"Car la lecture est un singulier dialogue qui ne rêve que de pluriel, celui du désir incandescent d'échanger, de partager et de confronter ses impressions de lecture, de les dire aux autres et au monde, un désir puissant de faire circuler les oeuvres et de donner aux mots aimés l'écho le plus long et le plus lointain possible" Manuel Hirbec pour "Page"
Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.
Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?
La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...
Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !
Au plaisir de (vous) lire.
mardi 3 mars 2020
❤️❤️❤️ "Avant la longue flamme rouge" de Guillaume Sire
Dans la tête de Saravouth il y a tout un monde qui existe, qu'il fait exister, qu'il construit, bâtit, en permanence grâce à ce qu'il voit chaque jour, grâce aux histoires merveilleuses que sa maman lui raconte - Peter Pan, l'Iliade et l'Odyssée - et dans ce monde il essaie d'y inviter sa petite soeur Dara qui est une petite fille pleine d'énergie mais aussi de violence et de force.
Nous sommes au début des années 70 à Phnom Penh au Cambodge, et le pire est à venir...
C'est la guerre civile qui mettra le jeune Saravouth à terre alors qu'il est à peine âgé de 11 ans.
Il est issu d'une famille cultivée ; le père travaille au ministère de l'agriculture et la mère est professeur de littérature, c'est elle qui fait découvrir à ses enfants le monde merveilleux des livres et de ce fait de l'imaginaire et des histoires. Monde dans lequel son jeune garçon plonge.
La chute approche, Saravouth va se retrouver seul, il n'aura de cesse de retrouver sa famille dans une Phnom Penh à feu et à sang.
Sur son long chemin il croisera des personnes qui l'aideront et d'autres moins bienveillantes, et ce jeune garçon deviendra un jeune homme au milieu de la guerre, de la misère, de la violence...
Par les mots, par les images, dans son royaume il s'accroche à des fils, il les remonte lentement, sans trop tirer pour ne pas les casser.
Ce livre est bouleversant, et magnifique !
- parce que la vie de ce petit garçon (tirée d'une histoire vraie) est déchirante,
- parce que Guillaume Sire écrit tellement, tellement bien. C'est une plume que je découvre mais qui m'a faite rêver. Dans la lecture j'aime les histoires mais aussi la langue, et là la langue est tout simplement belle.
Calmann Levy, 332 pages. Janvier 2020
jeudi 16 janvier 2020
"Le huitième soir" de Arnaud de la Grange
C'est totalement involontaire mais me voilà de retour avec un nouveau livre sur Diên Biên Phù.
Sauf que cette fois on y est vraiment, dans le feu de l'action.
Le narrateur est un jeune homme, lieutenant de l'armée, qui prêt à quitter Hanoï pour retourner chez lui, se porte volontaire au dernier moment pour être parachuté dans le creuset de Diên Bien Phù et tenter de sauver les dernières positions. Il sait pourtant vers quoi il va.
Il y a huit journées, et huit soirs et les Viets attaquent surtout la nuit, et chaque jour le jeune homme raconte cette guerre tout en revenant sur sa propre histoire.
Et chaque jour on vit avec lui dans les tranchées, dans cette forêt moite, épaisse, lourde, chaude, dans la boue, le bruit, l'odeur.
C'est un texte court mais qui est d'une puissance folle. En peu de mots tout l'enfer de la guerre nous est conté, mais aussi son injustice, la fraternité, l'horreur de la mort. Mais pas tellement la peur que l'on ne ressent pas, comme si c'était une fatalité, déjà acceptée.
J'ai aimé, beaucoup, cette écriture simple et fluide, j'ai aimé la scène où Kader remercie son lieutenant au lieu d'essayer de lui remonter le moral, j'ai aimé le personnage de Pauline, cette jeune femme franco-vietnamienne qui sait ce qu'elle veut et où elle va, j'ai aimé notre conteur, sa sincérité, sa simplicité. J'ai aimé la lumière malgré la noirceur du sujet.
Un petit roman que je recommande vivement pour tout ce qu'il réussit à nous faire passer sans violence et naturellement.
Gallimard, 158 pages. Mars 2019
mardi 14 janvier 2020
"Diên Biên Phù" de Marc Alexandre Oho Bambe
Pendant la guerre du Vietnam, Alexandre, le narrateur, a rencontré à Hanoï, Maï Lan, avec qui il vit une aventure amoureuse forte et passionnée.
Malheureusement pour eux, à la fin de la guerre, Alexandre doit retourner dans son pays, et Maï Lan ne peut pas le suivre.
Alexandre est jeune mais déjà (mal) marié à Mireille qui l'attend patiemment en France.
Ce retour est doublement difficile pour lui, car il quitte l'amour de sa vie mais aussi, Diop, un soldat sénégalais qui lui fait découvrir l'amitié avec un grand A.
