Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2018. Afficher tous les articles
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dimanche 21 juillet 2019

"Einstein, le sexe et moi" de Olivier Liron



 "Je suis autiste Asperger. Ce n'est pas une maladie, je vous rassure. C'est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu'avec d'autres personnes. [...] Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J'ai participé au jeu télévisé Question pour un champion et cela a été très important pour moi.


Voilà donc à peu près le résumé de ce livre. 
En effet, Olivier Liron nous emmène dans ses coulisses du jeu Question pour un champion, étape par étape il nous livre ce qu'il vit, comment il perçoit les autres candidats et surtout le présentateur Julien Lepers. 
Ce n'est pas n'importe quel jeu car il s'agit d'être le super-champion et il y a un homme à abattre, Michel, déjà super-champion lui-même.

Il y a donc les 3 séquences du jeu, "les neuf points gagnants", "le quatre à la suite" et enfin "le face-à-face", on a l'impression d'être à l'intérieur de sa tête et de revivre l'émission face aux questions, aux stress, on vit les interruptions, les retours, les pauses, les problèmes techniques. 

Et puis entre deux il y a un peu de son intimité qu'il nous livre par bribes, des souvenirs notamment de son enfance, de son adolescence. 
Les souvenirs sont courts mais d'une force rare car "sa différence" a fait toute la différence, on prend un petit coup de poing dans le ventre car ce qu'il a vécu est d'une violence inattendue. 
"La joie, le vert paradis, la douceur de l'enfance, ça, désolé, on repassera, je n'ai pas connu. Cela restera à jamais pour moi incompréhensible, cette violence. Ça marque au fer rouge. S'il n'y avait que les brimades, les blagues sur Forrest Gump et les insultes. On pourrait essayer d'oublier. Mais la façon dont les autres vous font comprendre votre différence, ça s'inscrit aussi dans le corps. J'ai dans mes tripes la mémoire de la différence qu'on m'a apprise, qu'on a tatouée dans ma chair."
On se rend compte qu'il y a une vraie incompréhension du système scolaire, des enseignants et des personnels des collèges/lycées, on ne le comprend pas - ou on ne l'écoute pas ? Mais il subit de plein fouet la violence et la stupidité des uns et des autres. Et apparemment ses parents ne lui sont pas d'un très grand secours, eux-mêmes enfermés dans leurs problèmes de couple.
"C'est marrant, je parle du corps, mais j'ai l'impression que les mots ont encore plus de pouvoir que les coups, que les mots sont les coups qui ne partent jamais, les plus indélébiles, les plus violents pour le corps, justement. [...] J'ai dû entendre dix mille fois les gens m'appeler gogol. À l'école, et surtout au collège, les enfants différents souffrent le martyre. C'est déjà le pouvoir hideux et haineux de la norme. Aujourd'hui encore, quand j'entends à la radio les « normaux », ceux qui ont le pouvoir de la norme, de dicter la norme, de faire la norme, les politiciens et les financiers, les humoristes pas drôles, les haineux de tous bords, j'ai envie de les déchiqueter avec les dents. Pour leur montrer de quel bois on se chauffe, nous les gogos. Je ne raconte pas ça pour me faire plaindre, mais pour témoigner de l'abandon absolu de tous les enfants différents par l'Éducation nationale."
Alors bien sur il se protège, cherche un moyen de "survivre", mais j'avoue que parfois j'ai été un petit peu heurtée par la virulence de ses propos, on sent de la colère, de la fureur.
"Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d'un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j'en suis le premier prisonnier." 
Sa description du jeu est plutôt drôle, cynique, même sarcastique. Il n'a aucune pitié pour les autres candidats, il entre en guerre et veut gagner. Il est d'une très grande lucidité.
J'ai beaucoup aimé les parties où il nous dévoile l'analyse de ses raisonnements pour trouver les réponses aux questions.

Un livre intéressant et qui se lit rapidement.

