Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

vendredi 27 janvier 2023

"L'instruction" de Isabelle Sorente

 



Tout va trop vite !

Notre vie, le boulot, la planète qui s’effondre, les relations avec les autres…
Nous ne prenons plus le temps de prendre le temps, de respirer, de vivre.

Alors pour se reconnecter à son âme, à l’essence de la vie, la narratrice décide de suivre une instruction donnée par un moine bouddhiste.

“Que celui qui cherche une vie nouvelle se mette à la place d’un animal conduit à l’abattoir”.


Et c’est ce qu’elle va faire, essayer de se mettre à la place de cet Animal.

Renseignements pris elle se rendra en premier lieu dans une structure de production de porcs, découvrir le fonctionnement de cette énorme machine.
Elle va essayer de comprendre ce que peuvent vivre les animaux enfermés là et ne voyant jamais la lumière du jour, mais aussi ce que vivent les hommes qui travaillent là jour après jour…


Un livre fort, qui nous pousse dans nos retranchements, nous pousse à réfléchir, mais qui ouvre aussi nos yeux, une nouvelle voie, une nouvelle façon d’envisager et d’appréhender les choses.


Et si on essayait un peu plus de se mettre à la place de l’Autre !


JCLattès, janvier 2023


"Note sur l'instruction 15 : Toute peur est une peur de franchir la mauvaise frontière, de la franchir sans le savoir et de le comprendre trop tard."

"Note sur l'instruction 16 : Se mettre à la place de l'autre ne consiste pas à parler à sa place. Se mettre à la place de l'autre ne consiste pas à substituer sa subjectivité à la sienne. C'est ça, l'anthropomorphisme, l'abus de pouvoir éternel de celui qui parle sur celle qui est privé de parole. Se mettre à la place de l'autre consiste à créer une image. Une image troublante, furtive, qui n'est n'est ni moi ni l'autre, mais notre échange de regard, le croisement imaginé de nos deux perceptions."

"C'est comme pour les femmes, dit-elle. _ Comment ça, comme pour les femmes ? _au fond, les hommes ne supportent pas l'idée de nous faire souffrir. C'est pour ça qu'ils ont inventé le masochisme. Pour se faire croire qu'on aimait ça, la soumission, l'aliénation, pour se faire croire qu'on en a besoin." 

 

lundi 16 janvier 2023

"L'heure des femmes" de Adèle Bréau

 



Dans ce très beau roman Adèle Bréau nous emmène dans l’histoire de 4 femmes.

A la fin des années 60, Mireille, jeune mère de famille de déjà six enfants, gère sa maison, ses enfants et prend soin de son mari, elle est totalement et entièrement dévouée. Suzanne est sa sœur, elle a 24 ans, déjà presque vieille fille, elle travaille comme bonne dans une riche famille parisienne.

Ménie Grégoire bourgeoise d’une cinquantaine d’année, mère de famille, mariée à un homme bienveillant et à l’écoute qui travaille dans l’administration française ; c’est elle qui va changer la vie de millions de femmes en créant l’émission “Allô, Ménie" puis “Responsabilité sexuelle” sur radio luxembourg qui deviendra RTL. C’est la dame de coeur !

La dernière est Esther, jeune femme contemporaine qui va faire un travail de recherche sur Ménie, et ainsi ouvrir les yeux sur sa vie.


Une période historique fondamentale pour l’évolution des conditions de vie des femmes, et du regard posé sur elles, mais aussi sur leur sexualité et les difficultés rencontrées dans les familles.


Pourquoi ce nom de Ménie Grégoire m’est inconnu alors que cette femme a tant fait pour ses semblables, pourquoi a-t-elle pu ouvrir une porte à cette époque qui semble s’être ensuite refermée et que le mouvement #metoo a enfoncé une seconde fois ?


Des histoires touchantes, dramatiques, terribles… et pourtant ce n’est pas si vieux, il s’agit de nos mères et de nos grands-mères (enfin en ce qui me concerne…), mais ce qui est terriblement frustrant c’est que même si la situation a énormément évolué, il reste malgré tout ce sentiment qu’il y a encore beaucoup à faire, notamment concernant les relations homme-femme et aussi le regard (oserais-je dire le jugement ?) posé sur les femmes.


J’ai absolument dévoré ce livre qui m’a emportée, transportée, soufflée.

Merci à @adèlebreau de nous avoir partagé l’histoire romancée et romanesque de sa grand-mère, quel héritage fabuleux !