Vingt ans plus tard Alexandre décide de tout quitter pour retourner sur les traces de son amour fantôme, et s'installe à Hanoï.
C'est pour lui l'occasion de revenir sur les années de guerre, sur sa belle amitié, son mariage raté et surtout cet amour pour son étoile vietnamienne.
Pendant ces années Alexandre n'a cessé d'écrire des poèmes pour Maï Lan, comme il le faisait déjà du temps où ils vivaient leur amour à Hanoï ; ainsi dans le roman s'intercalent les poèmes d'Alexandre et le récit de sa vie.
Ce texte est magnifique, plein de douceur, de beauté, même s'il est aussi très triste et mélancolique.
C'est un premier roman très réussi où l'on sent le côté slameur de l'auteur, dans la poésie et la rythmique.
J'ai beaucoup aimé la description de la relation amicale qui nait entre Alexandre et Diop, et la suite de cette amitié après la guerre.
J'ai trouvé plus dur l'histoire de son mariage et de cet amour perdu, mais c'est une époque.
Un très joli premier roman à découvrir, et un auteur à surveiller et suivre.
"Diop était un conteur hors pair. Après l'épisode du pont, nous nous étions rapprochés. Je me sentais redevable, un peu. Et je réalisais que nous ne nous étions jamais vraiment parlé. Avant. Je voulais savoir pourquoi il avait risqué sa vie pour moi. «Je n'ai pas réfléchi, tu ne l'aurais pas fait, toi? - Non, enfin, je ne sais pas, je ne pense pas, ça te choque ? - Non. - Tu ne regrettes pas ton geste ? - Non, tu sais, ce qui compte pour moi, c'est d'essayer d'être un meilleur homme chaque jour, pas par rapport aux autres, mais en mon âme et conscience. - Mais nous sommes en guerre, Diop, comment peut-on être meilleur homme, d'ailleurs comment rester un homme en temps de guerre ? -L'honneur, Alexandre, l'honneur ! - Ne me dis pas que tu crois à toutes ces conneries, cette propagande ! - Je ne te parle pas de l'honneur de la France, je te parle de toi, de moi, de nous tous ici, de notre honneur d'hommes, d'humains !»"
"Liberté, égalité, fraternité. Je m'étais engagé pour ces valeurs et pour faire honneur à mon père qui avait combattu et était mort pour la France. Nous n'étions pas au service de la liberté, mais de l'oppression. Et il n'y avait nulle égalité dans nos rangs, nul égard pour nous. Les «nègres». Les autres. Enfin si, nous étions égaux devant la mort, et nous mourions en soldats. Nous aussi. Au combat. Pour la France ou l'idée que nous en avions."
Sabine Wespieser Éditeur, 220 pages. Mars 2018.
dimanche 27 octobre 2019
"Le coeur battant du monde" de Sébastien Spitzer
Charlotte cherche du travail.
Nous sommes à Londres en 1851, son homme est parti chercher fortune en Amérique et elle attend un enfant. Mais alors qu'elle se rend à un rendez-vous pour une offre d'emploi elle se fait violemment agresser. C'est le docteur Malte qui va la récupérer, la soigner...
Pendant ce temps, Engels rend visite à son fidèle ami, le Maure, qui l'a sollicité pour qu'il lui vienne en aide de manière urgente. Le Maure a fait une erreur et a mis enceinte la nounou de ses enfants....
Il faut donc se débarrasser de cet enfant.
Le Maure n'est autre que Karl Marx, marié à Jenny la Rouge, une baronne issue d'une très grande famille allemande ; ils ont ensemble déjà 3 filles et un garçon et Karl est très occupé à écrire SON livre, il ne travaille pas et c'est son ami Engels, lui aussi allemand et issu d'une riche famille d'industriel, qui le fait vivre et l'entretien.
C'est Charlotte qui élèvera Freddy, le fils caché du Maure, comme s'il était sien. Leur vie est difficile, misérable mais Charlotte fera tout pour que son petit garçon ne manque de rien et en grandissant c'est lui qui prendra soin d'elle.
Puis vient le temps de la guerre de Sécession en Amérique ce qui entraine une grande crise économique et industrielle dans les faubourgs de Manchester car le coton, matière première indispensable, n'arrive plus....
Encore une fois Sébastien Spitzer mêle très habilement l'Histoire et le romanesque en nous plongeant dans une Angleterre miséreuse où la voix des ouvriers commence à se faire entendre et où les indépendantistes irlandais trouvent aussi une place.
On découvre un Karl Marx intellectuellement travailleur mais incapable d'entretenir sa famille, il passe son temps à écrire son grand livre tout en étant merveilleusement soutenu par son épouse qui lui consacre sa vie et a tout abandonné pour lui. Ce qui fait qu'elle se bat bec et ongles pour qu'il réussisse et que rien n'entache sa réputation. Son ami et compagnon politique Engels est lui aussi très fortement impliqué dans la vie intime de Karl Marx, il est d'un soutien absolu pour lui.
