"Car la lecture est un singulier dialogue qui ne rêve que de pluriel, celui du désir incandescent d'échanger, de partager et de confronter ses impressions de lecture, de les dire aux autres et au monde, un désir puissant de faire circuler les oeuvres et de donner aux mots aimés l'écho le plus long et le plus lointain possible" Manuel Hirbec pour "Page"
Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.
Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?
La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...
Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !
Au plaisir de (vous) lire.
mardi 3 mars 2020
❤️❤️❤️ "Avant la longue flamme rouge" de Guillaume Sire
Dans la tête de Saravouth il y a tout un monde qui existe, qu'il fait exister, qu'il construit, bâtit, en permanence grâce à ce qu'il voit chaque jour, grâce aux histoires merveilleuses que sa maman lui raconte - Peter Pan, l'Iliade et l'Odyssée - et dans ce monde il essaie d'y inviter sa petite soeur Dara qui est une petite fille pleine d'énergie mais aussi de violence et de force.
Nous sommes au début des années 70 à Phnom Penh au Cambodge, et le pire est à venir...
C'est la guerre civile qui mettra le jeune Saravouth à terre alors qu'il est à peine âgé de 11 ans.
Il est issu d'une famille cultivée ; le père travaille au ministère de l'agriculture et la mère est professeur de littérature, c'est elle qui fait découvrir à ses enfants le monde merveilleux des livres et de ce fait de l'imaginaire et des histoires. Monde dans lequel son jeune garçon plonge.
La chute approche, Saravouth va se retrouver seul, il n'aura de cesse de retrouver sa famille dans une Phnom Penh à feu et à sang.
Sur son long chemin il croisera des personnes qui l'aideront et d'autres moins bienveillantes, et ce jeune garçon deviendra un jeune homme au milieu de la guerre, de la misère, de la violence...
Par les mots, par les images, dans son royaume il s'accroche à des fils, il les remonte lentement, sans trop tirer pour ne pas les casser.
Ce livre est bouleversant, et magnifique !
- parce que la vie de ce petit garçon (tirée d'une histoire vraie) est déchirante,
- parce que Guillaume Sire écrit tellement, tellement bien. C'est une plume que je découvre mais qui m'a faite rêver. Dans la lecture j'aime les histoires mais aussi la langue, et là la langue est tout simplement belle.
Calmann Levy, 332 pages. Janvier 2020
mardi 12 décembre 2017
❤️ "Une fille dans la jungle" de Delphine Coulin
"Elle s'était réveillée la première, la faim au ventre. Les autres dormaient encore dans la tente bleue, roulés en boule pour se tenir chaud, une portée de chiots sans mère."
Ils ont fui leur pays avec un seul objectif l'Angleterre ; bloqués depuis quelques mois à Calais dans cette jungle terrible qu'est le camp de réfugiés à, à peine, 33 km de leur ultime but, ils feront tout pour tenter d'y parvenir.
Mais les autorités françaises ferment le camp une bonne fois pour toute et nos six héros refusent de se laisser emmener loin de ces derniers 33 km. Ensemble ils vont braver le froid, la peur, la faim, la violence pour essayer encore et encore de passer de l'autre côté.
Hawa, Elira, les 2 filles - dont l'une vient d'Éthiopie et l'autre d'Albanie -, Milad, Jawad - son frère -, Ali et Ibrahim sont afghans ; tous sont des ado-enfants ils ont entre 8 et 18 ans. Le périple qui les a amené jusque là est d'une violence inouïe, ils ont été abusés, volés, violés, frappés... mais il garde espoir et malgré toutes les injustices leur force et leur volonté sont sans faille.
Une fois le camp démantelé il faut s'organiser pour ne pas mourir de froid, ne pas se faire attraper, et là, à côté de chez nous, pendant que nous sommes bien au chaud dans nos salons, ces enfants sont dans la boue, dans la rue...
Delphine Coulin a passé beaucoup de temps à Calais dans le camp, elle a rencontré des jeunes, a pu discuter avec certains. De ces échanges elle a tiré ce livre, un roman certes, mais un roman proche du récit, un roman proche de la réalité.
Elle dénonce une vérité qui fait mal, sans critique, sans pointer du doigt qui que ce soit, simplement une vie, des vies, d'enfants. Elle met aussi en lumière, un peu, le travail des bénévoles, de médecins sans frontière.
J'ai aimé ce livre, son écriture simple qui nous pousse à l'imagination, à la réflexion.
C'est tellement difficile d'imaginer cette vie pour des jeunes, c'est tellement difficile d'imaginer cette vie là en France.
Un simple constat, pas de solution, pas de jugement.
"Les habitants à qui elle avait pu parler l'avaient tous regardée avec une sorte de méfiance. Quand il n'y avait pas de grillages, il y avait des barrières, visibles ou non, entre elles et les gens, alors qu'ici dans la jungle, elle avait ses repères."
"À force de les considérer comme des bêtes, ceux qui les détestaient les forçaient à devenir des bêtes pour pouvoir les détester encore plus."
"Il disait que chacun avait son Angleterre, et pas seulement les migrants. Chacun avait besoin d'un espoir de changement."
"Son voyage, depuis l'aube où elle avait quitté la maison de son père pour aller rejoindre la femme de la téléboutique jusqu'à ce trottoir de Calais où le regard de Chef ou de ses hommes ne la lâchait jamais longtemps, lui a semble être une longue chaîne d'esclavages successifs."Grasset, 238 pages.
samedi 18 novembre 2017
❤️ "La sorcière" de Camilla Lackberg
Dixième tome de la série avec Erica Falck et Patrick Hedstrom de la romancière suédoise Camilla Lackberg dans lequel nous retrouvons les protagonistes habituels, Patrick et Erica mais aussi tous ceux qui les entourent avec leurs caractères et leurs petites histoires.
Toujours sur le même modèle il y a l'histoire actuelle et une autre histoire en parallèle qui se passe 300 ans plus tôt et dont le lien ne sera découvert qu'à la toute fin.
Nea, 4 ans a disparu de la ferme de ses parents ; 30 ans plus tôt une autre petite fille, Stella, aussi 4 ans, avait également disparu de cette ferme et avait été retrouvé morte dans la forêt. Existe-t-il un lien entre ses deux affaires ?
À l'époque deux adolescentes de 13 ans, Helen et Marie, avaient été reconnues coupables du meurtre; aujourd'hui Helen vit toujours dans le coin et Marie vient de revenir dans le village...
L'auteur colle de plus en plus à l'actualité en insérant dans son histoire un camp de réfugiés syriens, des adolescents en perdition, pour certain c'est "trop", pour moi je trouve que son récit n'en est que plus riche, c'est bien ce à quoi Camilla Lackberg nous avait habitué mais en plus abouti.
J'ai trouvé l'intrigue très bien menée, les personnages sont plus nombreux et forts ; je me suis bien laissée prendre par l'histoire et emmenée jusqu'au bout.
Un bon roman policier, pas de déception, on retrouve Camilla Lackberg dans son style, avec un peu plus de force.
Actes Sud, 704 pages.


