Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est racisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est racisme. Afficher tous les articles

dimanche 6 septembre 2020

"La fièvre" de Sébastien Spitzer

 


Memphis, 1878, une violente épidémie de fièvre jaune frappe la ville, un mal qui tue, vite et beaucoup. 

Très rapidement une partie des habitants fuient la ville, c’est un peu la débandade, quelques-uns restent pour soigner, d’autres pour surveiller et défendre. 

 

 

Memphis est une des capitales du coton, au bord du Mississipi ; la guerre de Sécession est passée par là, les esclaves ont été affranchis, le Ku Klux Klan est né, le racisme est puissant.

 

 

Tout au long de l’histoire on suit principalement 3 personnages dont les trajectoires vont se recouper. 

Anne Cook, la tenancière d’une maison close ; Keathing qui tient le journal local et fait partie du KKK, et puis la jeune Emmy, une métisse de 13 ans qui attend le retour de son père. 

 

 

C’est un livre intéressant, distrayant, une lecture agréable, mais mon petit bémol est que j’aurais aimé un peu plus de densité dans l’histoire, plus de consistance dans les personnages, j’aurais aimé aller plus loin plus en profondeur, ça m’a manqué, j’aurais facilement pu lire 100 ou 200 pages de plus, je suis un peu restée sur ma faim. 


A lire absolument son premier roman qui reste pour moi son plus réussi jusque là, "Ces rêves qu'on piétine" 

 

 

« La vérité ? Quelle drôle d’idée, répète-t-elle. J’ai appris à mes filles à dire oui, jamais non. J’ai appris à mes filles à voir la vie en mieux, pas telle qu’elle est. Je voudrais qu’elles sachent rêver leur vie. Les geignardes, les pleurnichardes, toutes celles qui s’encombrent de vérités trop lourdes, qu’elles aillent donc voir ailleurs, au couvent ou dans le lit d’un bon petit mari. La vérité, Keathing, c’est comme une lune de mie ou une épiphanie. Faut pas s’y attacher, sinon, c’est une chute assurée, le grand désenchantement. Combien de fois a-t-il fallu que je lui torde le coup à cette putain sordide, Keathing ? »

 

Albin Michel, 320 pages. Août 2020

dimanche 29 mars 2020

"Mamma Maria" de Serena Giuliano





Un peu de soleil d’Italie pour égayer des journées pluvieuses ; le plaisir de se retrouver au café « Mamma Maria », sur la jolie place d’un village de la côte amalfitaine tout près de la mer et au son des chansons de Adriano Celentano.

Sofia, jeune traductrice, revient s’installer dans son village natal après huit années passées à Paris et une déception amoureuse.
Le café tenu par Maria est le centre névralgique du village où tout se passe, tout se dit, tout se sait. Maria est un peu la maman de tous. Jeunes et vieux se retrouvent, discutent, jouent aux cartes, s’engueulent…

Par les voix de Sofia et de Maria nous suivons les aventures et aléas du village, nous rencontrons les personnages, nous apprenons à les connaître avec leurs qualités et leurs défauts. 

C’est un roman feel-good, ce qui en principe n’est pas trop ma tasse de thé, mais celui-ci est plutôt bien fait. Il se dévore.
Tout d’abord la construction est très attrayante car on passe de Sofia à Maria dans un enchainement ininterrompu et dynamique, les chapitres sont courts et enlevés.

Et puis ce livre aborde aussi de vrais sujets de société, tel que le racisme, l’arrivée des migrants, la vieillesse, la solitude…

J’ai aimé la lumière dégagée par les personnages, le lien entre les jeunes générations et les anciennes, l’entraide, et … la cuisine italienne !! Il y a tout le caractère de l’Italie dans ces pages.

Un joli livre que je recommande particulièrement en ce moment pour illuminer son quotidien ! et une mention particulière pour la couverture qui est vraiment très belle et attrayante. 