Ce deuxième roman ne m'a peut être pas autant touché que le premier (Ces rêves qu'on piétine), mais c'est tout de même un très bon livre qui m'a beaucoup plu. L'écriture est toujours aussi belle et agréable et l'art de conter toujours présente. C'est tellement agréable de lire un livre où l'on sent que l'auteur prend plaisir à nous raconter une histoire.
Donc un écrivain que je continuerai à suivre avec plaisir.
Albin Michel, 445 pages. Août 2019.
jeudi 14 février 2019
"Rêves oubliés" de Léonor de Récondo
Les "rêves oubliés" c'est l'histoire de l'exil d'une famille ; une famille républicaine obligée de fuir son pays basque espagnol en août 1936 au moment de la guerre civile espagnole.
Il y a Aïta, le père, Ama, la mère, leurs 3 jeunes garçons, mais aussi les grands-parents et les oncles, frères d'Ama.
Ainsi de 1936 à 1949 nous suivons le quotidien de cette famille qui doit se réinventer, se reconstruire après avoir tout laissé derrière eux. Il faut renouer avec la sérénité, avec l'essentiel. Mais ce n'est pas facile lorsque l'Histoire les rattrape encore avec la Seconde Guerre Mondiale qui vient à nouveau tout chambouler.
Cette famille s'installe d'abord à Hendaye, juste de l'autre côté de la rivière où se trouve leur village. Aïta aime travailler avec ses mains, il est doué, artiste, il façonne aussi bien le jardin que la glaise.
"Toi, tu as mis ta pensée dans tes mains."Mais lorsque la guerre se réinvite dans leur quotidien Aïta part travailler à l'usine d'armement, il est malheureux et dans le village on commence à les regarder comme des étrangers, des coupables. C'est pourquoi ils acceptent l'offre de se charger de faire tourner une ferme près de Dax, c'est comme un second exil, ils s'éloignent encore un peu de leur pays.
La narration principale se fait à la troisième personne, on nous raconte l'histoire de cette famille unie, et s'intercalent au milieu, des morceaux du journal intime d'Ama, la mère. Elle fait rentrer le "je", l'intime, le vécu, le ressenti.
Ce récit c'est aussi l'histoire de la famille paternelle de Léonor de Récondo, cette famille qu'elle connait assez mal et auprès de qui elle souhaite se rapprocher en racontant leur vie, vie qu'elle romance intelligemment, avec beaucoup d'amour.
J'avais déjà lu ce roman il y a une dizaine d'années, mais en lisant "Manifesto" j'ai eu très envie de relire ce livre, relire le début de la vie de Félix. On découvre une enfance particulière, un goût pour l'art qui apparait très jeune, et qui est finalement un goût "familial".
Déjà Léonor de Récondo m'avait enchantée lors de la première lecture, elle avait déjà ce tact, cette délicatesse dans l'écriture, dans ces mots et ces phrases qu'elle sait si bien arranger, qui nous transportent dans un monde de lecture où l'on se sent si bien.
On lit et relit certaines phrases, on termine un chapitre et on s'arrête 5 minutes, on prend son temps, on digère et on se délecte.
On l'aura compris je suis une fan inconditionnelle !
"Depuis qu'il est arrivé à Hendaye, Aïta a vécu en posant les instants les uns à côtés des autres."
"En traversant la Bidassoa, Otzan a senti que son âme se fissurait, se brisait. Depuis, il jongle avec les éclats épars en tremblant de se couper les doigts."Sabine Wespieser Éditeur, 169 pages.
lundi 14 janvier 2019
"Le prisonnier du ciel" de Carlos Ruiz Zafon
Après "L'ombre du vent" et "Le jeu de l'Ange", Zafon continue sa série sur le Cimetière des Livres oubliés. Nous retrouvons Daniel mais surtout Fermin qui sera le héros de cette histoire.
Fermin l'ami fidèle de Daniel, qui fut enfermé dans les geôles de la terrible prison de Montjuïc, se retrouve confronté à de vieux fantômes alors qu'il s'apprête à épouser la belle Bernarda.
Un homme étrange vient à la librairie Sempere et laisse un livre pour Fermin.
C'est pour lui un retour brutal à cette période terrible de la seconde guerre mondiale et des heures noires du franquisme où tout opposant au régime était emprisonné dans des conditions plus que déplorables. Il était dans la cellule numéro 13, non loin de David Martin un auteur avec qui il va se lier.
Il y est question d'amitié, d'amour, de littérature, mais aussi de pouvoir et de vengeance.
Le jeune Daniel se trouvera lié à cette histoire d'une manière tout à fait inattendue pour lui, ce qui chamboulera beaucoup de choses dans sa vie.
