman touchant avec l’histoire de ces femmes qui ont tout simplement été violées, battues, tuées, et pour lesquelles il aura fallu de longues années avant que le Japon ne reconnaisse ses torts. J’avais vaguement entendu parler de ces femmes, et ce roman leur rend hommage.
Un tout petit bémol pour l’écriture qui ne m’a pas beaucoup plu, mais l’histoire va au-delà.


Robert Laffont 432 pages, pocket 416 pages. Février 2018
Traduction de Sarah Tardy

samedi 18 avril 2020

"Crazy brave" de Joy Harjo




Avec ce court récit je découvre Joy Harjo qui est une poétesse et musicienne américaine d’origine amérindienne, de la tribu et de culture creek.

Dans ce texte  elle nous livre son histoire de sa naissance jusqu’à ses vingt ans, lorsqu’elle décide de prendre sa vie en main et découvre qu’elle aime la poésie.

Quatre parties nommées selon les quatre points cardinaux, s’ouvrant chacune sur un poème qui nous donne le mot clé d’une partie de sa vie ; il y a le commencement, l’ennemi(s), le dénouement et la délivrance.
  
Ses débuts n’auront pas été faciles entre un père alcoolique et absent, un beau-père violent, une grossesse très jeune… mais elle a toujours su vivre selon son instinct, son système d’alarme et respecter le plus profond de son âme. Elle a fait ses choix et les a assumés.

Âme qui revêt une importance toute particulière lorsqu’elle se mêle à sa culture amérindienne très forte.
L’autre monde y est très présent, ainsi que l’âme et ses voyages.

C’est un livre un peu particulier et j’aurais des difficultés à en parler sans avoir un échange, je ne suis pas certaine d’avoir perçue toutes les subtilités et je suis restée un peu en dehors malheureusement.
Il y a de très très beaux passages qui m’ont beaucoup touché mais j’ai aussi ressenti une certaine distance et froideur dans le texte. 
J’ai particulièrement aimé les poèmes et surtout les petits « contes » qui se trouvent au milieu et qui sont un autre moyen de se raconter, je les ai trouvé plus fort, plus plein d’émotions. 


❀❀❀
"En vérité, chacun de nous est seul, devant ses gouffres de tristesse..."
"Lors de sa venue au monde, chaque âme est accompagnée. Généralement, c'est un ancêtre avec lequel l'enfant partage des traits de caractère et des dons particuliers."
"Vers l'âge de treize ans, j'en ai eu assez de tous ceux qui se servaient de la Bible pour prouver la supériorité des Blancs et imposer la domination des femmes par les hommes, et je ne supportais plus l'interdiction de danser ni les mises en garde contre les prophéties et les visions."
"Je préférais voir en Dieu un bien-aimé plutôt qu'un homme blanc colérique et déterminé à détruire tous ceux qui ont de l'imagination."
"Nous étions tous des «Peaux-Rouges», embarqués dans un même voyage et en pleine métamorphose, confrontés aux mêmes traumas liés à la colonisation et à la déshumanisation. Nous étions la preuve vivante du combat de nos ancêtres. " 
 ❀❀❀
Globe, 163 pages. Janvier 2020
Traduction de Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski.

jeudi 26 mars 2020

"Sur un mauvais adieu" de Michael Connelly



On retrouve l’inspecteur Harry Bosch qui ne travaille plus au LAPD (partir en retraite, revenu, viré…. Voir le tome précédent "jusqu'à l'impensable" ), il est maintenant enquêteur privé et travaille notamment avec son demi-frère avocat, Mike Haller.
Il est aussi officier réserviste au SFPD (San Fernando Police Department).
Et c’est ainsi que l’on suit 2 affaires en même temps.

En tant qu’enquêteur privé il se voit confier la recherche du potentiel héritier d’un richissime industriel alors qu’en même temps il tente de mettre la main sur un violeur en série avec ses collègues du SFPD. 

C’est toujours un plaisir de retrouver Harry Bosch, mon détective chouchou, car j’aime son côté fonceur, rebelle et insoumis, son côté « même pas peur », un bon mâle alpha (comme on les aime dans les livres) mais avec un peu de douceur et de tendresse, mais surtout il n’aime vraiment pas les vilains méchants et fait tout pour les empêcher de nuire.