JCLattès janvier 2023

mercredi 5 octobre 2022

"Là-bas, sous le ciel clair" de Soo Ja Pracca

 


Soo Ja est une enfant adoptée, 

adoptée au pays du Matin calme,

elle nous confie dans ce texte un bout de son histoire.

Les errances de ses recherches pour tenter de retrouver sa mère biologique, mais aussi pour se trouver elle, puis trouver le père de sa fille ; un parcours de fille, de femme, de mère. 

Des chapitres courts, des allers-retours dans le temps, entre la France et la Corée, pour essayer de lier sa vie.


Un récit qui m’a profondément bouleversé et ébranlé pour diverses raisons qui se croisent et se rejoignent
parce que j’ai adopté un enfant, 

parce que j’ai vécu en Corée, aimé ce pays, aimé y retourner sous les mots de Soo Ja, aimé savoir que nous avons dû nous croiser à Séoul,

parce que cette Corée qu’elle décrit est celle que j’ai connu, celle de mes souvenirs,

parce que l’histoire de cette femme, sa sincérité, sa simplicité, ont parlé à la femme que je suis, aux femmes que nous sommes, 

parce que sa quête de femme est universelle, et que son coeur de femme a parlé au mien, 

parce qu’en devenant mère à son tour elle m’a encore plus troublée dans son histoire et dans son émotion. 

parce qu’il y a des passages de ce livre qui ont fait vibrer, vaciller, poignarder les mères que je suis.


Un texte beau, fort, touchant, terriblement troublant, Soo Ja m’a atteinte dans les tripes,  dans l’émotion la plus pure,
Un texte qui me fait sourire, trembler, pleurer, frissonner,

qui résonne de mille façons.

Atelier des Cahiers, octobre 2022

mercredi 7 septembre 2022

"Attaquer la terre et le soleil" de Mathieu Belezi ❤️ ❤️ ❤️

 



Encore un énorme coup de coeur de cette rentrée avec ce livre qui nous raconte un pan de l’histoire de la colonisation de la terre d’Algérie au XIXème siècle.

(et qui vient d’obtenir le prix “Le Monde" 2022)


Deux fils, deux voix.
Il y a cette femme, Séraphine, qui fait partie des colons qui ont quitté la France pour s’installer sur cette terre aride et hostile, de ces familles venues tout construire dans le désert.
Cette femme, épouse et mère, qui va travailler sans relâche, malgré le doute face aux éléments.
La terre dure, le soleil incandescent, les maladies vicieuses et insidieuses, les animaux sauvages, les indigènes effrayants parce que méconnus.

“Sainte et Sainte Mère de Dieu”


Il y a ce soldat parmi tous les autres, venus “pacifier” la zone, mais c’est une boucherie sanguinaire, la destruction des villages, les viols, les meurtres, la folie.

“Non nous ne sommes pas des anges”



Un texte brillant et poignant.

Une langue magnifique, sauvage, crue, vraie, pour dire une réalité inimaginable, inacceptable quel que soit le côté d’où l’on regarde.
Tous victimes de décisions politiques de quelques uns, de soif de pouvoir et de contrôle.


L’homme est un lo.. , pardon, l’homme est un homme pour l’homme….


Un livre puissant, d’une force absolue.


(décidemment les éditions Le Tripode me poussent dans l’absolu )


“La France a pour mission divine de pacifier vos terres de barbarie, d’offrir à vos cervelles incultes les ors d’une culture millénaire ! Que ça vous plaise ou non ! Et ceux qui refusent notre main tendue seront renversés, écrasés, hachés menu par le fer de nos sabres et nos baïonnettes !”

Le Tripode, septembre 2022

dimanche 28 août 2022

"L'évaporée" de Fanny Chiarello et Wendy Delorme ❤️❤️❤️

 



“Je sais qu’on peut vivre une même histoire de deux façons totalement différentes. Et que l’expérience de chaque être en ce monde est une solitude vraiment irrémédiable.”


Un texte, 4 mains, 2 amoureuses.

Une rencontre incroyable entre deux autrices.

Ensemble elles ont construit cette histoire, une histoire d’amour, une histoire de couple, une histoire universelle.

Fanny Chiarello est Jenny, qui un matin, au réveil, ne trouve plus sa fiancée Eve. 

Son absolu est parti, sans mot, sans explication, elle s’est évaporée en laissant un trou béant dans sa vie, c’est une chute vertigineuse pour Jenny.

Wendy Delorme est Eve, l’évaporée, celle qui est partie, qui a fui. 

Elle est retournée dans son nid, son cocon.