C'est un roman que j'ai beaucoup aimé car Zafon une fois de plus sait nous entrainer dans ces histoires à rebondissements, même si cette fois il y a moins de "fantastique", il reste toujours un peu de mystère.
Après un moment très sombre la lumière revient à nous, et la fin nous donne très envie de se jeter dans le 4ème et dernier tome "Le labyrinthe des esprits".
Roman écouté en audiolivre, lu par Frederic Meaux, 7h47
Pocket, 384 pages.
mardi 18 décembre 2018
"La marcheuse" de Samar Yazbek
Dans ce roman Samar Yazbek nous raconte l'histoire d'une jeune syrienne née avec une étrange maladie, son cerveau ne contrôle pas ses jambes qui ne savent pas s'arrêter et si on ne l'attache pas elle marche, marche, marche.
Ainsi elle vit attachée tout le jour à son lit, ou au bras de sa mère, parfois de son frère.
Elle est considérée comme folle par la plupart des gens qui l'entourent car en plus de ne pas être capable de s'arrêter elle ne parle pas, jamais, elle chante simplement des cantilènes.
La guerre civile va bouleverser la vie de Rima, qui va se retrouver dépendante de son frère puis d'un de ses amis. Pour la protéger elle est enchainée dans différents endroits en sous-sol, des semblants d'hôpitaux où elle survit avec d'autres malheureux puis seule, totalement seule sous les bombardements de l'aviation civile.
Rima écrit un journal, une longue lettre par le biais de dessins, elle raconte ce qu'elle vit, ce qu'elle pense, elle parle des histoires qu'elle a lu et aimé, le Petit Prince mais aussi Alice au pays des merveilles.
C'est un livre difficile à lire, et pour lequel j'ai beaucoup de mal à avoir une opinion claire.
En effet l'auteur prend le parti de nous raconter l'horreur de la guerre en Syrie sur un ton un peu naïf, enfantin, ce qui accentue les abominations dont elle est témoin tout en rendant la lecture parfois ennuyeuse et du coup aussi peu crédible.
Ce qui est un peu dommage car je sais que cette auteur a vu et vécu le pire en Syrie, je suis sûre qu'elle n'exagère rien et que tout est vrai, cependant le côté puéril de Rima m'a gâché un peu trop mon plaisir de lecture.
Malgré tout un témoignage crucial et vrai surtout lorsque l'on a lu son récit de ses différents voyages en Syrie ("Les portes du néant") ou le témoignage de Delphine Minoui ("Les passeurs de livres de Daraya").
Stock, 291 pages.
lundi 28 mai 2018
"Kwaï" de Vincent Hein
Vincent Hein a le souvenir de soirées passées calé contre son père à regarder des films, et parmi ses films il y a le célèbre "Pont de la rivière Kwaï" tiré du livre éponyme de Pierre Boulle.
Ayant habité plusieurs années en Asie il n'a pas pu s'empêcher d'aller en Thaïlande pour voir ce fameux pont.
C'est ainsi qu'il nous raconte son voyage depuis Bangkok jusqu'à Kanchanaburi, où se trouve le pont, dans un petit hôtel tenu par une thaï et un suisse.
Bien entendu le lieu, hautement touristique, est finalement un peu décevant. Il y a le village, la rivière, le pont, la gare, les petits restaurants, le cimetière, le musée et le hellfire pass - l'endroit le plus meurtrier le long de la construction de la voie ferrée.
Ses sites n'ont, en eux-même, rien d'extraordinaire, mais ils sont l'occasion pour l'auteur d'un retour en arrière dans sa propre histoire ainsi que dans l'Histoire.
Il revient sur son enfance, son père et son grand-père mais aussi sur les lieux mythiques qu'il a déjà visité comme un camp de concentration en Allemagne ou le camp 731 au Japon - l'occasion de rappeler que Mengele n'était pas le premier médecin de l'horreur et que Ishii Shiro le médecin de ce camps fit lui aussi d'atroces expériences sur des hommes, des femmes et des enfants.
L'horreur n'a pas de limite...
Les descriptions que Vincent Hein fait du site de Kanchanaburi sont très justes, on retrouve bien l'ambiance tropicale, chaude et lourde, le bruit des insectes... Pour l'avoir visité j'ai bien retrouvé mes propres sensations.
C'est un très beau récit, court, écrit dans un style riche et agréable qui nous permet de suivre l'auteur avec plaisir dans ses divagations historiques et géographiques.
Et puis il nous donne envie de découvrir d'autres écrivains voyageurs dont il parle très bien tout en éveillant notre curiosité.
Un bon moment de lecture.
PHÉBUS, 140 pages.
jeudi 8 mars 2018
"Le voile de Téhéran" de Parinoush Saniee
"Un jour, ma famille voulait me tuer sous prétexte que j'avais échangé quelques mots avec un homme que je connaissais depuis deux ans, sur lequel je savais beaucoup de choses, que j'aimais et que j'étais prête à suivre au bout du monde, et le lendemain elle prétendait m'obliger à coucher dans le même lit qu'un étranger dont j'ignorais tout et qui ne m'inspirait que de la terreur."
