Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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dimanche 24 janvier 2021

♥️♥️♥️ "Le démon de la colline aux loups" de Dimitri Rouchon-Borie.

 



Touchée en plein coeur par ce premier roman d'une justesse infinie.

Du fond de sa prison un homme (dont le prénom n'est découvert que tard dans la lecture) nous raconte son histoire, depuis le commencement, depuis son premier souvenir.
En tout simplicité et humilité il se livre, pour expliquer, pour demander pardon, pour (se) comprendre. 
Il nous raconte l'horreur, et l'arrivée du démon, et comment il a essayé de vivre avec.


C'est un livre très exigeant, tant sur le fond que sur la forme. 
Certains passages, notamment au début du livre, sont d'une violence inouïe, difficiles à lire, mais essentiels pour la compréhension de l'histoire, de l'évolution de cet enfant.  
La forme choisie, le ton, ne sont pas non plus aisés, mais une fois qu'on en est imprégné, c'est d'une évidence absolue. 
Ce sujet et cette forme d'écriture aurait vraiment pu être "casse-gueule" mais l'auteur est brillant, et la forme est tellement parfaite pour le texte qu'il sert, l'écriture est maitrisée, infiniment. 
Il n'y a pas d'erreur. 

Je me suis tant attachée à ce personnage, à Duke ; je l'imaginais penché sur sa machine à écrire, tapant sur les touches, tournant en rond dans sa cellule, souffrant de ses souvenirs, de sa culpabilité. 
J'ai imaginé cet enfant, dans cette maison, dans son nid, cherchant le calme et la protection. 
Depuis que j'ai tourné la dernière page je continue de penser à lui, chaque jour ; j'aimerai le voir, le prendre dans mes bras et lui donner toute mon affection.

Ce roman est un coup de poing dans l'estomac, il vous retourne, et vous chamboule.
Parce que malgré tout, il m'en reste de la lumière, il m'en reste un coeur rempli d'amour, de tendresse, il me reste de l'espoir.
Cet homme, capable d'une résilience incroyable, est une leçon de vie, une leçon d'espérance.

Ce premier roman (incroyable !) est touchant, attachant, envoûtant.
Il fera parti des quelques rares livres pour lesquels je pourrai me battre sans fin, ces livres que je veux garder près de moi et qui resteront nichés au fond de mon coeur. 

"Mon père disait ça se passe toujours comme à la Colline aux Loups et ça s'était passé comme ça pour lui et pour nous aussi. Maintenant je sais que ça s'est arrêté pour de bon. La Colline aux Loups c'est là que j'ai grandi et c'est ça quelle vais vous raconter. Même si c'est pas une belle histoire c'est la mienne c'est comme ça. La Colline aux Loups j'aime pas en parler d'habitude. Le Démon est né là et c'est là qu'il m'a pris. Mais si je devais taire tout ça à jamais j'aurais l'impression qu'il a volé mon âme pour de bon et bien plus encore mon histoire. J'espère que vous saurez vous montrer miséricordieux ou quelque chose comme ça parce que j'ai un parlement qui est à moi et pendant tout ce temps ces mots c'était ma façon d'être moi et pas un autre. Et comme j'ai pas fait l'école longtemps à cause du père, du Démon, de la mère et des autres, il manque des cases dans mon entendement des choses. À qui j'écris ce journal alors je ne sais pas. Peut-être à moi-même et à celui que j'étais avant le Démon."  

Le Tripode, 237 pages. Janvier 202.


jeudi 14 mars 2019

"La symphonie du hasard" de Douglas Kennedy




Livre 1: Comme elle le fait régulièrement, Alice Burns rend visite à son frère Adam en prison, mais ce jour-là il lui avoue un vieux secret de famille ce qui replonge Alice vingt ans en arrière alors qu'elle est en dernière année de lycée et s'apprête à rentrer à l'université.

