Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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mercredi 4 mars 2020

"À mains nues" de Amandine Dhée




Dans ce récit, Amandine Dhée nous fait part de son expérience de femme au regard du sexe, du désir, de l’amour. 
⊱⊰⊱⊰⊱⊰
La narration est intéressante avec des chapitres très courts qui se succèdent entre le « je » du présent, et le « elle » du passé.
Ainsi on découvre comment petit fille puis adolescente et jeune femme elle a fait face au désir naissant, à cette vibration du bas ventre mais aussi à toutes les questions qui viennent autour et avec. 
Le quoi, le comment, le qui ?
La découverte des garçons, des filles, du gynéco
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Aujourd’hui elle est en couple, elle a un petit garçon et se pose encore la question du sexe, de l’amour, quand on vit dans son train-train quotidien, quand on vieillit…
Elle a peur, veut se rassurer… 
.
Cherche-t-on ses propres limites toute la vie, sont-elles en évolution constante ?
Doit-on avoir une vie sexuelle libre ? Continue-t-on à désirer et pratiquer l’acte sexuel en vieillissant, même avec la peau moins tendue, plus plissée….
.
On perçoit bien aussi que cette question du désir, du corps féminin, du sexe, évolue encore plus vite ces dernières années avec l’évolution des droits de la femme, le féminisme, les metoo et balancetonporc.
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Un récit fort et intense, un récit dans lequel nous pouvons chacun et chacune nous retrouver. 

C’est un livre intime,
mais celui de toutes les femmes.

J’ai aimé le style, j’ai aimé le texte, j’ai aimé le questionnement où chacun finalement apportera sa réponse, mais où, c’est sûr, le meilleur est à venir !!

 La contre allée, 136 pages. Janvier 2020. 

lundi 16 décembre 2019

"La maison" de Emma Becker




Je démarre le livre, et déjà très vite, je me dis que cette fille n'est pas ordinaire, voire même, à mon sens, plutôt rare...

Dès les premières pages je pense : elle est probablement un peu nymphomane,
et puis en fait, non, pas du tout,
elle a une sexualité assumée, pleine, entière, vibrante, sans tabou et sans limite. 
Et sans être vulgaire ni glauque.
Pour elle toute rencontre avec un homme est d'abord analysée comme un potentiel érotique, comme une éventualité de baise, elle dissocie le plaisir des chairs et "l'amour".

❀❀❀

Emma Becker décide de vivre une expérience et de s'installer dans une maison close afin de découvrir le métier de prostituée, de pute, oui.

Les conditions dans lesquelles cela se fait sont néanmoins très particulières, car elle décide de partir à Berlin où le métier est légal et reconnu. Et donc un peu plus protégé.
Sauf que le premier endroit qu'elle teste s'avère être un échec ; les conditions ne sont pas très bonnes, les filles ne sont pas traitées correctement ni respectées, elle ne s'y sent pas en sécurité, ce qui est un point essentiel pour faire ce métier dans de bonnes conditions.
La deuxième maison sera la bonne, elle y sera heureuse, même si ce n'est pas tous les jours faciles.

❀❀❀

Emma Becker nous parle d'abord un peu d'elle, de qui elle est avant de nous expliquer sa démarche, son choix, sa fascination pour ces putes qui sont avant tout des femmes.

Une fois qu'elle s'installe dans "la Maison" elle nous raconte les conditions de travail, les bons jours et les mauvais, elle nous parle de ses collègues, pourquoi elles sont là, ce qu'elles font dans la vie, leurs histoires.
Et bien sûr les clients sont importants, ils sont la clé de voûte de la maison, de ce qui s'y passe.

Dans cette Maison il y a différentes chambres, chacune a son âme particulière. Il y a les chambres préférées, celles qui sont délaissées, il y a du mauve, du rose, du pastel, des miroirs, de grands lits....
Ce livre est fait de très beaux portraits de femmes, tout en nuance, en douceur et surtout dans le respect, malgré le côté peu reluisant du métier, peu reluisant pour nos sociétés qui jugent.

