Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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jeudi 2 avril 2020

"Boy Diola" de Yancouba Diémé






Dans ce premier roman, Yancouba Diémé raconte l’histoire de son père entre son village natal en Casamance au Sénégal et sa vie d’adulte et de famille en région parisienne.

« Boy Diola » est le surnom de ces jeunes hommes qui quittent leur village et leur forêt pour aller à Dakar - en ville - trouver du travail, c’est un surnom à la fois moqueur et affectueux.
Diola, c’est le peuple de riziculteur d’où vient Apéraw, le père de l’auteur. Mais dans les années 50 le niveau de pluie diminue fortement et atteint gravement ces agriculteurs, d’où un départ des jeunes pour la ville.

Une fois à Dakar Apéraw fera de multiples petits boulots avant de s’embarquer sur un bateau direction Marseille puis Paris. 

Une vie nouvelle commence pour lui en banlieue bien sûr, à l’usine évidemment. 

Il fera venir de Casamance sa première épouse, puis une seconde ; neuf enfants naitront de ses unions et rempliront la maison. 

Malgré son ardeur au travail Aperaw subira les aléas de la vie, avec perte d’emploi, huissier, maladie.


Très pudiquement Yancouba Diémé nous livre l’histoire de son père, celle de sa famille et par conséquent celle de toute une génération d’africain venu chercher du travail en France. Tout en nous racontant son histoire personnelle il nous parle aussi de la grande, celle de l’immigration africaine, il nous parle d’exil, de départ, de familles qui restent au village, et puis il y a les retours avec leur lot de joie et de tristesse car il manque toujours quelqu’un.
C’est une histoire de transmission familiale, d’origine et puis d’adaptation. 

La partie sur l’administratif, sur le « numéro 44 » m’a particulièrement touchée ; en effet Aperaw ne connaît pas sa date de naissance et cependant en France il faut cette date, pour tout, tout le temps, il ne comprend pas pourquoi on veut le réduire à un numéro, alors il décide d’être le « numéro 44 ».


"On nous a ramassé pour venir travailler en France."
"Le temps de avant-avant échappe à la datation. Il trouve sa raison d'être dans l'oubli."
"Nous venons par devoir, par respect, pour la transmission, nous sommes vos enfants, vos frères." 

Flammarion, 188 pages. Août 2019.

lundi 25 novembre 2019

"Ceux que je suis" de Olivier Dorchamps



Le père de Marwann vient de mourir et une de ses dernières volontés est d'être enterré au Maroc, son pays de naissance.
Marwann et ses frères sont tous les trois nés en France et ne comprennent pas cette demande de leur père. Ils ne pourront jamais se rendre sur sa tombe, et leur mère non plus ; leur vie est ici à Paris ou à Clichy où ils ont grandi.
Le Maroc, ils ne l'ont connu que petits, pendant les vacances d'été, mais depuis quelques années ils ne s'y rendent plus trop. Chacun a son travail et mène sa vie.

Alors pour Marwann faire ce voyage à l'envers, avec son père, le ramener dans son pays natal, c'est le moyen de partir à la découverte de son histoire, l'histoire de la famille.

Ce premier roman est très réussi car le thème abordé n'est pas très facile, et surtout a déjà été traité de nombreuses fois.
Olivier Dorchamps parvient à nous entrainer dans la complexité des familles multiculturelles, la difficulté à trouver sa (bonne) place au sein de sa famille proche et élargie mais aussi au sein d'une société qui a encore du mal à gérer la pluriculturalité que ce soit ici ou ailleurs.
Et cette différence doit aussi apprendre à se gérer entre les générations, c'est à dire ceux qui ont quitté un pays pour s'installer ailleurs et commencer une nouvelle vie, et leurs enfants qui eux n'ont rien quitté, mais toujours vécu au même endroit et se sentent chez eux là où ils sont nés, ont grandi, ont été à l'école. Il faut se battre contre les préjugés, les délits de "sale gueule"...

