"Car la lecture est un singulier dialogue qui ne rêve que de pluriel, celui du désir incandescent d'échanger, de partager et de confronter ses impressions de lecture, de les dire aux autres et au monde, un désir puissant de faire circuler les oeuvres et de donner aux mots aimés l'écho le plus long et le plus lointain possible" Manuel Hirbec pour "Page"
Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.
Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?
La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...
Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !
Au plaisir de (vous) lire.
jeudi 22 mars 2018
"Lulu, femme nue" et "Le chien qui louche" de Étienne Davodeau
samedi 17 mars 2018
"Les ignorants" de Étienne Davodeau
Une fois n'est pas coutume je vous présente un roman graphique.
J'avoue ne pas être une très grande connaisseuse de la spécialité même si je l'apprécie de temps à autre.
Ici l'auteur décide de faire un "échange" de connaissance.
Son projet est de faire découvrir le monde de la BD à Richard Leroy, qui le reçoit, pendant que ce dernier lui explique le monde viticole.
Ainsi avec Étienne Davodeau nous découvrons tout le travail de la vigne au cours des longs mois qu'il passe près de Richard, avec la particularité que ce dernier fait du vin biodynamique. Il se refuse à utiliser des produits toxiques ou des machines qui écrasent, abîment la terre.
Richard est très proche de sa terre et elle a tout à voir avec le vin qu'il produit, pour lui on ne peut pas séparer l'un de l'autre et lorsque l'on va goûter son vin il vous emmène aussi sur le terrain.
Il n'a que quelques hectares et fait la majorité de son travail à la main, de même qu'il n'utilise pas de souffre pour la vinification, peu de vacances pour lui mais un travail qui le passionne.
Étienne lui fait lire de nombreuses BD, très différentes, afin qu'il puisse découvrir plusieurs mondes de ce genre apparemment tout à fait nouveau. Il l'emmène aussi dans des salons de BD, chez son éditeur et à la rencontre d'autres auteurs.
Pour moi, qui était assez "ignorante" sur ces deux thèmes, ce fut une belle découverte, qui m'a faite rêver de vignes, de sarments, de cuves, de vins... de soleil, de vert...
Donnée l'envie de prendre mon sécateur et de parcourir les vignes, courbée en deux, de ressentir la douleur physique d'un travail bien fait....
mais aussi donnée le goût et l'envie de découvrir d'autres romans graphiques.
Le jugement de l'objet en lui-même est plus compliqué, mais ce que je peux dire c'est que j'ai aimé l'histoire, j'ai aimé le texte, et j'ai plutôt bien accroché avec le dessin.
Le seul petit reproche que j'aurais est que le livre est entièrement en noir et blanc, mais c'est probablement aussi quelque chose qui "s'apprend" !
Futuropolis, 272 pages.
mercredi 14 mars 2018
❤️❤️ "Auschwitz et après - I - Aucun de nous ne reviendra " de Charlotte Delbo
En janvier j'avais lu et découvert "Je me promets d'éclatantes revanches" de Valentine Goby, qui nous dévoilait l'existence de Charlotte Delbo, son passage dans le camp de Auschwitz et sa production écrite après son retour. Cet essai m'avait énormément plu et touché et m'avait bien entendu donné envie de lire Charlotte Delbo.
Alors voilà j'ai commencé par ce premier récit où Charlotte Delbo ouvre les portes du camp et nous restitue des moments de "vie" dans ce camp.
Elle nous parle de la réalité du quotidien, des souffrances intimes, extrêmes, des pensées, du mental. Elle ne sait même plus pourquoi on tient, pourquoi on est encore vivant.
Alors que la mort serait si douce, si libératrice ; mais non elle ne veut pas être sur cette si "petite civière", la main qui tombe, portée par ses camarades, non ce rire des SS cet après-midi, non, ... elle ne peut pas encore mourir.
Il y a des passages sur la soif, le froid, l'attente.... on perçoit presque plus une lassitude que la peur, comme une acceptation tout en pensant à l'avenir, et en gardant une rage folle au fond, tout au fond, peut-être ce qui permet de garder la lumière allumée, la flamme vacillante mais toujours présente.
Il y a des textes courts, des poèmes, des dialogues, des descriptions, des ressentis...
Servi par une écriture fluide, douce, magnifique, ce récit est extrêmement puissant, fort, touchant, perturbant, d'une réalité glaçante.
Charlotte réussit à nous pousser à l'intérieur des barbelés, et même si jamais, jamais nous ne pourrons vraiment comprendre ce qu'ils ont vécu, elle nous approche si près que l'on pourrait se brûler.
Ce témoignage est une richesse immense pour le devoir de mémoire et je suis assez surprise de ne le découvrir que maintenant. Il est je crois d'une importance capitale que ces textes restent vivants, connus, sus, pour espérer que plus jamais.
Les éditions de minuit, Documents, 181 pages.
mardi 13 mars 2018
"Vivre en bourgeois, penser en demi-dieu" de Jacques Weber
Jacques Weber n'a bien entendu plus besoin d'être présenté ; acteur, scénariste, écrivain, il aime les mots et surtout il aime les partager, que cela soit sur scène ou dans ses livres.