Alma Editeur, 194 pages.

mercredi 29 mai 2019

"Deux mètres dix" de Jean Hatzfeld



Deux mètres dix, c'est tout d'abord une hauteur, celle que voudraient atteindre les championnes du monde de saut en hauteur, mais deux mètres dix c'est aussi ce roman sur des athlètes, des athlètes olympiques, des athlètes américains et de l'Union Soviétique, deux femmes championnes de saut en hauteur, et deux hommes, haltérophiles, champions du monde eux-aussi.

Ce roman ce sont leurs quatre voix, sans qu'on les entende, quatre histoires que le narrateur nous livre avec pudeur, très simplement.

Il y a Sue Baxter, la jeune américaine, grande, qui saute, qui vole mais dont la chute est malheureusement lourde, et douloureuse, très douloureuse. On la retrouve seule, vivant dans un mobile home, se plongeant dans l'alcool pour oublier la douleur.
Il y a Tatyana Izvitkaya, sa rivale, une petite kirghize qui vole aussi au-dessus de la barre. Tatyana est d'origine koryo-saram, c'est à dire que ses grands-parents étaient des réfugiés coréens à Vladivostok mais envoyé au Kirghizistan lors de la seconde guerre mondiale (ils ressemblaient trop à des japonais...).
Les deux jeunes femmes sont les héroïnes principales de ce roman,  mais il y est aussi question de Chabdan Orozbakov, lui aussi est kirghize, c'est un haltérophile aux multiples records du monde mais il a l'indélicatesse de sortir le drapeau de sa petite république lorsqu'il monte sur la première marche du podium aux Jeux Olympiques de Moscou, le KGB ne sera pas long pour venir le chercher et l'envoyer au goulag en Sibérie. Chabdan est un homme fort et puissant, mais un homme simple, de la forêt et qui aimait son petit pays, et en était fier.
Son pendant américain est Randy Wayne qui a démarré sa carrière en lançant des disques.

Ici on lit en filigrane la guerre froide, le dopage, les excès des athlètes, le surentrainement, l'absence de soutien psychologique, et l'abandon, l'abandon une fois que tout est fini.

C'est un roman que j'ai beaucoup apprécié, une écriture directe, légère.
Les descriptions des sauts et de l'haltérophilie sont parfaites, pleines de douceurs et de poésie.
Il devient facile de voir les muscles se bander, les artères battre, le pied s'appuyer au sol, le corps s'envoler, on entend le silence du stage, le souffle de la salle.
Je découvre avec plaisir cet auteur qui fut un grand reporter de guerre.
Un roman qui se lit vite, facilement et avec plaisir.

Gallimard, 206 pages.

lundi 4 mars 2019

"Avec toutes mes sympathies" de Olivia de Lamberterie


Dans ce récit Olivia de Lamberterie nous raconte son frère.
Son frère Alexandre qui a toujours souffert de mélancolie, de dépression, et qui se suicide le 14 octobre 2015.
Pourtant il a tout, il est beau, intelligent, il a une femme, des enfants, une famille qui l'entoure et qui l'aime, un travail, mais rien n'y fait, son mal-être le fait s'enfoncer chaque jour un peu plus dans le désespoir.

Olivia nous fait vivre les derniers mois, le suicide et sa colère, son deuil. Elle nous parle de sa famille, ses parents, ses soeurs, son mari, ses enfants... comment elle a vécu chaque instant.

C'est certes une très belle preuve d'amour pour son frère, et le texte est plutôt bien écrit. Elle veut réhabiliter son frère dans la vie, nous dire combien elle l'aime et combien il lui manque.
Mais j'ai comme un malaise à lire ces mots, comme si j'étais un voyeur.
Je me sens prise dans une intimité qui ne me concerne pas, ne me regarde pas.
Je ne suis pas sure que j'avais envie de lire leur histoire, privée, personnelle...

