Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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jeudi 20 mai 2021

"Ritournelle" de Dimitri Rouchon-Borie

 

RITOURNELLE


Pour ce deuxième roman de Dimitri Rouchon-Borie, la maison d'édition Le Tripode a repris un texte déjà publié en 2018, inspiré d’un fait divers. 

 

 

En assistant à leur procès, nous découvrons l’engrenage infernal qui a amené trois hommes 

à commettre l’irréparable.

 

 

Mais plus que ça c’est la bêtise et le désœuvrement qui se mettent en scène devant nous, impuissants témoins de l’absurdité de ce drame. 

 

 

Trois hommes se retrouvent dans un bar, l’ennui, l’alcool, leur vie (de merde) qui n’en est pas une, la famille protectrice qui n’existe pas, la violence quotidienne, permanente et c’est l’engloutissement, le dérapage, le piège qui se referme sur une barbarie sans nom.

 

 

Le style est totalement différent du roman précédent, ici les phrases sont courtes, on est dans le rythme du procès, des interrogatoires menés par le juge, c’est comme une pièce de théâtre, une tragédie.

C’est poisseux, gluant, il n’y a pas d’excuse, ni explication, juste la folie du mécanisme de la spirale diabolique. 

 

 

Je suis contente d’avoir aimé ce texte car j’avais été bouleversé par le démon de la colline aux loups et j’avais peur de la déception ; malgré la différence de style l’écriture est toujours là. Et même si le sujet est difficile, il est un témoignage d’une certaine réalité.



Le Tripode, 155 pages. Mai 2021

dimanche 12 janvier 2020

"Propriété privée" de Julia Deck



Les Caradec décident de partir s'installer en banlieue dans une toute nouvelle maison, dans un tout nouveau quartier ; c'est une rue avec des maisons mitoyennes de chaque côté, c'est une maison qui se veut éco-responsable.

Les voisins sont plutôt agréables et sympathiques dans l'ensemble.
Jusqu'à ce que les Lecoq emménagent dans la maison mitoyenne.
Les Lecoq envahissants, bruyants, sans-gênes... quel est leur véritable objectif ?

Dans ce court texte grinçant, Julia Deck explore les relations de voisinage et de fait un pan de notre société.
Il y a un côté burlesque et caustique que j'ai beaucoup aimé et qui m'a rappelé l'écriture de Jean Echenoz.
Certaines situations sont totalement absurdes, mais la réalité n'est-elle pas parfois absurde ?

La narratrice s'adresse à son époux à qui elle conte leur histoire, histoire qu'il connaît bien puisqu'il en est le principal acteur.
Il faut dire que Mr Caradec est un peu spécial, il souffre de troubles obsessionnels et a beaucoup de mal à sortir de chez lui, à se retrouver en groupe, ce qui peut parfois créer des situations rocambolesques.
Et puis bien sur les maisons parfaites ne le sont pas tant que ça, tout ne fonctionne pas si bien et de gros travaux doivent être repris.

Bref, un petit livre délicieux, mordant, parfois acide et souvent piquant.
Et puis j'ai aimé la fin, ouverte, qui laisse malgré tout planer le doute, et qui nous laisse la liberté de continuer l'histoire après avoir fini le livre.

Les Éditions de Minuit, 173 pages. Septembre 2019

mardi 8 mai 2018

"L'affaire Mayerling" de Bernard Quiriny



"Les villes se droguent à la construction. Les grues innombrables sont des seringues ; le béton, une drogue. Plus la ville se pique, mieux elle se sent. Et pourtant, c'est par là qu'elle meurt."
Un nouvel ensemble immobilier se construit à Rouvières, le Mayerling, résidence cossue dans parc ombragé. Très vite tous les logements sont vendus/loués ; mais voilà très vite aussi d'étranges choses vont se produire et chaque occupant aura son petit (gros) lot d'ennuis.
Bientôt tout s'emballe et quelques propriétaires décident d'entrer en guerre contre l'immeuble qui les malmène.

Ce livre est mené comme un enquête policière pour tenter de découvrir ce qui a bien pu se passer dans cet immeuble.
Il se présente sous forme de courts petits articles, chacun avec une thématique particulière, et qui nous conduit petit à petit à comprendre l'évolution de la situation.

Nous sommes bien sûr dans l'absurde - plus que dans la science-fiction - mais c'est un moyen (ironique) de nous sensibiliser à la surexpansion immobilière.