"...Je voudrais tellement que tu ne te fondes que sur tes réflexions personnelles, tes propres convictions, que tu pèses le pour et le contre de chaque option par des lectures et des enseignements, et qu'ensuite tu en tires toi-même tes conclusions et prennes ta décision en tout indépendance ! L'idéologie pure est un piège, elle engendre des préjugés et des à-priori, elle fait obstacle à la réflexion et aux opinions personnelles. Et surtout, elle transforme les gens en fanatiques incapables de faire la part des choses."Un livre très agréable à lire, comme une grande saga, pas toujours rigolote.
Un défaut, l'édition pas très scrupuleuse et du coup beaucoup trop de coquilles dans l'impression... mais ça c'est du détail technique.
POINTS, 607 pages.
mardi 28 novembre 2017
❤️❤️❤️ "Les Passeurs de livres de Daraya, une bibliothèque secrète en Syrie" de Delphine Minoui
"Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes d'instruction massive."
"Notre révolution s'est faite pour construire, pas pour détruire."Delphine Minoui est une journaliste franco-iranienne basée aujourd'hui à Istanbul, elle est grand reporter pour le Figaro et a remporté le Prix Albert Londres en 2006. Elle est une écrivain hors pair qui sait conter une réalité sans tomber dans le mélodrame.
Tout est parti d'une photo trouvée sur internet, sur la page Facebook de "humans of Syria", une photo représentant deux jeunes syriens entourés de murs de livres, un cliché qui évoque une bibliothèque secrète au coeur de Daraya.
Un cliché dont Delphine Minoui va tout faire pour retrouver l'auteur, pour comprendre cette image, ces jeunes, une bibliothèque au milieu de l'enfer syrien ?!
Daraya est un des berceaux du soulèvement pacifique de 2011, Daraya encerclée et bombardée depuis 2012, Daraya où il n'y a plus que quelques milliers d'habitants en octobre 2015 lorsque Delphine Minoui entre en contact avec Ahmad Moudjahed, l'auteur de la photo et l'un des fondateurs de cette bibliothèque secrète.
Pendant près d'un an elle va tenter d'établir un contact quasi quotidien avec ces jeunes syriens qui continuent de se battre pour la liberté. Via skype, whatsapp, Facebook, dès qu'un accès internet fonctionne les jeunes de Daraya lui envoient des messages, des vidéos, des photos et ils échangent de longues conversations.
Au départ Delphine Minoui a voulu se rendre dans cette banlieue de Damas mais cela s'est avéré totalement impossible, pour autant elle n'a pas voulu baisser les bras et souhaitait coûte que coûte pouvoir rendre hommage à ses jeunes et leur bibliothèque en écrivant un livre sur eux, elle souhaitait que ce livre puisse finir sur les étagères de cette bibliothèque improbable.
En parcourant les maisons éclatées par les obus, les jeunes révolutionnaires ont découvert des livres et décidé de les sauver, ils les ont rassemblés dans le sous-sol d'un immeuble abandonné ainsi transformé en librairie, chaque livre a été réparé, soigné, annoté (afin qu'il retrouve son propriétaire) et placé sur une étagère. On y retrouve des livres de littérature arabe, occidentale, des livres de psychologie, de connaissance de soi, de développement personnel, des livres de sciences, de la poésie, une ouverture sur le monde qui n'est pas Assad et son enfermement.
"Les livres, c'est notre façon de rattraper le temps perdu, d'effacer à jamais l'ignorance. [...] Le livre ne domine pas. Il donne. Il ne castre pas. Il épanouit."Ce livre est le récit de ses jeunes qui se battent pour leurs livres, pour leur liberté de penser, mais c'est aussi un témoignage vibrant du siège de Daraya, de cette population poussée à bout, bombardée tous les jours, et n'ayant plus rien à manger, jusqu'au bout, jusqu'à la fin...
"Dans ce sas de liberté qu'ils se sont créé, la lecture est leur nouveau socle. Ils lisent pour sonder le passé occulté. Ils lisent pour s'instruire. Pour éviter la démence. Pour s'évader [...]"
"Les livres nous ont sauvés. C'est notre meilleur bouclier contre l'obscurantisme."
"Je réalise à quel point la guerre est plus pénible à vivre pour la personne qui en est éloignée. Pour moi, la guerre fait partie de mon quotidien. Elle est mon quotidien. Je l'ai choisie et acceptée. À vrai dire, j'ai perdu la notion de peur."