Je suis absolument fan de la manière dont Michael Connelly construit et écrit ses enquêtes, je suis prise dès le départ et je ne lâche plus. On démarre doucement, et petite goutte par petite goutte le mystère monte, l’enquête avance et il sait parfaitement faire monter mon rythme cardiaque au moment où il faut, parfois j’ai l’impression de regarder un film !

Bref je dévore à toute allure et je me régale !

Calmann-Levy, 450 pages. Mars 2018
Traduction de Robert Pépin

dimanche 28 avril 2019

"Of mice and men" de John Steinbeck


Nous sommes dans les années 1930 en Californie pendant la Grande Dépression ; deux hommes vont de ferme en ferme pour louer leurs bras et tenter de se constituer un petit pécule. Ils n'ont qu'un rêve, avoir leur petit lopin de terre à travailler, quelques animaux dont des lapins, et vivre tranquillement.

Mais voilà, la vie n'est pas si facile pour Georges et Lennie.
Lennie est un géant, qui possède une force démesurée et une cervelle de moineau, il n'est pas méchant mais pas malin non plus, alors Georges est là pour le protéger de lui-même mais aussi du reste du monde.

Lorsque qu'ils arrivent dans cette nouvelle ferme on sent la tension qui monte, que quelque chose va se produire, le récit est parfaitement mené et nous accroche, on ne peut plus lâcher le livre.

Je n'avais pas encore lu ce livre qui est pourtant un grand classique et je suis ravie de l'avoir fait, enfin, et en anglais, grace à mon fils qui l'a étudié récemment.
La lecture dans la langue originale apporte beaucoup même si cela n'a pas toujours été facile, mais j'ai été transportée dans ce milieu agricole, d'hommes, de travail difficile, où chacun doit se battre pour sa peau.

Une magnifique histoire d'amitié, de fidélité et en même temps tellement déchirante.
Un texte court mais lourd de sens.

Penguin Books, 121 pages.

jeudi 18 avril 2019

"L'empreinte" de Alexandria Marzano-Lesnevich



Alexandria fait des études de droit car elle veut devenir avocate, comme ses parents.
Depuis toujours elle est contre la peine de mort et c'est pourquoi elle choisit de faire un stage dans un cabinet d'avocats en Louisiane spécialisée dans la défense des condamnés à mort.

Le premier cas auquel elle se trouve confronté va changer sa vie, c'est celui de Ricky Langley qui a assassiné le 7 février 1992 le petit Jeremy Guillory âgé de 6 ans.
Ricky Langley n'a pas encore trente ans mais a déjà été arrêté pour pédophilie.
Pour Alexandria c'est un choc qui la renvoie à sa propre histoire.

Ce récit est une alternance entre un compte-rendu journalistique/enquête sur l'histoire de Ricky Langley, comment il est arrivé à l'assassinat de Jeremy, ses trois procès, et l'autobiographie de l'auteur, sa rencontre avec un pédophile, dans sa famille.
Elle manie parfaitement ce va-et-vient entre les deux récits et les rapprochements qu'elle peut faire entre les deux.

C'est un texte troublant, d'une très grande intelligence.
On y découvre les failles de deux familles (je ne peux m'empêcher de noter qu'il n'y a qu'une lettre de différence entre ses deux mots), le poids du secret, des non-dits, l'absence de reconnaissance de la vérité.
Mais aussi les faiblesses de tout un système, de notre société.
Peut-être que les différentes prises en charge ont évolué aujourd'hui, j'ai envie d'y croire, mais malheureusement on découvre tous les jours que le silence est encore très lourd.

Mais ce livre n'est pas noire -pas totalement- car Alexandria voit la possibilité d'une résilience, d'un retour à la vie, ce qui ne veut pas dire oublier ou cacher, au contraire, dire, parler, informer .

Un livre dérangeant mais nécessaire ; une écriture simple, direct.