Et puis le décalage avec les "cousins", la famille restée au pays, cette famille qui croit que ceux qui sont partis sont riches, doivent toujours rapporter des "cadeaux"...

O. Dorchamps décrit magnifiquement cette jolie famille marocaine, le regard des enfants qui se fait parfois dur, mais qui est aussi souvent tendre et surtout très reconnaissant.

C'est un roman d'une grande justesse, qui analyse avec finesse et sensibilité les différents décalages. Dans cette histoire il s'agit d'une famille franco-marocaine mais la situation pourrait s'adapter à toutes les autres configurations possibles. J'y ai vu tellement de parallèles avec tellement d'histoires croisées au gré de mes voyages et de mes rencontres.
On retrouve toujours cette ambivalence, pas toujours facile à vivre, pas toujours facile à expliquer et à comprendre.

Un joli premier roman qui mérite d'être découvert, un auteur à suivre !
"[...] ma mère en était sortie dans une belle djellaba neuve, turquoise, brodée de motifs floraux. [...] Mon père aussi portait une djellaba, brune, rayée de gris avec un liseré doré. Fouad était en jean et chemise rouge, beau comme la jeunesse le permet instantanément. Ils suscitaient sur leur passage les regards moqueurs de la foule des samedis matin. Cela m'avait d'abord irrité, puis j'avais réalisé que ces passants se demandaient sans doute comment on pouvait éclairer la vie d'autant de couleurs, eux qui oscillent du gris de la semaine au bleu marine des week-ends bon ton, et j'avais éprouvé un orgueil immense pour ma famille [...]" 
"Si mes parents on quitté le Maroc, c'était pour commencer une nouvelle vie, pas pour prolonger celle qu'ils avaient ici." 

Finitude, 253 pages. Août 2019

jeudi 10 octobre 2019

"Le Ghetto intérieur" de Santiago H. Amigorena


Vicente Rosenberg, juif originaire de Pologne, a émigré en Argentine en 1928 pour y trouver un meilleur avenir.
Il y rencontre celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants, Rosita.
Il travaille dans un magasin de meuble pour son beau-père.
Sa vie est paisible, il est amoureux, heureux, et a deux bons amis qui ont émigré en même temps que lui.

Mais voilà qu'en Europe le nazisme se déchaine, la guerre fait rage et Vicente s'inquiète pour sa famille. Pour sa mère notamment, qui est bientôt enfermée dans le ghetto de Varsovie, et pour son frère qui est avec elle.

Vicente a quitté l'Europe pour découvrir autre chose, mais aussi probablement pour fuir une condition, celle d'être juif dans une Europe largement antisémite, fuir aussi sa mère, il me semble, trop présente.
Lorsque les lois antisémites sont déclarées il demande à sa mère de venir le rejoindre, mais elle ne veut pas abandonner ses deux autres enfants, il propose mais sans trop insister.
J'ai aimé ce point de vu, un peu nouveau (bien que déjà abordé dans les Déracinés), des juifs qui sont loin et n'ont pas à subir l'ire nazi. Nécessairement nait une culpabilité de ce que vit le peuple juif et dont on est éloigné, et d'un coup Vicente qui ne se sentait pas particulièrement juif ne devient plus que juif, il n'est plus rien d'autre qu'un juif. J'ai trouvé l'approche de cette question vraiment très intéressante et particulièrement bien traitée.
Mais cela entraine chez Vicente une entrée en le silence, la culpabilité le ronge au point qu'il ne peut plus prononcer un mot, et ce n'est pas que cela, il ne fait plus rien dans sa famille, il ne s'occupe plus ni de sa femme ni de ses enfants.
Et c'est là où j'ai un petit peu de mal à comprendre le processus, il culpabilise d'avoir en quelque sorte abandonné sa famille en Europe (bien que non responsable de l'antisémitisme ambiant) et cette culpabilité fait qu'il abandonne sa propre famille ici, là, celle avec laquelle il vit. Il abandonne sa femme et ses enfants en étant totalement absent à lui-même et à ses proches. L'histoire est vraie puisqu'il s'agit de celle du grand-père de l'auteur, mais j'avoue ne pas avoir réussi à avoir d'empathie pour lui. Au début oui, mais lorsqu'il se renferme totalement sur lui et tourne le dos à ses proches là je reconnais que je n'y arrivais plus.