Je trouve très difficile de parler de ce livre, et pour être tout à fait honnête je suis assez surprise du prix qu'il a reçu. J'ai particulièrement aimé quelques passages notamment sur la famille, mais plus j'avançais dans le livre plus j'ai eu l'impression de regarder par le trou d'une serrure.
Du coup j'ai un peu de mal à recommander cette lecture...

Stock, 254 pages.

vendredi 8 février 2019

"Le sillon" de Valérie Manteau


PRIX RENAUDOT

La narratrice est à Istanbul où elle a rejoint son petit ami turc, elle se balade dans la ville, oscillant entre l'Europe et l'Asie, entre l'amour et la peur.

Au gré de ses pérégrinations dans la ville elle se renseigne sur Hrant Dink, journaliste arménien assassiné en 2007 par un adolescent. Ce journaliste osait parler du génocide, se savait menacé. Il avait créé un journal militant "Agos", qui signifie le sillon.

Le livre se situe entre 2015 et 2017 avec les attentats de France mais aussi ceux de Turquie. On y retrouve Asli Erdogan, l'écrivaine, lors de son arrestation et au début de son procès, ainsi que ses co-accusés.

Pour ceux qui connaissent Istanbul ce récit doit certainement les replonger dans cette ville magnifique, malheureusement je n'y suis jamais allée mais j'ai pu voyager malgré tout avec la narratrice.

J'ai trouvé intéressant certains passages notamment sur l'histoire de la Turquie, mais Valérie Manteau m'a tout de même un peu perdu dans ce texte qui oscille entre l'auto-fiction, le récit et l'essai.
Je ne peux pas dire que j'ai franchement aimé ce livre que je ne sais pas trop situer.
Je sais qu'il a été un coup de coeur pour certains, probablement ceux qui ont déjà erré dans la ville d'Istanbul, mais j'ai trouvé cette lecture malgré tout un peu ardue et laborieuse, et je suis restée un peu sur ma faim quant au sujet principal, la Turquie, son histoire compliquée et ambigüe.

La narratrice est un personnage qui reste assez éloignée de nous émotionnellement, son compagnon est peu présent, seulement par petites touches.
L'ensemble m'a paru décousu, confus par moment.

Le Tripode, 262 pages.

jeudi 10 janvier 2019

"Mourir n'est pas de mise" de David Hennebelle


1974, Jacques Brel décide de partir en voilier faire le tour du monde.
Il embarque avec lui sa fille France et sa maitresse Maddly Bamy.
Il fuit le gris du ciel belge, les salles de spectacles fermées et enfumées, et les paparazzi.

Mais la vie ne fait pas toujours ce que l'on veut, ce que l'on avait imaginé.
Brel finira par s'installer aux îles Marquises, et malgré la maladie qui le ronge il composera un ultime album avant de partir pour toujours.

Un très joli texte, court, sur les 4 dernières années de vie du fabuleux chanteur que fut Brel.
On ressent toute la passion de l'auteur pour le poète ; moi il m'a emmené avec lui.
Je n'ai pas "connu" Brel de son vivant et hormis ses chansons les plus célèbres je reconnais que je ne savais pas grand chose de sa vie.

Un premier roman réussi, écrit avec finesse et poésie.

Autrement, 148 pages.

mercredi 9 janvier 2019

"Les cigognes sont immortelles" de Alain Mabanckou


Nous sommes en 1977, au mois de mars, à Pointe-Noire - Congo ; la veille (le vendredi 18) le Président Marien Ngouabi a été assassiné à Brazzaville.
C'est le récit des 3 jours qui vont suivre, d'un pan de l'Histoire du pays, et de l'histoire de Michel, 11 ans.
Car cet assassinat aura des répercussions politiques importantes pour le Congo et pour la famille de l'adolescent.

Michel vit seul avec sa mère et de temps en temps son beau-père papa Roger (qui retourne auprès de sa première épouse de temps à autre...). C'est maman Pauline qui a acheté la parcelle sur laquelle ils vivent, grâce à son travail de fournisseur de bananes.

