Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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dimanche 23 août 2020

"On ne touche pas" de Ketty Rouf



Un plaidoyer pour le corps, une critique acerbe du système scolaire. 

 

 

 

Une jeune femme peu sure d’elle, mal dans sa peau et surtout dans son corps qu’elle n’ose regarder et qu’elle trouve laid,

Une jeune femme qui enseigne la philosophie à des lycéens peu intéressés, des jeunes de la banlieue, qui ont mieux à faire que de lire Kant, Descartes et les autres,

Une jeune femme qui un jour décide de se prendre en main, 

de prendre des cours de danse, 

des cours de danse d’effeuillage.

Une jeune femme qui travaille la nuit, se déshabille, juste pour lire le désir et le plaisir dans les yeux des hommes, 

Une jeune femme qui reprend de l’assurance et goût à la vie.

 

 

Dans ce premier roman Ketty Rouf n’y va pas avec le dos de la cuillère, elle même enseignante en philosophie elle nous donne une certaine image du système scolaire, du lycée, de l’enseignement… et honnêtement ça ne fait pas rêver et ça fait même peur.

Mais ce roman c’est aussi une histoire de retrouvaille avec soi-même, de paix intérieur que l’on recherche lorsque tout vous malmène, et ici cela passe par la reconnaissance du corps, la maitrise, le désir de plaire. 

 

 

Même si j’ai du mal à imaginer ce besoin de se montrer et surtout le passage à l’acte, J’ai aimé ce premier roman, la dichotomie de cette vie, tellement en opposition.  J’ai aimé le regard et malgré tout l’envie d’aider ces jeunes. Le passage d’un monde à l’autre.

Il y a de très beaux moments, l’écriture est fluide, crue, vraie.

Un premier roman réussi, à découvrir.

"Pour si peu ? Quelle cruche je fais ! Tout ce « peu » qui est ma vie est en train de se casser la gueule. Qu'ai-je fait pour me retrouver dans le désarroi d'un manque de reconnaissance, d'argent, de joie ? Énorme, monstrueuse bêtise d'avoir voulu être prof. Séduite par la publicité des valeurs, je me suis fait baiser par l'illusion d'accomplir une noble mission, celle d'éduquer, un si beau métier. Et les vacances. Des vacances que je passe souvent à travailler, et pendant lesquelles je ne pars jamais bien loin."

"Ce qui me fait le plus peur, c'est d'être comme eux. Assis à la cantine du lycée, nous ne sommes que des femmes et des hommes rassemblés par l'étalage obscène de notre manque de volonté et de passion. Sur nos visages, dans nos discours, l'absence d'une quelconque intensité. J'espère toujours surprendre quelque chose de vivant, colère ou joie, peu importe, pourvu que ce soit de la vie. Les condamner, ça soulage mon petit moi. Moi, différente de tous les naïfs qui sentent avoir déjà gagné le combat de l'homme noble contre la pauvreté d'esprit, et se destinent au long fleuve tranquille du bonheur. Ceux-là, je les félicite avec mépris. Les autres n'y ont jamais pensé, au bonheur. C'est ça, la réalité qu'on me sert dans une assiette en plastique. Je bouffe du mépris en regardant mes collègues qui avalent, avalent tout, parlent des élèves, et des méthodes. Du programme et des conseils de classe. Ils exultent pour l'heure supplémentaire qui rapportera un peu d'argent à la fin du mois. Ils ont déjà sous le bras les copies à corriger dans le train ou le métro."

