Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

jeudi 22 septembre 2016

❤️❤️❤️ "Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !" de Chahdortt Djavann



Chahdortt Djavann s'est inspirée d'un fait divers réel survenu dans la ville sainte de Mashhad en Iran où 16 corps de femmes - de prostituées - ont été retrouvé gisants dans la rue ; il fut question d'un tueur en série qui "nettoyait" la ville de ses femmes impures...


Chahdortt Djavann a décidé de donner une parole à ces prostituées, une vie, des mots qui racontent d'où elles viennent, ce qu'elles vivent, comment elles le vivent....
Ainsi tout en suivant le destin de deux fillettes, nous découvrons celui de plusieurs de ces femmes devenues des prostituées pour diverses raisons.

Elle ne mâche pas ses mots pour nous emmener dans l'horreur et la misère, en nous tenant la main elle nous fait venir au plus proche de ces femmes, de ce pays, de ces lois qui n'ont aucune considération pour une moitié de l'humanité. C'est un grand cri d'alarme,  non, la femme n'est pas au bout de ses peines et même si nous avons beaucoup obtenu depuis le siècle dernier il reste malheureusement encore un très long chemin à parcourir pour beaucoup, beaucoup d'entre nous. Je ne suis pourtant pas une féministe engagée mais je réalise que j'ai eu tellement de chance de naître dans un pays "civilisé" où nos droits sont tellement plus développés, où nous sommes considérées - presque - à l'égal de l'homme.

Ce livre puissant m'a bouleversée, émue, perturbée... J'ai noté de nombreux passages à lire, relire, méditer...
Je vous en livre quelques uns ici.

"Comment expliquer aux hommes occidentaux, dont les yeux se repaissent à volonté des jambes interminables des mannequins, des culs moulés dans les bikinis des filles blondes ou brunes, des nichons pigeonnants superbement mis en valeur par des décolletés généreux... comment expliquer à ces hommes occidentaux que dans la ville sainte de Mashhad, lorsqu'un bref instant un tchador noir s'entrouvre, le feu d'artifice s'allume dans le regards des mâles frustrés qui ne pensent qu'à y pénétrer ?"
Ce constat déjà lu chez Saphia Azzedine, à force d'empêcher on crée la frustration, frustration qui amène (à) la viol-ence.
"Un rien fait de vous une pute dans cette contrée. Femme, dès qu'on vous remarque, pour quelque raison que ce soit, vous êtes forcément une pute. Une femme vertueuse est une femme invisible."
Et l'homme qui la regarde et en qui naît de mauvaises pensées, est lui admirable....

" « Cinq corps de femmes de rue - façon pudique de nommer celles qui font le trottoir - ont été trouvés. [...] Quelqu'un les a éliminées.» Ce mot  «éliminées» évitait soigneusement le terme «assassinées», qui pouvait heurter les plus farouches des fanatiques. L'assassinat est condamnable selon la charia, tandis que l'élimination de fessad (mot persan d'origine arable qui désigne ici la prostitution) est le devoir de chaque musulman."
C'est le début du chapitre intitulé "le sang sans valeur" où il nous est expliqué que tuer une personne dont le sang est sans valeur ne revient pas à commettre un assassinat puisque "sans valeur" on ne commet pas de péché et l'on n'est donc pas punissable par la loi... bien entendu une prostituée est de sang sans valeur, et c'est le discernement islamique qui permet de savoir si une personne est de sang sans valeur...
"La sécurité des femmes n'a jamais été aussi en péril que depuis que les dogmes islamiques font office de loi dans ce pays." [...]  dès que les extrémistes islamistes s'emparent du pouvoir, ils s'en prennent tout de suite au plaisir en général, et au plaisir sexuel en particulier. [...]  Pour eux, la sexualité des femmes est diabolique. Ils ne supportent pas l'idée que leur mère ait écarté les jambes pour les fabriquer. Remarquez, elles auraient mieux fait de s'abstenir."
"Être pute, tout le monde l'est, plus ou moins je veux dire ... y a des centaines de millions de femmes dans le monde qui couchent avec leur mari sans plaisir. Femmes au foyer, elles s'occupent du ventre et du bas-ventre de leur mari et n'ont nulle part où aller. C'est dire que coucher avec un homme sans plaisir, ça arrive tous les jours et à des centaines de millions d'épouses. [...] C'est dire qu'il n'y a qu'un pas entre se prostituer et se marier. Et pourtant, ces femmes mariées nous condamnent du haut de leur vertu mercantile. Alors que dans les deux cas, on demande, avant toute chose : combien ? À ceci près que dans le mariage, les épouses se vendent à un seul homme pour un prix global, tout compris. Mais nous, une fois le client parti, nous sommes libres. Le prix n'est pas le même. Les avantages et les inconvénients non plus."
"Plus ils interdisent, plus les jeunes deviennent avides. Alors que mettre du rouge à lèvres est interdit aux femmes, Téhéran a été surnommée "la capitale du rouge à lèvres". Et rien que ça en dit long sur l'opposition entre la population et ce régime. [...]  Ce pays est devenu un merdier pas possible. Trente-cinq ans de répression, de privations, d'interdits et d'humiliations en tout genre ont rendu les gens avides, malhonnêtes et tricheurs."

