Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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samedi 28 août 2021

❤️❤️❤️ "Les Contreforts" de Guillaume Sire

 


Il était une fois une famille qui vivait dans un château fort près des Corbières dans le sud de la France.

 

Dans cette famille ancestrale, il y a Léon, le père, un grand costaud exalté et un peu naïf ; la mère, Diane, qui porte à bout de bras tout son petit monde ; Clémence, 17 ans, est une bricoleuse de génie qui rafistole avec intelligence son château fabuleux, et Pierre, 15 ans, sensible et délicat, braconne dans les forêts alentour tout en vénérant sa sœur.

 

Malheureusement cette foutraque citadelle est en piteuse état et les Testasecca n’ont pas le moindre sou pour empêcher la dégradation et l’effondrement à venir. 

Et autour d’eux rodent les hyènes prêtent à profiter, à abattre, à couper leur tête pour s’enrichir.


L’expropriation se profite... mais cette famille un peu déjantée et hors norme n’a pas dit son dernier mot, ils feront tout pour sauver leur château de toujours, pour rendre honneur à leurs vaillants et célèbres ancêtres, c’est une guerre sans merci qui va se jouer.

 

Un roman magique, lumineux, déroutant ; une fresque familiale romanesque et excentrique, une balade hors des sentiers battus, un réel plaisir de lecture. 

 

Guillaume Sire m’avait conquise avec « Avant la longue flamme rouge », avec ce roman il sait à nouveau nous emporter dans un univers rocambolesque, tragique et passionné. 

 

On aime, on adore !!!


Calmann-Levy, 2021

jeudi 24 juin 2021

❤️❤️ "L'isle ou la mémoire du sable" de Jean-Marie Quéré

 

 


Je dois tout de suite avouer que ce livre est un gros coup de cœur, tant pour l’histoire que l’écriture. Il m’a touchée au cœur car c’est un livre rempli d’amour. On y parle d’enfance, de souvenirs, de mémoire, de transmission. 

 

 

 

C’est l’histoire d’une famille qui, tous les étés, part s’installer pour camper dans un pré à Belle-île-en-mer ; toute l’année est rythmée par l’attente de ce grand départ, l’émoi et l’excitation montent au fil du temps qui passe et des petits indices qui indiquent que ce jour approche. 

 

 

C’est l’histoire d’un petit garçon qui aime cette île, sa beauté, sa nature ; ce petit garçon qui le temps de l’été vit au rythme de la marée, du soleil et des averses. C’est une ode à cette île tant aimée, une ode aux souvenirs familiaux. 

 

 

Ce texte court, très poétique, nous emmène tendrement dans les souvenirs de cet enfant devenu grand, dans ce qu’il a gardé de son lien sauvage et brut à la nature, ce lien qui le ramène au lien familial, à la transmission transgénérationnelle. 

La transmission voulue et choisie mais aussi la transmission qui se passe de mot, la transmission des émotions juste par une présence ; ce lien discret, ténu mais puissant qui se tisse de génération en génération. 

La fin est particulièrement belle, à la fois mélancolique et pleine d’espoir ; la vie passe mais l’amour lui reste et se transmet d’une main à une autre…

 

 

 

J'ai aimé plonger dans la simplicité des années 1960-70, la description des voyages, de la préparation avec les petits détails comme la grande boîte qui apparait dans la cuisine et à laquelle on se cogne tout le temps mais qui signifie que bientôt on va la remplir pour partir. 

J'ai aimé la façon dont cette famille découvre ce pré et s'y installe.

J'ai aimé ce petit garçon qui apprécie, déguste, jouit de chaque instant, chaque moment. 

J'ai aimé son enthousiasme lorsque sa grand-mère vient enfin leur rendre visite sur leur île.

Tout est beau, fait rêver, donne envie. 

Ce genre de lecture toute simple qui réchauffe le coeur et fait sourire.


Les Découvertes de la Luciole, 157 pages. 2021

dimanche 6 septembre 2020

❤️❤️ "Mon père, ma mère, mes tremblements de terre" de Julien Dufresne-Lamy

 


Après le bouleversement produit par « Jolis jolis monstres » j’attendais avec impatience ce nouveau roman de JDL.

La transformation sexuelle est un thème qui me fait peur, que je ne maitrise pas du tout, loin de mon quotidien et de mes préoccupations, n’ayant jamais été concernée de près ou de loin, il me sort totalement de ma zone de confort.

Le roman « Point cardinal » de Léonor de Récondo m’avait déjà ouvert l’esprit sur ce thème et la confiance que j’ai dans l’écriture de JDL m’a permis d’aborder ce nouveau roman de la rentrée littéraire avec sérénité.

 

 

Charlie, 15 ans, est assis sur une chaise en plastique dans une salle d’attente d’un hôpital.

Dans 4 heures son père renaitra, il sera Alice.

Au cours de ces quelques heures que dure l’intervention, Charlie se remémore les deux dernières années écoulées depuis l’annonce faite par son père. 

Avec sa mère ils ont vécu des vagues émotionnelles intenses, ils ont tenté de comprendre et d’accepter ce bouleversement, pour eux, pour lui, pour Alice.

 

 

La transidentité est abordée avec pudeur et délicatesse, et en particulier du point de vue de l’ado. Comment un jeune homme de 15 ans qui a besoin de grandir avec une figure paternelle peut-il réussir à se construire ? Comment peut-il accepter son père et celle qu’il devient ? Que ressent-il face à ce « tremblement de terre » ? 

 

 

A nouveau JDL nous offre un roman magnifique de sensibilité et d’émotion, un texte vibrant. 

Il y a un tel respect de l’humain, de la différence, on ressent tellement d’amour. De l’amour dans l’histoire, de l’amour dans les mots, de l’amour pour nous lecteur aussi. 

Il n’y a pas de jugement, juste une constatation, des émotions, des bouleversements, des secousses, des tremblements de terre…

 

 

Merci @JDL d’ouvrir nos esprits, notre conscience à ces réalités, merci de cette douceur et de cette délicatesse pour nous amener à réfléchir sur des sujets importants de notre société. 