 "Car « il faut se rapprocher de la pratique culturelle des élèves et dans cette perspective qu'importent le support et le contenu. Star Trek ou Proust, c'est pareil si ça peut les faire travailler sans trop d'efforts, car c'est à vous de vous mettre à niveau... »"

"Tout le monde vous prend pour des imbéciles. Nos dirigeants, l'institution, mes collègues. Moi aussi. Et tout est fait pour que vous restiez des imbéciles. Vous vous êtes déjà demandé pourquoi on n'arrête pas d'alléger les programmes ? Ça ne vous fait pas réfléchir, ça ? Je vais vous le dire, pourquoi. Parce qu'on veut vous donner moins, et de moins en moins, pour faire croire à vos parents, à l'opinion publique et à la terre entière que vous assimilez vite et bien. Que vous êtes tous très intelligents. En réalité, on vous tire vers le bas parce qu'on a besoin de votre ignorance, et de votre incapacité à avoir une pensée élaborée, profonde. C'est pourquoi vous devriez pleurer tous les jours, vous désespérer, vous mettre à genoux, nous supplier de vous enseigner l'histoire, la littérature, la grammaire, la syntaxe, implorer pour qu'on vous donne des oeuvres complètes à lire, qu'on vous traite comme de vrais élèves à qui on impose silence, prise de notes, discipline, effort !" 

Albin Michel, 238 pages. Août 2020

jeudi 20 août 2020

❤️❤️ "Rosa" de Marcel Sel

 



  

Un coup de cœur pour Maurice ! 

 

 

Maurice, un trentenaire qui se cherche, enfin qui voudrait devenir écrivain ; depuis tout petit.

Il écrivait des poèmes qu’il déposait délicatement sur le bureau de son père dans l’espoir d’être lu et enfin reconnu…

Albert Palombieri, le Père, propose un contrat à son fils ; à raison de 30 euros par page il lui demande d’écrire un roman. 

Et pour se venger de ce père avec qui les relations sont compliquées et basées sur des malentendus, Maurice décide d’écrire ce roman, il va retracer l’histoire de sa grand-mère Rosa, la mère d’Albert. 

Cette mère qui est partie, dont on n’a jamais parlé au petit Albert.

Giorgio - dit Nonno, le grand-père avait, au cours de l’adolescence de Maurice, raconté toute cette histoire que l’apprenti écrivain avait noté dans ses carnets, et aujourd’hui Maurice décide de les ressortir pour tout révéler et tout écrire. 

 

 

J’ai aimé la construction du roman où l’on suit Maurice dans sa vie et dans sa relation avec son père, et lorsqu’il envoie un nouveau chapitre de son roman on le lit et ainsi on découvre la vie de Rosa, cette jeune femme pétillante, nait sous le fascisme de Mussolini et disparue pendant la seconde guerre mondiale. 

 

 

J’ai aimé me promener en Italie, découvrir les paysages des montagnes, la cuisine, mais aussi cette période que je connais si mal d’entre-deux guerres. 

Je me suis attachée à Rosa, à Giorgio, à leur rencontre, leur amour, mais aussi une certaine commode bleue, une sauce tomate particulière…

 

 

Lorsque Maurice veut écrire une scène de séparation sur un quai de gare, il va passer quelques heures à la gare de Bruxelles pour voir des amoureux se séparer, se dire au revoir, j’ai tellement aimé cette façon de faire, d’observer, pour ensuite retranscrire les émotions, les gestes. 

 

 

C’est une écriture délicate, qui prend aux tripes et nous embarque. 

Un roman que j’ai aimé, infiniment ; un auteur que je veux lire encore (commande déjà passée 😊)


"- Et Dieu ? s'insurgea la jeune rousse qui les aurait bien mariés dans l'heure. 
- Tu m'as déjà vue aller à l'église ? Faire un signe de croix ? rétorqua la Genovese. Tu veux me juger ? 
Rosa baissa les yeux. Elle fit non de la tête. Giorgio, lui, était charmé. Ces deux-là vivaient leur histoire, vraiment. Pour eux, rien n'était jamais sûr. Pas de contrat. Pas de serment. Ils étaient liés par leur seule confiance mutuelle, par leurs seuls sentiments. Il leur dit qu'il trouvait ça beau."