"Il faut des pâtes, pour vivre. Il faut des lasagnes, de la friture, du gras, de l'eau de mer et du soleil. Sinon, la vie ne vaut même pas la peine d'être vécue."
"Et puis j'ai un en charge un nouveau stagiaire, qui a le QI d'une moule. (Certains matins, il en a aussi l'odeur...)"
"Aux dernières élections, l'extrême droite est arrivée au pouvoir en Italie. Depuis, le racisme a envahi nos vies comme un tsunami de boue. Avec un ministre de l'Intérieur qui a pour slogan "Rentrez chez vous !", qui confond islam et terrorisme, qui accuse les migrants de tous les maux dont souffre l'Italie, les langues se sont déliées. Aujourd'hui, au travail, au bar, dans la rue, beaucoup revendiquent cette haine de l'autre comme ils brandiraient un étendard."
"Je remercie Dieu de les avoir envoyés dans le poulailler d'un homme encore pourvu d'amour pour son prochain, même lorsque ce prochain vient d'ailleurs." 
Cherche-midi,  240 pages. Mars 2020

lundi 4 novembre 2019

"Bienvenue au club" et "le Cercle fermé" de Jonathan Coe



Ayant lu récemment "le coeur de l'Angleterre", qui reprend les personnages principaux de ce diptyque initial, je me suis dit que je pouvais me rafraichir la mémoire, et du coup j'ai réalisé que j'avais bien lu le premier volet il y a de nombreuses années mais que bien qu'étant en possession du second je ne l'avais pas encore découvert.

Je me suis donc replongée avec plaisir et délectation dans l'Angleterre des années 70 pour commencer et j'ai refais la connaissance de Benjamin Trotter, cet adolescent un peu coincé, timide, réservé (?) aimant la littérature et la musique autour duquel gravite un certain nombre de personnages dont Philip Chase, le meilleur copain avec lequel il veut créer un groupe de musique et qui partage sa passion de l'écriture ; Doug Anderton le fils du syndicaliste Bill Anderton, réputé dans la région et pro-actif notamment dans l'entreprise locale de voiture (dans laquelle le père de Benjamin travaille aussi) ; Sean Hardy est le trublion de service qui ne rate pas une occasion de faire des blagues, pas toujours très drôle. Claire et Cicely sont les filles du lycée à côté qui intéressent beaucoup les garçons...
Benjamin a aussi un petit frère Paul, très intelligent et qui n'a pas froid aux yeux, et une grande soeur Loïs.
Nous suivons donc cette petite troupe jusqu'à la fin du lycée pour le premier roman.
Dans le deuxième nous les retrouvons quelques années plus tard, ils sont mariés, ont des enfants et un travail... mais leurs liens sont toujours aussi forts et les ramènent souvent à leurs années lycée.
Tony Blair est maintenant au pouvoir et la guerre en Irak menace.
C'est l'heure des bilans, la quarantaine sonne et on remet en question sa vie personnelle et/ou professionnelle. On fait un petit bilan sur son histoire alors que l'Histoire de l'Angleterre elle-aussi avance.

Cette saga nous donne une belle image de l'Angleterre des années 70 jusqu'au début des années 2000, en suivant cette multitude de personnages on pénètre dans toutes les couches de la société anglaise et surtout on vit les questionnements, les conséquences, la politique locale et à plus grand niveau. C'est aussi une belle histoire d'amour, et de très belles amitiés qui survivent aux années qui passent.

Une traversée passionnante de plus de 30 années, emmenée avec fluidité par la plume de Jonathan Coe qui ne passe rien à ses personnages. C'est drôle, caustique, satirique, tellement bien mené. Je me suis régalée ☺️

"Bienvenue au club" Folio, 537 pages.
"Le cercle fermé" Gallimard, 537 pages.
Traduction de Jamila et Serge Chauvin.

jeudi 5 septembre 2019

❤️ "Rouge Impératrice" de Léonora Miano



Nous sommes en 2124, le Katiopa unifié regroupe 9 régions d'Afrique, à priori donc une très grande partie du continent. C'est un État qui s'est formé en agrégeant les anciennes nations coloniales.
Cet État est fermé au reste du monde avec très peu d'ouverture au niveau des frontières, et aucun échange commercial, il s'autosuffit.
C'est un pays moderne tout en étant respectueux de sa terre, avec une conscience écologique développée.
Le mokenzi (président) du Katiopa se nomme Ilunga, il a été choisi par ses pairs ; il est marié à  Seshamani avec qui il a un fils.
Au début de l'histoire Ilunga rencontre Boya, une jeune femme "rouge" qui tout de suite exerce un pouvoir d'attraction très fort sur lui, sans qu'elle ne le sache.
Boya vit dans le quartier de "Vieux Pays", elle est universitaire, se bat pour la cause des femmes et fait des recherches sur les fulasi, cette petite communauté en marge de la société katiopienne.
A savoir que les fulasi sont des français qui ont émigré en Afrique après que le Pongo (l'Europe) n'ai pas réussi à assimiler la vague migratoire venant d'Afrique.