 

        « M’man, tu t’es jamais demandé pourquoi on voit toujours les mêmes trans à la télé ? […]                             Les mêmes trans ? 

        Les trans en difficulté, placardées, abandonnées, agressées, prostituées. 

        Elles existent, Charlie. Il faut en parler. 

        Et les autres alors ?

        Les autres ?

        Les trans professeurs, les trans dentistes, les trans ouvriers ….[…] 

        Parce que ce sont des histoires normales ! Et alors quelle idée ça susciterait ! Quel dangereux exemple pour la société ! »

 

« Cette nuit-là, je prenais conscience que dans mon cahier, je ne parlais jamais de ma mère. Je prenais conscience que depuis les tremblements de terre, j’avais abandonné ma mère. » 

« Et pour le courage de tout recréer, y a un mot quelque part, tu crois ? » 


Belfond, 256 pages. Août 2020.

lundi 4 mai 2020

"Et les vivants autour" de Barbara Abel




Quatre ans que Jeanne dort, quatre ans que sa mère vient la voir tous les jours à l’hôpital, quatre ans que Jérôme son mari ne vit plus, quatre ans qu’une famille est déchirée par cette absence si lourde et douloureuse.

Jeanne est dans le coma suite à un accident, et lorsque son médecin convoque à nouveau ses parents et son époux ils s’attendent à ce qu’une fois encore il leur parle d’acharnement thérapeutique et d’arrêt des soins. Ils ne s’attendaient certainement pas à la bombe que leur balance le médecin et qui va bouleverser leur vie, ainsi que celle de Charlotte sa sœur ainée. 

Un roman construit comme un thriller, qui se dévore page après page, les secrets se dévoilent ainsi que les caractères ; la tension monte, elle est poussée à l’extrême. Il faut avancer pour savoir.

Un thriller mais aussi un roman qui pose beaucoup de questions sur l’acharnement thérapeutique, le coma, le droit à la dignité des malades. Comment poursuivre sa vie lorsqu’un être aimé est là sans être vraiment là…
L’espoir fait vivre, mais tout de même. 

Et puis je trouve ça flippant d’imaginer se réveiller après plusieurs mois ou années de coma, tout ce qu’on a raté, l’évolution du monde et de l’entourage.
Je ne suis pas sure que j’aimerais qu’on garde mon corps en vie ainsi.

Difficile dilemme pour les familles


Belfond, 448 pages. Mars 2020.

jeudi 9 avril 2020

"Les Rougon-Macquart" de Emile Zola - "La Fortune des Rougon"



Dans mon adolescence j’avais lu quelques romans de Zola et même si je n’ai pas exactement en mémoire les histoires et le texte, je me souviens en revanche très bien des sensations.
Je me souviens que j’avais aimé la langue avec laquelle on me racontait l’histoire, j’avais aimé – plus que ça même- l’ambiance dans laquelle je me trouvais, j’avais aimé les péripéties et aventures si vraies et je m’étais attachée aux personnages dont j’ai encore certain en mémoire….
Cela fait un petit moment que je souhaitais me (re)plonger dans cette gigantesque œuvre littéraire, et pour me motiver je m’étais offert le premier tome de la Pléiade de Zola !

Alors voilà, j’ai attaqué les Rougon-Maquart avec « la Fortune des Rougon », ce n’est surement pas le meilleur mais il a le mérite de poser les bases de la famille et de comprendre d’où l’on part.
Nous sommes à Plassans petite commune du Sud de la France, les quartiers sont bien séparés en fonction de la classe sociale des habitants et certains auraient bien envie d’évoluer et de changer de quartier. 
Le livre démarre au moment du coup d’état de décembre 1851 par Louis Napoléon-Bonaparte qui met fin à la deuxième République et va être à l’origine du Second Empire sous lequel se déroule toute cette saga familiale.

Pour mémoire, Adélaïde Fouque – dite Tante Dide – est à l’origine de cette grande famille, elle a d’abord épousé Rougon avec lequel elle a eu un fils Pierre, puis elle a eu pour amant Macquart qui lui donnera Antoine et Ursule. Bien entendu les demi-frères/sœur ne vont pas s’entendre.
Pierre et son épouse Félicité n’auront de cesse toute leur vie de tenter de devenir riche, tous les moyens sont bons mais c’est seulement à un âge tardif et donc à l’occasion de se coup d’état qu’ils vont enfin voir leurs vœux se réaliser et notamment grâce à l’aide de leur fils ainé, Eugène, qui se trouve à Paris et leur envoie des informations sur l’évolution de la situation et l’attitude à avoir.

L’histoire de cette famille est traversée par ce coup d’état et les rebelles révolutionnaires qui ne veulent pas abandonner leur chère République, mais aussi par la très jolie histoire d’amitié amoureuse entre Silvère (un neveu de Pierre Rougon) et Miette. Ces deux jeunes adolescents sont miséreux mais forts, vifs et ambitieux avec toute leur naïveté enfantine.

Dans ce premier roman Emile a mis en branle l’histoire de la famille Rougon-Macquart, nous pouvons déjà dessiner son arbre généalogique.
J’ai adoré me replonger dans cette époque si bien écrite et si bien rendue, je ne sais pas ce qui fait que dans l’écriture de Zola je me sens chez moi, je me sens bien et avide de savoir.
Je vais patienter un peu avant de lire le suivant mais j’ai déjà hâte de m’y remettre !


La Pléiade, 312 pages. 1871

mardi 7 avril 2020

"Petits secrets, grands mensonges" de Liane Moriarty




Dans la petite ville côtière de Pirriwee c’est la fin de l’année et les enfants de 5 ans se préparent à faire leur rentrée de Janvier en classe de maternelle.
Lors de la matinée d’accueil un petit incident entre eux va mettre le feu aux poudres dans les relations des adultes.

Parmi les personnages principaux que l’on suit, il y a la belle, magnifique, Céleste, épouse du richissime et non moins splendide Perry - souvent absent pour son travail -,  et mère des jumeaux Max et Josh.