Je reste donc indéterminée sur ce roman et ne peux malheureusement pas partager les avis dithyrambiques.
En revanche c'est un très beau texte, merveilleusement écrit même si j'y ai trouvé quelques longueurs.
Un roman qui mérite d'être lu et découvert malgré mon avis mitigé.
"À partir de ce triste mois de mars 1941, Vicente allait éprouver une double haine de lui-même : il allait se détester parce qu'il s'était senti polonais et il allait se détester davantage encore parce qu'il avait voulu être allemand. Il allait éprouver une double haine de lui-même que jamais le fait de se sentir juif n'allait soulager. « Pourquoi jusqu'aujourd'hui j'ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles, mais jamais juif ? Pourquoi je n'ai jamais été juif comme je le suis aujourd'hui - aujourd'hui où je ne suis plus que ça. » Comme tous les Juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait était une seule chose : être juif. "
"Être juif, pour lui, n'avait jamais été si important. Et pourtant, être juif, soudain était devenu la seule chose qui importait.  « Mais pourquoi je suis juif ? Pourquoi, aujourd'hui, je ne suis que ça ? Pourquoi je ne peux pas être juif et continuer d'êtretout ce que j'étais auparavant ? »"
" ...les nazis ne tuaient pas les Juifs parce qu'ils étaient polonais, vieux, inutiles, blonds, mariés, célibataires, boiteux ou parce qu'ils avaient mauvaise haleine : ils les tuaient parce qu'ils étaient juifs. En 1941, être juif était devenu, grâce à ceux qui cherchaient à les exterminer, la condition fondamentale de millions de personnes qui, comme Vicente, n'avaient jamais accordé une grande importance à cette caractérisation, à cette appartenance mi-religieuse, mi-ethnique, et trois quarts n'importe quoi. En 1941, être juif était devenu une définition de soi, qui excluait toutes les autres, une identité unique : celle qui déterminait des millions d'êtres humains - et qui devait, également, les terminer."
"Vicente avait été un homme installé : quarante ans, marié, deux filles et un fils, des amis, un magasin qui marchait, une ville qui ne lui était plus étrangère. Il avait été un homme comme plein d'autres hommes, heureux et malheureux, chanceux et malchanceux, vif, fatigué, présent, absent, souvent insouciant, parfois passionné, rarement indifférent. Il avait été un homme comme tant d'autres hommes, et soudain, sans que rien n'arrive là où il se trouvait,  sans que rien ne change dans sa vie de tous les jours, tout avait changé. Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n'était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient. Et à partir de ce moment-là, il a préféré vivre comme un fantôme, silencieux et solitaire."
P.O.L, 191 pages. Mai 2019


lundi 1 juillet 2019

"Oyana" de Éric Plamondon

Oyana est née au pays basque français, peu concernée par les "histoires" d'indépendance elle ne s'intéresse pas trop à ce sujet, ses préoccupations sont loin de celles de l'ETA.
Cependant vers 20 ans un évènement particulier et la révélation d'un secret vont changer sa vie alors qu'elle se rêvait déjà photographe de cachalot sur le Saint-Laurent.
Elle va tout quitter pour le Mexique où elle rencontrera son futur mari qui la ramènera dans son pays, à Montréal.

23 ans plus tard une nouvelle importante lue dans le journal va à nouveau bouleverser sa vie ; elle décide alors d'écrire une lettre à son mari où elle lui raconte tout, sa vérité, sa vie, sa culpabilité.

Comme dans le premier roman que j'ai découvert de cet auteur - Taqawan - les chapitres sont courts, et se succèdent avec rythme. Il y a la lettre de Oyana à son mari, au milieu de laquelle s'intercalent de courts textes sur le pays basque, l'ETA, tout le côté historique, et quelques chapitres où l'histoire d'Oyana nous est contée à la troisième personne, un narrateur s'invite.

