Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est seconde guerre mondiale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est seconde guerre mondiale. Afficher tous les articles

dimanche 19 septembre 2021

❤️❤️❤️ "Enfant de Salaud" de Sorj Chalandon

 



Ah je l’attendais celui-là !!

Je ne pouvais tout simplement pas passer à côté. 


Pour moi c’est une réussite absolue ; du grand, du très grand Chalandon !

 

 

Il mêle ici l’Histoire à celle de son père, et donc à la sienne, à ses origines.

 

 

Tout en étant chroniqueur judiciaire à l’occasion du procès de Klaus Barbie à Lyon en 1987, il fait l’analyse du casier judiciaire de son père ; casier ouvert pendant la seconde guerre mondiale après qu’il eut été accusé de trahison à la patrie.

En effet le père « n’était pas du bon côté » selon les dires du grand-père, il aurait porté l’uniforme allemand, Sorj serait donc « un enfant de salaud ». 

 

 

Après nous avoir conté la mythomanie de son père dans « Profession du père », Sorj Chalandon tente de débroussailler tout ce que son père a pu dire, raconter, pour tenter d’entrapercevoir un bout de la vérité sur ce qu'il a vraiment été, sur ce qu'il a réellement fait durant cette guerre.


C'est l'occasion d'en apprendre plus sur le procès de Barbie, sur les témoignages, la rafle des enfants d'Izieu. On est plongé dans le côté sombre de Lyon pendant l'occupation.


Sorj Chalandon se dévoile beaucoup en parlant de son père. Père qui était effectivement présent à ce procès, mais il utilise ce roman pour inventer une confrontation avec ce qu'il a été et ce qu'il a fait. 

La fin est remarquable et on espère qu'elle aura permis à l'auteur de clore ce chapitre difficile.

 

 

Ce roman est touchant, magnifique, d’une très grande sensibilité ; historiquement passionnant, et toujours servi par un style littéraire parfait.

 

 

Je suis conquise ! (et je croise les doigts pour le Goncourt)



Grasset, 2021



dimanche 6 décembre 2020

❤️❤️❤️ "Elise" de Marcel Sel

 

 

Mon dieu mais quel roman !!!!


🌺 Elise, une jeune allemande, est coincée dans la cantine de l’école de Rastenburg avec 14 autres jeunes femmes, ce sont les goûteuses d’Hitler dont la tanière se trouve toute proche.

Nous sommes le 27 janvier 1945, l’Armée Rouge déferle, c’est la fin. La fin de la guerre mais le début de l’horreur pour la population allemande de l’est. 

 

 

🎹 Au milieu des années 1980 François la soixantaine entreprend un grand voyage vers l’Allemagne, celle de l’Est, la Pologne, vers ce lieu où il fut prisonnier pendant les années de la seconde guerre mondiale, mais surtout vers ce lieu où il a connu et aimé Elise. 

 

 

🌺 Malgré les assauts répétés des Mongoles, des « Ivan » sauvages, Elise part, elle abandonne son corps et voyage dans sa tête, dans sa mémoire. Elle nous emmène avec elle pour oublier et fuir la douleur de l’instant. 

 

 

🎹 François veut comprendre pourquoi Elise a crié « Heil Hitler » avant de se prendre une balle dans la tête , elle qui détestait « Wolf » et sa cohorte de SS sanguinaires et impitoyables

 

 

🌺Une plongée dans l’Allemagne de 1940-1945, cette Allemagne victorieuse qui petit à petit prend l’eau ; plongée dans la folie d’un homme et de ses sbires. Une Allemagne où chacun se protège comme il peut, où chacun fait ce qu’il peut, avec ce qu’il comprend, une Allemagne qui ne tarde plus à sentir le sol trembler sous les coups de butoir des féroces troupes russes qui déboulent comme un vent de folie, de barbarie, d’horreur absolue. 

 

 

🎹Une plongée aussi dans cette Allemagne coupée en deux qui tente de se relever, dans la Pologne des années 80, dans cette partie de l’Europe qui pendant que les pays capitalistes se développent à tour de bras s’engluent dans le communisme, la surveillance, l’enfouissement des secrets de cette immonde guerre. 