❀❀❀

Je ne veux pas dire que ce livre me fait aimer la prostitution, surtout qu'ici celle dont on parle n'a rien à voir avec la prostitution de rue, violente, sale, effrayante, rarement choisie ou consentie, mais ce livre est profondément féministe.
C'est un livre sur la liberté de la Femme, la liberté des choix, l'absence de jugement.
Ici Emma Becker nous parle de femmes,
d'être une femme,
d'aimer la chair,
le plaisir au plaisir.
Elle nous parle de femmes fortes

❀❀❀

On peut le dire, au départ c'est vraiment un sujet très casse-gueule, mais Emma Becker ose le pari, elle prend le risque. Un risque littéraire mais aussi un risque privé, c'est pour moi une force incroyable d'avoir publié ce roman, d'avoir tout raconté.
Je reconnais que j'étais initialement très sceptique et que je n'avais pas tellement envie de lire ce livre, mais lors de son passage dans "la grande librairie" elle m'a étonné, elle a éveillé ma curiosité, ce qu'elle disait avait du sens et en même temps était perturbant. J'ai eu envie de comprendre mieux son sujet.
Cette jeune femme assume ce qu'elle est, ce qu'elle ressent, ce qu'elle veut, et pour ça elle est admirable. Elle est tout simplement libre. Et elle le crie haut, et fort.

C'est un livre perturbant, un livre qui bouscule, qui pousse les limites.
Je ne suis pas comme elle, comme beaucoup de femmes, et oui certains passages m'ont choqués, pourtant je suis loin d'être bégueule.
Je ne peux pas dire que j'approuve totalement la démarche, qui reste très partiale et est très peu représentative de la condition des prostituées de manière générale, il suffit de le savoir avant d'entamer la lecture. Il faut prendre ce livre pour ce qu'il est, une expérience un peu folle, et probablement très exceptionnelle, et non pas un témoignage des conditions de vie des prostituées.

À découvrir sans peur et sans oeillères !


Flammarion, 371 pages. Août 2019

samedi 19 octobre 2019

"Rien n'est noir" de Claire Berest


Qui ne connait pas Frida Kahlo ? Ne serait-ce que de nom ?
Je reconnais que je n'en savais pas grand chose avant d'entamer la lecture de ce livre, en dehors des grands lignes bien sûr.

Frida donc, cette jeune fille pleine de vie, heureuse, amoureuse et qui à 18 ans à peine est percutée par un tramway alors qu'elle est dans un bus avec son amoureux.
Son corps est brisé ainsi que sa vie. Elle faisait partie des premières filles à étudier à la preparatoria, elle voulait devenir médecin.... mais après l'accident tout change. Elle passe des mois allongée, d'abord à l'hôpital puis chez elle dans son grand lit à baldaquin.
Alors elle commence à peindre, parce qu'elle souffre, elle peint.

Et puis lorsque enfin elle se remet debout elle va à la rencontre du grand peintre Diego Rivera, un célèbre muraliste, le peintre le plus célèbre du Mexique, un homme gigantesque, éléphantesque, son crapaud monstrueux, un homme à femmess jamais rassasié.
Elle est folle amoureuse de cet homme, elle réussit à s'en faire aimer et à l'épouser.
Leur vie commune sera très mouvementée, souvent douloureuse, surtout pour Frida, qui ne vit et respire que pour son homme.
Et puis sont corps se rappelle trop souvent à elle, elle si jeune et pleine de vie mais elle est freinée dans ses élans pourtant passionnés.
Elle est tellement vivante, colorée, brutale, forte...

Ce texte de Claire Berest est lumineux.
On sent tout l'amour que l'auteur a pour Frida Kahlo, sa jubilation de nous parler de l'artiste, son enthousiasme.
Il y a un rythme qui nous entraine et nous fait tourner les pages, on sent la vie qui avance vite, trop vite, on sent le sourire et l'éclat de l'auteur (que l'on retrouve effectivement dans les interviews).