J'ai beaucoup beaucoup aimé ce roman. Encore une fois ce style très particulier de narration marche avec moi, il m'attrape et m'emporte, ces petites insertions comme des petits articles de journaux apportent un souffle original et unique.
En peu de mots on découvre et on apprend beaucoup sur le pays basque, depuis le Moyen-Âge jusqu'à aujourd'hui.
J'ai été touché par l'histoire et la vie de cette femme et au-delà de ça par le message sur l'homme, ses convictions, le terrorisme. Un retour en arrière compliqué et déroutant pour cette femme qui pensait avoir tourné une page de sa vie.
"Minée par deux siècles de rationalisme matérialiste, l'Europe du XXè siècle s'est auto-détruite dans une série de folies meurtrières, toutes puisant leur origine dans une tentative de créer par la Raison un être nouveau. Le nationalisme raciste et belliciste, le fascisme, le communisme, le scientisme, se sont succédés comme « croyances modernes » : de Verdun à Auschwitz, des goulags à Tchernobyl, l'homme européen s'est éloigné de ce qui auparavant avait constitué son humanité, et toujours au nom d'une pensée se voulant rationnelle."
Quidam éditeur, 147 pages.

lundi 22 avril 2019

"Shanghaï-la-juive" de Michèle Kahn


1938, Walter Neumann est un jeune journaliste autrichien qui après la "nuit de cristal" fut libéré de Dachau. Il saisit cette occasion pour partir à Shanghaï qui se trouve être le seul endroit où il peut se rendre sans visa.

C'est ainsi qu'il arrive avec des centaines d'autres juifs dans la grande ville chinoise tenue par les japonais. Il y a un comité d'accueil des réfugiés mais il refuse de vivre là où on l'assigne et veut se débrouiller par lui-même. Son objectif étant de gagner vite beaucoup d'argent pour pouvoir partir vivre aux États-Unis.
Mais c'est sans compter la seconde guerre mondiale qui démarre en Europe, et de plus en plus de juifs  débarquent à Shanghaï.
Walter tient absolument à pouvoir exercer son métier, et notamment en mémoire de son père.

Les logements sont insalubres et le travail difficile à trouver mais Walter est plutôt débrouillard, il sait utiliser sa tête, et ses mains, il sait faire de bonnes rencontres et surtout entretenir les relations.
Quelques européens vivaient déjà à Shanghaï, des français, des allemands, des russes.... c'est ainsi qu'il se reconstitue petit à petit une famille. Il devient aussi très ami avec une chinoise et apprend à parler la langue locale.
Il se frotte au luxe indécent, aux mafieux de tout ordre...
Il trouve un travail, un petit logement, construit doucement sa vie... mais voilà que les japonais décident de parquer tous les migrants arrivés après 1937 dans ce qui devient en fait très vite un ghetto, car ces migrants ne sont que les juifs d'Europe de l'Est qui ont fui le nazisme.
Cependant les japonais refusent d'appliquer la solution finale de leurs alliées.

A la fin de la seconde guerre mondiale tout va à nouveau changer, et Walter ne sait plus trop si il veut toujours aller aux États-Unis, alors que maintenant ce sont les communistes qui menacent Shanghaï et qu'il faut de nouveau "fuir". Il choisira Hong-Kong, car finalement la Chine est devenue sa seconde nature.

C'est une histoire romanesque très forte qui m'a fait découvrir un pan de l'Histoire que je ne connaissais pas.
Je n'ai pas encore été à Shanghaï et pourtant j'ai l'impression de m'y être baladée au gré des pages, une Shanghaï ancienne, du temps des coolies et des jolies robes.

Je me suis laissée prendre au rythme de l'histoire, des aventures de Walter qui ne lâche jamais rien malgré des épreuves pas toujours faciles.