 

 

C’est aussi l’histoire de Rita, en filigrane, discrètement, elle est le 3ème personnage caché de ce roman et de cette horreur. (Le troisième roman ? )

 

 

 

C’est un livre bouleversant, et magnifique, un livre qui remue, qui émeut.

C’est violent et sauvage, absolument.

C’est dur et éprouvant, mais essentiel 

Un livre qui soulève les questions de patriotisme, de renoncement, d’abnégation, du peuple qui suit aveuglément sa fureur, de remise en question, d’aveuglement….

 

 

Le seul bémol que j’aurais est le ton utilisé pour faire entendre François, ton que j’ai trouvé parfois trop « parlé », mais je suis facilement passée là-dessus tellement j’ai été tenue en haleine par ce récit.


Un livre à lire, un auteur à découvrir, j'avais déjà été conquise par son premier roman "Rosa".

Et surtout j'ai aussi particulièrement aimé cette lecture car je l'ai faite en lecture-partagée avec mon amie Emmanuelle du blog les Carpenters racontent, une expérience de lecture et de partage passionnante et très sympa.


ONLIT EDITIONS, 434 pages. Octobre 2019



jeudi 20 août 2020

❤️❤️ "Rosa" de Marcel Sel

 



  

Un coup de cœur pour Maurice ! 

 

 

Maurice, un trentenaire qui se cherche, enfin qui voudrait devenir écrivain ; depuis tout petit.

Il écrivait des poèmes qu’il déposait délicatement sur le bureau de son père dans l’espoir d’être lu et enfin reconnu…

Albert Palombieri, le Père, propose un contrat à son fils ; à raison de 30 euros par page il lui demande d’écrire un roman. 

Et pour se venger de ce père avec qui les relations sont compliquées et basées sur des malentendus, Maurice décide d’écrire ce roman, il va retracer l’histoire de sa grand-mère Rosa, la mère d’Albert. 

Cette mère qui est partie, dont on n’a jamais parlé au petit Albert.

Giorgio - dit Nonno, le grand-père avait, au cours de l’adolescence de Maurice, raconté toute cette histoire que l’apprenti écrivain avait noté dans ses carnets, et aujourd’hui Maurice décide de les ressortir pour tout révéler et tout écrire. 

 

 

J’ai aimé la construction du roman où l’on suit Maurice dans sa vie et dans sa relation avec son père, et lorsqu’il envoie un nouveau chapitre de son roman on le lit et ainsi on découvre la vie de Rosa, cette jeune femme pétillante, nait sous le fascisme de Mussolini et disparue pendant la seconde guerre mondiale. 

 

 

J’ai aimé me promener en Italie, découvrir les paysages des montagnes, la cuisine, mais aussi cette période que je connais si mal d’entre-deux guerres. 

Je me suis attachée à Rosa, à Giorgio, à leur rencontre, leur amour, mais aussi une certaine commode bleue, une sauce tomate particulière…

 

 

Lorsque Maurice veut écrire une scène de séparation sur un quai de gare, il va passer quelques heures à la gare de Bruxelles pour voir des amoureux se séparer, se dire au revoir, j’ai tellement aimé cette façon de faire, d’observer, pour ensuite retranscrire les émotions, les gestes. 

 

 

C’est une écriture délicate, qui prend aux tripes et nous embarque. 

Un roman que j’ai aimé, infiniment ; un auteur que je veux lire encore (commande déjà passée 😊)


"- Et Dieu ? s'insurgea la jeune rousse qui les aurait bien mariés dans l'heure. 
- Tu m'as déjà vue aller à l'église ? Faire un signe de croix ? rétorqua la Genovese. Tu veux me juger ? 
Rosa baissa les yeux. Elle fit non de la tête. Giorgio, lui, était charmé. Ces deux-là vivaient leur histoire, vraiment. Pour eux, rien n'était jamais sûr. Pas de contrat. Pas de serment. Ils étaient liés par leur seule confiance mutuelle, par leurs seuls sentiments. Il leur dit qu'il trouvait ça beau."

