Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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mercredi 9 septembre 2020

❤️❤️❤️ "La petite dernière" de Fatima Daas

 



Un récit court, incisif, rythmé comme une litanie où l’autrice se livre par petite touche. 

C’est comme un dessin qui apparaît trait après trait, une sculpture que l’on voit naitre sous les coups de burin, 

A chaque phrase, à chaque chapitre on découvre un peu plus la jeune femme. 

 

 

Fatima Daas vit une double voire une triple intégration.

Intégration avec sa famille algérienne en France

Intégration dans sa famille car elle est la seule à être née en France, son pays à elle c’est la France

Intégration dans son propre corps, car elle a toujours été ce qu’on appelle « un garcon manqué », elle se sent musulmane, mais sa foi, sa religion n’accepte pas ce qu’elle est. 

 

 

Comment faire face à sa propre vie, à sa famille, à son pays ? 

Comment se construire lorsque sa foi ne rencontre pas la personne que l’on est ? Lorsque son prénom, Fatima, est celui d’une femme symbolique de l’islam, lorsque ce prénom porte toute la puissance de Dieu.

 

C’est délicat et féroce à la fois, touchant et bouleversant. 

J’ai aimé la sincérité de ce texte, j’ai aimé la forme avec la petite rengaine de chaque début de chapitre, j’ai aimé cette voix féminine si particulière.

 

N’attendez plus et lisez ce texte brillant !!


Les Éditions Noir sur Blanc, 190 pages. Août 2020

vendredi 8 mai 2020

"La cité de feu" de Kate Mosse


1562, de l’hiver à l’été, entre Toulouse, Carcassonne et Puivert, des catholiques et des protestants, une histoire de famille sur fond historique.
Marguerite Joubert, dite Minou, aura bientôt 20 ans ; elle vit avec son père, libraire, ainsi que son petit frère de 13 ans et sa sœur de 7 ans. Depuis que Florence, la mère, est décédée c’est Minou qui est en charge de la petite famille.
Du jour où son père est revenu de son dernier voyage en Janvier, il n’est plus le même et semble sombrer dans la mélancolie. Minou doit donc aussi gérer la librairie. C’est là qu’elle assiste et aide sa voisine agressée par deux « soldats » à la recherche d’un homme. C’est aussi là qu’elle reçoit l’étrange visite d’un homme qui cherche son père, et un mot qui la prévient « qu’elle » sait où elle est.
Beaucoup de mystères….


Et puis il y a Piet un jeune protestant apparemment recherché par les autorités catholique pour le vol du Suaire d’Antioche, une sainte relique de l’Eglise de Toulouse. Minou et Piet vont se croiser rapidement à Carcassonne et se retrouveront plus tard à Toulouse car le père de Minou décide de l’envoyer vivre à là-bas avec son jeune frère Aymeric. Ils s’installeront chez leur tante, pendant que lui souhaite partir à Puivert régler quelques anciens secrets. 


Sur fond de guerre de religion les intrigues liés à cette famille ainsi qu’au vol du Suaire vont se croiser, s’emmêler, jusqu’au dénouement. 
Beaucoup de complots, de trahisons, de folie, d’amour et de guerre bien sûr. 
Il semblerait que ce livre soit le premier tome d’une saga qui devrait s’étirer au long des siècles et nous mener jusqu’en Afrique du Sud à la fin du XIXème siècle.


J’ai aimé le fond historique de ce roman ainsi que l’idée de l’histoire et on a envie de s’attacher aux personnages, mais mon petit bémol va sur l’écriture et la manière de raconter cette histoire. J’ai du mal à dire ce qui m’a gêné, parce que tout en étant prise dans l’histoire je n’ai pas été prise par le style qui parfois m’a dérangé. J’ai trouvé que les enchainements étaient un peu faciles, et la narration un peu poussive.
Un livre qui ne me laissera probablement pas de grands souvenirs tout en restant une lecture facile et abordable.