Dans cet essai il nous transmet sa passion, son amour, pour Flaubert. Le Flaubert de "Madame Bovary", mais pas seulement.
Le Flaubert que nous ne connaissons pas, celui des lettres enflammées qu'il écrit à ses maitresses, de ses échanges avec ses contemporains, le Flaubert volcanique, impétueux, gras, de mauvaise foi, un Flaubert vivant, jouisseur, au langage fleuri.
Ainsi Jacques Weber nous livre des moments de la vie ordinaire de Gustave pour nous parler de lui, pour nous le dévoiler différemment, il y a
Gustave l'ermite qui s'enferme des heures pour écrire,
Gustave l'épicurien qui s'encanaille dans les rues de Paris, un Paris retourné, éventré par le baron Haussmann,
Gustave l'ami de George Sand, le postier de Hugo,
Gustave l'amant...
Et au milieu de cette vie ordinaire Jacques Weber nous donne à voir un peu aussi de lui-même, de son intimité ; il y a des moments où l'on ne sait plus trop bien de qui il est question, c'est délicieusement troublant.
Jacques Weber a joué Gustave sur scène, il a lu ses correspondances, il le connait, il l'aime et il donne envie de (re)découvrir ce Flaubert là.
J'ai eu la chance de le rencontrer (Weber pas Flaubert (faut-il le préciser ?)), l'homme parle aussi bien qu'il écrit, passionnant et fascinant. Une simplicité, une chaleur, un enthousiasme que l'on reçoit tout naturellement.
On voudrait l'écouter des heures, le regarder vivre ses mots.
Une belle rencontre, un beau moment, une magnifique lecture
Fayard, 232 pages.
jeudi 8 mars 2018
"Le voile de Téhéran" de Parinoush Saniee
"Un jour, ma famille voulait me tuer sous prétexte que j'avais échangé quelques mots avec un homme que je connaissais depuis deux ans, sur lequel je savais beaucoup de choses, que j'aimais et que j'étais prête à suivre au bout du monde, et le lendemain elle prétendait m'obliger à coucher dans le même lit qu'un étranger dont j'ignorais tout et qui ne m'inspirait que de la terreur."
"...Je voudrais tellement que tu ne te fondes que sur tes réflexions personnelles, tes propres convictions, que tu pèses le pour et le contre de chaque option par des lectures et des enseignements, et qu'ensuite tu en tires toi-même tes conclusions et prennes ta décision en tout indépendance ! L'idéologie pure est un piège, elle engendre des préjugés et des à-priori, elle fait obstacle à la réflexion et aux opinions personnelles. Et surtout, elle transforme les gens en fanatiques incapables de faire la part des choses."Un livre très agréable à lire, comme une grande saga, pas toujours rigolote.
Un défaut, l'édition pas très scrupuleuse et du coup beaucoup trop de coquilles dans l'impression... mais ça c'est du détail technique.
POINTS, 607 pages.
samedi 3 mars 2018
"Et vous avez eu beau temps ?" de Philippe Delerm
mardi 27 février 2018
❤️❤️❤️ "Au revoir là-haut" de Pierre Lemaitre
Albert est un pauvre garçon, élevé par une maman seule, il n'est pas très courageux ni vaillant même si c'est plutôt un bon gars qui voudrait bien vivre une petite vie tranquille, pépère.
Edouard est né avec une cuillère en argent dans la bouche mais pas comme son père l'aurait voulu. Edouard est un artiste, un sensible, il est différent et il profite de cette fin de guerre pour "disparaitre" et ne pas retourner chez lui.
Albert va s'occuper de lui, le suivre, l'écouter, et ensemble ils vont monter une terrible arnaque.
En parallèle, il y a la famille d'Edouard, avec Madeleine sa soeur et Mr Marcel Péricourt, son père, industriel et banquier.
Madeleine va faire un étrange mariage, avec un homme beau mais sans scrupule qui lui aussi profitera de l'après guerre pour monter une arnaque encore plus terrible. Cet homme est étroitement lié au passé d'Albert et d'Edouard et surtout à leurs malheurs.
Magistralement organisé et écrit, ce roman (que vous avez surement déjà tous lu !) est en même temps un message d'espoir (avec Albert), de tentative de reconstruction après cette terrible guerre.
Les malversations organisées sont terribles et en même temps on se prend d'amitié en particulier pour ce couple farfelu que forme Edouard et Albert.
Henri Pradelle lui est nettement moins excusable et plus facilement détestable.
J'ai beaucoup aimé ce roman, je me suis attachée à Albert qui bien que simple est d'une gentillesse incroyable et semble très doux. Je n'arrive pas à quitter cette atmosphère très particulière que l'auteur a su créer et dans laquelle je me suis glissée sans aucune difficulté.
Un livre bien agréable après les deux précédents.
J'ai hâte de voir le film et de lui le deuxième roman.
Albin Michel, 576 pages.