Alice nous transporte dans l'Amérique des années 70,  Nixon est président, il y a la guerre au Vietnam.
Son père est irlandais catholique, autoritaire, raciste, violent et un peu alcoolique, mais Alice l'adore et s'entend très bien avec lui. Sa mère est juive, irascible et agressive, malheureuse d'avoir quitté New-York pour la banlieue de Greenwich ; Alice est persuadée que sa mère ne l'aime pas.
Son frère ainé Peter est en conflit permanent avec sa famille et notamment avec le père dont il ne partage absolument pas les idées et notamment les idées politiques...
Adam, lui, aurait du devenir un grand sportif mais suite à un accident de voiture il a tout abandonné et travaille avec son père dans des mines qu'il possède au Chili, et ce au moment du coup d'état de Pinochet.
Alice va partir à l'université où elle découvrira un monde cruel tout en se prenant d'amitié pour un enseignant et d'amour pour un étudiant.
Sa vie de jeune femme démarre et elle devra faire des choix, prendre des décisions qui affecteront sa vie entière.

Livre 2 : Après une première année bien mouvementée à l'université, Alice a décidé de partir continuer ses études à Dublin au Trinity College. Elle découvre un autre monde, fermé, rigoureux, très religieux, un monde en guerre. Elle fait aussi de magnifiques rencontres et son installation dans cette nouvelle ville se fera finalement assez simplement.
Cependant certains démons du passé resurgiront pour venir chambouler cette nouvelle vie où elle avait enfin trouvé une certaine stabilité, et le "hasard" ne l'épargnera pas.

Livre 3 : Alice est retourné vivre aux États-Unis, sa famille va éclater pour trouver un épanouissement différent. Sa carrière va évoluer petit à petit, au fil de ses aventures, de ses histoires, en même temps que la grande Histoire avance elle aussi et nous mène jusqu'aux années 80 et le début du SIDA, mais aussi l'hyperconsommation et le meneur de vie qu'est devenu l'argent.

Dans l'ensemble j'ai plutôt bien aimé cette trilogie qui nous fait suivre le destin de cette jeune femme qui évolue dans un milieu intellectuel et surtout littéraire, pour finir dans une maison d'édition (le rêve !!!). Les 3 livres ne sont pas tous du même niveau selon mon goût. J'ai bien aimé le premier, moyennement le deuxième que j'ai trouvé un peu "too much" dans les évènements qui arrivent à notre héroïne, et j'ai beaucoup aimé le troisième qui est bien monté. Je me suis attachée à Alice et à ses déboires, à sa famille toxique, ses aventures littéraires...

Ici la famille est en générale pesante et plutôt nocive, avec des secrets et des relations à la limite de la perversité ; la mère n'a jamais une image très belle et est assez caricaturale dans l'ensemble, on baigne d'abord dans le milieu universitaire puis dans le milieu littéraire New-Yorkais. Les relations amoureuses ne sont pas très stables, il n'y a vraiment que l'amitié qui soit vu d'un oeil positif.

C'est la première fois que je lis Douglas Kennedy. Ce n'est pas de la grande littérature mais un bon livre avec une bonne histoire qui se déroule sur deux décennies, un peu comme une bonne série dont on s'enfile les épisodes les uns derrières les autres.
Alors je recommande pour passer un bon moment de lecture, et de détente. Une histoire attachante qui permet quelques petits retours sur l'Histoire notamment des États-unis.

Pocket, 416 pages, 368 pages, 480 pages. Traduit de l'anglais par Chloé Royer.

samedi 22 décembre 2018

"On ne voyait que le bonheur" de Grégoire Delacourt




Antoine est expert en assurance, il évalue le prix des choses, des vies...
Il est marié avec Nathalie, ensemble ils ont deux enfants, Joséphine et Léon.
Alors c'est parti on y va : petit il a perdu une soeur, sa mère est partie et l'a complètement abandonnée, sa femme le trompe, son père est malade, et bien sur il est viré, ouah tout ça pour un seul homme, alors oui bien sur il pète un plomb, et fait une énorme bêtise.
Puis on le retrouve au Mexique où il essaie de se racheter une deuxième vie.
Enfin sa fille Joséphine donne son sentiment sur tout ça (j'essaie quand meme de ne pas trop en dévoiler pour ceux qui voudraient encore le lire).