Sonatine Éditions, 606 pages. Janvier 2020
Traduction de Caroline Nicolas.

mardi 8 octobre 2019

"Les simples" de Yannick Grannec







Au bord de la Loup dans le pays de Vence, au bout du chemin du chef de Dalmas, en haut de la colline, se trouve le monastère de Notre-Dame du Loup où vivent des moniales.
Ces soeurs sont notamment connues pour leur hôpital et l'utilisation et la connaissance qu'elles ont des simples - les plantes médicinales.
Pour quelques heures de lecture on pénètre à l'intérieur de ce couvent pourtant fermé au public, et on y fait la connaissance de tout un système, une organisation très précise.
Il y a les Soeurs de choeur qui sont les moniales vouées à la prière, issues de familles riches qui ont pu leur donner une dot - aussi appelées les Marie, et les converses en générale d'origine modeste et qui assurent les travaux domestiques - qu'on appelle les Marthe.
Au-delà de cette hiérarchie simple une autre plus complexe est établie avec à sa tête la mère abbesse, ici Mère Marie-Vérane, puis la prieure et les soeurs discrètes dont la chancelière, la tourière et la cellérière, chacune ayant un rôle bien défini. Il y a aussi la circateure, la réglementaire, la chancelière, la préchantre, l'intendante.....
Dans ce monastère logent aussi des jeunes filles pensionnaires, de jeunes apprenties, de futures moniales.
À hôpital les soeurs ont pour habitude de prendre soin de la population locale, mais uniquement des femmes et des enfants ; elles vendent aussi quelques produits "pharmaceutiques" de leur fabrication ce qui leur permet un petit revenu, ces privilèges qu'elles ont obtenu après avoir soigné François 1er font des envieux et des jaloux et notamment en la personne de Jean de la Soline l'évêque local qui aimerait bien mettre la main sur les petits bénéfices des louventines.
Il envoie donc son jeune vicaire Léon de la Sine accompagné du vieux Dambier pour inspecter ce monastère et tenter de trouver une faille pour les faire plier.
L'arrivée du jeune Léon va provoquer une série d'évènements où la nature humaine ne se manifestera pas sous sa meilleure forme - et en particulier pour un milieu religieux...
Des querelles vont naitre et les jalousies longtemps cachées et tues seront exposées au grand jour.
Nous sommes en 1584, l'hérésie et la sorcellerie encourent une mort certaine souvent précédée de torture.

J'ai retrouvé avec un immense plaisir la plume de Yannick Grannec qui a un vrai talent pour dépeindre et décrire une ambiance, une époque.
J'ai été transporté au XVIème siècle dans cette campagne et cette abbaye, je me suis attachée à certaines nonnes tandis que d'autres m'ont révoltée.
Mais c'est affaire de relations humaines et dans humain il y a faille et faiblesse.

J'ai trouvé très intéressant de découvrir le fonctionnement du monastère, son fonctionnement interne mais aussi ses relations avec les hommes extérieurs et les autres hommes de dieu....
Une époque où la religion avait main-mise sur beaucoup de choses de la vie, une époque où la femme n'était pas grand chose.

Une fiction qui emporte et qui transporte, un vrai plaisir !
"Aux grands, la charge ; aux petits, le devoir"

Éditions Anne Carrière, 442 pages. Août 2019

mardi 17 septembre 2019

"Soif" d'Amélie Nothomb



J'avais décidé de ne plus trop lire les livres d'AN mais ayant lu des bribes de ce dernier opus ma curiosité a été fortement aiguisée....
AN se met dans la peau de Jésus Christ et prend sa voix. Depuis la fin du procès de JC, jusqu'à la passion, la crucifixion et la résurrection.
Bien entendu c'est très perturbant (d'essayer) d'accepter de rentrer dans ce jeu (je) là. Est-ce d'avoir été élevée dans une famille catholique ou de toucher à une "icône" de notre tradition culturelle ?
Quoi qu'il en soit c'est une lecture extrêmement intéressante une fois que l'on a accepté le postulat de départ.

