"Car la lecture est un singulier dialogue qui ne rêve que de pluriel, celui du désir incandescent d'échanger, de partager et de confronter ses impressions de lecture, de les dire aux autres et au monde, un désir puissant de faire circuler les oeuvres et de donner aux mots aimés l'écho le plus long et le plus lointain possible" Manuel Hirbec pour "Page"
Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.
Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?
La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...
Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !
Au plaisir de (vous) lire.
dimanche 10 juin 2018
"Chanson de la ville silencieuse" de Olivier Adam
Une jeune femme, dont on ne connaitra pas le nom, part à Lisbonne à la recherche de son père. C'est un ancien chanteur ultra renommé qui, au sommet de sa carrière, a tout lâché pour s'enfermer chez lui dans sa maison de campagne et qui, un jour, a disparu.
Il est tenu pour mort, mais la photo d'un chanteur de rue vu à Lisbonne va pousser cette jeune femme à aller vérifier si il s'agit de son père ou pas.
Elle travaille dans une maison d'édition, s'est faite toute seule, ses parents ayant été magistralement absents de son enfance, de sa vie. Ils n'ont jamais vraiment formé un couple et ainsi notre héroïne a vécu sa jeune enfance à Paris avec sa mère, mannequin, brulant la vie par les deux bouts, puis chez son père dans le sud, à la campagne. Là-bas elle a trouvé un semblant de vie de famille grâce au couple qui gère la maison du père, mais à l'école elle reste "la fille du chanteur".
L'histoire nous plonge dans la solitude absolue de cette enfant qui malgré tout grandit et devient une jeune fille timide et réservée.
Avec Olivier Adam on est toujours un peu dans le glauque, dans le noir, dans la misère humaine.
Cette fois il s'attaque à une misère humaine un peu différente, une misère liée aux frasques des parents, à leur absence mais surtout à leur impossibilité de se poser dans leur vie. Ils sont toujours à la recherche d'autre chose.
On s'attache doucement à cette jeune femme qui finalement ne s'en sort pas si mal au cours de sa quête du père.
Un livre facile à lire et rapide, peut être un peu trop rapide.... et un peu trop facile... Je ne suis pas très sure de l'avis que j'ai, de ce qu'il me reste. J'ai passé un bon moment de lecture tout en étant peut être un peu deçue par cet auteur que j'affectionne particulièrement.
Flammarion, 217 pages.
"Douleur" de Zeruya Shalev
Israël, Jérusalem.
Iris est marié à Micky avec qui elle a deux enfants, Alma une jeune adulte et Omer qui prépare son bac. Elle est directrice d'une école qu'elle a créé il y a quelques années et qui fonctionne très bien.
Dix ans auparavant elle a été une des nombreuses victimes d'un attentat qui l'a laissé avec de nombreuses blessures nécessitant plusieurs interventions chirurgicales et une longue hospitalisation.
Ses douleurs reviennent et l'obligent à consulter un grand spécialiste. Mais quelle n'est pas sa surprise lorsqu'elle découvre que ce grand médecin n'est autre que son premier grand amour. Son amour de jeunesse dont elle ne sait jamais totalement remise ; Ethan l'avait brutalement quitté sans qu'elle ne s'y attende, et pour elle avait suivi une longue période dépressive.
Et le voilà de retour, ils vont évidemment se reconnaitre, il y aura des explications.
Mais un amour peut-il renaitre de ses cendres trente ans après ?
D'autant que la vie d'Iris n'est pas si simple, en effet au même moment avec Micky ils découvrent que leur fille chérie mène une drôle de vie à Tel Aviv et que peut-être il faudrait l'aider, malgré elle.
Iris plonge dans la culpabilité entre son premier amour et sa fille qu'il lui faut secourir.
C'est un roman assez lourd où plusieurs thèmes sont abordés. On retrouve le premier amour, la difficulté du mariage, l'éducation des enfants, les gourous, la prostitution, la confiance en soi, la douleur, l'attentat... chacun de ces thèmes pourraient être à lui seul le sujet d'un seul livre et je reconnais que le fait qu'il y en ai autant m'a un peu perturbé. Je ne savais plus vraiment sur quel sujet me focaliser vraiment.
Elle évoque aussi très rapidement le sujet de l'armée et du service militaire que doivent faire les jeunes en Israël, cela a eu un écho assez fort avec un livre lu il y a déjà longtemps (à relire donc...) "Une femme fuyant l'annonce" de David Grossman. J'ai été particulièrement touché par ses mères qui vivent la peur au ventre lorsque leur garçon arrive à l'âge d'être "convoqué"....