Donc vous l'aurez compris je n'ai pas aimé ce livre.
Du pathos, en veux-tu ? en voilà !!
Je n'ai pas cru une demi-seconde au personnage d'Antoine qui pour moi est faux du début à la fin, il n'y a rien de crédible dans cette histoire.
Alors c'est sur il sait écrire, et c'est tant mieux ça permet d'avancer vite vite ; j'ai failli abandonner plusieurs fois mais je me disais que peut-être au bout... et alors ce n'est pas faux, dans la dernière partie il y a de jolies choses (ouf) sur le pardon.
Mais bon ensemble pour moi plus que médiocre, sur le même thème (encore une fois que je tais pour ...) lisez plutôt "Bord de mer" de Véronique Olmi qui pour le coup est poignant et magnifique.

JC Lattès, 360 pages.

jeudi 18 octobre 2018

❤️❤️ "La vraie vie" de Adeline Dieudonné



"À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres."

La première phrase dit tout de ce roman !
C'est une jeune fille qui nous raconte.
On ne connait pas son prénom, ni celui de ses parents.

Le père est un homme violent, en colère, qui aime - dans cet ordre - la chasse, la télé et son whisky.
La mère est une amibe, une femme "retournée" sur elle-même, tellement violentée que son cerveau en parait déconnecté.
Gilles c'est le petit frère aimé, chéri, avec qui elle joue, rit et passe les bons moments de sa vie.

Mais voilà qu'un évènement tragique va tout bouleverser, et Gilles va perdre son sourire.
Dès lors notre héroïne n'aura de cesse de vouloir devenir la nouvelle Marie Curie afin d'inventer la machine à remonter le temps et redonner le sourire à son frère.

Véritable roman d'apprentissage de la vie, de la solitude, de la violence avec comme seul dessein jamais perdu de vue pour cette jeune fille, l'AMOUR.
D'abord celui de son frère, mais aussi celui d'un homme pour la femme en devenir qu'elle est, et puis celui de ses parents qu'elle cherchera toujours...

Un roman dur, violent, mais des mots doux et tendres.
Un récit original, drôle.
On ouvre ce livre et on ne peut pas le poser avant de l'avoir fini.

Un premier roman totalement réussi, une surprise littéraire, une surprise narrative.
J'ai été emporté dans cette folie douce, cette douce folie qu'est ce livre.

A lire absolument !
"La principale fonction de ma mère était de préparer les repas, ce qu'elle faisait comme une amibe, sans créativité, sans goût, avec beaucoup de mayonnaise."
"Elle nous a dit comme ça, avec sa voix de vieux klaxon et son parfum de plage : «Les têtards, vous savez, il y a des gens qu'il ne faut pas approcher. Vous apprendrez ça. Il y a des gens qui vont vous assombrir le ciel, qui vont vous voler la joie, qui vont s'asseoir sur vos épaules pour vous empêcher de voler. Ceux-là, vous les laissez loin de vous.»" 
"Chez nous, les repas familiaux ressemblaient à une punition, un grand verre de pisse qu'on devait boire quotidiennement."
"Je n'ai jamais ressenti grand-chose pour ma mère, si ce n'est une profonde compassion. À la seconde où mes yeux ont déchiffré ces cinq lettres, cette compassion s'est instantanément dissoute dans une flaque de mépris noir et puant."
"Je me suis rappelée que j'étais sur la branche ratée de ma vie. Un jour, je reviendrais dans le temps. Je pouvais tout essayer, je ne risquais rien. Je reviendrais à ce soir d'été des mes dix ans et rien de tout ça n'aurait jamais existé." 
L'Iconoclaste, 266 pages.