Un livre exaltant mais sombre et pourtant "rien n'est jamais noir" !!
"Moi je ne me bats pas, Diego ? Je passe la moitié de ma vie à l'hôpital à me faire charcuter comme si j'étais un bout de viande sur l'étal d'un boucher ! Je ne suis pas malade, je suis brisée ! À Paris, j'ai cru que j'allais mourir. J'ai mal partout, j'ai mal tout le temps. Je ne parviens pas à imaginer ce que c'est que de ne pas ressentir de douleurs dans le dos, dans les mains, dans les jambes, dans le ventre. Je n'ai pas de pieds, j'ai des sabots, on m'a déjà enlevé des orteils, je boite ; dans les cabarets, je ne peux plus que regarder les autres danser. Je ne compte plus mes fausses couches. Quatre, cinq, six ? Et tu me dis que je ne me bats pas ? Je vis avec toi depuis dix ans, et tu oses dire que je ne me bats pas !"
Stock, 282 pages. Août 2019

lundi 27 mai 2019

"La vie rêvée de Virginia Fly" de Angela Huth


Virginia Fly a 31 ans, elle est institutrice et vit chez ses parents dans la banlieue de Londres.
Elle est plutôt satisfaite de sa vie, certes un peu monotone, mais elle entretient une correspondance avec un dénommé Charlie qui vit aux États-Unis et fantasme beaucoup à son sujet. Elle sort aussi régulièrement avec un vieux professeur pour aller écouter de le musique.
Les relations avec sa mère ne sont pas très faciles et ne vont pas s'améliorer lorsque cette dernière va l'inscrire pour un reportage télévisé sur l'amour.... Virginia sera interviewée en sa qualité de trentenaire encore vierge....
Ce passage sur les ondes va chambouler ses relations amicales, d'autant plus que Charlie décide à ce moment-là de venir lui rendre visite.

Ce roman a été écrit en 1972 (deuxième roman de l'écrivain) et il caricature bien une certaine société anglaise de l'époque, la mère est totalement imbuvable et s'immisce en permanence dans la vie privée de sa fille, qui s'en plaint mais pourtant continue de vivre chez ses parents à trente ans passé. Le père est absent, très en retrait, mais volontairement ; un poltron qui ne veut pas affronter son épouse.
Charlie est un portrait grotesque de l'homme misogyne américain, bien entendu il sera une grosse déception.
Chaque personnage a des traits de caractère très poussés, à l'excès, pour mieux servir cette satire.

Lorsque Virginia vit sa première expérience, la description est à vomir, elle n'arrive à voir que les points noirs, la peau grasse, les poils durs, les orifices sombres.... bref tout ce que le corps peut avoir de répugnant. Cette première expérience est assez sordide mais je trouve merveilleusement bien écrite, tellement elle est vraie.

Il y a donc quelques passages comme ca qui sont très forts et qui nous montre le futur potentiel de l'auteur mais je n'ai pas été très emballée par l'ensemble du livre. Le début est un petit peu long à se mettre en place, la fin m'a plus "attrapée".
Je dois reconnaitre une petite déception à cette lecture mais probablement parce que j'en attendais autre chose.
J'avais en effet tellement aimé un autre roman de cette auteur, "Les filles de Hallows Farm", roman dans lequel elle a prouvé une fois de plus son talent remarquable en ce qui concerne l'étude de ses personnages.

Folio, 258 pages.
Traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff.

mercredi 17 octobre 2018

"Légende" de Sylvain Prudhomme


La plaine de la Crau, cette immense étendue aride, caillouteuse, balayée par le mistral ; Nell y vit depuis toujours, fils et petit-fils de berger, au gré des transhumances ; il est devenu photographe, et par dessus tout, il aime photographier cette plaine, ses cailloux, ses brebis et ses moutons.

Son ami, Matt, est anglais, il s'est établi depuis quelques années dans cette plaine, son métier à lui est d'installer des toilettes sèches publiques, mais ses passions sont la vidéo, les histoires, et c'est ainsi qu'il réalise des documentaires pour son plaisir personnel.