Madeline est divorcée de Nathan avec qui elle a eu Abigaël, et heureusement mariée à Ed qui lui a donné deux enfants, Fred et Chloé.


Jane, plus jeune, vient d’emménager dans la ville, seule, avec son petit garçon Ziggy et semble cacher un lourd passé. 


Dès le début on comprend qu'un terrible drame est arrivé, qu'il y a un mort, mais nous ne découvrions qu'à la fin de qui il s'agit et ce qu’il s’est passé ; tout le roman nous plonge dans les intrigues de cette petite communauté jusqu’au dénouement finale.


Il est question de violences conjugales, d’abandon, de divorce, d’infidélité, de jalousie, bref tout ce qu’il faut pour avoir son lot de drames.
On se croirait presque revenu dans Wisteria Lane. 

Soyons clair ce n’est pas de la grande littérature, mais un très bon roman qui nous prend et qui nous fait tourner les pages, vite, vite, vite.
Un bon moment de détente en particulier en confinement sous la pluie !



Le livre de poche, 572 pages. Septembre 2016
Traduction de Béatrice Taupeau.

mercredi 25 mars 2020

"Ordinary people" de Diana Evans




J’ai mis beaucoup de temps à lire ce livre, pour de multiples raisons.
Les conditions actuelles font que la concentration m’a été difficile pendant plusieurs jours, mais aussi c’est un livre qui entre dans l’intimité des couples, dans leur réalité et forcément c’est assez perturbant.
C’est un livre sombre et triste, la vision du couple n’en ressort pas nécessairement grandie ni belle. Je n’y ai pas lu beaucoup d’espoir.

………………….

Nous sommes à Londres, ou plutôt dans sa banlieue sud en grande partie, une année s’écoule, plus ou moins encadrée entre l’élection de Barack Obama et la mort de Michaël Jackson, et nous suivons deux couples, deux couples en crise.

Il y a M&M, Melissa et Michael en couple depuis une petite quinzaine d’années, ils ont deux enfants dont le deuxième vient tout juste de naitre.
Il y a Stéphanie et Damian, amis des précédents, vivant carrément à la campagne et parents de 3 enfants.

Les deux couples sont encore trentenaires mais approchent de la quarantaine, ils ont donc des enfants encore jeunes, Stéphanie adore être femme au foyer et s’occuper de ses enfants tandis que Mélissa jongle entre son travail en free-lance à la maison et les enfants.

On comprend aussi petit à petit que Michael et Melissa sont noirs, issus d’une communauté mixte, et si ce détail ne compte pas pour Melissa il est d’une importance capitale pour Michael qui en fait un pivot essentiel de sa vie. 

En plus de l’étude des couples il y a une image de la vie londonienne, et notamment en périphérie, avec les communautés, les transports, les gangs….

Il est beaucoup question de désir, d’amour, d’envie de continuer, de trouver le bonheur ou pas, toutes questions qui habitent les couples après quelques années et l’arrivée des enfants.
On retrouve donc les concepts classiques d’amour, de fidélité, de famille, de sexe, mais aussi d’indépendance et de féminisme.

Ce roman aborde beaucoup de choses, je l’ai trouvé très intéressant mais lourd à lire, car pas très optimiste sur l’avenir du couple en général, et même si je partage beaucoup d’idées mon côté optimiste et positif à envie de se lever contre le défaitisme ambiant du livre. 

Mais peut-être que c’est elle qui a raison….

J’ai aimé l’écriture et la manière dont l’auteur apporte petit à petit des informations sur les couples, ce qu’ils sont, comment ils en sont arrivés là, l’évolution des sentiments, les déplacements dans la ville aussi. J’ai aimé qu’elle ose parler ainsi de la vie de couple, car les crises qu’ils vivent sont une réalité
« La relation que Michael entretenait avec ses origines et sa couleur de peau était une prison pour lui, autant que pour elle. »
«Tu ne crois pas que c’est un problème de perdre le contrôle de ce qu’on est vraiment, de la façon dont on fait les choses, de notre propre culture lorsqu’on est en couple ? »


Globe, 378 pages. Septembre 2019
Traduction de Karine Guerre

mercredi 18 mars 2020

"Une vue exceptionnelle" de Jean Mattern



Je découvre cet auteur avec ce petit roman grâce au conseil d’une amie.

Apparemment Jean Mattern a repris les personnages principaux de deux de ses précédents romans pour en faire des personnages secondaires mais qui ont une grande importance dans l’histoire et surtout dans la vie d’un des deux héros. 

Émile est neurochirurgien et a passé le plus clair de sa vie à travailler ; il a consacré beaucoup de temps et d’énergie pour sa belle carrière de médecin, c’est sa vie amoureuse qui en a pâti ; il l’a simplifié à de furtives entrevues jusqu’à ce qu’il rencontre David…

David est musicologue, et lorsqu’il rencontre Émile il vit depuis peu à Paris. Il arrive de Londres où il vient de laisser Laura la femme avec qui il pensait finir sa vie et dont il pensait adopter l’enfant, Simon. Mais c’était sans compter sur le retour imprévu de Gabriel, le père de Simon. Pour David c’est un déchirement, il voulait tellement être père.

Vingt-cinq ans plus tard, Simon consulte Émile…

✓✓✓

David s’adresse directement à Émile tandis que ce dernier raconte son histoire à la troisième personne, et sur la fin une troisième voix se rajoute avec Clarisse, une jeune femme que David a rencontré presque au même endroit qu’Émile.

Avec une alternance dans le temps et dans les voix ,ce texte est écrit tout en douceur. Petit à petit la force des émotions et des sentiments monte, le passé se dévoile et avec lui l’intimité de ce couple, leur rencontre à la fois romantique et peu commune, mais aussi ce qui les tient dans leur vie, dans leur quotidien, et leurs faiblesses.

On pourrait penser que certaines coïncidences sont un peu invraisemblables, notamment à la fin du roman, mais parfois la vie nous joue de drôles de tours, ce qui fait que cela ne m’a pas dérangé, et puis un peu de rêve et de magie ne font pas de mal. 