J'ai aimé ce livre, qui est puissant, qui touche et remue. Iris est à la fois une femme forte, qui sait ce qu'elle veut et qui en même temps reste ultra féminine et romantique.
La fin m'a perturbé, même si finalement elle est logique, j'aurais aimé autre chose...
Gallimard, 401 pages.
lundi 4 juin 2018
"La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras
Giacomo, d'origine sarde, vit à Marseille où il est traducteur.
Il a beaucoup de travail et notamment depuis que son éditeur lui a demandé une traduction d'une nouvelle version de la très célèbre histoire de Moby Dick. Mais son oncle l'appelle depuis son village natale pour l'informer que sa grand-mère très malade est hospitalisée et n'en a plus pour très longtemps.
Aussitôt Giacomo prend le bateau pour rejoindre son île et replonge dans son enfance, dans son village coloré aux personnages étranges.
Il nous permet de découvrir un petit peu de Sardaigne, de ses habitants.
Et peu à peu il nous emmène dans sa propre histoire et ses secrets.
Alors soyons franc, je n'ai pas du tout accroché avec les personnages qui ne m'ont absolument pas touché. J'ai trouvé l'histoire assez insipide et je me suis forcée à aller au bout pensant qu'il y aurait peut-être une surprise intéressante, mais non.
Alors certes c'est coloré, comme les murs du village ou les chemises des hommes mais pour moi ça s'arrête là, je n'ai trouvé aucun intérêt et surtout aucun plaisir à la lecture de ce livre.
Dommage j'ai perdu un peu de temps à vouloir aller au bout...
Suivant !
PRELUDES, 314 pages.
mardi 29 mai 2018
"Le secret du mari" de Liane Moriarty
À Sydney, Cécilia est l'épouse et la mère parfaite ! Présente et active dans sa maison, elle est aussi parent volontaire dans l'école catholique de ses trois filles tout en étant organisatrice de réunion Tupperware. Sa vie est bien remplie, elle est admirée et admirable.
À Melbourne, Tess travaille avec son mari Will sa cousine Felicity. Tous les trois ensemble ils ont monté une entreprise qui fonctionne bien. Liam son petit garçon de 6 ans rencontre quelques problèmes à l'école avec un autre enfant, mais au-delà de ça leurs vies tournent bien.
Rachel travaille à mi-temps comme secrétaire dans l'école des filles de Cécilia, elle est veuve et grand-mère et sa vie tourne autour de son petit-fils adoré Jacob.
Mais voilà, la vie de Cécilia va basculer lorsqu'elle va découvrir le secret de son mari. Celle de Tess va l'amener à Sydney et toutes les trois, avec Rachel, vont sans le vouloir se trouver liées.
Un super roman de plage à suspens plutôt bien organisé, un vrai page-turner (comme on dit), on se prend au jeu et on ne lâche plus le bouquin jusqu'au moment de tourner la dernière page.
Alors c'est sur que ce n'est pas de la grande littérature mais un très bon livre pour passer un bon moment sans se prendre la tête !
Attention pour les quelques messieurs qui liraient cet article je pense que c'est plutôt un livre "de fille" 😋😋😋😋
Le Livre de Poche, 498 pages.
lundi 28 mai 2018
"Kwaï" de Vincent Hein
Vincent Hein a le souvenir de soirées passées calé contre son père à regarder des films, et parmi ses films il y a le célèbre "Pont de la rivière Kwaï" tiré du livre éponyme de Pierre Boulle.
Ayant habité plusieurs années en Asie il n'a pas pu s'empêcher d'aller en Thaïlande pour voir ce fameux pont.
C'est ainsi qu'il nous raconte son voyage depuis Bangkok jusqu'à Kanchanaburi, où se trouve le pont, dans un petit hôtel tenu par une thaï et un suisse.
Bien entendu le lieu, hautement touristique, est finalement un peu décevant. Il y a le village, la rivière, le pont, la gare, les petits restaurants, le cimetière, le musée et le hellfire pass - l'endroit le plus meurtrier le long de la construction de la voie ferrée.
Ses sites n'ont, en eux-même, rien d'extraordinaire, mais ils sont l'occasion pour l'auteur d'un retour en arrière dans sa propre histoire ainsi que dans l'Histoire.
Il revient sur son enfance, son père et son grand-père mais aussi sur les lieux mythiques qu'il a déjà visité comme un camp de concentration en Allemagne ou le camp 731 au Japon - l'occasion de rappeler que Mengele n'était pas le premier médecin de l'horreur et que Ishii Shiro le médecin de ce camps fit lui aussi d'atroces expériences sur des hommes, des femmes et des enfants.
L'horreur n'a pas de limite...
