Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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samedi 18 avril 2020

"Crazy brave" de Joy Harjo




Avec ce court récit je découvre Joy Harjo qui est une poétesse et musicienne américaine d’origine amérindienne, de la tribu et de culture creek.

Dans ce texte  elle nous livre son histoire de sa naissance jusqu’à ses vingt ans, lorsqu’elle décide de prendre sa vie en main et découvre qu’elle aime la poésie.

Quatre parties nommées selon les quatre points cardinaux, s’ouvrant chacune sur un poème qui nous donne le mot clé d’une partie de sa vie ; il y a le commencement, l’ennemi(s), le dénouement et la délivrance.
  
Ses débuts n’auront pas été faciles entre un père alcoolique et absent, un beau-père violent, une grossesse très jeune… mais elle a toujours su vivre selon son instinct, son système d’alarme et respecter le plus profond de son âme. Elle a fait ses choix et les a assumés.

Âme qui revêt une importance toute particulière lorsqu’elle se mêle à sa culture amérindienne très forte.
L’autre monde y est très présent, ainsi que l’âme et ses voyages.

C’est un livre un peu particulier et j’aurais des difficultés à en parler sans avoir un échange, je ne suis pas certaine d’avoir perçue toutes les subtilités et je suis restée un peu en dehors malheureusement.
Il y a de très très beaux passages qui m’ont beaucoup touché mais j’ai aussi ressenti une certaine distance et froideur dans le texte. 
J’ai particulièrement aimé les poèmes et surtout les petits « contes » qui se trouvent au milieu et qui sont un autre moyen de se raconter, je les ai trouvé plus fort, plus plein d’émotions. 


❀❀❀
"En vérité, chacun de nous est seul, devant ses gouffres de tristesse..."
"Lors de sa venue au monde, chaque âme est accompagnée. Généralement, c'est un ancêtre avec lequel l'enfant partage des traits de caractère et des dons particuliers."
"Vers l'âge de treize ans, j'en ai eu assez de tous ceux qui se servaient de la Bible pour prouver la supériorité des Blancs et imposer la domination des femmes par les hommes, et je ne supportais plus l'interdiction de danser ni les mises en garde contre les prophéties et les visions."
"Je préférais voir en Dieu un bien-aimé plutôt qu'un homme blanc colérique et déterminé à détruire tous ceux qui ont de l'imagination."
"Nous étions tous des «Peaux-Rouges», embarqués dans un même voyage et en pleine métamorphose, confrontés aux mêmes traumas liés à la colonisation et à la déshumanisation. Nous étions la preuve vivante du combat de nos ancêtres. " 
 ❀❀❀
Globe, 163 pages. Janvier 2020
Traduction de Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski.

samedi 16 novembre 2019

"Avant que j'oublie" de Anne Pauly


Dans ce premier roman très réussi, Anne Pauly se dévoile en nous livrant une partie de son intimité à un moment difficile de sa vie.
Son père vient de mourir, il faut préparer les obsèques, la cérémonie à l'église, vider la maison et faire son deuil.

Avec un style très juste et sans auto-apitoiement elle nous raconte les derniers instants à l'hôpital, la maladie et la fin de la vie du père ; ce père dont il faut faire le deuil et qu'il faut laisser partir.
Pourtant ce père a fait endurer à sa famille une vie teintée d'alcool et de violence, et malgré tout aussi d'amour et de reconnaissance. En tout cas de son point de vue à elle, car pour le frère il ne reste que la violence et l'amertume.

Avec une pointe d'humour, de la tendresse et de la finesse on passe les étapes ; il faut vider la chambre de l'hôpital, rencontrer les Pompes Funèbres, passer par la préparation de la cérémonie à l'église avec des personnes toujours très bienveillantes de la paroisse, jusqu'au petit frichti à la maison où l'on ne parle même plus du défunt, parfois sarcastique le ton est également parfois piquant, ironique et sans complaisance.

Mais lorsque l'on vide la maison de ses parents c'est aussi le moment de replonger dans ses souvenirs, de découvrir des choses que l'on ne soupçonnait pas, cela pourrait être le temps des regrets, et nécessairement il y en a mais c'est cela qui fait avancer, car c'est indécent certes mais la vie continue pour les autres.