ONLIT éditions, 301 pages. Février 2017 



mercredi 25 septembre 2019

"le bal des folles" de Victoria Mas



1885, la Salpêtrière est un lieu d'enfermement, enfermement de femmes, de femmes "folles".
Mais ce mot de "folle" englobe beaucoup de définitions.... la plus simple étant ⟨toute femme qui dérange⟩.
De la femme adultère à la prostituée, de l'hystérique à la mélancolique, celle dont on a honte, celle qui ne doit pas entacher un nom...
Bien entendu ce sont souvent les hommes qui font enfermer ces femmes, les maris, les pères, les frères....
Dans ce célèbre hôpital parisien, le docteur Charcot officie, et notamment il hypnotise. Alors son cours du vendredi est toujours plein, d'hommes, bien sûr.
Et une fois par an il organise le bal de la mi-carême, bal auquel le tout-Paris voudrait assister car y sont "exposées" les aliénées de l'hôpital.

Des destins de femmes se croisent, se télescopent, s'entrelacent... et particulièrement Louise la jeune adolescente amoureuse et ingénue, Thérèse l'ancienne prostituée qui tricote et a trouvé un refuge dans cet asile, Geneviève la fidèle et dévouée infirmière et Eugénie la fille de bonne famille, la rebelle.

Une description très fine de l'époque, de Paris, on entend le bruit des sabots sur les pavés, on voit les moustaches et les chapeaux, les tenues des femmes, les rues le long de la Seine, on entre très facilement dans ce très beau premier roman et on se laisse happer par l'histoire.
J'ai beaucoup aimé l'histoire et me suis attachée aux personnages, j'ai même maintenant envie de croire aux esprits...😉

Un premier roman tout à fait réussi, une auteur à suivre !

Albin Michel, 251 pages. Août 2019


lundi 21 janvier 2019

"Noces de neige" de Gaëlle Josse



Deux femmes, deux époques, deux trains, deux histoires, deux destins... peuvent-ils être liés ?

Mars 1881, Anna et sa famille - de la grande aristocratie russe - quittent Nice pour retourner chez eux à Saint Pétersbourg reprendre leur quartier d'été après avoir passé l'hiver au bord de la mer sous un ciel bleu azur. Anna est encore une jeune fille, elle est très heureuse de rentrer chez elle car elle va - enfin - retrouver le beau Dimitri qu'elle s'est promis d'épouser. Elle doit partager la même chambre que Mathilde, la gouvernante française de son jeune frère, qu'elle ne supporte pas.
Le voyage en train doit durer 5 jours, il faudra de la patience.

Mars 2012, Irina monte dans le train à Moscou pour Nice où elle doit rejoindre le jeune, beau et talentueux Enzo avec qui elle correspond depuis plusieurs mois uniquement par email et qu'elle a rencontré via un site internet. Elle quitte tout, elle lâche tout et se lance dans ce voyage de deux jours qui l'amènera vers sa nouvelle vie.

Mais dans chacun de ces trains le voyage ne se déroulera pas exactement comme attendu et la vie des deux jeunes femmes en sera à jamais bouleversée.

Deux destinées de femmes dans deux huis clos intenses ; on entend le bruit du train sur la voie ferrée, qui signe le temps qui passe et la lente évolution des existences de ces deux femmes qui les emmènent inéluctablement sur une voie qu'elle n'avait jamais envisagé.

C'est le troisième roman de Gaëlle Josse que je lis, ce n'est pas mon préféré mais en revanche c'est toujours un plaisir de lecture, une belle écriture, des histoires toujours très originales et très bien menées, pas de déception.
Gaëlle Josse a trouvé sa voie et j'espère qu'elle continuera à nous enchanter avec ces beaux récits.

Pour mémoire, deux romans que j'ai énormément aimé de la même auteur, "Les heures silencieuse" et "Une longue impatience".

Le Livre de Poche, 122 pages.