Ce roman m’a donné envie de lire d’autres écrits de cet auteur et en particulier les romans où l’on retrouve Gabriel et Simon. (« Les bains de Kiraly » et « Simon Weber »)


Sabine Wespieser Éditeur, 134 pages. Août 2019


samedi 16 novembre 2019

"Avant que j'oublie" de Anne Pauly


Dans ce premier roman très réussi, Anne Pauly se dévoile en nous livrant une partie de son intimité à un moment difficile de sa vie.
Son père vient de mourir, il faut préparer les obsèques, la cérémonie à l'église, vider la maison et faire son deuil.

Avec un style très juste et sans auto-apitoiement elle nous raconte les derniers instants à l'hôpital, la maladie et la fin de la vie du père ; ce père dont il faut faire le deuil et qu'il faut laisser partir.
Pourtant ce père a fait endurer à sa famille une vie teintée d'alcool et de violence, et malgré tout aussi d'amour et de reconnaissance. En tout cas de son point de vue à elle, car pour le frère il ne reste que la violence et l'amertume.

Avec une pointe d'humour, de la tendresse et de la finesse on passe les étapes ; il faut vider la chambre de l'hôpital, rencontrer les Pompes Funèbres, passer par la préparation de la cérémonie à l'église avec des personnes toujours très bienveillantes de la paroisse, jusqu'au petit frichti à la maison où l'on ne parle même plus du défunt, parfois sarcastique le ton est également parfois piquant, ironique et sans complaisance.

Mais lorsque l'on vide la maison de ses parents c'est aussi le moment de replonger dans ses souvenirs, de découvrir des choses que l'on ne soupçonnait pas, cela pourrait être le temps des regrets, et nécessairement il y en a mais c'est cela qui fait avancer, car c'est indécent certes mais la vie continue pour les autres.

Verdier, 144 pages. Août 2019.

jeudi 10 octobre 2019

"Le Ghetto intérieur" de Santiago H. Amigorena


Vicente Rosenberg, juif originaire de Pologne, a émigré en Argentine en 1928 pour y trouver un meilleur avenir.
Il y rencontre celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants, Rosita.
Il travaille dans un magasin de meuble pour son beau-père.
Sa vie est paisible, il est amoureux, heureux, et a deux bons amis qui ont émigré en même temps que lui.

Mais voilà qu'en Europe le nazisme se déchaine, la guerre fait rage et Vicente s'inquiète pour sa famille. Pour sa mère notamment, qui est bientôt enfermée dans le ghetto de Varsovie, et pour son frère qui est avec elle.

Vicente a quitté l'Europe pour découvrir autre chose, mais aussi probablement pour fuir une condition, celle d'être juif dans une Europe largement antisémite, fuir aussi sa mère, il me semble, trop présente.
Lorsque les lois antisémites sont déclarées il demande à sa mère de venir le rejoindre, mais elle ne veut pas abandonner ses deux autres enfants, il propose mais sans trop insister.
J'ai aimé ce point de vu, un peu nouveau (bien que déjà abordé dans les Déracinés), des juifs qui sont loin et n'ont pas à subir l'ire nazi. Nécessairement nait une culpabilité de ce que vit le peuple juif et dont on est éloigné, et d'un coup Vicente qui ne se sentait pas particulièrement juif ne devient plus que juif, il n'est plus rien d'autre qu'un juif. J'ai trouvé l'approche de cette question vraiment très intéressante et particulièrement bien traitée.
Mais cela entraine chez Vicente une entrée en le silence, la culpabilité le ronge au point qu'il ne peut plus prononcer un mot, et ce n'est pas que cela, il ne fait plus rien dans sa famille, il ne s'occupe plus ni de sa femme ni de ses enfants.
Et c'est là où j'ai un petit peu de mal à comprendre le processus, il culpabilise d'avoir en quelque sorte abandonné sa famille en Europe (bien que non responsable de l'antisémitisme ambiant) et cette culpabilité fait qu'il abandonne sa propre famille ici, là, celle avec laquelle il vit. Il abandonne sa femme et ses enfants en étant totalement absent à lui-même et à ses proches. L'histoire est vraie puisqu'il s'agit de celle du grand-père de l'auteur, mais j'avoue ne pas avoir réussi à avoir d'empathie pour lui. Au début oui, mais lorsqu'il se renferme totalement sur lui et tourne le dos à ses proches là je reconnais que je n'y arrivais plus.

Je reste donc indéterminée sur ce roman et ne peux malheureusement pas partager les avis dithyrambiques.
En revanche c'est un très beau texte, merveilleusement écrit même si j'y ai trouvé quelques longueurs.
Un roman qui mérite d'être lu et découvert malgré mon avis mitigé.
"À partir de ce triste mois de mars 1941, Vicente allait éprouver une double haine de lui-même : il allait se détester parce qu'il s'était senti polonais et il allait se détester davantage encore parce qu'il avait voulu être allemand. Il allait éprouver une double haine de lui-même que jamais le fait de se sentir juif n'allait soulager. « Pourquoi jusqu'aujourd'hui j'ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles, mais jamais juif ? Pourquoi je n'ai jamais été juif comme je le suis aujourd'hui - aujourd'hui où je ne suis plus que ça. » Comme tous les Juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait était une seule chose : être juif. "
"Être juif, pour lui, n'avait jamais été si important. Et pourtant, être juif, soudain était devenu la seule chose qui importait.  « Mais pourquoi je suis juif ? Pourquoi, aujourd'hui, je ne suis que ça ? Pourquoi je ne peux pas être juif et continuer d'êtretout ce que j'étais auparavant ? »"
" ...les nazis ne tuaient pas les Juifs parce qu'ils étaient polonais, vieux, inutiles, blonds, mariés, célibataires, boiteux ou parce qu'ils avaient mauvaise haleine : ils les tuaient parce qu'ils étaient juifs. En 1941, être juif était devenu, grâce à ceux qui cherchaient à les exterminer, la condition fondamentale de millions de personnes qui, comme Vicente, n'avaient jamais accordé une grande importance à cette caractérisation, à cette appartenance mi-religieuse, mi-ethnique, et trois quarts n'importe quoi. En 1941, être juif était devenu une définition de soi, qui excluait toutes les autres, une identité unique : celle qui déterminait des millions d'êtres humains - et qui devait, également, les terminer."
"Vicente avait été un homme installé : quarante ans, marié, deux filles et un fils, des amis, un magasin qui marchait, une ville qui ne lui était plus étrangère. Il avait été un homme comme plein d'autres hommes, heureux et malheureux, chanceux et malchanceux, vif, fatigué, présent, absent, souvent insouciant, parfois passionné, rarement indifférent. Il avait été un homme comme tant d'autres hommes, et soudain, sans que rien n'arrive là où il se trouvait,  sans que rien ne change dans sa vie de tous les jours, tout avait changé. Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n'était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient. Et à partir de ce moment-là, il a préféré vivre comme un fantôme, silencieux et solitaire."
P.O.L, 191 pages. Mai 2019