Ce samedi 19 mars, Michel écoute la radio avec papa Roger, sous le manguier de leur parcelle tandis que maman Pauline prépare le déjeuner et que le chien Mboua Mabé somnole.
Ils écoutent "la voix de la Révolution Congolaise" la radio locale, mais qui ne dit rien sur l'assassinat qui a eu lieu la veille, alors que "La voix de l'Amérique" ne parle que de ça.
Bientôt une annonce officielle sera faite, c'est le début de l'effervescence dans tout le pays. Qui a tué le Président ? Que faut-il dire ? Taire ?
Puis un oncle - frère de maman Pauline - arrive, tout droit de Brazzaville, les nouvelles sont mauvaises, il faut prendre parti et des décisions, pour le bien-être de la famille.
Les choix de maman Pauline ne seront pas forcément ceux que l'on attend, et chaque décision aura des conséquences.

Alain Mabanckou nous raconte cette histoire comme une fable, en utilisant  l'exagération mais on sent bien que derrière ce choix narratif il y a une vraie détresse, du désespoir.

Il en profite pour nous raconter son enfance dans ce pays communiste, ami avec l'URSS, les chants russes patriotiques appris à l'école, le regard sur la France et ses Présidents avec leur petite valise.

J'ai trouvé ce livre émouvant, parfois drôle et surtout très instructif.
Je n'avais pas forcément été emballé par Alain Mabanckou avec mes précédentes lectures, mais je crois qu'il a finalement réussi à me prendre dans ses filets.

Seuil, 293 pages.

samedi 22 décembre 2018

"Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu

PRIX GONCOURT 2018

En 1992 Anthony a 14 ans, il est amoureux de Stéph, qui elle-même en pince pour Simon qui lui n'est jamais contre, que ça soit Stéph ou une autre.
Il y a aussi le cousin (d'Anthony), avec sa mère dépressive ; les parents d'Anthony - un père violent et alcoolique, une mère qui s'est trop longtemps tue.
Il y a Hacine, ses potes et son père.
Et tous les autres

Et puis il y a aussi la drogue, l'alcool, les fêtes, la violence, les flirts, l'amour, le chômage, l'ennui...

C'est l'Est, la région des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, des usines qui sont fermées....

De ce premier été en 1992 jusqu'à l'été de la première victoire de la France en coupe du monde, Nicolas Mathieu nous emmène à la suite d'Anthony et de ses comparses, on suit l'évolution de nos héros au fil du temps, de leurs expériences, de leurs rencontres. De la tendre adolescence au jeune adulte, les années charnières, les années de construction.

Des personnages qui nous ressemblent, des personnages que l'on a croisé, que l'on a fréquenté... d'autant plus que je suis de cette génération, de cette époque, alors forcément on s'y retrouve un peu, beaucoup.

Une magnifique chronique sociale d'une époque révolue, d'une époque où l'on parlait encore de "catégories socio-professionnelles", d'une époque sans tablettes, sans téléphone, sans internet, d'une époque où l'on se rencontrait au bal, dehors...

J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel je me suis plongée sans retenu, dans lequel je suis restée bien longtemps après avoir refermé la dernière page.
L'écriture, sans être très littéraire, est belle et agréable, l'histoire est simple, mais prenante, il n'y a pas de doute. Un très très bon moment de lecture.

Actes Sud, 426 pages.

lundi 5 novembre 2018

"Tous les hommes désirent naturellement savoir" de Nina Bouraoui



Ce livre est présenté comme un roman mais il s'agit plus d'un récit autobiographique.
Avec des chapitres aux titres répétitifs, Nina Bouraoui revient sur son enfance, son adolescence et les prémices de son homosexualité.

