Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

lundi 10 octobre 2016

❤️❤️❤️ "Petit pays" de Gaël Faye



"Petit pays" est l'histoire de Gabriel, et avec lui celle du Burundi et du Rwanda.
Gabriel est né au Burundi d'un papa français et d'une maman réfugiée rwandaise, il vit à Bujumbura au Burundi et a 11 ans, lorsqu'en 1993, éclate la guerre au Rwanda avec le génocide des Tutsis.

Gaël Faye m'a totalement envouté par son écriture, son récit.
Il nous décrit une Afrique magnifique où l'on a envie de se précipiter pour siroter des fanta à l'ombre des magnolias ou des manguiers, tout en écoutant la musique des oiseaux et des insectes. Malheureusement petit à petit ces douces chansons sont remplacés par les bruits de kalachnikovs et des coups de machette.
Avec Gabriel on découvre un enfant qui ne veut pas quitter son monde pour entrer dans celui violent des adultes, un enfant qui voudrait fermer les yeux et ne pas voir, vivre l'horreur humaine. Un enfant qui voit s'effondrer sa famille, sa mère partie à la recherche d'éventuels survivants.
Et la guerre les rattrape, et il faut fuir le Burundi.
Le petit Gabriel devenu adulte revient en arrière au pays de son enfance, de l'innocence.

J'ai énormément aimé ce livre, son histoire, son style. L'auteur nous emporte dans son monde de poésie, de jolies mots et de belles phrases malgré un sujet difficile et douloureux.

Je recommande vivement !

"Tu causes, tu causes, mais je connais l'envers du décor, ici - quand tu vois la douceur des collines, je sais la misère de ceux qui les peuplent. Quand tu t'émerveilles de la beauté des lacs, je respire déjà le méthane qui dort sous les eaux. Tu as fui la quiétude de ta France pour trouver l'aventure en Afrique. Grand bien te fasse ! Moi je cherche la sécurité que je n'ai jamais eue, le confort d'élever mes enfants dans un pays où l'on ne craint pas de mourir parce qu'on est ..."

"A l'OCAF, les voisins étaient surtout des Rwandais qui avaient quitté leur pays pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms, épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, pillages, apartheids, viols, meurtres, règlements de comptes et que sais-je encore. Comme maman et sa famille, ils avaient fui ces problèmes et en avaient rencontré de nouveaux au Burundi - pauvreté, exclusion, quotas, xénophobie, rejets, boucs émissaires, dépression, mal du pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés."

"Et quand il riait, Alphonse, la joie repeignait les murs du petit salon de Mamie."

"Il était comme nous, comme moi, un simple enfant qui faisait comme il pouvait dans un monde qui ne lui donnait pas le choix."

"J'ai fini par accepter son état, par ne plus chercher en elle la mère que j'avais eu. Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s'y sont pas noyés sont mazoutés à vie." 
Grasset, 216 pages.

samedi 8 octobre 2016

"L'héritier" de Roselyne Durand-Ruel



Cette histoire, ce roman d'apprentissage, est celui de Sin Ming un jeune chinois de Shanghai qui à la fin des années 70 va quitter la Chine à la nage depuis Canton pour rejoindre Macau puis Hong Kong où son oncle Liu l'attend. Le père de Sin Ming a tout prévu, tout organisé pour que son fils puisse quitter ce pays où il n'a aucun avenir, il sacrifie sa famille afin qu'un seul puisse s'en sortir et peut-être plus tard les en sortir !
Sin Ming partira d'abord aux États-Unis afin de faire son éducation autant théorique que sociale. Après plusieurs années il retournera à Hong Kong où son oncle l'attend afin d'en faire son héritier, lui qui n'a pas eu d'enfant.
Mais pour Sin Ming tout ne sera pas si simple, tout en étant chinois et après avoir fait ses études en Occident, il a du mal à mêler, faire co-exister, ses deux cultures qui l'ont construit et façonné.

Un grand thème abordé dans ce roman est celui de "la Face" que les chinois doivent conserver et ne jamais perdre, ce qu'ils sont prêts à sacrifier pour "elle".

L'histoire est plutôt sympa et l'on suit la vie de Sin Ming avec intérêt, un peu comme un roman policier dont on devine assez rapidement la suite. L'écriture est pour moi assez inégale, avec de très bons passages et d'autres assez moyens.
Mais comme je viens d'arriver à Hong Kong j'y ai découvert beaucoup de choses intéressantes sur la Chine et son histoire, et plus particulièrement HK, c'était d'ailleurs la raison de l'achat de ce roman !