Le Passage, 517 pages.

lundi 18 mars 2019

"Le dernier frère" de Natacha Appanah



"Ce sentiment, comme une nausée qui monte et qui descend, c'était la perte de l'enfance et la conscience que rien, plus rien, ne me protégerait désormais du monde terrible des hommes."
Un vieil homme, Raj, fait un rêve. Il rêve de David, cet enfant qui fut son ami, il y a si longtemps.
Alors Raj nous emmène avec lui dans son enfance.
Tout d'abord à Mapou, dans les champs de canne à sucre avec ses frères, la rivière, la sécheresse et les pluies diluviennes, une vie heureuse malgré l'extrême pauvreté et les coups de trique du père, jusqu'à ce qu'un cyclone balaie cette famille et fasse tout voler en éclat.

Puis le jeune garçon se retrouve seul avec ses parents à Beau-Bassin, dans une maison de la forêt. Il se raconte beaucoup d'histoires pour s'occuper, il arpente la forêt qu'il connait par coeur. Jusqu'au jour où sa mère l'envoie apporter le déjeuner de son père à la prison où il travaille. Et Raj découvre que les prisonniers ne sont pas comme son père lui avait dit des mÉchAnts, des mArrOns, des vOlEUrs, mais juste des hommes, des femmes et des enfants....

Et c'est là qu'il rencontre David, ce garçon à la chevelure flamboyante et douce, qui va devenir son ami, son frère.

Ce roman se situe dans un contexte historique que je ne connaissais pas.
En effet au début de la seconde guerre mondiale, en 1940, des Juifs quittèrent l'Europe pour tenter d'aller s'établir en Palestine, seulement à leur arrivée au port d'Haïfa - alors sous mandat britannique - ils furent refoulés par les Anglais et envoyés dans leur colonie de l'île Maurice. Là-bas ils furent installés dans une prison à Beau-Bassin. Ils vivaient entassés, dans un climat tropical auquel ils n'étaient pas habitués, endurant les maladies locales.

Raj est un petit garçon qui subit la violence au quotidien avec un père alcoolique, agressif, vivant dans une grande misère. Heureusement sa mère lui donne beaucoup d'amour et de tendresse. C'est un enfant qui essaie de se construire malgré un environnement difficile, alors lorsqu'il croise David pour la première fois c'est un coup de foudre d'amitié.
Raj ne savait rien de la guerre qui sévissait en Europe, il ne savait rien de ce que subissait les Juifs, il ne savait même pas ce que c'était qu'être juif...
Les deux enfants vont vivre une belle histoire mais qui les mènera beaucoup trop loin.

C'est un très beau roman que j'ai beaucoup aimé.
Je me suis attachée à Raj et à sa terrible histoire. Ce petit garçon qui veut juste ajouter du bonheur dans sa vie, ne plus trembler au retour de son père, ne plus penser qu'il ne vaut rien et qu'il ne devrait pas être là. Ce besoin fou qu'il a d'aimer un autre enfant, de partager, de vivre ensemble.

POINTS, 211 pages.

jeudi 14 février 2019

"Rêves oubliés" de Léonor de Récondo


"Être ensemble, c'est tout ce qui compte."

Les "rêves oubliés" c'est l'histoire de l'exil d'une famille ; une famille républicaine obligée de fuir son pays basque espagnol en août 1936 au moment de la guerre civile espagnole.
Il y a Aïta, le père, Ama, la mère, leurs 3 jeunes garçons, mais aussi les grands-parents et les oncles, frères d'Ama.

Ainsi de 1936 à 1949 nous suivons le quotidien de cette famille qui doit se réinventer, se reconstruire après avoir tout laissé derrière eux. Il faut renouer avec la sérénité, avec l'essentiel. Mais ce n'est pas facile lorsque l'Histoire les rattrape encore avec la Seconde Guerre Mondiale qui vient à nouveau tout chambouler.