Une très forte amitié lie ses deux hommes. Mais voilà que Matt se prend d'intérêt pour une vieille boite de nuit qui fut le lieu de toutes les histoires dans les années 70 et 80, "La Chou" était L'ENDROIT où il fallait aller, être vu, s'amuser, sortir...
Mais en s'intéressant à ce lieu mythique Matt se trouve obligé de retracer l'histoire de deux frères, Christian et Fabien. Deux frères très différents, deux frères passionnés, deux frères jouisseurs, plein de vie, mais deux frères qui se trouvent être les cousins de Nell.

Leur amitié va-t-elle résister à la curiosité de Matt, à son intrusion dans la famille de Nell ?

Une histoire touchante, bouleversante, magnifique.
Je découvre ce jeune auteur qui sait manier la langue pour nous emmener avec pudeur dans le coeur de familles ébranlées par les aléas de la vie. On se trouve projeté dans le milieu de la fête des années 70 et 80, années encore insouciantes, où la drogue et le sexe n'étaient pas encore annonciateurs de mort.

L'arbalète gallimard, 292 pages.

jeudi 13 septembre 2018

"Impuretés" de Philippe Djian



Sur cette colline ne se trouvent que des villas luxueuses avec son contingent de starlettes, séducteurs, écrivains... mais surtout avec beaucoup de drogue, d'alcool et de sexe.
C'est dans ce milieu qu'évolue Evy un adolescent de 14 ans qui se remet à peine de la mort de sa soeur. Lisa, 18 ans, s'est noyée dans un lac suite à une soirée étrange et en présence de son frère. Celui-ci restant mutique sur le sujet est soupçonné du pire par une grande majorité de son entourage.
Cet ado, complètement paumé, doit essayer de continuer à grandir, entre une mère dépressive, ex-star de cinéma qui tente de faire son come-back et un père écrivain, ancien junkie et non moins paumé que son fils.
La mère est tour à tour méfiante, insensible, accusatrice mais jamais mère avec son propre fils, elle est beaucoup trop occupée à s'occuper de sa petite personne pour être capable de voir la détresse de son fils.
Le père, lui, est encore tellement jeune dans sa tête qu'il ne gère rien du tout et encore moins l'arrivée de son propre père, psychanalyste à la retraite, qui essaie de tout gérer....

Bref tout part à la dérive et les ados de son monde fou n'ont pas grand chose à quoi se raccrocher ; ils découvrent le sexe, l'alcool et la drogue à un âge beaucoup trop jeune et surtout de manière assez violente.

Philippe Djian nous jette dans ce milieu sordide, clinquant et brillant de l'exterieur, mais une fois que l'on est à l'intérieur on a juste la nausée en permanence....

Je ne suis pas sûre de pouvoir dire que j'ai aimé ce livre, je l'ai trouvé très dérangeant et glauque.

Gallimard, 352 pages.

jeudi 17 mai 2018

"Dans le jardin de l'ogre" de Leïla Slimani



Adèle, journaliste, est l'épouse de Richard, chirurgien, et la mère de Lucien un petit garçon de 3/4 ans.

Adèle a un problème, avec son corps, avec les hommes ; c'est comme une drogue il lui faut avoir des relations sexuelles fréquentes, avec n'importe qui, et parfois dans une violence assez extrême. En somme elle souffre de nymphomanie - exagération pathologique des désirs sexuels.

Nous nous retrouvons face à cette jeune femme complètement déconnectée de sa vie, qui n'existe que par et pour ses pulsions.
Elle réussit à créer l'illusion auprès de son mari, de son entourage, elle joue son rôle presque parfaitement. Mais elle en paie le prix fort.

Je ne sais pas si elle ressent un trop plein d'émotions ou si à l'inverse elle ne ressent rien... ce qui est certain c'est qu'elle est malheureuse, elle est en profond désarroi et s'inflige des souffrances à la limite du supportable. Elle m'a, parfois, donné envie de mourir.