ONLIT éditions, 301 pages. Février 2017 



lundi 18 mai 2020

"Filles de la mer" de Mary Lynn Bracht




1943, sur l’île de Jeju, en Corée du Sud occupée depuis le début du siècle par les japonais, deux sœurs Hana et Emi sont sur les traces de leur mère qui est haenyeo, c’est à dire une femme qui plonge pour pêcher. 
Hana est plus âgée et suis déjà sa mère au fond de l’eau, et déjà elle aime ce qu’elle fait, pour sa tradition et son indépendance. 
Sur la plage Emi, trop jeune pour plonger, attend sa mère et sa sœur. Quand Hana aperçoit au loin un soldat japonais se rapprocher de sa sœur elle revient rapidement sur la plage pour la protéger, ce faisant elle se sacrifie et est enlevée par le soldat. 


2011, Emi a plus de 70 ans, son cœur est très fatigué, mais comme tous les ans elle part à Séoul voir ses enfants, elle profite de ce voyage pour aller à la manifestation du mercredi devant l’ambassade japonaise, en mémoire des filles de réconfort qui ont servi aux soldats japonais. Ce sont des milliers de jeunes filles et jeunes femmes qui ont été enlevées et violées par les soldats. Emi espère retrouver sa grande sœur. 


Chapitre après chapitre on découvre ce qui est arrivé à Hana en 1943, où elle a été emmenée et ce que fut son histoire, et de l’autre côté on apprend la vie d’Emi, ce qui a suivi la disparition de sa sœur mais aussi ce que fut la fin de la seconde guerre mondiale et la suite pour les sud-coréens. Cette famille de pêcheurs a été durement touchée et a payé un lourd tribut à la folie des hommes. 


Un roman touchant avec l’histoire de ces femmes qui ont tout simplement été violées, battues, tuées, et pour lesquelles il aura fallu de longues années avant que le Japon ne reconnaisse ses torts. J’avais vaguement entendu parler de ces femmes, et ce roman leur rend hommage.
Un tout petit bémol pour l’écriture qui ne m’a pas beaucoup plu, mais l’histoire va au-delà.


Robert Laffont 432 pages, pocket 416 pages. Février 2018
Traduction de Sarah Tardy

vendredi 10 janvier 2020

❤️❤️❤️ "Les mains du miracle" de Joseph Kessel




Mais comment cela se fait-il que je n'ai pas lu ce livre avant ?!!
Comment cela se fait-il que ce livre ne soit pas lu à l'école ?!

Félix Kersten, dont les origines familiales ont traversé toute l'Europe, vit en Hollande et a un passeport finnois.
Après quelques tergiversations en tant que jeune homme il a fini par trouver sa voie dans la médecine et en particulier dans le massage thérapeutique.
Ses mains sont des fées magiciennes qui soignent et soulagent, et très vite leur réputation dépasse les frontières de la Hollande où il s'est installé.
Alors un très bon ami lui demande de soigner Himmler, le second de Hitler, qui représente tout ce qu'il exècre.
Ne pouvant refuser, Kersten soigne Himmler, et le soigne si bien que ce dernier en fait son médecin personnel.
Ce qui pour l'homme aux mains miraculeuses est au départ un évènement terrible devient petit à petit une opportunité magnifique de faire le bien en manipulant (dans tous les sens du terme), le petit homme sec et nerveux, ce monstrueux criminel.

En effet, au fur et à mesure des soins, Kersten prend un ascendant énorme sur Himmler et parvient à lui faire accepter de libérer des hommes, d'en épargner d'autres, de ne pas organiser la déportation de 3 millions de hollandais.... il devient un des hommes les plus influents en négociant avec Himmler et les suédois pour sauver le plus grand nombre, et notamment à la fin de la guerre.

Sous la plume magnifique de Kessel on voit naitre cette relation si étrange, on prend peur pour le docteur qui prend des risques, on est écoeuré de l'attitude de ce fou qu'était Himmler qui de son bureau ordonnait les atrocités les plus abjectes dans le seul but de plaire et d'obéir à son dieu (Hitler...).

Un roman passionnant, puissant, à découvrir absolument, pour l'histoire dans l'Histoire, mais aussi parce que finalement même au pire du pire il y a toujours des hommes courageux, forts, déterminés, valeureux, prêts à se sacrifier pour sauver le plus grand nombre simplement parce qu'ils sont bons.
Un roman dans lequel on découvre le pire comme le meilleur de l'espèce humaine.