Au cours de ces dernières heures, Jésus revient sur certains grands moments de sa vie, ainsi on les lit avec "son" point de vu, son ressenti.
On découvre un Jésus humain, avec des pensées pas toujours positives, un amour parfois défaillant ou déficient pour ses acolytes, un Jésus amoureux, un Jésus fils de sa mère et protecteur.
AN n'est pas tendre avec lui, elle nous le dépeint comme n'importe quel être humain avec ses faiblesses, ses imperfections. La relation à son père (Dieu) est aussi très curieuse. La manière dont il voit Pierre, Judas ; son omniscience qui lui permet de savoir ce que les uns et les autres vont dire, faire, écrire.

Le titre de la soif est très bien expliqué, j'aime beaucoup l'idée que Jésus donne de la soif, son lien à Dieu et à la foi.

AN démonte le principe essentiel de tout (bon) chrétien qui est "aime ton prochain comme toi même"; comment Jésus peut-il enseigner ce principe si il n'est pas capable de s'aimer suffisamment pour se "sauver" de la crucifixion .... Un bon débat philosophique en perspective !

Mon seul petit bémol sur ce livre est le ton et le vocabulaire employés qui sont pour moi beaucoup trop contemporains et qui parfois m'ont gênée pour adhérer à l'idée du texte.

Un livre dérangeant,
forcément,
mais exaltant,
assurément !

Un point de vue original, à ne pas prendre au premier degré, mais à réfléchir et penser.

"Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d'avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut. Et l'instant ineffable où l'assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d'eau, c'est Dieu.[...] Tentez cette expérience : après avoir durablement crevé de soif, ne buvez pas le gobelet d'eau d'un trait. Prenez une seule gorgée, gardez-la en bouche quelques secondes avant de l'avaler . Mesurez cet émerveillement. Cet éblouissement, c'est Dieu"
"Aime ton prochain comme toi-même. Enseignement sublime dont je suis en train de professer le contraire. J'accepte cette mise à mort monstrueuse, humiliante, indécente, interminable : celui qui accepte cela ne s'aime pas." 

Albin Michel, 152 pages.

samedi 27 juillet 2019

"Mon Père" de Grégoire Delacourt



Alors le pitch est vraiment très rapide à faire ; un père, Édouard, est à la recherche d'un autre Père, le prêtre qui a violé son fils Benjamin. Il s'enferme 3 jours dans une église avec le Père Préaumont dont il vient de saccager le sanctuaire.

Au milieu de sa discussion avec le prêtre, Édouard nous fait revivre les premières années de Benjamin en partageant les moments doux, les moments de rire, les moments de bonheur qu'ils ont eu avant.
Car il veut comprendre ce qu'il s'est passé, il veut comprendre pourquoi, pourquoi son fils, pourquoi un homme fait ça, à un jeune enfant.
Comprendre pourquoi lui le père n'a pas pu protéger son fils, pourquoi il n'a pas vu ce que son fils exprimait et ne disait pas.
Et donc il fait parler le Père, il lui fait tout raconter, attention âme sensible s'abstenir, j'ai honnêtement failli arrêter la lecture car je ne voyais pas l'intérêt de lire ça, et d'ailleurs je ne suis toujours pas certaine de la nécessité de ce passage, en tout cas pour moi. J'avais bien compris l'idée...

Il y a beaucoup de références aux textes de la Bible et notamment à la parabole d'Abraham qui emmène Isaac son fils pour le sacrifier, mais l'ange retient la main d'Abraham et Isaac qui n'a pas dit un mot ne dira rien, plus jamais on ne parle de ce qu'il a vécu, c'est le silence, le silence de la victime. Le parallèle fait dans le livre est vraiment très intéressant.

