Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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mardi 18 février 2020

❤️❤️ "Marche blanche" de Claire Castillo




Ce livre est une bombe que l'on se prend en pleine figure !
Une fois ouvert on ne peut plus le refermer, hormis quelques petites pauses pour reprendre son souffle et ses esprits.

Nous sommes enfermés dans la tête d'une mère qui a perdu sa fille âgée de 4 ans et 9 mois ; Hortense a été enlevé dans un parc alors qu'elle jouait à cache-cache avec sa mère. 
Dix ans plus tard, alors que de nouveaux voisins s'installent dans la maison d'en face, la mère croit reconnaître sa fille dans la jeune ado de 14 ans de cette famille. 

Et tout part en vrille.
Elle devient totalement obsédée par Hélène qu'elle croit être Hortense, ses actes ont de moins en moins de sens, son mari, son amie de toujours s'inquiètent, ils voient la dérive mais ne peuvent imaginer à quel point cette mère vit sous tension.

Cette mère, éperdue d'amour pour sa fille, nous livre sa douleur, son manque, l'absence. 
Coincé dans le huis clos de son esprit nous suivons les méandres de son évolution psychologique, nous vivons avec cette femme qui n'en peut plus, qui vit au bord de la folie, jusqu'où ira-t'elle ? Comment se sortir de cette noirceur dans laquelle elle s'enfonce un peu plus chaque jour, malgré un entourage bienveillant et présent ? 

Une écriture nette, franche, qui ne cache rien et qui sert parfaitement son sujet. 
Un livre glaçant mais tellement brillant !  

"Elle n'est plus là, parce qu'elle n'est plus nulle part. Elle est dans mon coeur, elle peut très bien y vivre. Je la fais battre. Pour la réanimer."

Gallimard, 166 pages. Janvier 2020

mardi 22 octobre 2019

"Girl" de Edna O'Brien


Girl c'est cette jeune fille qui nous raconte son histoire.
Sa terrible histoire.
Elle commence par une nuit effroyable, avec l'enlèvement de dizaines de jeunes lycéennes par la secte musulmane Boko Haram.
L'école est mise à sac, les filles, transportées dans des camions, sont séparées en petits groupes. Elles traversent la forêt et rejoignent des campements de djihadistes.
Aucune jeune fille n'est épargnée, elles sont violées, battues, maltraitées. Elles deviennent esclaves, elles se doivent de suivre la doctrine religieuse de leurs assaillants.

Après un temps notre conteuse est mariée à un combattant, rapidement elle a un enfant, une petite fille, Babby.
Lorsqu'enfin elle réussit à se sauver au cours d'une attaque, elle doit se débrouiller pour apprendre à survivre, réapprendre à vivre par elle-même et pour elle-même. Le retour à la réalité tant désiré n'est pas si facile que ça.

Je me suis un peu perdue dans la temporalité de ce texte mais probablement comme ces jeunes filles qui n'avaient plus la notion du temps. Ni celle de la géographie d'ailleurs.
J'ai eu du mal à vraiment m'attacher aux personnages, j'avais l'impression de regarder tout ceci se dérouler de loin.
Cependant j'ai apprécié le traitement fait sur le retour, et sur toute l'ambiguité que cela provoque, la difficulté pour l'entourage mais aussi et surtout pour celle qui revient. Revenir alors que le temps a passé, revenir en étant suspecte, revenir pour voir que tout a changé, revenir sans être plus jamais la même.

Un roman qui reste fort même si j'en suis restée un tout petit peu éloignée.

Sabine Wespieser Éditeur, 250 pages. Septembre 2019
Traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

jeudi 14 février 2019

"Rêves oubliés" de Léonor de Récondo


"Être ensemble, c'est tout ce qui compte."

Les "rêves oubliés" c'est l'histoire de l'exil d'une famille ; une famille républicaine obligée de fuir son pays basque espagnol en août 1936 au moment de la guerre civile espagnole.
Il y a Aïta, le père, Ama, la mère, leurs 3 jeunes garçons, mais aussi les grands-parents et les oncles, frères d'Ama.