Il y a les chapitres nommés "Se souvenir" où l'auteur se souvient de son enfance de 4 à 14 ans, en Algérie mais aussi lors de ses séjours en France ; "Savoir" parlent de ce qu'on lui a raconté, les souvenirs de sa famille, c'est avant elle mais aussi sa petite enfance ; "Devenir" c'est lorsqu'elle a 18 ans, qu'elle étudie à ASSAS, elle est seule à Paris et découvre le milieu homosexuel féminin, elle est attirée mais a peur, elle a envie tout en étant dégoutée ; et enfin le dernier qui n'arrive qu'à la fin du livre, "Être" qui en peu de mots nous dit ce qu'elle est, aujourd'hui.

La lecture de ce livre est très facile car les chapitres sont courts, parfois même très courts, mais tout est mélangé, c'est un va-et-vient incessant dans les différentes époques de son passé, ce qui est parfois pénible (et pourtant j'aime bien ce style de narration, mais là poussé à l'extrême...).
Cependant je me suis assez vite lassée de ce récit intime qui au final ne m'a rien apporté. C'est une énième confession, tranche de vie, sans grand intérêt et que je vais vite oublier à mon avis.

Dommage parce que c'est plutôt bien écrit et pour une première rencontre avec Nina Bouraoui je ne suis pas très convaincue, pas sûr d'y revenir.

JC Lattès, 264 pages.

mercredi 24 octobre 2018

❤️ "Ça raconte Sarah" de Pauline Delabroy-Allard

Chanson, toi qui ne veux rien dire, toi qui me parles d'elle, et toi qui me dis tout." Indian Song, Jeanne Moreau

Ça raconte une passion amoureuse fulgurante et dévorante entre deux femmes.

La narratrice est une jeune femme sage, professeur dans un lycée, mère d'une enfant de 6 ans, sa vie est plutôt monotone et tranquille ; à l'occasion d'une soirée de nouvel an elle rencontre la pétillante et extravagante Sarah, violoncelliste. Les deux jeunes femmes vont très vite se lier d'amitié, se voir tout le temps, de plus en plus souvent, jusqu'à réaliser qu'elles sont très amoureuses.

Vient alors les brûler le feu de la passion, l'exaltation, l'ivresse de l'amour tous les jours renouvelée.

C'est un roman court mais très intense, en deux parties distinctes. 
Dans la première partie, la narratrice nous raconte Sarah, leur rencontre, leur amour, la découverte, la folie de la passion. 
Ce sont des chapitres courts qui donne un rythme au livre comme une partition de musique, il y a des langueurs, des accélérations, des crescendos... On se trouve parfois sans souffle, haletant, pantelant, exsangue, tellement tout va vite, très vite. 
La tête tourne.
La deuxième partie est plus calme, mais aussi plus mélancolique, plus triste. La narratrice est seule, partie pour un voyage en Italie, mais Sarah est malgré tout toujours là, tel un fantôme, une ombre, une présence.

Il y a des mots, des morceaux de phrase qui reviennent dans le texte, un peu comme une obsession, un leitmotiv. Cela donne une narration très vivante, dynamique, rapide.

C'est un premier roman franchement réussi et tout à fait surprenant, plein de poésie.
"Ça raconte ça, le silence tonitruant et les jours cotonneux dans lesquels on flotte, quand on offre la vérité."
"Ça raconte ça : le souffle, le soufre, la tempête."
"Ça raconte ça, qu'on ne peut pas aimer, boire et chanter en paix, que pour vivre heureuses, il faut vivre cachées."
"Elle ne comprend pas que je suis à bout de forces de cette vie qu'elle me propose, de cette vie qui va trop vite et dans laquelle elle ne veut pas s'engouffrer tout à fait, de son instabilité, de son incertitude, de ses abandons et de ses caprices, de ses toquades de princesse."
"Ça raconte Sarah, imprévisible, ondoyante, déroutante, versatile, terrifiante comme un papillon de nuit."  
Les Éditions de Minuit, 189 pages.

lundi 22 octobre 2018

❤️ "Dix-sept ans" de Éric Fottorino

C'est une histoire sur la quête des origines, la force et le poids des secrets de famille, des non-dits ; sur le temps qui passe et le manque de communication.