"Ils [les livres] me donnent l'impression de redevenir cet étudiant que j'étais, de ressembler à n'importe quel jeune homme du monde entier. Ils m'arrachent, l'espace d'un instant, à cette vie déformée qui est devenue mienne."Pour retrouver l'interview de Delphine Minoui dans "La Grande Librairie" ICI
Vous pouvez lire l'article de son livre "Je vous écris de Téhéran"que j'avais énormément aimé.
Le Seuil, 160 pages.
samedi 11 novembre 2017
"Un loup pour l'homme" de Brigitte Giraud
En tant qu'infirmier Antoine est affecté à l'hôpital militaire de Sidi, il n'a pas à aller combattre mais se retrouve au contact des blessés et de leurs histoires.
Parmi ces blessés il y a Oscar, un jeune homme amputé d'une jambe et qui ne parle plus ; Antoine va se sentir irrémédiablement attiré vers lui, il est là pour l'aider, le sauver.
Et puis Lila, restée à Lyon, écrit à Antoine qu'elle ne veut pas vivre sa grossesse seule, avoir leur enfant seule, alors elle prend l'avion et rejoint Antoine. C'est ainsi qu'ils s'installent ensemble dans un petit meublé. C'est presque comme des vacances pour Lila, les balades, le soleil, les orangers.
Seulement la situation en Algérie se dégrade, et quelques mois après avoir mis au monde une petite fille, Lila doit retourner en France et attendre le retour d'Antoine.
C'est un très joli roman qui très simplement nous décrit la situation en Algérie vue des coulisses de l'hôpital. Nous ne sommes pas au front, mais à l'arrière, dans "l'après" où finalement c'est peut-être le pire. Il faut ramasser les morceaux et reconstruire ces hommes qui ont tout laissé sur le champ de bataille, un peu de leur corps, un peu de leur âme...
Et puis on découvre la solitude des soldats, ils ne connaissent finalement rien du contexte, et font simplement ce qu'on leur dit, petit à petit la vérité sur la situation va apparaître et les troubler. Ils découvrent que tout n'est pas ni tout blanc ni tout noir, que c'est compliqué, les algériens, les pieds-noirs, les harkis.... La plupart de ces soldats arrivent de leur campagne qu'ils n'avaient, pour la plus grande partie, jamais quittée.
Beaucoup de tendresse, de chaleur, un vrai regard humain sur toutes ces horreurs.
"Il traîne la patte, il sent qu'il pourrait se mettre à boiter, à vaciller, tant ce qui monte en lui le déséquilibre. Il n'a plus de raison de rester là. L'hôpital, l'Algérie. C'est comme si sa mission était terminée. À quoi peut-il encore servir dans cette guerre dont il ne voit que l'arrière-cour cabossée ? Il sait qu'il va continuer à soigner, il n'a pas le choix, c'était son désir, ne pas tenir une arme. Il est celui qui arrive après, qui colmate et qui répare."
"Lila les rejoint le temps d'une étreinte dans la lumière feutrée qui sera bientôt celle de l'hiver. C'est une image sans paroles, dont on n'a pas l'habitude, celle d'un homme en chemise militaire étreignant une femme dont la silhouette habillée de rouge dissimule une petite fille de six semaines, qui tente de lever la tête vers son père et d'attirer toute son attention."
"Il voudrait qu'Oscar ne renonce pas, il peut vivre sans sa jambe. Les gars dans les tiroirs auraient donné cher pour s'en tirer avec un membre amputé. Oscar doit l'attendre, ils ont encore beaucoup à accomplir ensemble."Flammarion, 245 pages.
mercredi 18 janvier 2017
❤️❤️ "Les portes du néant" de Samar Yazbek
"Pour les martyrs de la révolution syrienne.
J'écris d'une main tremblante.
J'écris à l'aveugle.
...
J'écris pour vous qui avez été trahis."
Samar Yazbek est syrienne, alaouite, journaliste et écrivain reconnue. Après avoir pacifiquement manifesté contre le régime Assad et publié des articles la plaçant clairement dans l'opposition, elle a du fuir son pays et s'exiler en France avec sa fille quelques mois après le début de la révolution en 2011 - dont elle est une des plus célèbre porte-parole.
Ce livre est un documentaire qu'elle a écrit après être retourné plusieurs fois en Syrie entre 2012 et 2013, d'abord pour tenter de préparer "l'après-Assad", puis pour témoigner, donner une parole, une vie, un écho à toute cette souffrance.
Témoignage-essai publié en mars dernier, il est déjà ancien... l'Histoire a déjà avancé, changé...
Mais au moment des polémiques sur la médiatisation de la guerre à Alep - de sa destruction - il est bon de se replonger dans une certaine réalité.
Bien qu'il [me] soit impossible de juger de l'objectivité de l'auteur, il semble que sa connaissance du sujet soit suffisamment fine et approfondie pour se laisser entrainer à "écouter" ce qu'elle a à raconter, à nous dire. D'ailleurs une des femmes avec qui elle a passé beaucoup de temps lors de ces "retours" au pays lui a dit : "Ne meurs pas ici. Pars tant que tu le peux et demeure ce fil qui nous relie au monde."