Je ne veux pas dévoiler ce qu'il se passe donc je ne peux pas trop en dire, mais cette lecture se fait assez rapidement car il y a du rythme, le rythme de la colère du père, des journées qui s'écoulent avant le dimanche et l'heure de la messe, le rythme de l'effondrement de Benjamin.

Grégoire Delacourt n'épargne rien à l'Église en général, au silence manipulateur et politique, il dénonce.
Je reconnais avoir été surprise de le trouver sur ce registre, c'est pour moi un de ses livres les plus aboutis.
Je ne me sens pas de "recommander" ce livre, je crois que chacun doit savoir à quoi s'attendre, ce n'est pas facile, mais il y a des choses très intéressantes à retirer.

Le questionnement de la protection de nos enfants, le questionnement de la confiance aveugle en l'autre à cause d'une étiquette, ici le prêtre, mais cela pourrait aussi bien être le professeur, le grand-père, le cousin, tous ces gens à qui nous faisons confiance.
Il y est aussi question de ce que nous parents devons dire à nos enfants pour les prévenir, les avertir, les protéger ; qu'ils sachent que dans ce monde tous les humains ne sont pas bons, et que eux ne sont pas obligés d'être victimes.

La fin est un peu étrange et à mon sens pas vraiment positive ni optimiste, la fange humaine existe et se reproduit, "ce monde ne sera guéri que lorsque les victimes seront nos Rois".

Il y a malgré tout une très belle séquence sur le pardon, la revanche, le retour à la vie.
Bref un livre qui se lit vite mais à ne pas mettre dans toutes les mains. Une lecture que je ne regrette pas car elle pousse à la réflexion sur un sujet malheureusement encore trop d'actualité et réel, mais je crois en la parole, énormément, je pense qu'il faut dire les choses pour qu'elles ne s'inscrivent pas trop profondément.
"Et parce que je n'ai pas protégé ceux que j'avais la charge de consoler et de chérir. Et l'Église a fermé les yeux. L'évêque de notre diocèse a fermé les yeux. Le Vatican a préféré se coudre les paupières et manipuler les magistrats. Alors je me suis plu à imaginer que leur cécité étai tune forme d'assentiment. Car si les pères ne condamnent pas, si les pères n'interdisent pas, si les pères ne punissent pas, alors les fils conjecturent qu'ils ont tous les droits." 
JCLattès, 220 pages.

mercredi 17 octobre 2018

"Une histoire des loups" de Emily Fridlund



C'est une histoire un peu étrange qui se passe dans le Minnesota, dans la région des lacs et des forêts. Une jeune fille, Madeline, a tout juste 14 ans lorsque, de l'autre côté du lac où elle vit, emménage une famille. Elle les observe à la jumelle puis se rapproche d'eux pour devenir la baby-sitter du petit Paul qui a 4 ans. Le père, Léo, est très absent et finalement Madeline passe la plupart de son temps avec le petit garçon et sa maman, Patra.
Dès le départ on comprend qu'un drame se noue et va se jouer sous nos yeux.

Madeline raconte l'histoire, elle est maintenant adulte et revient sur cette période trouble de sa vie.
On comprend qu'elle vit seule avec ses parents dans cette cabane au bord du lac, qu'ils étaient plus nombreux au départ, mais que tout le monde est parti -une secte ? des hippies ?
Madeline va au lycée, il ne s'y passe pas grand chose hormis une histoire avec un professeur d'histoire-géographie qui serait pédophile et cette autre fille, Lily, un peu étrange et paumée.
L'ambiance générale est assez glauque - bien représentative de cette maison d'édition - , mais le texte est trop foutrac pour moi, il n'a ni queue ni tête ; je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages qui sont pour moi peu crédules et surtout totalement inintéressants.