L'auteur démarre son récit par une analyse des publicités pour les nouveaux programmes immobiliers, j'avais l'impression qu'il était dans ma tête tellement il écrit tout ce que je ressens à chaque fois que j'en regarde une, il y a toujours du soleil, des fleurs, des arbres magnifiques dans le jardin, une jolie maman blonde avec une poussette et un enfant qui sourit, des gens qui parlent devant l'entrée dans une entente qui semble tout à fait cordiale, oui en effet ça fait rêver !!
Puis il continue avec les noms de ces ensembles immobiliers, on a envie de rire, bien sûr ! Le clos de..., les Terrasses de ..., Jardins de..., Villa.... des noms de rêve, enfin qui vendent du rêve et ça s'arrête là !
Vient ensuite les noms des compagnies, toutes avec des acronymes pas possible.... et tout cela est tellement vrai...
Je connais un tout petit peu ce milieu de la construction immobilière et je trouve que l'auteur tombe très juste, y compris lorsque tout part à vau-l'eau et même si il est volontairement dans l'exagération la plus totale il est parfaitement crédible.

Bien entendu il y a un message et il est très clair, on bétonne les villes à tout va, on construit dans les villes, dans les campagnes, jusqu'où ? quelle est la limite ?
C'est assez surprenant d'avoir lu ce livre juste après celui de Éric Faye et Christian Garcin (Dans les pas d'Alexandra David-Néel) où eux-aussi s'alarmaient de l'hyperconstruction dans les villes chinoises et les campagnes.

Un livre original, bien construit 😂 (sans mauvais jeu de mots), un sujet actuel et qui nous concerne tous.
Un auteur belge que je ne connaissais pas, mais que je trouve assez intéressant.

Rivages, 271 pages.

dimanche 29 janvier 2017

❤️❤️ "La baleine thébaïde" de Pierre Raufast



Pierre Raufast avec son style très particulier et son imagination débordante m'avait déjà conquise avec ses deux premiers romans ("la fractale des raviolis" et "la variante chilienne") ; ce troisième roman dans la même veine que les deux premiers n'est en rien décevant.

thébaïde : lieu isolé et sauvage, où l'on mène une vie austère, calme et solitaire.

Richeville est un jeune homme tout juste diplômé d'une école de commerce qui cherche sa voie. Dans un journal il trouve une annonce à laquelle il postule et c'est ainsi qu'il se retrouve sur un baleinier à la recherche de la baleine 52 surnommée ainsi en rapport avec sa fréquence d'émission....
Richeville va se retrouver embarqué dans une aventure à laquelle il ne s'attendait pas.
Où l'on va notamment croiser un chercheur fou qui crée une matière grasse génétiquement modifiée, comestible et qui, une fois absorbée, s'accumulerait dans la poitrine des femmes et non sur leurs hanches et leurs fesses !! 😆

C'est un texte drôle, enlevé, rythmé, parfois cynique et très très imaginatif qui n'est pas sans rappeler le style de Jean Echenoz.
C'est frais tout en étant corrosif, beaucoup d'humour parfois grinçant.
On adhère ou pas, moi j'adore !!
Et si on a lu ses deux premiers romans on rit et sourit des petits rappels qu'il fait sur certaines histoires (l'explication d'une pluie diluvienne de plusieurs années dans un petit village français, une mort par empoisonnement, un certain jeu de carte, un ramasseur/collectionneur de cailloux...)

Bref un petit plaisir qui fait du bien et qui change !

"On veut faire le bien mais parfois ça tourne mal. Personne n'y peut rien. Ne jamais oublier qu'un aimant, même le plus fin possible, a toujours deux faces : la positive et la négative..."
Alma Editeur, 218 pages.

mardi 22 mars 2016

" Envoyée spéciale " de Jean Echenoz



C'est une sorte de roman d'espionnage où une jeune femme, blonde et apparemment très "légère" se fait enlever pour être préparée à une certaine mission (je ne veux pas trop dévoiler l'intrigue) ; nous suivons donc son "aventure", celle de son cher et tendre époux, vieille gloire de la chanson française, mais aussi celles des commanditaires de l'enlèvement, les protagonistes de ce dernier et tout un tas de "seconds rôles".

Le roman est complètement foutraque, c'est une parodie totalement ironique, parfois drôle, de roman policier (ou de la réalité ?).

Echenoz est tout le temps présent dans son écriture, avec ses commentaires et les explications des tenants et aboutissants, il nous implique et nous prend à parti.

On passe de la région parisienne à la Corée du Nord via la Creuse. Les scènes plus rocambolesques les unes que les autres se succèdent dans un style burlesque où l'on imagine bien Louis de Funès avec Bourvil en héros de la DGSE !

Première fois que je lis du Jean Echenoz...
Un peu surprise au départ par le ton et le style, vraiment très très "spéciale", j'ai eu du mal à rentrer dedans puis je me suis prise au jeu, même si ce n'est pas mon genre de lecture favorite. Un bon moment de lecture malgré tout si on est adepte du second degré (voire plus...).