Et pour aller plus loin je vous invite à lire ou relire Saphia Azzedine sur le thème des islamistes "Bilqiss" et Delphine Minoui pour l'Iran "Je vous écris de Téhéran".

Grasset, 205 pages.

jeudi 15 septembre 2016

"Une si longue lettre" de Mariama Bâ



Ramatoulaye est une femme africaine musulmane qui vient de perdre son mari, elle est en période de réclusion traditionnelle suite à son veuvage et profite de ce temps pour écrire une longue lettre à son amie d'enfance Aïssatou.
Dans cette lettre, elle revient sur de nombreux souvenirs de son enfance et adolescence avec son amie, mais aussi sur sa longue vie d'épouse.

Mariama Bâ évoque avec brio la condition de la femme en général, et en particulier dans les pays africains musulmans, les injustices innombrables qui ne reposent que sur de vieilles traditions, la place qui est laissée à la femme dans la société mais aussi au sein des familles.

Son héroïne est farouchement féministe mais s'étonne malgré tout de voir l'évolution des jeunes femmes notamment en observant ses propres filles. Cette évolution lui fait peur tout en sachant qu'elle est inévitable pour que la femme trouve sa place dans la société des Hommes.

Très beau roman, court, concis et qui pousse à revoir la définition des mots liberté et égalité.  

dimanche 14 août 2016

"L'étranger" d'Albert Camus et "Meursault, contre-enquête" de Kamel Daoud


L'envie première était de lire le livre de Kamel Daoud, cependant ayant compris qu'il s'agissait d'une "réponse" au livre de Camus j'ai pensé qu'il fallait d'abord que je lise ce "classique" de la littérature française.

Pour être tout à fait honnête je m'attendais un peu à un livre "prise-de-tête" ce qui est probablement du à son étiquette "classique".
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une écriture simple, presque enfantine. Attaquant cette lecture vierge de toute notion de l'histoire j'ai découvert un Meursault, français de l'Algérie française, visiblement porté sur lui-même tout en étant incapable de ressentir une vraie émotion ; serait-il ce qu'on appelle un sociopathe (?), la suite de l'histoire le laisse un peu penser.
Il raconte sa vie, la mort de sa mère, les relations qu'il entretient avec son voisinage, sa petite amie, tout ça dans une grande indifférence émotionnelle et sentimentale. Il n'éprouve apparemment aucune sensation, aucun émoi, aucun frisson ; il m'est apparu d'une grande froideur et j'ai ressenti beaucoup d'écoeurement face à ce personnage.