Voilà pour planter un peu le décor.
Beaucoup de choses vont se jouer à partir du moment où Ilunga va rencontrer Boya car non seulement ils vont vivre une magnifique histoire d'amour mais elle va influer sur la vie politique du pays, sur des enjeux importants concernant notamment ce groupe communautaire que sont les fulasis, et bien entendu ce n'est pas au goût de tout le monde.

Moi qui n'avais pas spécialement aimé le seul autre roman lu de cet auteur (Crépuscule du tourment), je suis là sans voix, car j'ai tout aimé malgré un démarrage un peu compliqué.
Ce livre est d'une force, d'une puissance incroyable, il y a tellement, tellement de choses que l'on pourrait en parler pendant des heures. Je vais tenter d'être le plus concise possible.

On retrouve beaucoup de thèmes déjà présents dans "Crépuscule du tourment" mais traité avec moins de colère (c'est mon ressenti).
Il y a toute une réflexion sur le colonialisme et ses conséquences sur l'Afrique, et ce qui a amené à la création de ce nouvel État ; mais aussi sur la gestion de l'Europe, et donc des anciens colonisateurs, des vagues migratoires venues d'Afrique. Une analyse (de notre monde actuel) de notre société qui amène à la chute de l'Europe et au développement du continent Africain.
Il est question d'identité, d'ancêtres, d'âmes, de culture, tout ceci teinté de magie noire et de sciences occultes.
On trouve aussi une grande part de féminisme dans ce roman, avec des femmes qui se prennent en charge, qui sont autonomes, maitresses de leur corps et de leurs désirs, il y a beaucoup de sensualité, de beauté.

C'est un gros roman, un pavé comme on dit, mais il ne faut pas avoir peur, car c'est un livre qui vous emmène dans un autre monde, un futur possible ; c'est une histoire magnifique, pleine de sensibilité, d'une très grande intelligence.
J'ai aimé, j'ai adoré, je garde près de moi Ilunga et Boya ce couple intense, solide, infaillible, un couple modèle d'écoute et de respect.

Bref je ne peux que vous recommander cette lecture, et pour finir de vous convaincre écouter Léonora Miano parler de son livre, c'est encore elle qui le fait le mieux 😊
https://www.youtube.com/watch?time_continue=258&v=-FjyK9hDXf4

Merci @NetGalleyFrance et aux Éditions Grasset pour la découverte de ce roman.
"Une déficience spirituelle les empêchait de comprendre une loi élémentaire : ce n'était pas parce qu'il était possible de réaliser certaines choses qu'elles devaient être mises en oeuvre."
"Il y avait d'ailleurs une hypocrisie à prétendre se soucier de la planète quand on s'inquiétait surtout pour la survie des humains. La Terre s'adapterait à toutes les mutations, aux ères géologiques encore inconnues..."
"Le sujet qui les occupait , il voulait y insister, n'était donc pas celui d'une éventuelle menace fulasi. La question était de savoir si on avait fait la paix avec la part de fulasi et, par extension, de Pongo à l'intérieur de soi. Il me semble que le problème est là, dans notre capacité à accepter que ce fameux nous-mêmes à défendre et à élever, se soit formé dans le contact avec les agresseurs d'hier, dans le long frottement des peaux et des cultures. En prenant le pouvoir, l'Alliance avait renommé le Continent pour témoigner de la conscience de soi retrouvée."
"Que l'on se soit choisi un nom ne suffisait pas à effacer les faits : nous-mêmes était encore constitué d'une part significative de Pongo. La manière dont on traitait les évadés du pays fulasi révélait le confort ou l'intranquillité dans lesquels on se trouvait pour affronter cette vérité : qu'ils étaient des membres de la même famille. [...] Il répondrait que telle avait été l'origine du Sinistre : le refus de cette autre présence à l'intérieur de soi, la résistance aux transformations qui s'étaient produites aussitôt que l'on avait posé les yeux sur l'autre, avant de le toucher."
Grasset, 608 pages.

jeudi 13 décembre 2018

"Mille petits riens" de Jodi Picoult



Ruth est africaine-américaine, elle est sage-femme dans l'hôpital de sa ville depuis plus de 20 ans.
Elle a un garçon, brillant lycéen, qu'elle élève seule, son mari est décédé en mission en Afghanistan il y a déjà plusieurs années.
Ruth vient d'un milieu pauvre, sa mère est femme de ménage dans une riche famille (blanche) new-yorkaise, mais Ruth a voulu faire des études et à force de conviction et de persévérance elle a réussi à se hisser dans la classe moyenne, où elle n'est entourée que de blancs....