Au début du livre Kessel nous explique comment on lui a parlé de Félix Kersten, la difficulté au départ pour lui de croire à cette histoire, en effet inconcevable, et finalement sa rencontre avec le docteur qui avait conservé tout un tas de documents prouvant ces actes.
Cet homme est un héros dont je n'avais jamais entendu parler, c'est bien triste que l'on ne retienne pas aussi son nom.
Mais je suis heureuse maintenant d'avoir lu ce livre et découvert son histoire !

Folio, 400 pages. 1960

jeudi 10 octobre 2019

"Le Ghetto intérieur" de Santiago H. Amigorena


Vicente Rosenberg, juif originaire de Pologne, a émigré en Argentine en 1928 pour y trouver un meilleur avenir.
Il y rencontre celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants, Rosita.
Il travaille dans un magasin de meuble pour son beau-père.
Sa vie est paisible, il est amoureux, heureux, et a deux bons amis qui ont émigré en même temps que lui.

Mais voilà qu'en Europe le nazisme se déchaine, la guerre fait rage et Vicente s'inquiète pour sa famille. Pour sa mère notamment, qui est bientôt enfermée dans le ghetto de Varsovie, et pour son frère qui est avec elle.

Vicente a quitté l'Europe pour découvrir autre chose, mais aussi probablement pour fuir une condition, celle d'être juif dans une Europe largement antisémite, fuir aussi sa mère, il me semble, trop présente.
Lorsque les lois antisémites sont déclarées il demande à sa mère de venir le rejoindre, mais elle ne veut pas abandonner ses deux autres enfants, il propose mais sans trop insister.
J'ai aimé ce point de vu, un peu nouveau (bien que déjà abordé dans les Déracinés), des juifs qui sont loin et n'ont pas à subir l'ire nazi. Nécessairement nait une culpabilité de ce que vit le peuple juif et dont on est éloigné, et d'un coup Vicente qui ne se sentait pas particulièrement juif ne devient plus que juif, il n'est plus rien d'autre qu'un juif. J'ai trouvé l'approche de cette question vraiment très intéressante et particulièrement bien traitée.
Mais cela entraine chez Vicente une entrée en le silence, la culpabilité le ronge au point qu'il ne peut plus prononcer un mot, et ce n'est pas que cela, il ne fait plus rien dans sa famille, il ne s'occupe plus ni de sa femme ni de ses enfants.
Et c'est là où j'ai un petit peu de mal à comprendre le processus, il culpabilise d'avoir en quelque sorte abandonné sa famille en Europe (bien que non responsable de l'antisémitisme ambiant) et cette culpabilité fait qu'il abandonne sa propre famille ici, là, celle avec laquelle il vit. Il abandonne sa femme et ses enfants en étant totalement absent à lui-même et à ses proches. L'histoire est vraie puisqu'il s'agit de celle du grand-père de l'auteur, mais j'avoue ne pas avoir réussi à avoir d'empathie pour lui. Au début oui, mais lorsqu'il se renferme totalement sur lui et tourne le dos à ses proches là je reconnais que je n'y arrivais plus.