Cette famille s'installe d'abord à Hendaye, juste de l'autre côté de la rivière où se trouve leur village. Aïta aime travailler avec ses mains, il est doué, artiste, il façonne aussi bien le jardin que la glaise.
"Toi, tu as mis ta pensée dans tes mains."
Mais lorsque la guerre se réinvite dans leur quotidien Aïta part travailler à l'usine d'armement, il est malheureux et dans le village on commence à les regarder comme des étrangers, des coupables. C'est pourquoi ils acceptent l'offre de se charger de faire tourner une ferme près de Dax, c'est comme un second exil, ils s'éloignent encore un peu de leur pays.

La narration principale se fait à la troisième personne, on nous raconte l'histoire de cette famille unie, et s'intercalent au milieu, des morceaux du journal intime d'Ama, la mère. Elle fait rentrer le "je", l'intime, le vécu, le ressenti.

Ce récit c'est aussi l'histoire de la famille paternelle de Léonor de Récondo, cette famille qu'elle connait assez mal et auprès de qui elle souhaite se rapprocher en racontant leur vie, vie qu'elle romance intelligemment, avec beaucoup d'amour.

J'avais déjà lu ce roman il y a une dizaine d'années, mais en lisant "Manifesto" j'ai eu très envie de relire ce livre, relire le début de la vie de Félix. On découvre une enfance particulière, un goût pour l'art qui apparait très jeune, et qui est finalement un goût "familial".

Déjà Léonor de Récondo m'avait enchantée lors de la première lecture, elle avait déjà ce tact, cette délicatesse dans l'écriture, dans ces mots et ces phrases qu'elle sait si bien arranger, qui nous transportent dans un monde de lecture où l'on se sent si bien.
On lit et relit certaines phrases, on termine un chapitre et on s'arrête 5 minutes, on prend son temps, on digère et on se délecte.
On l'aura compris je suis une fan inconditionnelle !
"Depuis qu'il est arrivé à Hendaye, Aïta a vécu en posant les instants les uns à côtés des autres."
"En traversant la Bidassoa, Otzan a senti que son âme se fissurait, se brisait. Depuis, il jongle avec les éclats épars en tremblant de se couper les doigts." 
Sabine Wespieser Éditeur, 169 pages.

lundi 7 janvier 2019

"Salina, les trois exils" de Laurent Gaudé


Un bébé hurlant venu de nul part est amené et laissé par un guerrier à cheval dans la tribu Djimba, on attend, on observe, et Mamambala ne tient plus et prend l'enfant en son sein, elle la nommera Salina, l'enfant du sel, du sel de ses larmes qui ont tant coulé.
Salina grandira dans le village des Djimba, elle aimera mais elle sera aussi contrainte, forcée.
Elle partira, avec la vengeance enfouie au plus profond de ses entrailles.

A la fin de sa vie Salina se met en route avec son fils, Malaka.
Elle meurt en chemin et Malaka décide de lui trouver un bel endroit pour sa sépulture.
Il marche des jours et des jours avant d'arriver dans une ville, au bord d'un fleuve où l'attend Darzagar qui les prend à bord de sa barque pour les emmener vers l'île cimetière.
Mais pour que Salina soit acceptée dans ce cimetière il faut que son fils raconte son histoire, et ce n'est qu'après avoir entendu son histoire que le cimetière acceptera ou non de lui ouvrir ses portes.

C'est ainsi qu'au cours de plusieurs nuits, Malaka, ce fils aimant, va raconter la vie de sa mère, ses trois exils.

Laurent Gaudé nous livre ici un magnifique conte africain. Il y a de l'amour, de la violence, de la tendresse, beaucoup de poésie.
Le désert est brulant, le soleil haut dans le ciel, les traditions sont dures, violentes, la haine de l'homme est tout aussi brutal que sa lâcheté.

J'ai énormément aimé ce livre, l'écriture m'a prise et plongée dans ce conte cruel. On s'attache à ce fils qui raconte sa mère, et on s'attache encore plus à Salina, cette beauté des sables qui a tant souffert.
Un livre court mais superbement écrit, on le dévore et on se délecte de chaque mot.

Actes Sud, 149 pages.