Un jour Ruth prend son service, un bébé est né peu de temps auparavant, elle va donc à sa rencontre pour s'en occuper. Le contact avec les parents lui semble étrange mais elle fait son travail sans se formaliser et plus tard sa chef vient l'informer qu'elle ne peut plus s'occuper de ce bébé car les parents ne souhaitent pas que des personnes africaines-américaines s'approchent de leur famille...

Trois jours après sa naissance le petit Davis décède et bientôt Ruth est mise à pied, puis en garde à vue et accusée de meurtre ....

Davis était un petit garçon né dans une famille de suprématistes blancs qui ont décidé d'attaquer Ruth pour le meurtre de leur enfant.

L'histoire nous est racontée à travers les voix de trois personnages ; Ruth, évidemment, qui est notre personnage principal, Turk qui est le père suprématiste et Kennedy qui sera l'avocate de Ruth.

On pourrait penser encore une histoire de racisme.... mais non, enfin si bien sûr, mais l'histoire est plutôt bien montée. L'auteur soulève des questions intéressantes, en particulier du côté des blancs qui se disent et se pensent non-racistes, elle met le doigt sur des phrases, des (fausses?) idées, qui peuvent sembler non-racistes mais sont finalement mal-perçues. Tout est une question de vécu, de quotidien, d'empathie.

L'auteur met en place le contexte, l'histoire qui va amener à l'arrestation de Ruth puis son procès.

Il y a encore du chemin a faire en terme de tolérance, d'acceptation de l'autre et de la différence, et pas seulement en ce qui concerne la couleur.

Un très bon roman, long, mais que l'on dévore.

Actes Sud, 581 pages.

lundi 7 mai 2018

"L'Archipel du Chien" de Philippe Claudel



"La littérature peu permettre de toucher en profondeur les êtres car elle laisse la pensée suivre son cours et l'invite à prendre son temps." Philippe Claude, Page nº189

Il y a cette île, la seule habitée sur l'Archipel du chien, située en Méditerranée.
Sur cette île vivent des pêcheurs, ils vivent une vie tranquille, au soleil, certains habitants fabriquent un bon vin, les enfants vont à l'école, il n'y a pas beaucoup de touristes et justement le Maire a un projet, il veut construire des thermes !

Mais voilà, un jour la Vieille - l'ancienne institutrice - en promenant son chien sur la plage, trouve trois cadavres de jeunes hommes noirs. Bientôt 7 personnes seront au courant et décideront (ou pas) de la marche à suivre.
Il y a, en plus de la Vieille, le Maire, le Docteur, Amérique (fabricant de vin), Spadon (un pêcheur), l'Instituteur et le Curé.
C'est un vrai combat de fourbes où chacun cherche et voit son intérêt, entre les pro-actifs que rien n'arrête, ceux qui ne disent rien mais finalement consentent (de bons hypocrites), il n'y en a finalement qu'un seul qui va s'indigner (après coup) et tenter de trouver une réponse altruiste. Il en paiera le prix fort.

Philippe Claudel nous montre à quel point "le pouvoir politique s'oppose au souci humanitaire" notamment au travers du Maire et de l'Instituteur.
Il y a les faits, il y a ce que l'on accepte de voir ou de croire...

On assiste petit à petit à la destruction de l'humanité par manque d'humanité !
Un petit conte qui laisse à penser, à réfléchir, sur ce que nous faisons chacun en tant qu'homme mais aussi sur notre société, ses fonctionnements, nos acceptations.
On retrouve tous les défauts de l'être humain en passant de la vénalité, à la corruption, à l'aveuglement, l'intolérance, le mensonge, la trahison, la culpabilité ...

J'aime beaucoup Philippe Claudel qui nous pousse toujours à la réflexion sans forcément nous donner son idée ou une solution. Son texte est toujours très agréable à lire, cependant ce livre est très noir et je n'ai pas tellement vu de petite lumière d'espérance.
Ça fait mal et ça fait peur.