"Vi" de Kim Thuy



Lorsque Vi, "précieuse, minuscule", nait à Saigon, le 17ème parallèle sépare déjà le Vietnam Nord du Sud. Son père est issu d'une riche famille jouissant d'une vaste demeure mais la guerre de réunification va les déposséder et les obliger à fuir, en bateau.
Vi fuit son pays natal avec sa mère et ses frères, après un séjour dans un camp de Malaisie ils émigreront au Canada pour refaire leur vie.
Son frère ainé Long va prendre les choses en main et la place du père.
Mais Vi va s'occidentaliser et vivre à "sa" manière, ce qui ne plaira pas toujours à sa famille.

Dans des chapitres très courts et en nous faisant parcourir le monde, Kim Thuy nous emmène sur les eaux tranquilles de la vie de Vi.
Son écriture est toujours aussi douce, calme, bien que ce qu'elle nous raconte ne le soit pas toujours.

J'ai bien aimé ce livre car il est rapide et très facile à lire et l'on passe un bon moment, cependant il s'agit malgré tout d'une énième histoire de réfugié vietnamien sans grande originalité.

jeudi 29 septembre 2016

"Mes impudeurs" de Marco Missiroli



Nous suivons la découverte du sexe et de la sexualité d'un jeune adolescent devenant homme.
Livre très sympa et agréable à lire, on se prend au jeu et on s'attache au personnage.
C'est juste une simple histoire bien écrite, qui fait du bien, un bon moment de lecture et de détente.

❤️❤️❤️ "Terres et cendres" de Atiq Rahimi

Atiq Rahimi  est un écrivain-cinéaste franco-afghan. Il a quitté son pays et demandé l'asile en France, après avoir vécu la guerre en Afghanistan.

Un grand-père emmène son petit-fils retrouver son père qui travaille dans les mines. La route est longue, désertique et laisse tout le loisir à l'esprit de se promener...

Son texte est poignant, touchant, simple et dur à la fois.

Je ne veux/peux pas trop en dire car tout est dans le texte, les mots, l'ambiance. On entend le vent, le silence du désert, on sent la poussière s'infiltrer dans notre nez, dans les yeux, on sent la chaleur sèche, on voit la peur, le désarroi, l'incompréhension.

Tout simplement magique et magnifique !

Un film a été tiré de ce texte, je vais m'empresser de le regarder.

Il faut aussi signaler que la traductrice (Sabrina Nouri) a fait un travail formidable et la note qu'elle nous livre résume son travail, et le livre, tout est dit.
"J'ai voulu que mon âme afghane guide ma main française pour que d'autres me suivent dans ce voyage au coeur de la douleur discrète d'un vieil homme et d'un enfant, la douleur d'un peuple."

mercredi 28 septembre 2016

"Mémoires de porc-épic" de Alain Mabanckou


J'ai découvert Alain Mabanckou un petit peu par hasard l'année dernière en regardant une de ses interviews à la télévision, ce dandy chic m'avait convaincu de le lire, à l'époque il s'agissait de "Petit Piment", son "parlé" étant riche et passionnant. Grande déception, enfin soyons honnête, déception sur la seconde moitié du livre.
Ayant beaucoup entendu parler de son "chef d'oeuvre", livre dont l'article est le sujet, je me suis dit "allons-y ! Les auteurs ont droit à une seconde chance."
Bien m'en a pris.... hélas !
Ce conte africain n'est certes pas mauvais mais à croire que l'écriture de Mabanckou ne fonctionne pas sur moi.
Nous avons donc un porc-épic, qui se trouve être un double-nuisible et qui vient de perdre sa moitié humaine; il revient donc sur leur histoire. L' Homme en prend pour son grade...
Bien sûr il y a des vérités, des choses intéressantes, mais pour moi beaucoup trop de poncifs, rien de nouveau sous le soleil.
Allez je suis un peu dure mais soyez certain que je ne recommencerai pas le test tout de suite....
(flûte il fait parti de la rentrée littéraire, oh ben un de moins à lire ...)

"...l'intelligence est une graine qu'il faut arroser afin de la voir s'épanouir un jour, devenir un arbre fruitier bien enraciné, [...] je sais à présent que la pensée est quelque chose d'essentiel, c'est elle qui inspire aux hommes le chagrin, la pitié, les remords, voire la méchanceté ou la bonté, [...]"
"J'ai appris des hommes le sens de la digression, ils ne vont jamais droit au but, ouvrent des parenthèses qu'ils oublient de refermer."

 

jeudi 22 septembre 2016

❤️❤️❤️ "Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !" de Chahdortt Djavann



Chahdortt Djavann s'est inspirée d'un fait divers réel survenu dans la ville sainte de Mashhad en Iran où 16 corps de femmes - de prostituées - ont été retrouvé gisants dans la rue ; il fut question d'un tueur en série qui "nettoyait" la ville de ses femmes impures...


Chahdortt Djavann a décidé de donner une parole à ces prostituées, une vie, des mots qui racontent d'où elles viennent, ce qu'elles vivent, comment elles le vivent....
Ainsi tout en suivant le destin de deux fillettes, nous découvrons celui de plusieurs de ces femmes devenues des prostituées pour diverses raisons.