Je reste donc indéterminée sur ce roman et ne peux malheureusement pas partager les avis dithyrambiques.
En revanche c'est un très beau texte, merveilleusement écrit même si j'y ai trouvé quelques longueurs.
Un roman qui mérite d'être lu et découvert malgré mon avis mitigé.
"À partir de ce triste mois de mars 1941, Vicente allait éprouver une double haine de lui-même : il allait se détester parce qu'il s'était senti polonais et il allait se détester davantage encore parce qu'il avait voulu être allemand. Il allait éprouver une double haine de lui-même que jamais le fait de se sentir juif n'allait soulager. « Pourquoi jusqu'aujourd'hui j'ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles, mais jamais juif ? Pourquoi je n'ai jamais été juif comme je le suis aujourd'hui - aujourd'hui où je ne suis plus que ça. » Comme tous les Juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait était une seule chose : être juif. "
"Être juif, pour lui, n'avait jamais été si important. Et pourtant, être juif, soudain était devenu la seule chose qui importait.  « Mais pourquoi je suis juif ? Pourquoi, aujourd'hui, je ne suis que ça ? Pourquoi je ne peux pas être juif et continuer d'êtretout ce que j'étais auparavant ? »"
" ...les nazis ne tuaient pas les Juifs parce qu'ils étaient polonais, vieux, inutiles, blonds, mariés, célibataires, boiteux ou parce qu'ils avaient mauvaise haleine : ils les tuaient parce qu'ils étaient juifs. En 1941, être juif était devenu, grâce à ceux qui cherchaient à les exterminer, la condition fondamentale de millions de personnes qui, comme Vicente, n'avaient jamais accordé une grande importance à cette caractérisation, à cette appartenance mi-religieuse, mi-ethnique, et trois quarts n'importe quoi. En 1941, être juif était devenu une définition de soi, qui excluait toutes les autres, une identité unique : celle qui déterminait des millions d'êtres humains - et qui devait, également, les terminer."
"Vicente avait été un homme installé : quarante ans, marié, deux filles et un fils, des amis, un magasin qui marchait, une ville qui ne lui était plus étrangère. Il avait été un homme comme plein d'autres hommes, heureux et malheureux, chanceux et malchanceux, vif, fatigué, présent, absent, souvent insouciant, parfois passionné, rarement indifférent. Il avait été un homme comme tant d'autres hommes, et soudain, sans que rien n'arrive là où il se trouvait,  sans que rien ne change dans sa vie de tous les jours, tout avait changé. Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n'était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient. Et à partir de ce moment-là, il a préféré vivre comme un fantôme, silencieux et solitaire."
P.O.L, 191 pages. Mai 2019


vendredi 20 septembre 2019

"Les déracinés" de Catherine Bardon


"Regarde-les donc bien ces apatrides,
toi qui as la chance de savoir où sont ta maison
et ton pays [...]. Regarde-les bien, ces déracinés, 
toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis
et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel
point le hasard t'a favorisé par rapport aux autres. Regarde-les
bien, ces hommes entassés à l'arrière
du bateau et va vers eux, parle-leur, 
car cette simple démarche, aller vers eux, 
est déjà une consolation."
Stefan Zweig, Voyages

"Les déracinés" c'est l'histoire de 30 années de vie d'Almah et Wilhelm qui démarre avec leur rencontre à Vienne en Autriche en 1932.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, insolents de vitalité, et devant eux, un bel avenir à construire. Ils sont très amoureux et ne veulent pas voir ce qui se passe autour en Allemagne mais aussi en Autriche jusqu'à ce que cela devienne inéluctable et que leur judéité les conduise à l'exil.
Ce sera un long, très long voyage pour arriver à leur destination finale, la République Dominicaine, où le dictateur en place, Trujillo, accorde des visas à des émigrés juifs afin de bâtir un kibboutz dans le nord de l'île et d'y installer une nouvelle communauté juive.
Comment Almah et Wilhelm vont-ils parvenir à vivre sur cet île, loin de leur famille, de leur pays, loin des rêves qu'ils avaient pour eux-mêmes ? Comment une communauté peut-elle naître de rien au bout du monde, loin de ses racines ? Peut-on justement se créer de nouvelles racines ?

Ce premier roman très dense explore tout un pan de l'Histoire par le biais de ce couple et de cette future famille que l'on suit avec tendresse tout au long de leur vie.
Pour ma part c'est une découverte, encore, que cette communauté de juifs qui ont été envoyés en République Dominicaine. Était-ce une expérimentation en vue de la création d'un état d'Israël, ou réellement une volonté de sauver des vies ?
On réalise encore plus à quel point des gens, à cause de leur religion/origine, ont été déplacés sans que l'on ne tienne compte de leurs désirs, des liens avec leur famille.
Les déracinés est un mot très fort mais qui représente bien ce que ces familles ont vécu.

Je découvre aussi la République Dominicaine et un peu de son histoire, la violence de la dictature, encore et toujours, mais aussi la chaleur, le sourire, la bienveillance des dominicains.

C'est un roman fleuve dans lequel on se jette et lorsqu'on relève la tête on ne peut qu'être bouleversé par ce couple magnifique et la vie qu'ils ont mené.
J'ai particulièrement aimé le personnage d'Almah, une femme forte et tendre à la fois, une femme heureuse, gaie et déterminée.