Éditions Sonatine, 471 pages, Traduction de Heloïse Esquié.

jeudi 14 mars 2019

"La symphonie du hasard" de Douglas Kennedy




Livre 1: Comme elle le fait régulièrement, Alice Burns rend visite à son frère Adam en prison, mais ce jour-là il lui avoue un vieux secret de famille ce qui replonge Alice vingt ans en arrière alors qu'elle est en dernière année de lycée et s'apprête à rentrer à l'université.

Alice nous transporte dans l'Amérique des années 70,  Nixon est président, il y a la guerre au Vietnam.
Son père est irlandais catholique, autoritaire, raciste, violent et un peu alcoolique, mais Alice l'adore et s'entend très bien avec lui. Sa mère est juive, irascible et agressive, malheureuse d'avoir quitté New-York pour la banlieue de Greenwich ; Alice est persuadée que sa mère ne l'aime pas.
Son frère ainé Peter est en conflit permanent avec sa famille et notamment avec le père dont il ne partage absolument pas les idées et notamment les idées politiques...
Adam, lui, aurait du devenir un grand sportif mais suite à un accident de voiture il a tout abandonné et travaille avec son père dans des mines qu'il possède au Chili, et ce au moment du coup d'état de Pinochet.
Alice va partir à l'université où elle découvrira un monde cruel tout en se prenant d'amitié pour un enseignant et d'amour pour un étudiant.
Sa vie de jeune femme démarre et elle devra faire des choix, prendre des décisions qui affecteront sa vie entière.

Livre 2 : Après une première année bien mouvementée à l'université, Alice a décidé de partir continuer ses études à Dublin au Trinity College. Elle découvre un autre monde, fermé, rigoureux, très religieux, un monde en guerre. Elle fait aussi de magnifiques rencontres et son installation dans cette nouvelle ville se fera finalement assez simplement.
Cependant certains démons du passé resurgiront pour venir chambouler cette nouvelle vie où elle avait enfin trouvé une certaine stabilité, et le "hasard" ne l'épargnera pas.

Livre 3 : Alice est retourné vivre aux États-Unis, sa famille va éclater pour trouver un épanouissement différent. Sa carrière va évoluer petit à petit, au fil de ses aventures, de ses histoires, en même temps que la grande Histoire avance elle aussi et nous mène jusqu'aux années 80 et le début du SIDA, mais aussi l'hyperconsommation et le meneur de vie qu'est devenu l'argent.

Dans l'ensemble j'ai plutôt bien aimé cette trilogie qui nous fait suivre le destin de cette jeune femme qui évolue dans un milieu intellectuel et surtout littéraire, pour finir dans une maison d'édition (le rêve !!!). Les 3 livres ne sont pas tous du même niveau selon mon goût. J'ai bien aimé le premier, moyennement le deuxième que j'ai trouvé un peu "too much" dans les évènements qui arrivent à notre héroïne, et j'ai beaucoup aimé le troisième qui est bien monté. Je me suis attachée à Alice et à ses déboires, à sa famille toxique, ses aventures littéraires...

Ici la famille est en générale pesante et plutôt nocive, avec des secrets et des relations à la limite de la perversité ; la mère n'a jamais une image très belle et est assez caricaturale dans l'ensemble, on baigne d'abord dans le milieu universitaire puis dans le milieu littéraire New-Yorkais. Les relations amoureuses ne sont pas très stables, il n'y a vraiment que l'amitié qui soit vu d'un oeil positif.

C'est la première fois que je lis Douglas Kennedy. Ce n'est pas de la grande littérature mais un bon livre avec une bonne histoire qui se déroule sur deux décennies, un peu comme une bonne série dont on s'enfile les épisodes les uns derrières les autres.
Alors je recommande pour passer un bon moment de lecture, et de détente. Une histoire attachante qui permet quelques petits retours sur l'Histoire notamment des États-unis.

Pocket, 416 pages, 368 pages, 480 pages. Traduit de l'anglais par Chloé Royer.

jeudi 13 décembre 2018

"Mille petits riens" de Jodi Picoult



Ruth est africaine-américaine, elle est sage-femme dans l'hôpital de sa ville depuis plus de 20 ans.
Elle a un garçon, brillant lycéen, qu'elle élève seule, son mari est décédé en mission en Afghanistan il y a déjà plusieurs années.
Ruth vient d'un milieu pauvre, sa mère est femme de ménage dans une riche famille (blanche) new-yorkaise, mais Ruth a voulu faire des études et à force de conviction et de persévérance elle a réussi à se hisser dans la classe moyenne, où elle n'est entourée que de blancs....