Ainsi de 1936 à 1949 nous suivons le quotidien de cette famille qui doit se réinventer, se reconstruire après avoir tout laissé derrière eux. Il faut renouer avec la sérénité, avec l'essentiel. Mais ce n'est pas facile lorsque l'Histoire les rattrape encore avec la Seconde Guerre Mondiale qui vient à nouveau tout chambouler.

Cette famille s'installe d'abord à Hendaye, juste de l'autre côté de la rivière où se trouve leur village. Aïta aime travailler avec ses mains, il est doué, artiste, il façonne aussi bien le jardin que la glaise.
"Toi, tu as mis ta pensée dans tes mains."
Mais lorsque la guerre se réinvite dans leur quotidien Aïta part travailler à l'usine d'armement, il est malheureux et dans le village on commence à les regarder comme des étrangers, des coupables. C'est pourquoi ils acceptent l'offre de se charger de faire tourner une ferme près de Dax, c'est comme un second exil, ils s'éloignent encore un peu de leur pays.

La narration principale se fait à la troisième personne, on nous raconte l'histoire de cette famille unie, et s'intercalent au milieu, des morceaux du journal intime d'Ama, la mère. Elle fait rentrer le "je", l'intime, le vécu, le ressenti.

Ce récit c'est aussi l'histoire de la famille paternelle de Léonor de Récondo, cette famille qu'elle connait assez mal et auprès de qui elle souhaite se rapprocher en racontant leur vie, vie qu'elle romance intelligemment, avec beaucoup d'amour.

J'avais déjà lu ce roman il y a une dizaine d'années, mais en lisant "Manifesto" j'ai eu très envie de relire ce livre, relire le début de la vie de Félix. On découvre une enfance particulière, un goût pour l'art qui apparait très jeune, et qui est finalement un goût "familial".

Déjà Léonor de Récondo m'avait enchantée lors de la première lecture, elle avait déjà ce tact, cette délicatesse dans l'écriture, dans ces mots et ces phrases qu'elle sait si bien arranger, qui nous transportent dans un monde de lecture où l'on se sent si bien.
On lit et relit certaines phrases, on termine un chapitre et on s'arrête 5 minutes, on prend son temps, on digère et on se délecte.
On l'aura compris je suis une fan inconditionnelle !
"Depuis qu'il est arrivé à Hendaye, Aïta a vécu en posant les instants les uns à côtés des autres."
"En traversant la Bidassoa, Otzan a senti que son âme se fissurait, se brisait. Depuis, il jongle avec les éclats épars en tremblant de se couper les doigts." 
Sabine Wespieser Éditeur, 169 pages.

mardi 27 novembre 2018

❤️ "Le lambeau" de Philippe Lançon"


Prix Femina 2018

Alors, bien sûr, tout le monde connait déjà un peu ce livre.
Philippe Lançon se trouvait à la conférence du mercredi de "Charlie Hebdo" ce fameux 7 janvier 2015 lorsque les frères K. ont fait irruption avec leurs kalachnikovs...
Il a été gravement blessé au bras, à la main et surtout au visage ce qui lui a valu de passer les neuf mois suivant en milieu hospitalier où il a subi de multiples chirurgies et tenté de se reconstruire.

C'est en effet une très belle oeuvre littéraire, pas toujours facile d'accès, les références sont nombreuses, on sent la maitrise de la langue, du sujet.
Mais c'est aussi (évidemment ?) un livre bouleversant d'humanité, d'introspection, de sincérité.

Philippe Lançon a eu ce qu'on appelle une blessure de guerre, il est une "gueule cassée", comme les soldats de la Première Guerre. Il nous raconte son parcours à l'hôpital, mais aussi les relations avec le personnel qui le soigne, qui l'entoure, les relations avec sa famille, ses amis, le nid qu'il crée et dont il ne veut plus sortir.
On rentre dans son intimité, son intimité hospitalière, son intimité de patient, on observe l'évolution de ses relations, notamment avec les soignants, ce qu'il inspire en tant que victime d'un acte où tous les français se sont sentis attaqués.
Il a une manière bien à lui de gérer son stress, ses émotions, une manière très "littéraire", il se plonge et se replonge dans certaines lectures, il a un rituel pré-opératoire, et rapidement il écrit à nouveau pour les deux journaux pour lesquels il travaille. Une manière de rester vivant, tout en étant éloigné de la folie du monde.