Chapitre après chapitre, les deux autrices se répondent, nous suivons ces deux femmes, ces deux amoureuses dans leur cheminement.

Je ne connaissais pas Fanny Chiarello, elle m’a éblouie.

J’avais lu Wendy Delorme (Viendra le temps du feu), elle m’a définitivement conquise. 

Une écriture douce, tendre, poétique

Des phrases justes, belles et touchantes.

Mon coeur est bouleversé.


Cambourakis, août 2022.

“Vous ne saurez jamais ce qui s’est réellement passé. Vous ne pouvez pas accéder à des zones de son esprit qu’elle-même, peut-être, ne maîtrise pas totalement.”


“Parfois je me rappelle brusquement que nous ne sommes pas la même personne et je tremble tant je suis intimidée de me tenir face à toi, un être indivis, extérieur à moi et que je peux toucher.”


“Je vois des individus multiplier compromis et concessions pour convenir à quelqu’un et je me dis qu’ils pourraient tout aussi bien composer avec quelqu’un d’autre, quitte à consentir d’autres types de contorsions. Je ne saurais pas faire ça. Dès lors que quelqu’un ne m’agrée pas ou inversement, je sors. L’amour n’est pas censé nous aliéner, ce n’est pas une série d’ajustements comme quand on monte une porte de placard et qu’il faut desserrer un peu ici et resserrer un peu là. Je veux être entière face à une autre qui soit tout aussi entière que moi.

- Résultat tu es seule. Tes désirs d’absolu t’empêchent de vivre, Jenny”


“On ne peut pas s’empêcher de donner du sens au monde qui nous entoure. Et pour donner du sens au monde qui nous entoure on se raconte des histoires.”


mercredi 24 août 2022

"Ce que nous désirons le plus" de Caroline Laurent

 



Au cours de l’écriture du roman à quatre mains avec Evelyne Pisier (Et soudaint, la liberté), Caroline Laurent s’était liée d’une forte amitié avec cette femme combattante, puissante, féministe ainsi qu’avec son époux Olivier D. 

A la sortie de “l’affaire” et du roman de Camille K, ses croyances, ses rêves et ses espoirs se sont effondrés.

Découvrir ce secret, cette faiblesse de la femme admirée, et l’abomination de l’homme ami, a tout remis en question.

Dans ce texte magnifique, Caroline Laurent nous raconte les mois qui ont suivi la révélation, comment elle a touché le fond pour pouvoir rebondir enfin.

Un véritable chemin initiatique, long et douloureux.

Caroline Laurent se livre, se dévoile, elle va au fond des choses, c’est intime et profond. Mais surtout c’est beau, très beau. 

L’écriture est à la fois poétique, enragée, ciselée.

Les mots sont directs, puissants, touchants.

Une intimité qui fait mal, mais on sent bien que les mots, l’écriture font revivre et nettoient.


Les Escales, août 2022



lundi 22 août 2022

"Cher connard" de Virginie Despentes

 



Une jeune blogueuse féministe balance un #metoo sur un écrivain.

Cet écrivain twitte sur une actrice vieillissante aperçue à la terrasse d’un café.

Ladite actrice envoie une lettre à ce cher connard.

Débute une relation épistolaire qui sera l’occasion d’aborder pas mal de sujets sociétaux.

Bien sûr le féminisme (sous différentes formes), le patriarcat, les agressions et violences faites aux femmes, mais aussi la notoriété, les addictions, le confinement, les réseaux sociaux. 

Des idées qui ouvrent des pistes de réflexion vraiment intéressantes. 

J’aime quand un livre m’oblige à réfléchir, à penser, à voir plus loin que le bout de mon nez.

Ne pas juger hâtivement et toujours travailler, triturer, tordre, tourner son raisonnement afin d’en observer toutes les facettes. 

J’apprécie l’intelligence, même si elle me montre le manque que je peux en avoir et mes lacunes, mais cela me stimule, me bouge, m’oblige, et ce texte est intelligent.

On ne m’impose rien mais on me pousse à regarder certaines situations et à les considérer sous différents angles, rien n’est figé, rien n’est si simple, rien n’est plat.

Je dois avouer qu’il s’agit de mon premier livre de Virginie Despentes, et je l’ai vraiment savouré.

Le petit plus pour moi est qu’elle cite le titre du livre de Wendy Delorme qui avait été un coup de cœur pour moi “Viendra le temps du feu”. 😋

Donc une belle lecture, envie de la partager, envie d’en discuter.


Grasset, août 2022.