Un jour Ruth prend son service, un bébé est né peu de temps auparavant, elle va donc à sa rencontre pour s'en occuper. Le contact avec les parents lui semble étrange mais elle fait son travail sans se formaliser et plus tard sa chef vient l'informer qu'elle ne peut plus s'occuper de ce bébé car les parents ne souhaitent pas que des personnes africaines-américaines s'approchent de leur famille...

Trois jours après sa naissance le petit Davis décède et bientôt Ruth est mise à pied, puis en garde à vue et accusée de meurtre ....

Davis était un petit garçon né dans une famille de suprématistes blancs qui ont décidé d'attaquer Ruth pour le meurtre de leur enfant.

L'histoire nous est racontée à travers les voix de trois personnages ; Ruth, évidemment, qui est notre personnage principal, Turk qui est le père suprématiste et Kennedy qui sera l'avocate de Ruth.

On pourrait penser encore une histoire de racisme.... mais non, enfin si bien sûr, mais l'histoire est plutôt bien montée. L'auteur soulève des questions intéressantes, en particulier du côté des blancs qui se disent et se pensent non-racistes, elle met le doigt sur des phrases, des (fausses?) idées, qui peuvent sembler non-racistes mais sont finalement mal-perçues. Tout est une question de vécu, de quotidien, d'empathie.

L'auteur met en place le contexte, l'histoire qui va amener à l'arrestation de Ruth puis son procès.

Il y a encore du chemin a faire en terme de tolérance, d'acceptation de l'autre et de la différence, et pas seulement en ce qui concerne la couleur.

Un très bon roman, long, mais que l'on dévore.

Actes Sud, 581 pages.

dimanche 4 novembre 2018

"My absolute darling" de Gabriel Tallent


Nous sommes en Californie, au bord de la mer, en lisière de forêt. Julia, surnommée Turtle, a 14 ans, elle vit seule avec son père Martin. Son grand-père paternel habite près de chez eux.
Turtle va à l'école, tous les matins elle prend le bus pour s'y rendre. Elle n'a pas d'amis et rencontre apparemment de grandes difficultés dans son apprentissage.
Une de ses enseignante, Anna, tente de l'aider, mais Turtle est sauvage et solitaire et n'en fait qu'à sa tête.
Dans cette maison où elle vit avec son père, plus rien n'est entretenu, la nature a repris ses droits, mais cela n'a pas l'air de gêner ses occupants.
Il y a des armes, des cibles partout dans la maison et dans la cave il y a de quoi s'auto-suffire pendant plusieurs années. Turtle ne connait peut-être pas correctement son vocabulaire mais elle sait manipuler toutes sortes d'armes à feu, les nettoyer, les démonter et remonter. Elle en connait aussi un rayon sur la nature qui l'entoure, elle n'a peur de rien.
Elle aime son papa et aussi son papy, mais elle n'a visiblement pas encore conscience que toutes les relations qu'elle connait/vit sont tordues. La relation avec son père est très ambiguë. Il lui répète sans cesse qu'il l'aime et qu'il a besoin d'elle pour se lever tous les matins, mais il lui fait vivre un enfer en étant manipulateur, violent. On perçoit que c'est un homme d'une grande intelligence tout en étant extrêmement torturé.
Mais Turtle grandit et à 14 ans elle entre pleinement dans l'adolescence, elle va aussi faire une rencontre qui va chambouler sa vision du monde et de sa vie et de fait chambouler la vie de son père...

C'est un livre absolument époustouflant dans la manière dont le récit est conduit.
L'auteur nous prend dans ses filets dès le départ, il installe la situation, et petit à petit nous dévoile ses personnages, et plus on avance plus on est estomaqué. Il pose le décor et puis doucement, tranquillement il fait évoluer l'histoire et met ses personnages à nu.
La description psychologique des protagonistes ainsi que leur progression est magistralement menée.
Je me suis attachée à cette jeune fille tout en étant bouleversée par sa manière de vivre son histoire, de réagir. J'ai haï le père mais j'ai compris comment elle n'arrivait pas à se détacher de son influence, comment elle a continué à l'aimer malgré tout et petit à petit on la voit ouvrir les yeux.