Un très beau premier roman.

Les escales, domaine français, 608 pages. Mai 2018

lundi 15 juillet 2019

"Retour à Birkenau" de Ginette Kalinka, avec Marion Ruggieri




Ginette Kolinka fut déporté à Birkenau avec son père, son petit frère et son neveu juste avant la fin de la guerre.
Elle n'était alors qu'une toute jeune femme.
Longtemps après son retour elle s'est refusée de parler de cette épisode de sa vie, pourtant si marquant et si important.
Ce n'est que tardivement, après plusieurs sollicitations qu'elle s'est finalement décidée à témoigner. Et elle ne fait pas les choses à moitié car non seulement il y a ce petit opuscule dans lequel elle nous livre ses souvenirs, mais elle va aussi dans les classes pour parler aux enfants, leur raconter son histoire, elle en accompagne à Birkenau, visiter ce qui reste des camps.

Elle nous dit d'ailleurs le choc du premier retour, sans les odeurs, les bruits, avec le temps qui a passé et la vie qui s'est reconstruite là juste à côté, elle se demande comment il est possible de faire grandir ses enfants dans des maisons, dans des jardins, ici, sur ce sol qui a vu tant d'horreur...

Son accompagnement est essentiel car aux enfants qui demandent si elle a rencontré Hitler elle peut répondre la faim, la soif, l'horreur des toilettes où l'on est emmené à heure fixe, que l'on doit quitter sans avoir terminé, l'odeur pestilentiel du lieu.... Aux questions (normales) des enfants sur la Grande Histoire, elle peut répondre la petite histoire, celle de chaque individu, ce que c'est que d'avoir été dans un camp pendant des mois, d'avoir vu la mort de si près et d'en ressortir.

Son témoignage est capital car il fait parti des derniers, pour ne jamais oublier l'horreur et tenter de ne plus recommencer... malheureusement la mémoire de l'homme est courte.

Ce petit livre se lit assez vite et est très facile d'accès, et sur le même thème si cela vous intéresse je recommande plus que vivement les livres de Charlotte Delbo qui sont tout à fait remarquables ICI et LA.

Grasset, 112 pages.

lundi 22 avril 2019

"Shanghaï-la-juive" de Michèle Kahn


1938, Walter Neumann est un jeune journaliste autrichien qui après la "nuit de cristal" fut libéré de Dachau. Il saisit cette occasion pour partir à Shanghaï qui se trouve être le seul endroit où il peut se rendre sans visa.

C'est ainsi qu'il arrive avec des centaines d'autres juifs dans la grande ville chinoise tenue par les japonais. Il y a un comité d'accueil des réfugiés mais il refuse de vivre là où on l'assigne et veut se débrouiller par lui-même. Son objectif étant de gagner vite beaucoup d'argent pour pouvoir partir vivre aux États-Unis.
Mais c'est sans compter la seconde guerre mondiale qui démarre en Europe, et de plus en plus de juifs  débarquent à Shanghaï.
Walter tient absolument à pouvoir exercer son métier, et notamment en mémoire de son père.

Les logements sont insalubres et le travail difficile à trouver mais Walter est plutôt débrouillard, il sait utiliser sa tête, et ses mains, il sait faire de bonnes rencontres et surtout entretenir les relations.
Quelques européens vivaient déjà à Shanghaï, des français, des allemands, des russes.... c'est ainsi qu'il se reconstitue petit à petit une famille. Il devient aussi très ami avec une chinoise et apprend à parler la langue locale.
Il se frotte au luxe indécent, aux mafieux de tout ordre...
Il trouve un travail, un petit logement, construit doucement sa vie... mais voilà que les japonais décident de parquer tous les migrants arrivés après 1937 dans ce qui devient en fait très vite un ghetto, car ces migrants ne sont que les juifs d'Europe de l'Est qui ont fui le nazisme.
Cependant les japonais refusent d'appliquer la solution finale de leurs alliées.

A la fin de la seconde guerre mondiale tout va à nouveau changer, et Walter ne sait plus trop si il veut toujours aller aux États-Unis, alors que maintenant ce sont les communistes qui menacent Shanghaï et qu'il faut de nouveau "fuir". Il choisira Hong-Kong, car finalement la Chine est devenue sa seconde nature.