mercredi 25 septembre 2019

"Le ciel par-dessus le toit" de Nathacha Appanah




Dans ce court roman, l'auteur met en scène Loup, un jeune garçon de 17 ans pas tout à fait comme les autres, qui se retrouve en prison après avoir pris une voiture sans permis pour retrouver sa soeur et provoqué un accident.
Sa mère, Phénix, a élevé ses deux enfants seule, après une enfance difficile qui lui a fait fuir sa famille.
Paloma la soeur de Loup a fini par partir elle-aussi, fuir l'oppression, le poids de cette famille.
Les deux femmes sont obligées de reprendre contact pour aider Loup.

L'écriture de Nathacha Appanah est fine, jolie, on dirait de la dentelle et pourtant ce qu'elle raconte est sombre, en peu de mots elle arrive à nous en dire tellement, elle manie parfaitement l'art de la suggestion.
Mais malheureusement c'est aussi pour moi mon petit bémol, j'ai eu la sensation d'être observatrice derrière un voile, d'assister à des scènes auxquelles je n'ai finalement pas réussi à m'attacher. Je suis restée trop "loin" des personnages, et je le regrette bien car tout était là pour me plaire.

Ce roman reste un livre magnifiquement écrit avec beaucoup de poésie.

Gallimard, 125 pages. 2019

vendredi 20 septembre 2019

"Les déracinés" de Catherine Bardon


"Regarde-les donc bien ces apatrides,
toi qui as la chance de savoir où sont ta maison
et ton pays [...]. Regarde-les bien, ces déracinés, 
toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis
et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel
point le hasard t'a favorisé par rapport aux autres. Regarde-les
bien, ces hommes entassés à l'arrière
du bateau et va vers eux, parle-leur, 
car cette simple démarche, aller vers eux, 
est déjà une consolation."
Stefan Zweig, Voyages

"Les déracinés" c'est l'histoire de 30 années de vie d'Almah et Wilhelm qui démarre avec leur rencontre à Vienne en Autriche en 1932.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, insolents de vitalité, et devant eux, un bel avenir à construire. Ils sont très amoureux et ne veulent pas voir ce qui se passe autour en Allemagne mais aussi en Autriche jusqu'à ce que cela devienne inéluctable et que leur judéité les conduise à l'exil.
Ce sera un long, très long voyage pour arriver à leur destination finale, la République Dominicaine, où le dictateur en place, Trujillo, accorde des visas à des émigrés juifs afin de bâtir un kibboutz dans le nord de l'île et d'y installer une nouvelle communauté juive.
Comment Almah et Wilhelm vont-ils parvenir à vivre sur cet île, loin de leur famille, de leur pays, loin des rêves qu'ils avaient pour eux-mêmes ? Comment une communauté peut-elle naître de rien au bout du monde, loin de ses racines ? Peut-on justement se créer de nouvelles racines ?

Ce premier roman très dense explore tout un pan de l'Histoire par le biais de ce couple et de cette future famille que l'on suit avec tendresse tout au long de leur vie.
Pour ma part c'est une découverte, encore, que cette communauté de juifs qui ont été envoyés en République Dominicaine. Était-ce une expérimentation en vue de la création d'un état d'Israël, ou réellement une volonté de sauver des vies ?
On réalise encore plus à quel point des gens, à cause de leur religion/origine, ont été déplacés sans que l'on ne tienne compte de leurs désirs, des liens avec leur famille.
Les déracinés est un mot très fort mais qui représente bien ce que ces familles ont vécu.

Je découvre aussi la République Dominicaine et un peu de son histoire, la violence de la dictature, encore et toujours, mais aussi la chaleur, le sourire, la bienveillance des dominicains.

C'est un roman fleuve dans lequel on se jette et lorsqu'on relève la tête on ne peut qu'être bouleversé par ce couple magnifique et la vie qu'ils ont mené.
J'ai particulièrement aimé le personnage d'Almah, une femme forte et tendre à la fois, une femme heureuse, gaie et déterminée.

Un très beau premier roman.

Les escales, domaine français, 608 pages. Mai 2018

lundi 16 septembre 2019

"Le coeur de l'Angleterre" de Jonathan Coe




Nous retrouvons la famille Trotter qui évolue en même temps que son pays au gré des aléas de la vie quotidienne et de l'histoire politique de l'Angleterre de 2010 à 2018.
Toute une décennie qui passe par la cohabitation, les émeutes de 2011, la liesse des Jeux Olympiques et bien sur le référendum qui amène au Brexit.