"[...] Je vais disparaître. Je vous avais promis de n'être que la voix. Rien d'autre. Tout le reste est humain et vous concerne. Ce n'est pas mon affaire. Le temps a passé sur l'île mais n'a rien arrangé. Ce n'est pas son rôle. Ovide a écrit que le temps détruit les choses, mais il s'est trompé. Seuls les hommes détruisent les choses, et détruisent les hommes, et détruisent le monde des hommes. Le temps les regarde faire et défaire. [...] "
Stock, 280 pages.

 #LarchipelDuChien #NetGalleyFrance

lundi 26 mars 2018

Un peu de Darrieussecq

Afin de préparer la venue de Marie Darrieussecq je me suis (re)plongée dans 3 de ses nombreux romans. Ayant lu "Truisme" deux fois je n'ai pas eu le courage de le lire une 3ème fois, surtout que je n'avais pas particulièrement aimé et notamment à la deuxième lecture.


J'ai donc commencé avec "Clèves", que j'avais déjà lu. L'histoire de Solange, une jeune fille adolescente qui devient femme (en ayant ses règles !) et qui découvrent la sexualité. Solange a des copines qui "l'ont fait", d'autres qui en parlent beaucoup et visiblement toute la vie de ces jeunes filles tournent autour de ça !! Le choix narratif ne m'a pas du tout plu, j'ai trouvé ce texte trop trash (pourtant je ne suis pas bégueule), je ne me suis pas du tout reconnu dans ces jeunes filles, j'ai été assez dérangée. Alors peut-être était-ce délibéré d'exagérer, de surjouer, d'utiliser un vocabulaire cru (comme les ados ?), en tout cas ça n'a pas fonctionné sur moi. Heureusement le livre est court et se lit très vite. Mais bien que ce soit une deuxième lecture je me suis rendue compte qu'il ne m'était pas resté grand chose de la première... et après cette deuxième lecture je ne vois toujours pas ce qu'il m'apporte. Peut-être une manière de montrer les amours (d')adolescents difficiles, féroces...


 Deux ans plus tard, Marie Darrieussecq retrouve l'héroïne de "Clèves" ; Solange a la trentaine, elle vit aux États-Unis où elle est actrice. Elle rencontre Kouhouesso un autre acteur, d'origine camerounaise, avec qui elle va vivre une aventure et dont elle va tomber amoureuse. Lui veut réaliser un film en Afrique, projet qui lui prend beaucoup de temps. Ensemble ils vont partir en France puis en Afrique car Solange a réussi à décrocher un rôle dans le film de son amant. On voit bien Solange tomber amoureuse, s'accrocher, devenir dépendante de cet homme, de cette relation ; alors que lui-même ne semble pas du tout être sur le même registre bien qu'attaché à elle. On la voit observer sa relation et presque deviner ce qu'il va en advenir.                                                                       J'ai beaucoup plus aimé ce roman là que j'ai trouvé plus "calme", reposé. Je me suis même demandé si c'était la même personne qui avait écrit ce livre (ayant lu les deux l'un derrière l'autre). J'ai aimé suivre Solange dans l'évolution de ces sentiments, son attachement, l'attente entre deux rencontres, puis la lente déliquescence de cette relation. J'ai senti beaucoup de solitude malgré un amour fort, un besoin de se fondre dans l'ordre, presque de disparaitre.



Apparemment ce livre là a été écrit après la naissance de son premier enfant. L'auteur nous parle de sa découverte d'être maman, la rencontre avec son bébé au fur et à mesure que le bébé grandit, et elle écrit, elle, sur ce qu'elle vit avec lui. Bon franchement ok on peut dire que c'est un joli texte à la gloire d'être maman, ou de son fils, je ne sais pas trop. Mais j'avoue que je me suis un peu ennuyée, j'ai trouvé ça un peu gnangnan, dégoulinant d'hormones maternels... Et pourtant j'aime les bébés, j'aime la naissance... bref un livre sur lequel je suis passée assez vite, dont il ne restera pas grand chose, j'en suis bien désolée.