C'est une histoire romanesque très forte qui m'a fait découvrir un pan de l'Histoire que je ne connaissais pas.
Je n'ai pas encore été à Shanghaï et pourtant j'ai l'impression de m'y être baladée au gré des pages, une Shanghaï ancienne, du temps des coolies et des jolies robes.

Je me suis laissée prendre au rythme de l'histoire, des aventures de Walter qui ne lâche jamais rien malgré des épreuves pas toujours faciles.

Le Passage, 517 pages.

mercredi 10 avril 2019

« Auschwitz et après - II - Une connaissance inutile » de Charlotte Delbo


"Je reviens 
                                 d'au-delà de la connaissance
                                      il faut maintenant désapprendre 
                          je vois bien qu'autrement
                          je ne pourrais plus vivre."


Après avoir lu "Je me promets d'éclatantes revanches" de Valentine Goby, j'avais commencé à lire et découvrir Charlotte Delbo avec "Auschwitz et après - I - Aucun de nous ne reviendra" qui est le premier tome d'une série de documents qu'elle écrivit plusieurs années après son retour des camps de la mort.

"Une connaissance inutile" est le deuxième livre de cette série.
Charlotte Delbo nous y parle d’amour, d’amitié, de peurs, de soutien, d’entraide jusqu’à la libération.

L'amour avec son mari qui fut arrêté avec elle mais tué peu de temps après son arrestation. Elle lui écrit des poèmes magnifiques.

L'amitié car dans les camps on ne survit pas seul, on survit en groupe. Souvent les groupes se font par pays d'origine, parfois lorsque l'on est arrivé dans le même convoi, parfois simplement aussi parce qu'on ne se comprend pas avec les autres femmes. Des liens forts de solidarité, pour partager, se soutenir, parfois même s'amuser.
Alors Charlotte nous parle de ses compagnes, comment elles se partagent une cigarette (échangée contre un quignon de pain), comment certaines disparaissent....
Lorsqu'elle se meurt de soif, une chaîne d'amitié s'organise pour qu'elle puisse boire dans la rivière.
Charlotte réussit même à récupérer un exemplaire du Misanthrope, elle l'apprend par coeur, et avec ses compagnes elles vont, pour elles-même, mettre en scène la pièce.

Elles vont aussi partir "en voyage" à Berlin dans le camp de Ravensbruck où elles devront travailler dans un atelier à coudre des vestes pour l'armée allemande.

Et jusqu'à la fin de la guerre, et surtout la libération, le départ enfin !

Encore une fois Charlotte Delbo nous touche par ses récits, la simplicité de son écriture, la beauté de ses mots.
Il y a des textes plus ou moins longs et des poèmes, toujours.
On ne peut rester indifférent à un tel témoignage, si vrai, sans fausse-pudeur.

"Je l'aimais
parce qu'il était beau
c'est une raison futile

Je l'aimais
parce qu'il m'aimait
c'est une raison égoïste

Mais
c'est pour vous
que je cherche des raisons
pour moi je n'en avais pas
Je l'aimais comme une femme aime un homme
sans mots pour le dire"

Les Éditions de Minuit, Documents, 187 pages.



lundi 18 mars 2019

"Le dernier frère" de Natacha Appanah



"Ce sentiment, comme une nausée qui monte et qui descend, c'était la perte de l'enfance et la conscience que rien, plus rien, ne me protégerait désormais du monde terrible des hommes."
Un vieil homme, Raj, fait un rêve. Il rêve de David, cet enfant qui fut son ami, il y a si longtemps.
Alors Raj nous emmène avec lui dans son enfance.
Tout d'abord à Mapou, dans les champs de canne à sucre avec ses frères, la rivière, la sécheresse et les pluies diluviennes, une vie heureuse malgré l'extrême pauvreté et les coups de trique du père, jusqu'à ce qu'un cyclone balaie cette famille et fasse tout voler en éclat.