Lorsque nous reprenons le cours de la vie des Trotter, Benjamin vit depuis quelques mois dans un moulin, il ne travaille plus et tente de devenir écrivain. Sa conscience politique mettra beaucoup de temps à s'éveiller, ce n'est pas quelque chose qui l'intéresse, mais lorsque la question de quitter l'Europe va se poser, son intérêt va rapidement évoluer.
Pendant ce temps sa soeur Loïs vit toujours à York où elle est bibliothécaire, sans être vraiment séparée de son mari elle ne vit pas dans la même ville que lui, toujours obsédée par ses vieux démons, à savoir l'attentat dans un Pub où elle était présente à la fin des années 70 avec son amoureux de l'époque.
Sa fille Sophie est universitaire, spécialisée dans l'histoire de l'Art, elle va enfin rencontrer quelqu'un mais les divergences politiques sont parfois cruelles dans un couple.
Et puis il y a Doug le vieux copain d'école de Benjamin, un journaliste politique reconnu et qui régulièrement rencontre Nigel le responsable de la communication du 10 Downing Street, leurs échanges réguliers sont assez bien vus et plutôt amusants vu de l'extérieur.

De nombreux autres personnages apportent une vision plus précise sur la société et l'on se rend compte que les magouilles politiques et la langue de bois sont décidément les mêmes quelque soit le pays.
La vision des hommes politiques et de la politique en général est assez critique et parfois sarcastique mais comment en vouloir à nos personnages !
L'approche du référendum augmente les tensions, les discussions, et même au sein des familles et des couples les désaccords se font de plus en plus ressentir, et on voit très bien comment les politiques et les gens du "peuple" n'ont pas la même lecture des évènements ni les mêmes attentes.
Et puis il y a ceux qui cherchent à profiter de toutes situations... ceux qui n'ont aucun scrupule et ne pensent qu'à leurs propres bénéfices.

Bref un roman passionnant qui se dévore grâce à la fluidité de l'écriture, et une excellente traduction.


Gallimard, 545 pages.
Traduction de l'anglais par Josée Kahoun.

mercredi 4 septembre 2019

"Nous étions nés pour être heureux" de Lionel Duroy



Cet été j'ai lu "Priez pour nous"car je voulais lire "Nous étions nés pour être heureux"qui est en quelque sorte une ‹suite›, 30 ans après.
En effet, lorsque Lionel Duroy publie son premier roman qui raconte son enfance et celle de ses neuf frères et soeurs dans une famille assez dysfonctionnelle,  toute cette famille lui tourne le dos et le bannit, lui mais aussi sa femme et ses enfants. 
Ce nouveau roman est celui de la réconciliation, de la résilience familiale.

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Paul, le narrateur, est un écrivain de qui toute sa famille s'est détournée après la parution de son premier roman ; 27 ans plus tard, suite à une première approche de certains frères, toute la fratrie (ou presque) se retrouve au cours d'un déjeuner chez Paul.
Il manque le frère ainé, qui avait décidé de la mise au ban de la famille de Paul et des siens.
Les quatre enfants de Paul sont là, ceux-là même qui ont souffert injustement de cette mise à l'écart. Il y a aussi la première épouse, Agnès, qui a bien connu cette famille au début de sa vie de couple, la seconde fera un passage éclair.

Au cours de ce déjeuner la parole va se libérer. 
Tout d'abord la fratrie va s'excuser et notamment auprès de leurs neveu et nièces, puis ces derniers vont exprimer comment ils ont vécu cette situation, chacun à sa façon.
Ce sera aussi l'occasion de reparler de ce premier livre mais aussi des suivants, car "Paul" s'est fait une spécialité d'écrire sur sa vie, et donc sur celle de sa famille, des gens qui l'entourent. 
C'est pour lui vital, il ne sait pas traverser les évènements importants de sa vie sans les écrire..., oui mais pourquoi les éditer, est la question d'une soeur....sujet très intéressant, et comme dit "Paul" pourquoi un peintre expose ses oeuvres au lieu de les ranger sitôt terminées ?
On parle d'amour, de reconnaissance, de place dans la famille et dans notre monde.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui tout en étant autobiographique est une très belle image de la famille en générale, de la société, des relations des uns avec les autres, de notre incapacité parfois à essayer de comprendre ce que l'autre ressent, des malentendus, des non-dits.... ce qui fait de nous des êtres humains...
L'analyse des comportements et des réactions est d'une très grande justesse, la psychologie des uns et des autres est passionnante, on s'attache à chacun, on a tous envie de les prendre dans nos bras, et on se dit " quel gâchis"ces 27 dernières années, et en même temps c'est ce qui a permis d'arriver à ce très belle échange autour d'un déjeuner, mais que de souffrance.

Je comprends le questionnement de certains membres de la famille quant à la nécessité d'écrire sur leur vie privée, je comprends leur rejet, et en même temps c'est tellement bien fait, cela apporte tellement au lecteur, que je comprends aussi l'auteur.
Je vais continuer à découvrir ses écrits, maintenant je veux tout lire de lui, car j'aime son écriture, j'aime ce qu'il raconte et surtout la manière qu'il a de le faire.
Il est juste et il est vrai, il m'a touchée, émue, attendrie, il m'a poussé à la réflexion sur les relations familiales et humaines.

Juillard, 222 pages.

mardi 20 août 2019

"Orléans" de Yann Moix



Dans ce roman (autobiographique ?) Yann Moix raconte en deux parties l'histoire d'un jeune homme de son année de maternelle à celle de mathématiques spéciales.
La première partie s'intitule "Dedans", ainsi pour chaque année scolaire il raconte sa vie à la maison, dans sa famille ; pour la seconde intitulée "Dehors" il s'agit de sa vie à l'école, à l'extérieur de sa famille, ses rencontres amoureuses et amicales.

C'est un livre un peu difficile à chroniquer car j'ai ressenti beaucoup d'ambivalence entre une compassion la plus absolue face à l'horreur infinie de la maltraitance et un ennui profond face à la vie d'un jeune garçon/homme.

Cette première partie sur la vie à la maison décrit une maltraitance psychologique et physique parfois à la limite du soutenable, ces parents sont d'une cruauté sans limite, mais le jeune garçon se plonge dans la littérature pour se "sauver", et malgré les différentes descentes de ses parents dans sa chambre pour brûler, jeter, déchirer les oeuvres qu'il lit, il s'accroche à ce besoin des mots et des phrases.