Ce qui nous amène au second livre où le narrateur, un vieux monsieur assis dans un café, revient soir après soir sur son histoire, la face cachée de la précédente.
Il est le frère de Moussa, l'Arabe tué dans "L'étranger" et toute sa vie il l'a vécu avec "Moussa lui tenant la main et sa mère juchée sur son dos."
Le décès de ce frère, non nommé (dans "L'étranger") , ignoré, lui gâchera si ce n'est la vie, la relation avec sa mère qui ne vit plus que par et pour son fils mort. Elle poussera ainsi notre conteur à une faute qui lui permettra enfin de "venger" son frère mais surtout de se libérer de sa mort et de sa mère. Mais cette vie, et cette mère (un peu comme Meursault) l'empêcheront de croire en l'Amour ou du moins de pouvoir s'y consacrer.
Haroun nous fait la "confession" de sa vie, il nous fait traverser l'Algérie de la guerre d'indépendance à nos jours avec parfois un regard assez cru sur la société d'aujourd'hui et en particulier ce qui concerne la religion.

J'ai trouvé très intéressant cet exercice de lecture de deux textes écrits "l'un en face de l'autre" tout en étant très éloignés dans le temps, dans le style, dans le message.

Citations de "Meursault, contre-enquête"
"Le vendredi ? Ce n'est pas un jour où Dieu s'est reposé, c'est un jour où il a décidé de fuir et de ne plus jamais revenir. [...] J'ose te le dire, j'ai en horreur les religions. Toutes ! Car elles faussent le poids du monde. J'ai parfois envie de crever le mur qui me sépare de mon voisin, [...] de lui hurler d'arrêter sa récitation de pleurnichard, d'assumer le monde, d'ouvrir les yeux sur sa propre force et sa dignité et d'arrêter de courir derrière un père qui a fugué vers les cieux et qui ne reviendra jamais."

"Comment peut-on croire que Dieu a parlé à un seul homme et que celui-ci s'est tu à jamais ? Je feuillette parfois leur livre à eux, Le Livre, et j'y retrouve d'étranges redondances, des répétitions, des jérémiades, des menaces et des rêveries qui me donnent l'impression d'écouter le soliloque d'un vieux gardien de nuit."

"J'ai tué le français vers 2h du matin. Et depuis ce moment, M'ma a commencé à vieillir par nature et non plus par rancune, des rides la plièrent en mille pages et ses propres ancêtres semblèrent enfin calmes et capables de l'approcher pour les premiers palabres qui mènent vers la fin."

Verset tiré du Coran :
"Si vous tuez une seule âme, c'est comme si vous aviez tué l'humanité entière." 

❤️❤️❤️ "La vie devant soi" de Romain Gary


GONCOURT 1975

Un classique que je découvre.
J'avais déjà lu "La promesse de l'aube" que j'avais beaucoup aimé ; dans un tout autre style, Romain Gary nous livre ici une histoire touchante, attachante, drôle.

Mohammed, dit "Momo", vit chez Madame Rosa, une juive polonaise qui fut enfermée à Auschwitz.
Après avoir raccroché de son métier de prostitué, elle s'occupe dorénavant des enfants de ses anciennes collègues.
Momo raconte sa vie chez Madame Rosa, avec ses doutes, ses questions, mais aussi et surtout avec sa tendre et fidèle amitié pour celle qu'il considère comme une mère.

Romain Gary a choisi d'écrire son livre en se mettant complètement dans la peau de son personnage, un gosse de 10 ans (en fait 14 ans) sans éducation, pensant être arabe et musulman, un gosse plein de bonté et d'humour, qui déforme la langue française à sa guise, à son envie, à sa compréhension, ce qui donne un langage d'une drôlerie absurde et totalement cocasse et charmant à la fois. L'auteur crée une langue parlée familière sans être argotique où Momo modifie les mots, la grammaire, la langue française. On accroche totalement, on suit Momo pas à pas, en vivant ses émotions, sa tendresse.

A lire et à faire lire à nos ados !!