Après avoir écrit ses articles j'ai rencontré Marie Darrieussecq, j'ai donc pu l'écouter parler de ses livres, de sa manière d'écrire, comment elle envisage un roman et comment elle lui donne vie.
Forcément rencontrer un auteur (en général) nous donne un avis plus "humain" sur lui, on comprend plus de chose et on ne veut pas être dur. Cependant, mon avis sur les livres lus n'a pas changé je n'ai donc pas touché à mes articles.
En revanche je pensais en avoir fini avec elle mais elle a réussi à me convaincre de lire 2 autres romans. On verra donc si ces futures lectures seront différentes.
Quoi qu'il en soit c'était une rencontre très riche, très intimiste (nous étions loin de la conférence publique), j'ai beaucoup aimé l'écouter, elle était très intéressante, convaincante.
A suivre...

dimanche 4 février 2018

"Underground Railroad" de Colson Whitehead



PRIX PULITZER - FICTION 2017

La guerre de Sécession n'a pas encore eu lieu, le nord est abolitionniste pendant que le sud des planteurs est toujours largement esclavagiste et raciste.
Le chemin de fer clandestin était un réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves pour quitter le sud et (re)trouver la liberté au nord. 

Dans ce roman Colson Whitehead a fait de ses réseaux de vrais chemins de fer souterrains, avec des gares et des chefs de gare - qui étaient les personnes en charge d'accueillir et cacher les esclaves.

Et pour nous raconter cette histoire nous suivons Cora, une jeune femme noire née dans une plantation de coton de Géorgie qui va utiliser ce fameux chemin de fer souterrain pour tenter de se sauver et rejoindre le nord libre.

Cora est une jeune femme vive, intelligente et en colère. Sa mère l'a abandonné lorsqu'elle était petite pour se sauver, elle n'a jamais été retrouvé par le célèbre chasseur d'esclave mis sur traces. Ridgeway va donc poursuivre Cora pour se venger de la mère qu'il n'a jamais pu rattraper. Tout au long du périple de Cora il y a des amitiés, de l'espoir, de l'amour même, mais aussi de la sauvagerie, de la trahison, rien n'était simple en ces temps-là, dans ces régions...

L'écriture (ou la traduction) n'est pas de la grande littérature mais au-delà de ça le thème abordé par Colson Whitehead est assez fort. En nous racontant l'histoire de cette jeune femme qui veut trouver sa liberté, il nous replonge dans l'horreur de la traite des noirs, des négriers, de ces hommes et femmes arrachés à leur terre, leur pays pour être transformés en bête de travail, en esclave. Mais aussi l'horreur de la violence, des mauvais traitements, de la considération que peut avoir une partie du genre humain sur une autre, comme ça, juste pour une couleur de peau différente.
On nous parle aussi des essais thérapeutiques faits sur ces populations noires libres, le contrôle de leur reproduction, tout en leur faisant croire qu'ils sont égaux. 

Je n'avais, je crois, jamais lu de livre aussi fort sur les conditions de l'esclavage, sur la réduction de ces hommes et de ces femmes à des conditions pire qu'animal...
Dans "No Home" l'auteur nous parlait aussi de l'esclavage et de la traite des nègres, mais je n'avais pas ressenti une telle violence.

Sans forcément s'attacher énormément aux personnages j'ai malgré tout ressenti une forte empathie et j'ai eu besoin de faire tout mon possible pour rester en retrait afin de me protéger de toutes ces horreurs et abominations.

Finalement depuis tout temps l'homme a toujours été son pire ennemi, et il ne s'arrête pas. 

Albin Michel, 398 pages.

mercredi 14 décembre 2016

❤️ "Landfall" de Ellen Urbani


2005, l'ouragan Katrina vient de frapper la Nouvelle-Orléans, Rose et sa mère Gertrude (qui l'a élevée seule) partent de Tuscaloosa pour apporter des vêtements et des produits de première nécessité aux victimes, mais en chemin c'est l'accident, Gertrude meurt ainsi qu'une jeune fille noire fauchée au passage, Rosy.
Rose n'aura de cesse de "ramener" Rosy à sa famille, et de comprendre ce qu'elle faisait sur cette route à des centaines de kilomètres de chez elle avec dans sa poche un papier très intrigant.

Sans savoir pourquoi, Rose se sent proche de Rosy, elle veut la connaître, la découvrir, la comprendre.

En alternant les chapitres avec les deux jeunes filles Ellen Urbani nous raconte leurs histoires.
Elle nous fait vivre l'arrivée de Katrina, le chaos, pendant et après.

C'est un premier roman d'une grande puissance, très fort. Les personnages sont attachants, on souffre avec eux, on tremble, les moments de joie sont rares, les vies sont difficiles. Deux mères célibataires élevant leurs filles du mieux qu'elles peuvent, avec leurs moyens, leur force et leur amour...

Très beau, très belle réussite, auteur à suivre.

Gallmeister, 304 pages.