Dans la seconde partie à l'extérieur, le jeune garçon n'est pas tellement épargné non plus, par ses camarades ou par les filles. Il vit beaucoup d'humiliations et notamment amoureuses, mais pas que.

Je sais que l'homme est sujet à beaucoup de polémiques et je ne veux absolument pas m'attarder la dessus, c'est l'écrivain qui m'intéresse et là je crois que l'on peut dire qu'il y a un vrai génie, YM sait parfaitement manier le verbe et surtout la phrase, littérairement parlant c'est un plaisir de le lire.

Un bilan mitigé donc, un livre qui me laisse décontenancée face à un personnage encore plus f(l)ou qu'avant cette lecture.
"L'histoire, vue par les romanciers, n'est pas un tapis de dates, déroulé, sur lequel se situent des batailles, des évènements, des existences, des destructions, des naissances, des inventions ou des conquêtes : elle est la façon dont le temps transperce les hommes, qui ne sont que le tissu du motif et non plus la trame ; c'est le temps qui va d'homme en homme, et non l'homme qui va d'époque en époque. Le temps se diffracte là, il se déforme ici, s'enroule sur lui-même, ralentit, accélère soudain, devient ligne droite, ou spirale, s'éteint, disparaît, revient, s'agite : ce qu'on nomme l'histoire est l'aventure de ces mouvements, de ces circonvolutions, de ces volutes. Nous ne traversons pas le temps ; c'est le temps qui nous traverse."
Grasset, 272 pages.

lundi 5 août 2019

"Priez pour nous" de Lionel Duroy




La famille Guidon de Repeynac vit à Neuilly mais le titre de noblesse ne suffit pas à remplir les assiettes et les comptes en banque, ils sont sans argent et se retrouvent expulsés de leur bel appartement et relogés dans une HLM de la banlieue, la Cité du Bois-Brûlé...
Deux petits appartements dans lesquels il faut caser les parents, les sept enfants (!), les meubles Louis  XVI, les porcelaines de Chine, les tapis ... et Thérèse la bonne.

C'est par la voix de William que nous découvrons l'histoire de cette famille, il est le numéro 4 de cette grande fratrie qui continuera de s'agrandir au fil du récit.
On suit les pérégrinations du père, Toto, qui tente tout un tas de magouilles - pas toujours légales - pour trouver de l'argent et améliorer le quotidien de sa famille ; il embarque avec lui ses grands garçons qui ne sont que de très jeunes adolescents mais heureux de le suivre pour échapper à leur mère qui petit à petit nous est montrée comme une vraie marâtre, à moitié hystérique, jamais heureuse et toujours enceinte.
Le père ment constamment à son épouse pour ne pas subir son ire. Il n'a pas l'air très malin, et un peu lâche, bien que gentil, très bricoleur, et voulant faire au mieux mais ses petites combines sont trop souvent des échecs, et empiler les lettres des créanciers et des huissiers dans un coin n'a jamais fait disparaitre les dettes.
Ses enfants le soutiennent du mieux qu'ils peuvent mais ils ne sont malheureusement pas toujours capable de le sauver.

Un livre qui nous renvoie dans les années soixante, dans une famille catho-cliché ; je me suis attachée à ce petit William qui aime son père et voudrait l'aider, qui fini par haïr sa mère et on le comprend. Cette mère qui ne vit pas avec ses enfants et son mari mais dans un monde à part où l'apparence et les "on-dit" sont les plus importants.

Il s'agit du premier roman de Lionel Duroy qui lui a valu le désaveu de toute sa famille car apparemment très autobiographique... Il est certain que l'image de la mère n'est pas très reluisante mais celle du père est touchante, attendrissante, les frères et soeurs sont plutôt épargnés.

J'AI Lu, 319 pages.

vendredi 10 mai 2019

"Pain amer" de Marie-Odile Ascher


Marina est une jeune fille de 18 ans, heureuse, elle est amoureuse et se prépare à faire des études de littérature anglaise, la vie lui sourit malgré les difficultés rencontrées depuis la seconde guerre mondiale, mais voilà qu'en octobre 1947 ses parents décident que toute la famille doit quitter Nice et "rentrer" au pays.

Oui, parce que Marina est la fille de deux russes blancs qui ont quitté leur pays dans les années 20 au moment de la révolution bolchevique. Les parents de Marina se sont rencontrés en France, ils ont fait toute leur vie en France, ils ont eu 7 enfants et se sont installés depuis maintenant plus de dix ans à Vence. Mais le rêve d'un retour "à la maison" ne les lâche plus depuis que Boris, un des frères de Vladimir le père, a annoncé qu'il allait profiter, avec son épouse, de l'opportunité offerte par Staline de retourner dans son pays.

La propagande est dithyrambique, vous choisissez votre ville, le pays vous donnera un travail, un appartement, des bons pour partir en vacances, et du pain ! Comment refuser une telle proposition lorsque l'on se morfond de ses origines....

Mais pour Marina c'est toute sa vie qu'elle laisse derrière elle lorsqu'elle monte dans le train, c'est Marc son fiancé, ce sont Anne et Juliette ses deux meilleures amies, c'est son entrée à l'université, ce sont tous ses rêves et ses espoirs.
Et la déconvenue sera amère, violente, désespérante.

L'objectif est Odessa, le départ se fait en train de Nice, d'abord l'Allemagne, la Pologne et enfin l'URSS. Plus la famille avance dans son voyage, plus les conditions de transport deviennent archaïques et rudes. C'est l'hiver la famille a du mal à trouver de quoi se chauffer, de quoi se nourrir, de quoi boire....
Marina prend en charge ses frères et soeurs, elle se sacrifie et nous raconte au quotidien la descente aux enfers de sa famille, et comment petit à petit ils vont tenter de s'intégrer dans cette nouvelle vie où ils doivent lutter à chaque instant pour survivre sans pouvoir compter sur quiconque et en se méfiant de tous.