Dans ce premier roman de Leïla Slimani, on retrouve le même style clinique, froid, incisif, direct qui nous permet de rester à distance ; distance essentielle pour pouvoir avancer dans le livre.
Difficile d'avoir de l'empathie pour cette femme, difficile de comprendre ses raisons, de comprendre ce qui l'anime... elle-même semble perdue et ne pas savoir où elle va et ce qu'elle fera, elle ne maitrise absolument rien de sa vie.

Je n'arrive pas à savoir ce que je pense de ce livre. Ce n'est pas un livre que j'aime ou que je n'aime pas.
C'est un livre qui dérange, qui pousse dans ses derniers retranchements, en tout cas en tant que femme il m'a beaucoup perturbé. Je pense que cette femme est malade, en effet, ses tendances sont "hors norme", elle fait peur et je n'aurais certainement jamais voulu être à sa place.
Mais au bout du compte je ne comprends pas bien l'intérêt de cet histoire, le message (y en a-t-il un ?)... je ne suis pas sure que ce livre m'ait apporté quelque chose d'autre que le dégoût, l'écoeurement, l'incompréhension...

Je commence à me poser des questions sur cette auteur qui jusque là renvoie une image de la femme qui oscille entre la nymphomane, la folle assassin d'enfants, et la mère nigaude...

Pas certaine de retenter l'expérience...

Folio, 228 pages.

dimanche 15 octobre 2017

"La chambre des époux" de Éric Reinhardt



Bon alors celui-là ne va vraiment pas être simple à commenter...
Il est très difficile d'expliquer ce qu'est ce livre, je pense qu'il risque de beaucoup diviser.

Dans un premier chapitre, Éric Reinhardt reprend un texte qu'il avait écrit il y a une dizaine d'années pour "Les Inrockuptibles" ; texte dans lequel il explique et raconte de manière succincte et rapide le cancer du sein de sa femme. Il écrit à ce moment là son roman "Cendrillon", il veut tout arrêter pour s'occuper de Margot mais elle lui demande au contraire l'impossible, qu'il finisse son roman pendant qu'elle guérit.

A la suite de cela, en 2008, il rencontre au cours d'un diner une jeune femme, Marie, une miraculée du cancer elle aussi (le pancréas en ce qui la concerne), il est ému, touché par cette femme qu'il veut "sauver", il ne veut pas qu'elle rechute, il ne veut pas qu'elle meure.

Et le roman gigogne commence, l'auteur nous livre les notes qu'il écrit à ce moment pour son nouveau roman. Finalement par petits morceaux, le livre apparaît sous nos yeux, ou ce qu'il aurait pu être. Et c'est dans ce pseudo-roman que l'on retrouve Nicolas, compositeur de musique, marié à Mathilde qui a survécu à un cancer du sein et qui rencontre au cours d'un dîner Marie une autre survivante.... jusque là c'est un peu comme relire la même histoire en changeant simplement les prénoms ; Nicolas a composé une musique merveilleuse au cours de la maladie de sa femme et il est bien sûr internationalement reconnu...
Et puis on passe à la suite du roman, Nicolas apprend que Marie a rechuté et décide de la retrouver pour l'aider à guérir ou à mourir. Il laisse donc son épouse pour rejoindre cette jeune femme qu'il n'a rencontré qu'une fois... bon bon bon....

Alors, alors... ce livre ne m'a pas laissé indifférente, c'est le moins que l'on puisse dire... maintenant je crois que je suis totalement incapable de dire si j'ai aimé ou pas, en réalité plus j'y pense et plus mon avis change, varie. Je vais donc essayer de dire ce que j'ai aimé et ce que j'ai détesté (je crois).

