Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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dimanche 4 février 2018

"Underground Railroad" de Colson Whitehead



PRIX PULITZER - FICTION 2017

La guerre de Sécession n'a pas encore eu lieu, le nord est abolitionniste pendant que le sud des planteurs est toujours largement esclavagiste et raciste.
Le chemin de fer clandestin était un réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves pour quitter le sud et (re)trouver la liberté au nord. 

Dans ce roman Colson Whitehead a fait de ses réseaux de vrais chemins de fer souterrains, avec des gares et des chefs de gare - qui étaient les personnes en charge d'accueillir et cacher les esclaves.

Et pour nous raconter cette histoire nous suivons Cora, une jeune femme noire née dans une plantation de coton de Géorgie qui va utiliser ce fameux chemin de fer souterrain pour tenter de se sauver et rejoindre le nord libre.

Cora est une jeune femme vive, intelligente et en colère. Sa mère l'a abandonné lorsqu'elle était petite pour se sauver, elle n'a jamais été retrouvé par le célèbre chasseur d'esclave mis sur traces. Ridgeway va donc poursuivre Cora pour se venger de la mère qu'il n'a jamais pu rattraper. Tout au long du périple de Cora il y a des amitiés, de l'espoir, de l'amour même, mais aussi de la sauvagerie, de la trahison, rien n'était simple en ces temps-là, dans ces régions...

L'écriture (ou la traduction) n'est pas de la grande littérature mais au-delà de ça le thème abordé par Colson Whitehead est assez fort. En nous racontant l'histoire de cette jeune femme qui veut trouver sa liberté, il nous replonge dans l'horreur de la traite des noirs, des négriers, de ces hommes et femmes arrachés à leur terre, leur pays pour être transformés en bête de travail, en esclave. Mais aussi l'horreur de la violence, des mauvais traitements, de la considération que peut avoir une partie du genre humain sur une autre, comme ça, juste pour une couleur de peau différente.
On nous parle aussi des essais thérapeutiques faits sur ces populations noires libres, le contrôle de leur reproduction, tout en leur faisant croire qu'ils sont égaux. 

Je n'avais, je crois, jamais lu de livre aussi fort sur les conditions de l'esclavage, sur la réduction de ces hommes et de ces femmes à des conditions pire qu'animal...
Dans "No Home" l'auteur nous parlait aussi de l'esclavage et de la traite des nègres, mais je n'avais pas ressenti une telle violence.

Sans forcément s'attacher énormément aux personnages j'ai malgré tout ressenti une forte empathie et j'ai eu besoin de faire tout mon possible pour rester en retrait afin de me protéger de toutes ces horreurs et abominations.

Finalement depuis tout temps l'homme a toujours été son pire ennemi, et il ne s'arrête pas. 

Albin Michel, 398 pages.

lundi 6 novembre 2017

"Bakhita" de Véronique Olmi

PRIX DU ROMAN FNAC 2017

Elle a sept ans lorsque ses ravisseurs l'enlèvent à sa famille,à son village,à son Darfour natal, elle va traverser le Soudan en marchant, enchaînée ; elle en oubliera son nom et celui de son village.
Ses nouveaux maitres l'appellent Bakhita ; elle sera battue, violentée, maltraitée, telle les esclaves de son époque.
Et puis la chance et le destin lui souriront, elle sera rachetée par un consul italien qui cédant à ses supplications la ramènera finalement en Italie où après de nouvelles péripéties elle entrera dans les ordres, et sera canonisée plus tard par Jean-Paul II.

L'histoire de cette femme est assez incroyable.
C'est une vie de soumission sans renoncement, d'un espoir qui reste vaillant tout au long de son existence. C'est une femme au destin incroyable et qui a su prendre des décisions importantes, et donc prendre sa vie en main au moment où il le fallait. Pour cela elle a été clairvoyante, elle a su déceler dans sa destinée ces tournants qu'il ne fallait pas rater, et sur lesquels il ne fallait pas céder.
Bakhita, qui n'a plus de langue à elle tellement elle a été ballotée, vit dans ses souvenirs, dans les sensations de son enfance, le contact, le souffle. Elle aura toujours un lien très particulier avec les enfants qu'elle aime et comprend.
En Italie même si elle n'est plus physiquement maltraitée, sa vie ne sera pas de tout repos. Tout d'abord sa négritude fait peur, y compris chez les soeurs, et à la fin elle sera encore malmené par ses consoeurs sous prétexte de faire connaître son histoire.
J'avoue avoir été beaucoup plus touché par la fin du livre et les dernières tribulations de Bakhita à un âge avancé, j'ai été choqué par le manque de considération dont elle a été victime, ne serait ce qu'en tant que vieille femme.

Maintenant j'ai tout de même un bémol sur la manière dont le récit est mené. J'avoue avoir été assez déçue par le choix de l'auteur.
J'avais déjà lu plusieurs romans de Véronique Olmi qui m'avaient tous touché et pris aux tripes.
Là, malheureusement je suis restée assez "indifférente", le ton du livre ne m'a pas plu et j'ai trouvé que l'auteur ne s'engageait pas tellement dans cette histoire, je me suis retrouvée simplement observatrice d'une histoire hors du commun qui aurait dû me donner des papillons dans le ventre.
Dans l'ensemble j'ai l'impression d'être passé à côté de ce livre.

Que cela ne vous empêche pas de lire ce livre qui est en revanche très facile, car autour de moi il a plutôt été largement apprécié.

Albin Michel, 455 pages.