Un roman historique très intéressant, passionnant même. J'ai aimé suivre Marina et sa famille, j'ai souffert avec eux et on voit bien comment petit à petit un pays, un "chef" prend le dessus sur toutes les vies, sur toutes les pensées... Un roman troublant sur une période bien sombre de l'Histoire de la Russie, pardon de l'URSS.

Un premier roman réussi et très bien documenté.

Éditions Anne Carrière, 424 pages.

jeudi 14 mars 2019

"La symphonie du hasard" de Douglas Kennedy




Livre 1: Comme elle le fait régulièrement, Alice Burns rend visite à son frère Adam en prison, mais ce jour-là il lui avoue un vieux secret de famille ce qui replonge Alice vingt ans en arrière alors qu'elle est en dernière année de lycée et s'apprête à rentrer à l'université.

Alice nous transporte dans l'Amérique des années 70,  Nixon est président, il y a la guerre au Vietnam.
Son père est irlandais catholique, autoritaire, raciste, violent et un peu alcoolique, mais Alice l'adore et s'entend très bien avec lui. Sa mère est juive, irascible et agressive, malheureuse d'avoir quitté New-York pour la banlieue de Greenwich ; Alice est persuadée que sa mère ne l'aime pas.
Son frère ainé Peter est en conflit permanent avec sa famille et notamment avec le père dont il ne partage absolument pas les idées et notamment les idées politiques...
Adam, lui, aurait du devenir un grand sportif mais suite à un accident de voiture il a tout abandonné et travaille avec son père dans des mines qu'il possède au Chili, et ce au moment du coup d'état de Pinochet.
Alice va partir à l'université où elle découvrira un monde cruel tout en se prenant d'amitié pour un enseignant et d'amour pour un étudiant.
Sa vie de jeune femme démarre et elle devra faire des choix, prendre des décisions qui affecteront sa vie entière.

Livre 2 : Après une première année bien mouvementée à l'université, Alice a décidé de partir continuer ses études à Dublin au Trinity College. Elle découvre un autre monde, fermé, rigoureux, très religieux, un monde en guerre. Elle fait aussi de magnifiques rencontres et son installation dans cette nouvelle ville se fera finalement assez simplement.
Cependant certains démons du passé resurgiront pour venir chambouler cette nouvelle vie où elle avait enfin trouvé une certaine stabilité, et le "hasard" ne l'épargnera pas.

Livre 3 : Alice est retourné vivre aux États-Unis, sa famille va éclater pour trouver un épanouissement différent. Sa carrière va évoluer petit à petit, au fil de ses aventures, de ses histoires, en même temps que la grande Histoire avance elle aussi et nous mène jusqu'aux années 80 et le début du SIDA, mais aussi l'hyperconsommation et le meneur de vie qu'est devenu l'argent.

Dans l'ensemble j'ai plutôt bien aimé cette trilogie qui nous fait suivre le destin de cette jeune femme qui évolue dans un milieu intellectuel et surtout littéraire, pour finir dans une maison d'édition (le rêve !!!). Les 3 livres ne sont pas tous du même niveau selon mon goût. J'ai bien aimé le premier, moyennement le deuxième que j'ai trouvé un peu "too much" dans les évènements qui arrivent à notre héroïne, et j'ai beaucoup aimé le troisième qui est bien monté. Je me suis attachée à Alice et à ses déboires, à sa famille toxique, ses aventures littéraires...

Ici la famille est en générale pesante et plutôt nocive, avec des secrets et des relations à la limite de la perversité ; la mère n'a jamais une image très belle et est assez caricaturale dans l'ensemble, on baigne d'abord dans le milieu universitaire puis dans le milieu littéraire New-Yorkais. Les relations amoureuses ne sont pas très stables, il n'y a vraiment que l'amitié qui soit vu d'un oeil positif.

C'est la première fois que je lis Douglas Kennedy. Ce n'est pas de la grande littérature mais un bon livre avec une bonne histoire qui se déroule sur deux décennies, un peu comme une bonne série dont on s'enfile les épisodes les uns derrières les autres.
Alors je recommande pour passer un bon moment de lecture, et de détente. Une histoire attachante qui permet quelques petits retours sur l'Histoire notamment des États-unis.

Pocket, 416 pages, 368 pages, 480 pages. Traduit de l'anglais par Chloé Royer.

mardi 26 février 2019

"La chrysalide du papillon" de Dorothée Guimbal


"J'ai 20 ans et je veux une vie normale, des parents adultes et responsables. 
Est-ce trop demander ?"

Lucie est une jeune femme de 20 ans, étudiante à la fac de droit et amoureuse.
Un frère et une soeur plus jeunes vivent encore chez ses parents qui malheureusement ne savent plus ce qu'est d'être un couple.

Un jour tout bascule,
Lucie reçoit un appel qui l'informe que sa mère à tenté de mettre fin à sa vie en s'immolant par le feu, chez elle, pendant que son frère était endormi.

Va démarrer pour cette jeune femme un long cheminement de reconstruction par rapport à l'acte de sa mère et ce que tout cela implique pour elle et sa famille.
La reconstruction aussi de sa mère, grande brulée, et psychologiquement en très grande détresse.

A 20 ans qu'il est difficile de devoir devenir l'adulte, en charge, alors que l'on ne souhaite que vivre sa vie, son amour, ses études...
Se sentir abandonnée par sa mère, voir son père baisser les bras, un frère s'effondrer et une jeune soeur qui ne comprend plus rien.
Tout ça avec une famille peu aidante.

C'est un récit profond, troublant, sur le cheminement intérieur et personnel de Lucie.
On ne peut qu'être bouleversé par ce texte mais aussi par la force de caractère de cette jeune femme, par la puissance de vie qu'elle a en elle, cette détermination qu'elle a à vouloir vivre malgré tout, à être heureuse.

Un livre qui (re)donne espoir, un livre finalement lumineux malgré le noir qu'on y trouve.
Un livre qui nous raconte que la vie, la joie, le rire sont toujours (doivent toujours ?) être les plus forts.

Independently published, Amazon, 119 pages.