Éric Reinhardt choisit une manière plutôt singulière pour nous parler de la maladie, de ce qu'elle peut faire dans un couple, comment elle est vécue, les changements qu'elle apporte, le regard d'un homme sur sa femme qu'il aime malgré tout, le besoin du "beau" et donc de l'Art pour avancer, rester vivant et ne pas sombrer.
Il y a de très beaux passages sur l'amour, sur le corps, sur le sexe dans un couple et le désir.
Il semble qu'il ait eu besoin de cette rencontre avec Marie pour se libérer dans une projection, et enfin laisser aller son émotion.

Il y a tout de même un moment où je me suis demandée si tout n'était pas un roman, si tout était une biographie, si il n'y avait pas quelque chose de l'ordre du fantasme.
Et c'est là où je dois dire qu'il y a des passages entiers où j'ai été terriblement mal à l'aise, gênée, embarrassée, je crois même avoir rougi, toute seule. (et pourtant je suis loin d'être bégueule...).
J'ai trouvé les réactions de Nicolas (Éric ?) totalement surprenante, une manière de faire, de penser incompréhensible pour moi. Et des scènes de sexe qui m'ont dégoutées, pas le sexe, mais la manière je crois. Le pourquoi et le avec qui. En fait une impression qu'il ne ressent ses émotions et ne peut les transmettre que par son sexe... ce qui est assez réducteur.

En revanche l'auteur sait manier le verbe et la phrase, et certains passages sont vraiment magnifiques, alors pourquoi parfois nous donner des phrases longues, ampoulées, ennuyeuses voire incompréhensibles ? Se regarde-t-il écrire ?

Je suis passée sans cesse tout au long de ma lecture de j'aime à je déteste et ainsi de suite.

Reinhardt est extrêmement présent, est-ce voulu ? ou juste une petite crise narcissique ?
En fait en fonction des réponses que l'on veut bien donner à beaucoup de questions on passe du chef-d'oeuvre à quelque chose de totalement ratée, vide, inutile.

Je ne pourrais donc pas recommander ce livre car certains passages qui m'ont choqué sont beaucoup trop forts et présents ...
En revanche si certains se lancent quand même je serais très intéressée d'avoir vos avis !!!!

Après avoir lu le livre j'ai écouté une interview de l'auteur à propos de son livre, j'ai trouvé qu'il s'écoutait parler, qu'il avait l'air d'être assez imbu de lui-même, pas très agréable... heureusement que j'ai regardé cette interview après la lecture du livre.
Ah et je trouve que la 4ème de couverture ne se rapproche que de très loin de ce qu'est le livre.
"Mais surtout, et il est capital pour moi de le préciser, et c'est pourquoi je peux raconter ici ce dîner, c'était la peur de perdre Margot que répercutait en moi la précarité supposée de Marie, c'était Margot que je désirais et avec qui j'avais envie de faire l'amour quand ce soir-là je désirais Marie, c'était le souvenir de l'amour que nous nous étions donné, physiquement, sexuellement, elle et moi, afin que la vie ne s'éteigne pas, quand elle avait été malade et dégradée par la chimio, que faisait remonter en moi la présence irradiante de cette femme. C'était la vie que je voulais maintenir en vie en voulant aimer Marie. C'était toutes les femmes malades du monde et qui luttaient pour ne pas mourir que je voulais aimer et aider à vivre. Que la maladie n'existe plus et qu'aucun être aimé ne succombe plus d'aucune maladie grave et incurable. C'est depuis l'intérieur de cette puissante émotion que je regardais et désirais Marie."
"Et c'est un an et demi plus tard, le 29 mai 2008 en début d'après-midi, sur les hauteurs de Lyon, à quelques heures de mon apparition aux Assises internationales du roman qu'aura enfin été percée cette bulle de protection et d'inconscience où je m'étais réfugié non pas pour fuir lâchement la maladie, mais au contraire pour l'affronter efficacement, ce qui s'était révélé être le meilleur calcul possible, en définitive, certes, n'était la question de ce que j'avais mis de côté comme terreur, comme tristesse, comme lucidité non vécues, écartées de mon champ de conscience si je puis dire." 

Gallimard, 176 pages.