Un livre que j'ai beaucoup apprécié d'une part pour sa richesse littéraire mais aussi parce que l'auteur se livre sans pudeur et nous dit sa vérité.
Il ne parle pas beaucoup du problème des attentats, des islamistes même si il reconnaît qu'il a "peur", c'est vraiment une parole sur la reconstruction physique, psychique et émotionnelle.

De plus c'est une manière de nous rappeler que lors des attentats il n'y a pas que des morts mais aussi des blessés pour qui la vie change parfois du tout au tout, il y a ceux qui parlent (écrivent) mais également des dizaines (des centaines) d'autres qui ne peuvent pas et qui pourtant vivent l'horreur au quotidien, même des années après.

C'est un témoignage fort, et à mon avis indispensable car l'homme a tendance à tout oublier....
"La novlangue avait aussi un mot pour signifier un peu plus qu'éprouver ou ressentir, « sentventre », ce qui veut dire, explique Orwell, « sentir avec les entrailles ». Je l'ai peu à peu décliné, selon les heures de la journée et les points d'incommodité - « incommodité » est le mot que j'ai assez vite choisi pour définir devant les autres ce que mon corps subissait. Ce n'était pas une coquetterie, et pas seulement un euphémisme : en réduisant le mot, je réduisais la douleur et le pathétique qui l'accompagnait. L'incommodité, c'était tantôt « sentmâchoire », tantôt « sentnez », tantôt « sentgorge », tantôt « sentoeil », tantôt « sentmain » ou « sentbras », et, dans la nuit, comme un bouquet final, « senttout ». Quoi que ça sente, ça piquait, ça irritait, ça brûlait, ça inondait. J'ai pensé tous ces mots, et bien d'autres, mais je ne les ai pas écrits et nul n'en a rien su."
"Quatre dans un hôpital, une dans l'autre : ce sont les chambres où je suis resté à plein temps du 8 janvier 2015 au 17 octobre 2015, ce qui, si finalement je compte et si je ne me trompe pas, donne un total de 282 jours. Ce sont les prisonniers qui comptent, et souvent les malades, parce qu'ils voudraient s'enfuir et disparaître. Je n'étais ni prisonnier ni malade : j'étais une victime, un blessé, et j'aurais voulu rester dans les hôpitaux le plus longtemps possible. Ils me protégeaient et me sauvaient d'un mal que j'avais les plus grandes difficultés à comprendre et auquel je ne voulais surtout pas m'envoler comme, du bagne, l'avait fait Henri Charrière dit Papillon. Ce n'est que par le quotidien hospitalier que j'ai pu apprivoiser ce qui avait eu lieu."
"Si je le recopie ici, c'est parce qu'il indique comment l'attentat crée une chaîne de souffrances subites, communes et particulières, où chaque ami de la victime semble soudain marqué, comme du bétail, au fer rouge : le viol est collectif. C'est pourquoi, à partir du 7 janvier, ma vie ne m'a plus appartenu. Je suis devenu responsable de ceux qui, d'une façon ou d'une autre, m'aimaient. Mes blessures étaient aussi les leurs. Mon épreuve était en indivision."
"Ça n'est jamais arrivé ici, dans ce service, ce mélange de tendresse et de folie que vous inspirez, et c'est pourquoi vous allez devoir partir. Il faut vous protéger de tout le monde et de toutes les bêtises que vous disent les uns et les autres sur la suite, sur votre visage qui va devenir comme ci ou comme ça. C'était inévitable : vous sortez d'un évènement national qui a bouleversé la vie de tous, et, de plus, vous avez une personnalité très spéciale. Vous avez su trouver votre force ici, et c'est bien. Vous avez fait de ce service un nid accueillant et séduisant, tous sont entrés dans ce nid, et vous devez maintenant en sortir pour leur échapper."
Gallimard, 510 pages.