Les descriptions que Vincent Hein fait du site de Kanchanaburi sont très justes, on retrouve bien l'ambiance tropicale, chaude et lourde, le bruit des insectes... Pour l'avoir visité j'ai bien retrouvé mes propres sensations.
C'est un très beau récit, court, écrit dans un style riche et agréable qui nous permet de suivre l'auteur avec plaisir dans ses divagations historiques et géographiques.
Et puis il nous donne envie de découvrir d'autres écrivains voyageurs dont il parle très bien tout en éveillant notre curiosité.
Un bon moment de lecture.
PHÉBUS, 140 pages.
jeudi 24 mai 2018
"Le Bureau des Jardins et des Étangs" de Didier Decoin
Katsuro, l'époux de la jeune Miyuki, excellent pêcheur de carpes, est le fournisseur [officiel] des étangs sacrés de la cité impériale ; mais il vient de se noyer dans la rivière Kusagawa et voilà que des émissaires viennent informer son épouse que le Bureau des Jardins et des Étangs souhaitent une nouvelle livraison.
Afin d'honorer la mémoire de son époux, et de vivre encore un peu près de lui, Miyuki décide de faire ce long voyage jusqu'à la cité de Heiankyō et de livrer les dernières carpes pêchées par son mari.
Elle part donc seule, à pied, la palanche sur les épaules, avec seulement les huit plus belles dernières carpes. Elle va traverser les montagnes et les forêts, croiser des brigands, des mères maquerelles, des moines, des monstres aquatiques.... Un long périple pour arriver jusqu'à la ville sacrée et remettre ses poissons.
À l'arrivée elle aura affaire à Nagusa Watanabe le vieux directeur du Bureau des Jardins et des Étangs qui lui demandera un service un peu particulier.
Puis ce sera le long chemin du retour jusqu'à Shimae son village d'origine.
L'histoire est au départ plutôt attrayante, un thème assez typique du Japon et de cette culture asiatique, l'ensemble est intéressant et bien écrit évidemment [nous avons tout de même affaire à un sacré écrivain], mais il y a une lourdeur tout au long du roman qui se fait ressentir et qui nuit à la lecture et au plaisir.
L'auteur a travaillé, beaucoup travaillé son sujet [12 ans d'écriture] et en fait cela se ressent beaucoup trop. C'est comme si il avait voulu mettre tout ce qu'il sait, tout ce qu'il a appris sur le Japon, sur cette époque en particulier, et ça rend un texte étouffant, parfois indigeste.
Lorsque je lis j'aime apprendre et découvrir des choses, mais là j'avais l'impression de lire une thèse sur le Japon et d'être le professeur qui doit noter.
C'est bien dommage parce que l'idée originale est plutôt chouette et certains passages sont vraiment très bien. Et puis je n'ai pas du tout aimé la fin...
Il n'aurait finalement peut-être pas fallu prendre autant de temps pour écrire ce livre, et le décharger un peu.
Stock, 385 pages.
dimanche 20 mai 2018
❤️❤️ "Nagasaki" de Éric Faye
Shimura-san est un quinquagénaire célibataire, il vit à Nagasaki où il est météorologue.
Sa vie est assez bien rythmée et organisée jusqu'au jour où il pense que certaines denrées disparaissent de son réfrigérateur. Ce n'est pas flagrant, c'est très subtil et il lui faut mesurer la hauteur du jus de fruit dans la bouteille pour constater qu'en effet la quantité diminue dans la journée.
Sauf que comme il vit seul cela lui pose problème. Il décide donc d'installer dans sa cuisine, face à son réfrigérateur, une webcam et depuis son bureau il aperçoit une femme vaquer dans sa cuisine, c'est ainsi qu'il appelle la police et découvre que cette femme vit dans sa maison depuis de nombreux mois.
Éric Faye s'est inspiré d'un fait divers paru dans les journaux japonais en 2008 pour écrire cette petite histoire.
C'est un petit bonbon qui se lit en cadeau tellement l'écriture de l'auteur est douce, agréable et surtout nous plonge dans la vie de cet homme japonais mais aussi de cette femme qui n'ayant plus rien décide de s'abriter chez cet homme. Éric Faye décrit particulièrement bien l'atmosphère japonaise, le ressenti, il donne une âme à cette histoire. Il donne aussi une vie à cette femme qui ne voulait pas être clocharde, une vie à cet homme seul, un questionnement sur la perte de l'emploi, sur la solitude.
J'ai beaucoup aimé ce texte très simple mais qui en peu de mot m'a poussé dans cette ambiance, ces traditions, cette lenteur que j'aime du Japon.
J'AI LU, 95 pages.