C'est dur, c'est violent, c'est extrême et puissant.
La fin du livre se lit d'une traite, on est happé et on ne peut plus s'arrêter de tourner les pages tout en ayant les mains qui tremblent, le coeur qui bat la chamade, le souffle coupé.

Quelques notions sont clairement bien exposées notamment sur les armes à feux, sur la nature et le monde dans lequel on vit et ce que l'on en fait.

On comprend aisément pourquoi il aura fallu 8 ans à Gabriel Tallent pour écrire ce premier roman. Il nous offre un moment de lecture incroyable et intense.
J'ai énormément aimé ce livre mais ne peux malgré tout pas le mettre en coup de coeur, impossible de mettre un joli coeur rouge à côté de ce texte d'une violence physique et psychologique parfois intolérable.

A lire absolument, mais attention tout de même, âme sensible s'abstenir !
"... Si tu n'es pas convaincu que le monde va mal, papa, c'est que tu ne regardes pas autour de toi. Les cerfs, les grizzlys, les loups ont disparu. Les saumons aussi, presque. Les séquoias, c'est terminé. Des pins morts, on en trouve par bosquets entiers sur des kilomètres carrés. Tes abeilles sont mortes. Comment on a pu faire naître Julia dans un monde aussi merdique ? Dans cette dépouille putride de ce qui aurait dû être, dans ces restes à l'agonie, violés ? Comment tu veux élever une enfant en compagnie de tous ces connards égocentriques qui ont détruit et gâché le monde dans lequel elle aurait dû grandir ? ..."
Gallmeister, 454 pages.

mercredi 17 octobre 2018

"Une histoire des loups" de Emily Fridlund



C'est une histoire un peu étrange qui se passe dans le Minnesota, dans la région des lacs et des forêts. Une jeune fille, Madeline, a tout juste 14 ans lorsque, de l'autre côté du lac où elle vit, emménage une famille. Elle les observe à la jumelle puis se rapproche d'eux pour devenir la baby-sitter du petit Paul qui a 4 ans. Le père, Léo, est très absent et finalement Madeline passe la plupart de son temps avec le petit garçon et sa maman, Patra.
Dès le départ on comprend qu'un drame se noue et va se jouer sous nos yeux.

Madeline raconte l'histoire, elle est maintenant adulte et revient sur cette période trouble de sa vie.
On comprend qu'elle vit seule avec ses parents dans cette cabane au bord du lac, qu'ils étaient plus nombreux au départ, mais que tout le monde est parti -une secte ? des hippies ?
Madeline va au lycée, il ne s'y passe pas grand chose hormis une histoire avec un professeur d'histoire-géographie qui serait pédophile et cette autre fille, Lily, un peu étrange et paumée.
L'ambiance générale est assez glauque - bien représentative de cette maison d'édition - , mais le texte est trop foutrac pour moi, il n'a ni queue ni tête ; je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages qui sont pour moi peu crédules et surtout totalement inintéressants.

Le bandeau annonçait "coup d'essai, coup de maître", euh honnêtement pas pour moi, je me suis beaucoup trop ennuyée. Dommage le pitch de départ me plaisait bien et était plutôt vendeur et accrocheur mais beaucoup trop fade pour moi.

Bref un livre que je n'ai pas aimé, et que je ne peux malheureusement pas recommander.
Si quelqu'un a un autre avis je suis preneuse.

Gallmeister, 294 pages.

dimanche 4 février 2018

"Underground Railroad" de Colson Whitehead



PRIX PULITZER - FICTION 2017

La guerre de Sécession n'a pas encore eu lieu, le nord est abolitionniste pendant que le sud des planteurs est toujours largement esclavagiste et raciste.
Le chemin de fer clandestin était un réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves pour quitter le sud et (re)trouver la liberté au nord. 

Dans ce roman Colson Whitehead a fait de ses réseaux de vrais chemins de fer souterrains, avec des gares et des chefs de gare - qui étaient les personnes en charge d'accueillir et cacher les esclaves.