Verdier, 144 pages. Août 2019.

jeudi 13 septembre 2018

"Impuretés" de Philippe Djian



Sur cette colline ne se trouvent que des villas luxueuses avec son contingent de starlettes, séducteurs, écrivains... mais surtout avec beaucoup de drogue, d'alcool et de sexe.
C'est dans ce milieu qu'évolue Evy un adolescent de 14 ans qui se remet à peine de la mort de sa soeur. Lisa, 18 ans, s'est noyée dans un lac suite à une soirée étrange et en présence de son frère. Celui-ci restant mutique sur le sujet est soupçonné du pire par une grande majorité de son entourage.
Cet ado, complètement paumé, doit essayer de continuer à grandir, entre une mère dépressive, ex-star de cinéma qui tente de faire son come-back et un père écrivain, ancien junkie et non moins paumé que son fils.
La mère est tour à tour méfiante, insensible, accusatrice mais jamais mère avec son propre fils, elle est beaucoup trop occupée à s'occuper de sa petite personne pour être capable de voir la détresse de son fils.
Le père, lui, est encore tellement jeune dans sa tête qu'il ne gère rien du tout et encore moins l'arrivée de son propre père, psychanalyste à la retraite, qui essaie de tout gérer....

Bref tout part à la dérive et les ados de son monde fou n'ont pas grand chose à quoi se raccrocher ; ils découvrent le sexe, l'alcool et la drogue à un âge beaucoup trop jeune et surtout de manière assez violente.

Philippe Djian nous jette dans ce milieu sordide, clinquant et brillant de l'exterieur, mais une fois que l'on est à l'intérieur on a juste la nausée en permanence....

Je ne suis pas sûre de pouvoir dire que j'ai aimé ce livre, je l'ai trouvé très dérangeant et glauque.

Gallimard, 352 pages.

mercredi 7 février 2018

"Les loyautés" de Delphine de Vigan



Il y a Hélène, enseignante de SVT au collège, une femme fragilisée par son enfance, sa maltraitance, mais aussi une femme forte qui sait "voir" et reconnaître la souffrance, même lorsqu'elle n'est pas visible, une femme qui écoute ses propres convictions et son ressenti.
C'est elle qui va repérer Théo et se battre pour lui.

Il y a Théo, un ado de 12 ans et demi, qui vit une semaine chez sa mère, une semaine chez son père. Il fait ses bagages tous les vendredis pour changer de maison, de parent, d'environnement. Sa mère ne veut même plus prononcer le nom de son père, elle fait un rejet total, elle ne sait pas regarder son fils correctement car elle est trop centrée sur elle-même.
Le père, lui ne gère plus rien, comme si il n'était même plus dans ce monde.
Et Théo boit, il boit pour oublier, pour se donner du courage.

Il y a Mathis, le copain, l'ami fidèle de Théo, celui qui est toujours là, qui accompagne, qui aide, soutien, partage. Une belle amitié d'adolescent, une loyauté sans limite, mais jusqu'où ?

Il y a Cécile, la mère de Mathis, une femme au foyer un peu perdue, mélancolique. On ne sait pas trop ce qui la tourmente, elle non plus d'ailleurs, jusqu'à ce qu'elle découvre un terrible secret, un secret qui concerne son mari. Doit-elle rester loyale envers celui qu'elle a épousé, doit-elle lui parler, le confronter ?

Oui il est beaucoup question de loyauté, celle d'une épouse, celle d'une mère, d'un père, d'un ami, d'une enseignante. Jusqu'où doit-on/peut-on être loyal ? Sans trahir, sans mettre en danger ....
La loyauté envers le(s) parent(s), la protection de celui que l'on aime malgré tout.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui est assez sombre, rude, mais qui soulève beaucoup de questions.
Delphine de Vigan sait mettre le doigt là où ça fait mal, elle sait enfoncer les clous et nous réveiller.
Oui nous avons le jugement un peu facile dans notre société, oui nous ne savons plus nous regarder et nous écouter.
Et si nous étions plus attentifs, plus proches, moins centrés sur nous-même. Et si avant de porter un jugement, nous étions plus ouverts aux attitudes et comportements en laissant une porte ouverte, une chance à l'autre avant de le mettre dans sa petite case et de décider qui il est.

Les thèmes sont forts, les personnages sont justes, elle m'a touchée, elle a éveillé en moi beaucoup de choses, confirmer aussi des idées.

J'ai le sentiment qu'il est de bon ton de critiquer de manière négative les romans de Delphine de Vigan, en tout cas c'est ce que je lis beaucoup dans la presse, ce que j'entends beaucoup à la radio, et à cause de cela j'ai failli ne pas lire ce livre.
Je suis bien contente d'être passée outre (merci Valérie H.) et je trouve les critiques assez injustes et pas toujours très objectives, in my opinion !

JC Lattès, 206 pages.