Tout commence lorsque Lina, 75 ans, convoque ses trois garçons pour leur révéler un secret trop longtemps enfoui dans son coeur et qui maintenant l'étouffe. Les deux plus jeunes, François et Jean, sont émus et soutiennent leur mère, tandis que Éric, 58 ans, est pétrifié et ne peut absolument pas réagir, dans un premier temps.

Mais cette révélation lui fait ouvrir les yeux sur sa mère et sur la relation qu'il entretient avec elle. Depuis de trop nombreuses années il ne la voit quasiment plus, il pense qu'il ne l'aime plus, ou pas assez, dans sa tête une petite phrase "Je ferai comme si tu étais morte."
Il se retrouve face à son histoire et commence un chemin initiatique à l'envers. Il doit retourner à sa naissance à lui pour enfin essayer de connaître et découvrir celle qui est sa mère.

Éric nous emmène de La Rochelle, à Bordeaux en passant par Nice, on quitte un océan pour une mer(e), un ciel bleu pour un autre, il recherche ses racines, il remonte dans le temps pour (re)connaître et comprendre sa mère, ses pères, ses oncles et sa grand-mère. Un chemin qui encore une fois en dit long sur les ressentis de chacun et l'interprétation des évènements.

Une magnifique histoire d'amour, touchante et émouvante dite comme une urgence, une pulsion.
De jolis mots, de belles images, on aime, on adore, ces phrases simples et sincères.
Finalement on se fiche de savoir quelle est la part de romanesque et de biographique, le tout est un plaisir littéraire et émotionnel.
"Je n'ai gardé de cette petite aucune image, rien qu'un vide immense. Irréparable et désespérant. Je pourrais douter que ce moment a vraiment existé. La seule chose qui m'est restée, c'est la violence."
"Petit garçon, lorsque Lina me disait : «Tu es né à Nice, je comprenais que j'étais né anis.» 
"Pourtant, sans le savoir, ma mère et mes pères, adoptif ou naturel, portaient en eux les germes de toutes les haines qui avaient ensanglanté le mois de juillet : les séquelles de la colonisation, l'intolérance religieuse, l'antisémitisme français, le rejet des basanés."  (Lorsque notre héros arrive à Nice c'est le mois de décembre, cinq mois après les attentats du 14 juillet...)
"Les secrets trop bien gardés sont comme des cartouches dans un stylo d'enfant. Quand ils éclatent, une encre sombre s'écoule et ça ressemble à du sang."
"Tu ne m'aimais jamais assez puisque je t'aimais toujours trop." 
Gallimard, 263 pages.

jeudi 18 octobre 2018

❤️❤️ "La vraie vie" de Adeline Dieudonné



"À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres."

La première phrase dit tout de ce roman !
C'est une jeune fille qui nous raconte.
On ne connait pas son prénom, ni celui de ses parents.

Le père est un homme violent, en colère, qui aime - dans cet ordre - la chasse, la télé et son whisky.
La mère est une amibe, une femme "retournée" sur elle-même, tellement violentée que son cerveau en parait déconnecté.
Gilles c'est le petit frère aimé, chéri, avec qui elle joue, rit et passe les bons moments de sa vie.

Mais voilà qu'un évènement tragique va tout bouleverser, et Gilles va perdre son sourire.
Dès lors notre héroïne n'aura de cesse de vouloir devenir la nouvelle Marie Curie afin d'inventer la machine à remonter le temps et redonner le sourire à son frère.

Véritable roman d'apprentissage de la vie, de la solitude, de la violence avec comme seul dessein jamais perdu de vue pour cette jeune fille, l'AMOUR.
D'abord celui de son frère, mais aussi celui d'un homme pour la femme en devenir qu'elle est, et puis celui de ses parents qu'elle cherchera toujours...

Un roman dur, violent, mais des mots doux et tendres.
Un récit original, drôle.
On ouvre ce livre et on ne peut pas le poser avant de l'avoir fini.