Et pour nous raconter cette histoire nous suivons Cora, une jeune femme noire née dans une plantation de coton de Géorgie qui va utiliser ce fameux chemin de fer souterrain pour tenter de se sauver et rejoindre le nord libre.

Cora est une jeune femme vive, intelligente et en colère. Sa mère l'a abandonné lorsqu'elle était petite pour se sauver, elle n'a jamais été retrouvé par le célèbre chasseur d'esclave mis sur traces. Ridgeway va donc poursuivre Cora pour se venger de la mère qu'il n'a jamais pu rattraper. Tout au long du périple de Cora il y a des amitiés, de l'espoir, de l'amour même, mais aussi de la sauvagerie, de la trahison, rien n'était simple en ces temps-là, dans ces régions...

L'écriture (ou la traduction) n'est pas de la grande littérature mais au-delà de ça le thème abordé par Colson Whitehead est assez fort. En nous racontant l'histoire de cette jeune femme qui veut trouver sa liberté, il nous replonge dans l'horreur de la traite des noirs, des négriers, de ces hommes et femmes arrachés à leur terre, leur pays pour être transformés en bête de travail, en esclave. Mais aussi l'horreur de la violence, des mauvais traitements, de la considération que peut avoir une partie du genre humain sur une autre, comme ça, juste pour une couleur de peau différente.
On nous parle aussi des essais thérapeutiques faits sur ces populations noires libres, le contrôle de leur reproduction, tout en leur faisant croire qu'ils sont égaux. 

Je n'avais, je crois, jamais lu de livre aussi fort sur les conditions de l'esclavage, sur la réduction de ces hommes et de ces femmes à des conditions pire qu'animal...
Dans "No Home" l'auteur nous parlait aussi de l'esclavage et de la traite des nègres, mais je n'avais pas ressenti une telle violence.

Sans forcément s'attacher énormément aux personnages j'ai malgré tout ressenti une forte empathie et j'ai eu besoin de faire tout mon possible pour rester en retrait afin de me protéger de toutes ces horreurs et abominations.

Finalement depuis tout temps l'homme a toujours été son pire ennemi, et il ne s'arrête pas. 

Albin Michel, 398 pages.

dimanche 22 octobre 2017

"Les petites consolations" de Eddie Joyce



Bobby, pompier, est mort dans l'effondrement des tours jumelles de New-York.
Sous ce prétexte là l'auteur nous emmène dans la vie d'une famille italo-irlandaise installée à Staten Island.
À chaque chapitre on découvre un membre de cette famille de manière plus personnelle. Il y a la mère, Gail, le père Michael, les deux frères, Peter et Frankie, et bien sûr la veuve, Tina. On revient sur leur parcours, leur vie avec Bobby, et comment dix ans après ils vivent ce deuil.

C'est un roman simple et facile qui n'a aucune prétention littéraire ou psychologique mais très sympa quand même. On se laisse prendre dans l'histoire et on y va comme dans une bonne série américaine.

Rivages, 480 pages.

mardi 10 janvier 2017

❤️❤️ "Une constellation de phénomènes vitaux" de Anthony Marra



Vie : une constellation de phénomènes vitaux - organisation, irritabilité, mouvement, croissance, reproduction, adaptation.

Entre 1994 et 2004,
entre deux guerres,
entre Sonja et Natasha,
Dokka et Havaa,
Akhmed et Khassan,
une (des) histoire(s) d'amour dans une Tchétchénie en proie à la violence, au froid, aux Russes, à la délation, au soutien, au courage, à la lâcheté...

2004, Akhmed, impuissant assiste à l'arrestation de Dokka, son voisin et ami, père de Havaa, à la destruction par le feu de leur maison, mais où se trouve la petite fille ? Il sait que les militaires russes reviendront la chercher et décide donc de l'emmener, de la cacher, de la sauver.
Khassan aussi assiste à cette arrestation, la douzième, la treizième... il faut arrêter le "délateur", mais en aura-t-il le courage.
Sonja, seule chirurgien rescapée de l'hôpital no 6, est en manque de sa soeur disparue, pourra-t-elle la retrouver, connaitre son histoire...