Quelques extraits :
"Bien sûr elle n'était jamais tout à fait tranquille la dessus car pour ça il faut être mort. Dans la vie c'est toujours la panique. "
"Lorsqu'on s'occupe des enfants il faut beaucoup d'anxiété, docteur, sans ça ils deviennent des voyous."
"[...] - c'est pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur, Momo -  ça, j'ai jamais oublié parce que c'est la chose la plus vraie que j'ai jamais entendue."
"Quand on lui amenait un nouveau pour quelques jours ou à la petite semaine, Madame Rosa l'examinait sous tous rapports, mais surtout pour voir s'il n'était pas consterné. [...] c'est comme s'ils étaient pas de ce monde [les enfants consternés] et c'est pour ça qu'on les appelle les antiques."
"Je ne sais pas du tout de quoi Madame Rosa pouvait bien rêver en général. Je ne vois pas à quoi ça sert de rêver en arrière et à son âge elle ne pouvait plus rêver en avant."
"Elle n'avait pas de taille et les fesses chez elle allaient directement aux épaules, sans s'arrêter. Quand elle marchait, c'était un déménagement."
"Le moins que j'ai compris, c'est lorsqu'il m'a dit que Madame Rosa était trop tendue et qu'elle pouvait être attaquée d'un moment à l'autre."
"Monsieur Soko a lui-même des enfants qu'il a laissé en Ivoire, parce qu'il a là-bas plus de femmes qu'ici. Je savais bien que je n'avais pas le droit de trainer dans un débit d'ivresse publique sans mes parents..." 

mardi 19 juillet 2016

"Ecoute la pluie" de Michèle Lesbre


"Son sourire vous a donné quelque chose qu'il faut garder."

Petit roman court sur les heures d'errance d'une femme au cours d'une nuit.

En fin de journée, elle part prendre le train pour rejoindre son homme au bord de l'océan, mais pendant qu'elle attend son métro sur le quai, un vieux monsieur lui fait un sourire et se jette sous la rame qui arrive.
Cet évènement va la bouleverser, elle partira dans les rues de Paris et refera sa vie, se posant des questions sur son passé, son avenir - doit-elle rejoindre son amant ? Doit-elle l'appeler ?

Une écriture plutôt agréable, malgré un récit pas toujours passionnant, mais heureusement suffisamment court, la lecture se fait en une heure ou deux, de quoi passer un bon moment après le déjeuner avec un café.

Elle parle de son grand-père (ça me parle, ça me touche, ça m'émeut) :
"Lorsqu'il est mort, longtemps après ces balades initiatiques, j'ai posé un baiser ému sur son front glacé dans le sous-sol d'un hôpital. J'avais atteint l'âge adulte depuis déjà bien des années, mais j'étais la petit-fille aimante de cet homme qui m'avait tant appris en le regardant vivre. Je me demande si ce n'est pas cet amour qui m'a permis tous les autres."



"Ma mère du Nord" de Jean-Louis Fournier


Je m'étais pourtant promis de ne plus lire Jean-Louis Fournier...
Je me suis bêtement laissé conseiller de lire son dernier livre.
Après sa femme, ses enfants, ... il nous parle de sa mère.
Après nous devrions avoir le petit chat, le lapin, sa première dent de lait...
OK je ne suis pas cool, mais à ce niveau là moi aussi je peux écrire un bouquin sur chacun des membres de ma famille, si encore l'écriture était étonnante, magnifique, magique, mais non c'est juste totalement inintéressant, ennuyeux....
Bref vous l'aurez compris, je ne le recommande pas donc je ne m'étends pas.
Suivant....


vendredi 1 juillet 2016

❤️❤️ "Et tu n'es pas revenu" de Marceline Loridan-Ivens


GRAND PRIX DES LECTRICES ELLE

"J'ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l'ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres." 

Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg d'un père juif polonais ayant fui les pogroms, nous livre une histoire poignante, d'une grande sensibilité et magnifiquement écrite. 
A 15 ans elle est arrêtée et déportée avec son père, d'abord Avignon, puis Marseille et finalement Auschwitz pour lui et Birkenau pour elle.
Dans ce court récit, rédigé comme une lettre à son père, Marceline nous narre son histoire, le manque de son père.

Dès le début le ton est donné :
"J'ai été quelqu'un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d'être triste et rire quand même."
Dans le train qui les mène à la séparation le père dit à sa fille :
"Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrais pas."
Cette prémonition hantera Marceline longtemps, et lui donnera toujours le sentiment que c'était elle ou lui. 

Marceline nous parle de sa "vie" au camp :
"Là-bas, c'est le contraire, on perd d'abord les repères d'amour et de sensibilité. On gèle de l'intérieur pour ne pas mourir. Là-bas, tu sais bien, comme l'esprit se contracte, comme le futur dure cinq minutes, comme on perd conscience de soi-même."
"J'avais participé à la construction de la deuxième rampe du crématoire où venaient d'être poussés leurs enfants. J'allais maintenant trier leurs vêtements." 
Son père réussit à lui faire passer un mot :
"Ta lettre aussi arrivait trop tard. Elle me parlait probablement d'espoir et d'amour mais il n'y avait plus d'humanité en moi, j'avais tué la petite fille,  je creusais tout près des chambres à gaz, chacun de mes gestes contredisait et enterrait tes mots. J'étais au service de la mort."
"J'avais perdu tout repère. Il fallait que la mémoire se  brise, sans cela je n'aurais pas pu vivre."
Puis de retour à Paris, elle sait qu'elle ne reverra pas son père :
"A tous ceux qui dans le hall consultaient les listes [...] à la recherche de leurs disparus, je répétais, "Tout le monde est mort [...] Il y avait des enfants ? Pas un enfant ne reviendra." Je ne prenais pas de gants, je ne les ménageais pas, j'avais l'habitude de la mort. J'étais devenue dure [...] survivre vous rend insupportables les larmes des autres. On pourrait s'y noyer."
 "Mais j'étais ailleurs. Agrippée à toi, c'est à dire au néant."
"Michel et Henriette sont morts de ta disparition [...] Je suis la survivante. Je sais où tu es mort et pourquoi. J'ai surtout des bouts de toi qui n'appartiennent qu'à moi. Tes derniers pas, tes derniers mots même si je les ai oubliés, tes derniers gestes, tes derniers baisers."
Lorsqu'elle est dans sa prison à Avignon, elle écrit sur le mur de sa cellule de Sainte-Anne "C'est presque un bonheur de savoir à quel point on peut être malheureux"
"Je t'aimais tellement que j'étais heureuse d'être déportée avec toi. Et je peux le dire encore. Car avec le temps, l'ombre des camps sur ma vie se confond avec ton absence. Et c'est d'avoir vécu sans toi qui me pèse."
"J'avais presque seize ans et je m'affichais gaulliste, ma codétenue résistante était communiste, elle m'avait demandé pourquoi je ne l'étais pas. "Parce que je n'aime pas le peuple, c'est lui qui fait les pogroms", avais-je répondu."
Et à propos des enfants et de sa vie :
"Je n'ai jamais eu d'enfants. Je n'en ai jamais voulu. [...] Le corps des femmes [...] a été pour moi définitivement défiguré par les camps. J'ai en horreur la chair et son élasticité. J'ai vu là-bas s'affaisser les peaux, les seins, les ventres, j'ai vu se plier, se friper les femmes, le délabrement des corps en accéléré. Jusqu'au déchaînement, au dégoût et jusqu'au crématoire."
""Finalement tu avais épousé ton père" [...] Il n'avait pas pris ta place, elle était imprenable, il n'avait pas été un protecteur, j'avais pris soin de lui, autant que lui de moi. Nous étions deux artistes, deux sauvages. Mais j'avais épousé un homme de ton âge, héritier de ce dix-neuvième siècle exalté qui croyait en un progrès mécanique et continue de l'Histoire.