Un premier roman totalement réussi, une surprise littéraire, une surprise narrative.
J'ai été emporté dans cette folie douce, cette douce folie qu'est ce livre.

A lire absolument !
"La principale fonction de ma mère était de préparer les repas, ce qu'elle faisait comme une amibe, sans créativité, sans goût, avec beaucoup de mayonnaise."
"Elle nous a dit comme ça, avec sa voix de vieux klaxon et son parfum de plage : «Les têtards, vous savez, il y a des gens qu'il ne faut pas approcher. Vous apprendrez ça. Il y a des gens qui vont vous assombrir le ciel, qui vont vous voler la joie, qui vont s'asseoir sur vos épaules pour vous empêcher de voler. Ceux-là, vous les laissez loin de vous.»" 
"Chez nous, les repas familiaux ressemblaient à une punition, un grand verre de pisse qu'on devait boire quotidiennement."
"Je n'ai jamais ressenti grand-chose pour ma mère, si ce n'est une profonde compassion. À la seconde où mes yeux ont déchiffré ces cinq lettres, cette compassion s'est instantanément dissoute dans une flaque de mépris noir et puant."
"Je me suis rappelée que j'étais sur la branche ratée de ma vie. Un jour, je reviendrais dans le temps. Je pouvais tout essayer, je ne risquais rien. Je reviendrais à ce soir d'été des mes dix ans et rien de tout ça n'aurait jamais existé." 
L'Iconoclaste, 266 pages.

mercredi 26 septembre 2018

"Ne m'appelle pas Capitaine" de Lyonel Trouillot



Aude, une jeune fille issue d'une riche famille des beaux quartiers de Montagne Noire à Port-au-Prince, décide de prendre des cours de journalisme par correspondance.
Dans ce cours on lui demande de faire un reportage écrit sur un quartier de sa ville.
Elle choisit Morne Dédé, un quartier devenu pauvre après la fin de la dictature.
Grâce à son oncle Antoine elle part rencontrer le "Capitaine", un vieil homme qui vit seul dans une grande maison.
Tous les oppose, elle, la jeune femme, très blanche, très riche, qui ne connait rien à la vie et à ses difficultés, lui, le vieux, noir, pauvre, qui a vécu la pauvreté et la violence ; "une pimbêche et un vieux con".

Leurs rencontres deviennent rapidement un lieu de confidence pour lui, une ouverture sur la réalité pour elle, un rapprochement entre eux, une découverte ...
Petit à petit le "Capitaine" va se livrer, se raconter et elle va regarder sa famille et sa vie d'un autre oeil.

Il y a aussi autour du "Capitaine" beaucoup de petits jeunes qui gravitent et qui s'intéressent eux aussi à Aude.

C'est un livre court, intelligent, habile, qui nous emporte avec délice dans la vie haïtienne.
Des personnages beaux, attachants, une langue magnifique.

Je retrouve avec plaisir la chaleur des caraïbes et la plume de Lyonel Trouillot.

Actes Sud, 148 pages.

"En me garant, une pensée pour Nahoum. Peut-être, sans avoir la réponse à sa question, aurais-je dû au moins me poser la question : qu'avait-il dans ce que nous avions ? Moi, j'avais cette idée de moi qui me sortait de l'ordinaire. J'étais moi et une autre que je pouvais devenir. Peut-être un geste aurait-il suffi... Un adjectif de couleur."
"Si tu ne peux pas entendre ça, ne reviens pas. Avec ta boîte à lunch, ta petite voiture. Tes fausses vertus. La charité bien ordonnée que ta mère a dû t'enseigner. Ton Dieu, peut-être, avec lequel tu mènes une conversation personnelle qui ne t'engage à rien en ce qui concerne les autres. De là où tu viens, les autres n'existent que lorsque vous avez quelque chose à leur prendre."
"Pour la première fois entre le vieux con et la pimbêche, entre lui, bateau échoué et moi, feuille volante, le temps d'un café et de quelques phrases, il passait quelque chose de doux, un partage ou une bienveillance."