Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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lundi 18 novembre 2019

❤️❤️ "Murène" de Valentine Goby



Mais quel roman !
J'ai eu beaucoup de mal à m'y mettre car le thème me faisait peur, disons-le m'effrayait, mais ayant une très grande confiance en Valentine Goby j'ai fini par me jeter à l'eau (sans mauvais jeu de mots) et je ne le regrette absolument pas. Il faut dire que les qualités narrative et d'écriture de Valentine Goby ne sont plus à démontrer, et entre nous je ne comprends pas bien pourquoi un tel roman n'a pas figuré en bonne place sur les listes des "grands prix" littéraires de la rentrée (mais ceci est un autre sujet/débat).

Alors ce roman !
Ce roman c'est l'histoire de François, un jeune homme de 22 ans, qui en cet hiver très froid de 1956, a  un accident qui va le laisser amputé de ces deux bras. François va passer des mois à l'hôpital pour soigner ses brûlures ainsi que ses moignons.
Puis viendra le temps du retour à la maison, sans bras.... il faut tout réapprendre, il faut tout accepter avec une immense humilité, et surtout il faut imaginer une nouvelle vie car à 22 ans on a toute la vie devant soi.
Mais François est un jeune homme fort, vivant, qui va se battre pour trouver son nouveau chemin.
Il fourmille d'idées pour essayer de faire le plus de choses par lui-même, et petit à petit il va renaître à cette nouvelle vie.
Une visite dans un aquarium va le mettre face à une murène, cet être laid mais qui se déplace dans l'eau sans nageoire dorsale, qui se propulse grâce à tout son corps ; alors ça y est, François a trouvé, il va devenir murène !
Il va donc apprendre à nager, et découvrir une association de sportifs handicapés, c'est le début des premiers tournois, championnats et puis bientôt peut-être des Jeux Olympiques, qui sait ?!

C'est un roman difficile car il y a la souffrance physique du brulé, il y a la souffrance morale de la perte, perte d'un membre mais aussi de toute une vie qui ne sera pas, la souffrance des parents impuissants... mais il y a aussi et surtout une renaissance, une métamorphose, une acceptation, la résilience.
C'est un livre plein d'espoir, de joie, d'attente, de désir, de croyance.

On perçoit tout le travail de recherche qui a été fait en amont, la masse d'informations ingurgitée et qui nous est subtilement rendu ; j'ai tellement appris en lisant ce roman.

C'est un livre qui m'a beaucoup perturbé car en réalité c'est pour moi totalement inimaginable de vivre sans bras, pendant toute la lecture je n'arrêtais pas de voir tout ce que je fais avec mes bras, tous les jours tout au long de la journée, et je crois que je ne suis pas prête de ne plus y faire attention, on ne réalise pas combien ils sont précieux.
J'ai été tellement admirative de la force de ce jeune homme, et j'y ai cru, j'ai adhéré à 100% à cette histoire incroyable.

Je veux vraiment dire ici un grand merci et un grand bravo à Valentine Goby, je suis éblouie et fascinée par son travail.

(et merci à Valérie H de mon club lecture qui m'a "poussé" vers cette lecture 😉)


Actes Sud, 380 pages. Août 2019

samedi 11 novembre 2017

"Un loup pour l'homme" de Brigitte Giraud


1960, Antoine est appelé en Algérie, cependant il ne veut pas aller au combat, il ne veut pas utiliser une arme à feu et avoir à tirer sur quelqu'un. Alors il se forme pour devenir infirmier.

Lorsqu'il quitte la France pour Sidi-Bel-Abbès il laisse sa jeune femme, Lila, tout juste enceinte. C'est un déchirement pour ce jeune couple.

En tant qu'infirmier Antoine est affecté à l'hôpital militaire de Sidi, il n'a pas à aller combattre mais se retrouve au contact des blessés et de leurs histoires.
Parmi ces blessés il y a Oscar, un jeune homme amputé d'une jambe et qui ne parle plus ; Antoine va se sentir irrémédiablement attiré vers lui, il est là pour l'aider, le sauver.

Et puis Lila, restée à Lyon, écrit à Antoine qu'elle ne veut pas vivre sa grossesse seule, avoir leur enfant seule, alors elle prend l'avion et rejoint Antoine. C'est ainsi qu'ils s'installent ensemble dans un petit meublé. C'est presque comme des vacances pour Lila, les balades, le soleil, les orangers.
Seulement la situation en Algérie se dégrade, et quelques mois après avoir mis au monde une petite fille, Lila doit retourner en France et attendre le retour d'Antoine.

C'est un très joli roman qui très simplement nous décrit la situation en Algérie vue des coulisses de l'hôpital. Nous ne sommes pas au front, mais à l'arrière, dans "l'après" où finalement c'est peut-être le pire. Il faut ramasser les morceaux et reconstruire ces hommes qui ont tout laissé sur le champ de bataille, un peu de leur corps, un peu de leur âme...
Et puis on découvre la solitude des soldats, ils ne connaissent finalement rien du contexte, et font simplement ce qu'on leur dit, petit à petit la vérité sur la situation va apparaître et les troubler. Ils découvrent que tout n'est pas ni tout blanc ni tout noir, que c'est compliqué, les algériens, les pieds-noirs, les harkis.... La plupart de ces soldats arrivent de leur campagne qu'ils n'avaient, pour la plus grande partie, jamais quittée.

Beaucoup de tendresse, de chaleur, un vrai regard humain sur toutes ces horreurs.

"Il traîne la  patte, il sent qu'il pourrait se mettre à boiter, à vaciller, tant ce qui monte en lui le déséquilibre. Il n'a plus de raison de rester là. L'hôpital, l'Algérie. C'est comme si sa mission était terminée. À quoi peut-il encore servir dans cette guerre dont il ne voit que l'arrière-cour cabossée ? Il sait qu'il va continuer à soigner, il n'a pas le choix, c'était son désir, ne pas tenir une arme. Il est celui qui arrive après, qui colmate et qui répare."
"Lila les rejoint le temps d'une étreinte dans la lumière feutrée qui sera bientôt celle de l'hiver. C'est une image sans paroles, dont on n'a pas l'habitude, celle d'un homme en chemise militaire étreignant une femme dont la silhouette habillée de rouge dissimule une petite fille de six semaines, qui tente de lever la tête vers son père et d'attirer toute son attention."
"Il voudrait qu'Oscar ne renonce pas, il peut vivre sans sa jambe. Les gars dans les tiroirs auraient donné cher pour s'en tirer avec un membre amputé. Oscar doit l'attendre, ils ont encore beaucoup à accomplir ensemble."  
Flammarion, 245 pages.