Le bandeau annonçait "coup d'essai, coup de maître", euh honnêtement pas pour moi, je me suis beaucoup trop ennuyée. Dommage le pitch de départ me plaisait bien et était plutôt vendeur et accrocheur mais beaucoup trop fade pour moi.

Bref un livre que je n'ai pas aimé, et que je ne peux malheureusement pas recommander.
Si quelqu'un a un autre avis je suis preneuse.

Gallmeister, 294 pages.

samedi 28 avril 2018

❤️❤️ "Retour à Killybegs" de Sorj Chalandon


"Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes. [...] Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. [...]"

Ainsi débute le livre, par la confession de Tyrone Meehan, le héros de notre histoire. On le sait tout de suite, il était membre de l'IRA, l'armée républicaine irlandaise, et il a trahi.
Nous sommes en décembre 2006, il est de retour dans son village natal, Killybegs, et il s'apprête à mourir. Et depuis cet exil dans sa maison d'enfance, il revient sur son passé, sur son histoire, sur ce qui l'a amené aujourd'hui à être là, dans cette position plus que délicate, à 80 ans passés.

Tyrone vient d'une famille catholique, pauvre ; il a de nombreux frères et soeurs, une mère dévouée, un père profondément irlandais mais aussi violent et spécialement lorsqu'il a bu.
Adolescent il se retrouve à Belfast en territoire occupé par les anglais, et c'est tout naturellement qu'il va petit à petit faire ses premiers pas pour devenir membre à part entière de l' IRA.

L'IRA, tous des terroristes, des assassins.... c'est ce que j'ai toujours entendu, cru, pensé.
Il faut dire qu'enfant, puis plus tard adulte, je ne m'étais jamais vraiment intéressée au sujet ni posée la question.
Mais là, en lisant le roman de Sorj Chalandon j'ai été transporté "de l'autre côté", dans le camp des soi-disant méchants. Et sans excuser les assassinats et attentats on découvre le pourquoi, on découvre que de l'autre côté il y a des êtres humains qui eux aussi souffrent, sont mal traités et se battent pour une cause qui leur est chère.

Un récit brillant, touchant, mené d'une main de maitre encore une fois par un Sorj Chalandon qui décidément jamais ne nous déçoit.
Un livre que j'ai énormément aimé, un sujet passionnant, déroutant, perturbant. J'ai appris beaucoup de choses sur ce conflit entre irlandais et anglais, entre protestants et catholiques.
On y apprend aussi la loyauté, au delà de tout, et jusqu'à la trahison.

Livre de Poche, 332 pages.

jeudi 8 mars 2018

"Le voile de Téhéran" de Parinoush Saniee



Téhéran, fin des années 60, Massoumeh, 16 ans, est une lycéenne brillante, promis à un bel avenir, mais malgré un Iran qui se modernise sa famille reste très traditionnelle et religieuse.
Ainsi lorsque ses frères découvrent qu'elle entretien une relation épistolaire avec un jeune homme, c'est le drame.
Leur seule solution est de marier Massoumeh.
Et finalement de tractation en tractation elle épousera Hamid qui se révèlera être un fervent communiste révolutionnaire qui la poussera à reprendre ses études mais ne s'occupera pas beaucoup d'elle, trop pris par ses convictions et engagements politiques.
"Un jour, ma famille voulait me tuer sous prétexte que j'avais échangé quelques mots avec un homme que je connaissais depuis deux ans, sur lequel je savais beaucoup de choses, que j'aimais et que j'étais prête à suivre au bout du monde, et le lendemain elle prétendait m'obliger à coucher dans le même lit qu'un étranger dont j'ignorais tout et qui ne m'inspirait que de la terreur."
(un bien bel exemple d'absurdité totale .... de mon avis)

En traversant la vie de Massoumeh nous traversons l'Histoire de l'Iran, du régime du Shah à celui des islamistes. La vie change et en particulier celle des femmes.