Tous ces destins parallèles se croisent, se sont croisés ; les secrets, les non-dits sont nombreux et peu à peu seuls nous les lecteurs pourront les découvrir, les détricoter et finalement comprendre.

Très beau roman,
dur, fort, puissant.
Découverte d'une partie du monde que je ne connaissais pas, à laquelle je ne m'étais jamais tellement intéressée. La guerre a toujours été là, plus ou moins proche de nous (plutôt loin jusque là...), mais comme on dit "loin des yeux, loin du coeur"... tout cela n'est pas si vieux, je n'en ai pourtant aucun souvenir, ai-je déjà oublié ? Et eux ...

Découvrir cette vie terrible, cette guerre, ces atrocités

Les personnages se croisent, s'entrecroisent, se cherchent, jamais ne se (re)trouvent ?, et malgré toute la violence, un fond d'humanité, et beaucoup, beaucoup d'amour.
On a froid dans les villages couverts de neige, sans électricité, sans eau courante depuis si longtemps, on a peur dans la forêt, aux points de contrôle (rebelles, russes, mercenaires...), on est perplexe dans Grozny détruite, à l'hôpital, éventré, vide.

Brillamment, l'auteur nous fait traverser cette décennie, sans pudeur, sans filtre
âmes sensibles....

Le Livre de Poche, 544 pages.

mercredi 14 décembre 2016

❤️ "Landfall" de Ellen Urbani


2005, l'ouragan Katrina vient de frapper la Nouvelle-Orléans, Rose et sa mère Gertrude (qui l'a élevée seule) partent de Tuscaloosa pour apporter des vêtements et des produits de première nécessité aux victimes, mais en chemin c'est l'accident, Gertrude meurt ainsi qu'une jeune fille noire fauchée au passage, Rosy.
Rose n'aura de cesse de "ramener" Rosy à sa famille, et de comprendre ce qu'elle faisait sur cette route à des centaines de kilomètres de chez elle avec dans sa poche un papier très intrigant.

Sans savoir pourquoi, Rose se sent proche de Rosy, elle veut la connaître, la découvrir, la comprendre.

En alternant les chapitres avec les deux jeunes filles Ellen Urbani nous raconte leurs histoires.
Elle nous fait vivre l'arrivée de Katrina, le chaos, pendant et après.

C'est un premier roman d'une grande puissance, très fort. Les personnages sont attachants, on souffre avec eux, on tremble, les moments de joie sont rares, les vies sont difficiles. Deux mères célibataires élevant leurs filles du mieux qu'elles peuvent, avec leurs moyens, leur force et leur amour...

Très beau, très belle réussite, auteur à suivre.

Gallmeister, 304 pages.

vendredi 4 novembre 2016

❤️❤️ "La Vengeance des mères" de Jim Fergus


La suite tant attendue de "Mille femmes blanches" !!!

C'est la fin du XIXème siècle et le gouvernement américain lance dans le plus grand secret le programme Femmes Blanches pour les Indiens qui consiste à échanger mille femmes blanches contre mille chevaux avec notamment les tribus Cheyennes. L'idée étant "d'infiltrer" les tribus indiennes...

Dans ce deuxième tome nous retrouvons certains protagonistes du premier et de nouvelles femmes blanches arrivent dans la tribu... Ces femmes sont "volontaires", elles sortent de prison, d'asile de fous, ou de conditions personnelles dangereuses.

Mais la situation avec le gouvernement ne s'améliore pas, les troupes américaines ont pour mot d'ordre d'éliminer tous les "sauvages".
La vie dans les grandes plaines est faite de petits bonheurs et de beaucoup de dangers, comment s'habituer aux coutumes indiennes lorsque l'on vient de villes "civilisées" ?

Encore une fois Jim Fergus nous emporte dans son histoire sans nous laisser de côté, on chevauche  de magnifiques mustangs, on parcourt les grandes prairies où l'on croise des bisons, on traverse des rivières, des forêts, on installe un campement, on se bat....

J'ai dévoré ce roman passionnant, comme le premier, bien écrit, parfaitement traduit.
Si vous aimez l'aventure et les grands espaces n'attendez plus et jetez vous dans le vent !!!

Le Cherche-Midi, 464 pages.