jeudi 13 septembre 2018

"Impuretés" de Philippe Djian



Sur cette colline ne se trouvent que des villas luxueuses avec son contingent de starlettes, séducteurs, écrivains... mais surtout avec beaucoup de drogue, d'alcool et de sexe.
C'est dans ce milieu qu'évolue Evy un adolescent de 14 ans qui se remet à peine de la mort de sa soeur. Lisa, 18 ans, s'est noyée dans un lac suite à une soirée étrange et en présence de son frère. Celui-ci restant mutique sur le sujet est soupçonné du pire par une grande majorité de son entourage.
Cet ado, complètement paumé, doit essayer de continuer à grandir, entre une mère dépressive, ex-star de cinéma qui tente de faire son come-back et un père écrivain, ancien junkie et non moins paumé que son fils.
La mère est tour à tour méfiante, insensible, accusatrice mais jamais mère avec son propre fils, elle est beaucoup trop occupée à s'occuper de sa petite personne pour être capable de voir la détresse de son fils.
Le père, lui, est encore tellement jeune dans sa tête qu'il ne gère rien du tout et encore moins l'arrivée de son propre père, psychanalyste à la retraite, qui essaie de tout gérer....

Bref tout part à la dérive et les ados de son monde fou n'ont pas grand chose à quoi se raccrocher ; ils découvrent le sexe, l'alcool et la drogue à un âge beaucoup trop jeune et surtout de manière assez violente.

Philippe Djian nous jette dans ce milieu sordide, clinquant et brillant de l'exterieur, mais une fois que l'on est à l'intérieur on a juste la nausée en permanence....

Je ne suis pas sûre de pouvoir dire que j'ai aimé ce livre, je l'ai trouvé très dérangeant et glauque.

Gallimard, 352 pages.

dimanche 10 juin 2018

"Chanson de la ville silencieuse" de Olivier Adam


Une jeune femme, dont on ne connaitra pas le nom, part à Lisbonne à la recherche de son père. C'est un ancien chanteur ultra renommé qui, au sommet de sa carrière, a tout lâché pour s'enfermer chez lui dans sa maison de campagne et qui, un jour, a disparu.
Il est tenu pour mort, mais la photo d'un chanteur de rue vu à Lisbonne va pousser cette jeune femme à aller vérifier si il s'agit de son père ou pas.

Elle travaille dans une maison d'édition, s'est faite toute seule, ses parents ayant été magistralement absents de son enfance, de sa vie. Ils n'ont jamais vraiment formé un couple et ainsi notre héroïne a vécu sa jeune enfance à Paris avec sa mère, mannequin, brulant la vie par les deux bouts, puis chez son père dans le sud, à la campagne. Là-bas elle a trouvé un semblant de vie de famille grâce au couple qui gère la maison du père, mais à l'école elle reste "la fille du chanteur".

L'histoire nous plonge dans la solitude absolue de cette enfant qui malgré tout grandit et devient une jeune fille timide et réservée.

Avec Olivier Adam on est toujours un peu dans le glauque, dans le noir, dans la misère humaine.
Cette fois il s'attaque à une misère humaine un peu différente, une misère liée aux frasques des parents, à leur absence mais surtout à leur impossibilité de se poser dans leur vie. Ils sont toujours à la recherche d'autre chose.

On s'attache doucement à cette jeune femme qui finalement ne s'en sort pas si mal au cours de sa quête du père.
Un livre facile à lire et rapide, peut être un peu trop rapide.... et un peu trop facile... Je ne suis pas très sure de l'avis que j'ai, de ce qu'il me reste. J'ai passé un bon moment de lecture tout en étant peut être un peu deçue par cet auteur que j'affectionne particulièrement.


Flammarion, 217 pages.