Massoumeh, sans être engagée, se bat pour subvenir aux besoins de sa famille, pour rester indépendante malgré une présence familiale masculine très lourde. Et notamment ses frères qui veulent tout lui imposer, l'obliger, comme si elle n'avait pas d'esprit critique valable.

Dans ce récit autobiographique l'auteur nous montre bien la dangerosité des régimes totalitaires, l'engagement politique, l'islamisation, la difficulté de "sauver" ses propres enfants d'idées extrêmes.
Mais malgré tout elle nous montre aussi une lumière, un espoir. 
En se battant on peut y arriver, et surtout j'ai aimé sa manière de parler à ses enfants, sur l'ouverture d'esprit, sur l'importance de ne pas suivre bêtement mais de se faire sa propre opinion, de lire, de se renseigner et de ne pas avoir peur de changer d'avis, et écouter l'autre aussi, ses arguments et ses idées... tellement, mais tellement, d'actualité.
"...Je voudrais tellement que tu ne te fondes que sur tes réflexions personnelles, tes propres convictions, que tu pèses le pour et le contre de chaque option par des lectures et des enseignements, et qu'ensuite tu en tires toi-même tes conclusions et prennes ta décision en tout indépendance ! L'idéologie pure est un piège, elle engendre des préjugés et des à-priori, elle fait obstacle à la réflexion et aux opinions personnelles. Et surtout, elle transforme les gens en fanatiques incapables de faire la part des choses."
Un livre très agréable à lire, comme une grande saga, pas toujours rigolote.
Un défaut, l'édition pas très scrupuleuse et du coup beaucoup trop de coquilles dans l'impression... mais ça c'est du détail technique.

POINTS, 607 pages.

mercredi 3 janvier 2018

❤️❤️ « Le Sans Dieu » de Virginie Caillé-Bastide



Bretagne, 1709, Arzhur de Kerloguen voit mourir son septième et dernier enfant suite à une terrible vague de froid qui a frappé la France et provoqué une grande famine ; son épouse en perd la tête...

Quelques années plus tard nous le retrouvons dans les Caraïbes sur un bateau de flibustiers, le "Sans Dieu". Il est devenu le terrible Ombre, cruel pirate redouté de tous.

Lors de l'attaque d'un bateau il fait prisonnier un abbé espagnol avec lequel il va nouer une relation très particulière et notamment avec lequel il va échanger sur le thème de l'existence de Dieu, ou plutôt le fait de croire en lui.
En effet Arzhur a cessé de croire à la mort de son petit Jehan, et toutes les cruautés auxquelles il a assisté depuis l'ont poussé sur cette voie. Il a quitté sa Bretagne natale en maudissant la religion et détruisant l'église de village.

Bien qu'étant devenu un monstre sanguinaire (selon l'abbé), il reste un homme intelligent et cultivé, qui conserve dans sa cabine un échiquier et de nombreux ouvrages.

Il est accompagné de Morvan qui devient son second, son fidèle lieutenant sur le bateau après avoir été son fidèle serviteur dans son domaine breton.

L'écriture est très agréable et adapté à l'époque. On est embarqué sur ses bateaux qui traversent les océans et on se laisse porter.
J'ai beaucoup aimé ce livre, l'ambiance décrite, les personnages et en particulier Arzhur. La relation qu'il tisse avec l'abbé et leurs discussions ; mais aussi les personnages secondaires sont tous attachants et intéressants. Malgré leur cruauté on se lie à eux.

Partageant quelque peu les interrogations de notre héros, j'ai particulièrement apprécié les échanges au sujet de l'existence de Dieu et sur le besoin/envie de croire des hommes.

On vogue encore longtemps sur ses mers dangereuses après avoir refermé le livre, on se promène avec prudence dans les ports qui fourmillent de mille activités et dangers.
Premier roman très réussi, une belle histoire qui ne m'a pas laissé en paix.

Merci maman pour cette belle découverte 😊

Éditions Heloïse d'Ormesson, 331 pages.