Elle ne mâche pas ses mots pour nous emmener dans l'horreur et la misère, en nous tenant la main elle nous fait venir au plus proche de ces femmes, de ce pays, de ces lois qui n'ont aucune considération pour une moitié de l'humanité. C'est un grand cri d'alarme,  non, la femme n'est pas au bout de ses peines et même si nous avons beaucoup obtenu depuis le siècle dernier il reste malheureusement encore un très long chemin à parcourir pour beaucoup, beaucoup d'entre nous. Je ne suis pourtant pas une féministe engagée mais je réalise que j'ai eu tellement de chance de naître dans un pays "civilisé" où nos droits sont tellement plus développés, où nous sommes considérées - presque - à l'égal de l'homme.

Ce livre puissant m'a bouleversée, émue, perturbée... J'ai noté de nombreux passages à lire, relire, méditer...
Je vous en livre quelques uns ici.

"Comment expliquer aux hommes occidentaux, dont les yeux se repaissent à volonté des jambes interminables des mannequins, des culs moulés dans les bikinis des filles blondes ou brunes, des nichons pigeonnants superbement mis en valeur par des décolletés généreux... comment expliquer à ces hommes occidentaux que dans la ville sainte de Mashhad, lorsqu'un bref instant un tchador noir s'entrouvre, le feu d'artifice s'allume dans le regards des mâles frustrés qui ne pensent qu'à y pénétrer ?"
Ce constat déjà lu chez Saphia Azzedine, à force d'empêcher on crée la frustration, frustration qui amène (à) la viol-ence.
"Un rien fait de vous une pute dans cette contrée. Femme, dès qu'on vous remarque, pour quelque raison que ce soit, vous êtes forcément une pute. Une femme vertueuse est une femme invisible."
Et l'homme qui la regarde et en qui naît de mauvaises pensées, est lui admirable....

« Cinq corps de femmes de rue - façon pudique de nommer celles qui font le trottoir - ont été trouvés. [...] Quelqu'un les a éliminées.» Ce mot  «éliminées» évitait soigneusement le terme «assassinées», qui pouvait heurter les plus farouches des fanatiques. L'assassinat est condamnable selon la charia, tandis que l'élimination de fessad (mot persan d'origine arable qui désigne ici la prostitution) est le devoir de chaque musulman."
C'est le début du chapitre intitulé "le sang sans valeur" où il nous est expliqué que tuer une personne dont le sang est sans valeur ne revient pas à commettre un assassinat puisque "sans valeur" on ne commet pas de péché et l'on n'est donc pas punissable par la loi... bien entendu une prostituée est de sang sans valeur, et c'est le discernement islamique qui permet de savoir si une personne est de sang sans valeur...
"La sécurité des femmes n'a jamais été aussi en péril que depuis que les dogmes islamiques font office de loi dans ce pays." [...]  dès que les extrémistes islamistes s'emparent du pouvoir, ils s'en prennent tout de suite au plaisir en général, et au plaisir sexuel en particulier. [...]  Pour eux, la sexualité des femmes est diabolique. Ils ne supportent pas l'idée que leur mère ait écarté les jambes pour les fabriquer. Remarquez, elles auraient mieux fait de s'abstenir."
"Être pute, tout le monde l'est, plus ou moins je veux dire ... y a des centaines de millions de femmes dans le monde qui couchent avec leur mari sans plaisir. Femmes au foyer, elles s'occupent du ventre et du bas-ventre de leur mari et n'ont nulle part où aller. C'est dire que coucher avec un homme sans plaisir, ça arrive tous les jours et à des centaines de millions d'épouses. [...] C'est dire qu'il n'y a qu'un pas entre se prostituer et se marier. Et pourtant, ces femmes mariées nous condamnent du haut de leur vertu mercantile. Alors que dans les deux cas, on demande, avant toute chose : combien ? À ceci près que dans le mariage, les épouses se vendent à un seul homme pour un prix global, tout compris. Mais nous, une fois le client parti, nous sommes libres. Le prix n'est pas le même. Les avantages et les inconvénients non plus."
"Plus ils interdisent, plus les jeunes deviennent avides. Alors que mettre du rouge à lèvres est interdit aux femmes, Téhéran a été surnommée "la capitale du rouge à lèvres". Et rien que ça en dit long sur l'opposition entre la population et ce régime. [...]  Ce pays est devenu un merdier pas possible. Trente-cinq ans de répression, de privations, d'interdits et d'humiliations en tout genre ont rendu les gens avides, malhonnêtes et tricheurs."

Et pour aller plus loin je vous invite à lire ou relire Saphia Azzedine sur le thème des islamistes "Bilqiss" et Delphine Minoui pour l'Iran "Je vous écris de Téhéran".

Grasset, 205 pages.