Après quelques mois d'exil en France, à Paris, Samar Yazbek décide donc de retourner clandestinement en Syrie, son objectif est de préparer le futur, d'aider les femmes à s'organiser en montant de micro-projets, en s'assumant (beaucoup sont veuves et seules avec de nombreux enfants), de continuer l'éducation des enfants et d'alphabétiser les femmes des campagnes. Ces 3 voyages qu'elle fera, en s'infiltrant par une brèche de la frontière turque, seront pour elle 3 portes qui la rapprocheront à chaque fois un peu plus du néant. A chaque fois elle sera reçue et hébergée par une famille de Saraqeb dans la province rurale du nord-ouest de la Syrie - la région d'Idib.
Elle va observer l'évolution de son pays, comment "une révolte populaire pacifique contre un dictateur s'est muée en une mutinerie armée contre les militaires et l'État, avant que les islamistes ne s'emparent de la scène et ne transforment les syriens en pantins dans une guerre par procuration".
Avec les multiples témoignages qu'elle nous rapporte, on comprend un peu mieux comment l'Histoire s'est faite et tout s'est enchainé...
Après les différents "printemps arabes", le peuple syrien s'est pacifiquement révolté contre le gouvernement de Bachar Al-Assad qu'il voulait renverser; les buts revendiqués de cette révolution étant la justice, la liberté et la dignité. Cependant cette révolution s'est vite transformée en guerre civile puis religieuse avec l'arrivée des djihadistes.
Lecture forte, troublante, émouvante, avec Samar Yazbek on comprend que c'est tout le pays qui est bombardé, attaqué, violé, pillé, humilié, bafoué. Coincé entre l'armée d'Assad, l'armée de la Syrie Libre, les djihadistes, les mercenaires... le peuple est à terre, incapable de relever l'échine.
"Je regardais Shaher, né dans ce pays, qui le défendait avec une arme et son engagement. En face, des mercenaires étrangers coupaient des têtes au nom de la religion, réécrivaient la loi, se comportaient en colonisateur."
"Tout ce chaos alors que les rebelles se tuaient à la tache en défendant une révolution qui leur échappait et devaient lutter sur deux fronts, contre le régime d'Assad et contre les groupes djihadistes qui pourrissaient la vie."
"Tout ce que je voyais était à la limite du supportable. Je n'étais pas assez forte pour ces tueries incessantes, pour ce mal qui se répétait à chaque seconde, enflait, se multipliait et finissait par avaler tout le pays."
"...les brigades djihadistes s'imposaient par la force des armes et de l'argent."
"...les raisons qui avaient donné l'avantage aux djihadistes takfiris. Je devinais sa réponse : les sources de financement et les hommes qui affluaient tous les jours des quatre coins du monde pour combattre sous le prétexte de défendre l'islam.
Stock, 306 pages.
mardi 10 janvier 2017
❤️❤️ "Une constellation de phénomènes vitaux" de Anthony Marra
Vie : une constellation de phénomènes vitaux - organisation, irritabilité, mouvement, croissance, reproduction, adaptation.
Entre 1994 et 2004,
entre deux guerres,
entre Sonja et Natasha,
Dokka et Havaa,
Akhmed et Khassan,
une (des) histoire(s) d'amour dans une Tchétchénie en proie à la violence, au froid, aux Russes, à la délation, au soutien, au courage, à la lâcheté...
2004, Akhmed, impuissant assiste à l'arrestation de Dokka, son voisin et ami, père de Havaa, à la destruction par le feu de leur maison, mais où se trouve la petite fille ? Il sait que les militaires russes reviendront la chercher et décide donc de l'emmener, de la cacher, de la sauver.
Khassan aussi assiste à cette arrestation, la douzième, la treizième... il faut arrêter le "délateur", mais en aura-t-il le courage.
Sonja, seule chirurgien rescapée de l'hôpital no 6, est en manque de sa soeur disparue, pourra-t-elle la retrouver, connaitre son histoire...
Tous ces destins parallèles se croisent, se sont croisés ; les secrets, les non-dits sont nombreux et peu à peu seuls nous les lecteurs pourront les découvrir, les détricoter et finalement comprendre.
Très beau roman,
dur, fort, puissant.
Découverte d'une partie du monde que je ne connaissais pas, à laquelle je ne m'étais jamais tellement intéressée. La guerre a toujours été là, plus ou moins proche de nous (plutôt loin jusque là...), mais comme on dit "loin des yeux, loin du coeur"... tout cela n'est pas si vieux, je n'en ai pourtant aucun souvenir, ai-je déjà oublié ? Et eux ...
Découvrir cette vie terrible, cette guerre, ces atrocités
Les personnages se croisent, s'entrecroisent, se cherchent, jamais ne se (re)trouvent ?, et malgré toute la violence, un fond d'humanité, et beaucoup, beaucoup d'amour.
