Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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dimanche 18 novembre 2018

"Rue des voleurs" de Mathias Enard


Lakhdar est un jeune tangerois qui vit tranquillement son adolescence en lorgnant les formes de sa cousine Meryem, jusqu'au jour où les deux adolescents sont surpris, nus, ensemble...
Le jeune garçon est violemment mis à la porte par son père, il se retrouve dans la rue à errer et surtout à devoir se débrouiller seul.
C'est ainsi que va commencer pour lui un véritable voyage initiatique, entre Tanger et Barcelone, mais aussi dans son esprit et sa perception du monde qui l'entoure.

Il va vivre seul, dans la rue, puis dans une mosquée où il sera le "libraire" - car il adore lire, lire en français, surtout des polars ; il va aussi recopier des livres à mettre en ligne, des fiches de soldats de la première guerre mondiale ; il va travailler sur un bateau qui relie Tanger à Algésiras ; il sera le second d'un "croque-mort"; il sera professeur d'arabe...

Il rencontre Judith une jeune femme espagnole dont il va tomber amoureux, il va suivre de loin en loin son ami, Bassam, qu'il soupçonne d'avoir rejoint les Frères Musulmans...

Le monde autour de lui est en ébullition, c'est le Printemps Arabe, il y a des attentats, le mouvement des Indignés, et notre héros passe de l'adolescence à l'âge adulte en observateur, spectateur de cette société qui va trop vite pour lui. Sa conception de la vie sera bouleversé, sa Foi sera touché, il apprend et découvre chaque jour les turpitudes de l'Homme mais aussi son Amour.

C'est un roman dense, très riche, où se trouve beaucoup beaucoup de choses, beaucoup d'idées, d'informations. Mathis Énard n'est jamais avare dans son écriture et l'on apprend toujours beaucoup.
Il partage avec nous sa connaissance du monde arabe, son érudition est sans limite.

Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas LU ce livre mais je l'ai ÉCOUTÉ. C'est un exercice tout à fait différent mais très intéressant. On ne peut pas relire les phrases et on suit le "ton" donné par le lecteur, j'imagine qu'en fonction du livre et du lecteur l'effet ne doit pas toujours être là. Pour ce livre ce fut pour moi une belle découverte et une très belle expérience. Le lecteur a su se mettre dans la peau de Lakhdar et m'emmener avec lui dans ses aventures.


Studio5sur5, 9h, Lu par Othmane Moumen.

samedi 21 janvier 2017

❤️❤️❤️ "Continuer" de Laurent Mauvignier



Samuel est un adolescent en chute libre, tant au niveau scolaire que personnel.
Ses parents sont divorcés, il vit chez sa mère, Sybille, à Bordeaux.
Après "l'incident" de trop, Sybille décide d'agir pour son fils, pour le remettre sur le bon chemin.

C'est ainsi qu'ils partent tout les deux, 3 mois, à dos de cheval, parcourir le Kirghizistan.

Il y a la traversée d'un pays méconnu, dans des paysages magnifiques, quelques rencontres surprenantes, la vie des nomades dans les yourtes.
Il y a la vie, le passé de Sybille.
Il y a Samuel,
et cette relation mère-fils, tellement difficile, tellement compliquée, les non-dits, les secrets, les peurs, les haines...

Laurent Mauvignier, tout en simplicité nous emmène au coeur de cette relation, au coeur de la difficulté que cela peut être de communiquer avec un ado, son propre enfant, il nous emmène là où personne ne voudrait aller, au bord de la rupture relationnelle-communicante avec son propre enfant, lorsque ce petit que l'on aime tant, s'est éloigné et que l'on voudrait le rattraper, juste le toucher...

Un très beau roman, magnifiquement écrit, bouleversant, qui m'a ému avec une "force douce", que l'on souhaite déjà relire une fois terminé, pour ne pas quitter ce pays, ces mots...

Et malgré tout, de la tendresse, de l'amour...

"...comme si au fond, leurs discours racistes c'était juste l'incertitude sur soi, la peur de ne pas savoir être soi-même et d'être capable de le rester en face des autres. Comme s'il fallait toujours penser une relation dans la domination ou la soumission."
"- Si on a peur des autres, on est foutu. Aller vers les autres, si on ne le fait pas un peu, même un peu, de temps en temps, tu comprends, je crois qu'on peut en crever. Les gens,  mais les pays aussi en crèvent, tu comprends, tous, si on croit qu'on n'a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. Aller vers les autres, c'est pas renoncer à soi."

Minuit, 240 pages.