On a froid dans les villages couverts de neige, sans électricité, sans eau courante depuis si longtemps, on a peur dans la forêt, aux points de contrôle (rebelles, russes, mercenaires...), on est perplexe dans Grozny détruite, à l'hôpital, éventré, vide.
Brillamment, l'auteur nous fait traverser cette décennie, sans pudeur, sans filtre
âmes sensibles....
Le Livre de Poche, 544 pages.
jeudi 29 septembre 2016
❤️❤️❤️ "Terres et cendres" de Atiq Rahimi

Un grand-père emmène son petit-fils retrouver son père qui travaille dans les mines. La route est longue, désertique et laisse tout le loisir à l'esprit de se promener...
Son texte est poignant, touchant, simple et dur à la fois.
Je ne veux/peux pas trop en dire car tout est dans le texte, les mots, l'ambiance. On entend le vent, le silence du désert, on sent la poussière s'infiltrer dans notre nez, dans les yeux, on sent la chaleur sèche, on voit la peur, le désarroi, l'incompréhension.
Tout simplement magique et magnifique !
Un film a été tiré de ce texte, je vais m'empresser de le regarder.
Il faut aussi signaler que la traductrice (Sabrina Nouri) a fait un travail formidable et la note qu'elle nous livre résume son travail, et le livre, tout est dit.
"J'ai voulu que mon âme afghane guide ma main française pour que d'autres me suivent dans ce voyage au coeur de la douleur discrète d'un vieil homme et d'un enfant, la douleur d'un peuple."
vendredi 22 avril 2016
❤️❤️❤️ " Je vous écris de Téhéran " de Delphine Minoui
Delphine Minoui, née de père iranien et de mère française, n'a connu de l'Iran que les vacances téhéranaises de son enfance, vacances qui se sont interrompues au moment de la chute du Chah et de la guerre Iran-Irak.
En 1997 son grand-père vient en France pour une intervention cardiaque et sur son lit d'hôpital il lui fait sa première leçon de persan en lui citant des vers de Hafez, célèbre poète persan du XIVème siècle. Delphine n'a plus qu'une idée en tête, partir vivre en Iran, découvrir, rencontrer son pays d'origine.
Elle y vivra 10 ans, et après un départ "en fuite", il lui faudra plusieurs années pour mettre en mots ce qu'elle a vécu, ressenti, durant ce séjour iranien. Le plus facile pour elle sera d'écrire une lettre à son grand-père, parti trop tôt, pour lui parler de son pays.
Ainsi, elle nous retrace l'Histoire de l'Iran depuis la chute et la fuite du Chah, en passant par la création de la république islamique d'Iran, la guerre contre l'Irak, les protestations, les interdictions, les restrictions, les espoirs et déceptions d'un peuple à bout.
Elle vivra dans la maison de ses grands-parents avec sa grand-mère et travaillera comme journaliste.
Elle tombe amoureuse de ce pays bourrés de paradoxes, de contradictions et d'imprévus. Jusqu'au bout elle essaiera de le comprendre, de l'apprendre et de s'en faire accepter.
En 2000 elle rencontrera par hasard le fils de l'Ayatollah Montazéri qui a fait parti des pères fondateurs de la République islamique en 1979 en travaillant sur la constitution avec l'Ayatollah Khomeini lors de son exil français à Neauphle-le-chateau.
Ahmed le petit-fils lui dira :
" Mon père pense qu'il faut évoluer avec son temps. La modernité est un défi intellectuel. Ce n'est pas une épreuve de force. Pour lui, on ne peut continuer à utiliser une interprétation historique de la religion dans le monde actuel. En politisant la religion, on en détruit le sens originel... la seule solution pour sauver la réputation des religieux, c'est de sortir de la politique"Pour ses pensées, cette évolution, il est assigné à résidence sans autorisation de visite.
L'évolution de pensée est donc possible, réelle, mais malheureusement le fossé qui sépare la société de la classe intellectuelle iranienne est immense, et l'action violente et propagandiste des bassidjis, ainsi que les slogans populistes et les promesses aux déshérités faites par Ahmadinejad lui permettront d'accéder au pouvoir. Les réformateurs sont restés trop concentrés sur des notions abstraites comme la démocratie et la liberté.
C'est un livre d'une grande sincérité, d'un amour débordant pour un pays et un peuple coupé en deux ; Delphine Minoui nous fait voyager dans le temps et dans cette immense pays qu'elle nous donne envie de découvrir. C'est une jeune femme courageuse et intelligente qui nous livre ses émotions, son désarroi.
" Très vite, ils avaient fait l'amer constat que la république islamique trahissait l'Islam plus qu'elle ne le servait".
A lire !!!!
Points, 360 pages.