Puis le jeune garçon se retrouve seul avec ses parents à Beau-Bassin, dans une maison de la forêt. Il se raconte beaucoup d'histoires pour s'occuper, il arpente la forêt qu'il connait par coeur. Jusqu'au jour où sa mère l'envoie apporter le déjeuner de son père à la prison où il travaille. Et Raj découvre que les prisonniers ne sont pas comme son père lui avait dit des mÉchAnts, des mArrOns, des vOlEUrs, mais juste des hommes, des femmes et des enfants....

Et c'est là qu'il rencontre David, ce garçon à la chevelure flamboyante et douce, qui va devenir son ami, son frère.

Ce roman se situe dans un contexte historique que je ne connaissais pas.
En effet au début de la seconde guerre mondiale, en 1940, des Juifs quittèrent l'Europe pour tenter d'aller s'établir en Palestine, seulement à leur arrivée au port d'Haïfa - alors sous mandat britannique - ils furent refoulés par les Anglais et envoyés dans leur colonie de l'île Maurice. Là-bas ils furent installés dans une prison à Beau-Bassin. Ils vivaient entassés, dans un climat tropical auquel ils n'étaient pas habitués, endurant les maladies locales.

Raj est un petit garçon qui subit la violence au quotidien avec un père alcoolique, agressif, vivant dans une grande misère. Heureusement sa mère lui donne beaucoup d'amour et de tendresse. C'est un enfant qui essaie de se construire malgré un environnement difficile, alors lorsqu'il croise David pour la première fois c'est un coup de foudre d'amitié.
Raj ne savait rien de la guerre qui sévissait en Europe, il ne savait rien de ce que subissait les Juifs, il ne savait même pas ce que c'était qu'être juif...
Les deux enfants vont vivre une belle histoire mais qui les mènera beaucoup trop loin.

C'est un très beau roman que j'ai beaucoup aimé.
Je me suis attachée à Raj et à sa terrible histoire. Ce petit garçon qui veut juste ajouter du bonheur dans sa vie, ne plus trembler au retour de son père, ne plus penser qu'il ne vaut rien et qu'il ne devrait pas être là. Ce besoin fou qu'il a d'aimer un autre enfant, de partager, de vivre ensemble.

POINTS, 211 pages.

vendredi 29 juin 2018

"La ferme du bout du monde" de Sarah Vaughan



Sans le vouloir je me suis retrouvée plongée dans une autre histoire qui se passe dans une ferme anglaise, cette fois dans les Cornouailles.
C'est une ferme isolée, au bord des falaises, une ferme dans laquelle se sont succédées plusieurs générations de la même famille.

Tout débute en 2014, fin juin, avec Lucy, infirmière en néonatalogie dans un hôpital londonien, qui découvre que son mari Matt la trompe. Elle se met à douter de son mariage mais aussi de ses capacités professionnelles. Elle décide donc de rejoindre sa famille à Skylark, dans cette "ferme du bout du monde" où elle s'est toujours bien sentie.
Elle y retrouve sa mère, son frère mais aussi sa grand-mère Maggie.

En parallèle on suit aussi une partie de l'adolescence de Maggie, dans cette même ferme pendant la seconde guerre mondiale. Les difficultés d'être adolescent pendant la guerre, l'importance du "qu'en-dira-t-on" et du regard des autres.

Les chapitres se succèdent en glissant de 70 ans en avant ou en arrière et petit à petit on découvre les secrets de famille bien cachés, mais qui finissent toujours pas éclater au grand jour.

J'ai bien aimé ce roman qui est une lecture plutôt facile, on se laisse prendre par l'envie de découvrir les secrets même si pour être honnête on comprend assez vite de quoi il s'agit.
J'ai bien retrouvé l'ambiance de la ferme dans les années de guerre, avec les vaches qu'il faut traire, la difficulté de la vie à la ferme, et en même temps le plaisir du travail accompli.
Les premiers amours et la passion qu'ils inspirent sont aussi très bien décrits.

Un bon livre pour les vacances !

Preludes, 440 pages.

mardi 26 juin 2018

"Les filles de Hallows Farm" de Angela Huth



Nous sommes en 1941 et l'Angleterre manque cruellement d'hommes, en particulier dans ses campagnes où de nombreuses fermes ont vu partir les fils sur le front.
Pour pallier ce manque le gouvernement a lancé un programme afin que des jeunes femmes volontaires partent travailler dans ses fermes.

À Hallows Farm arrivent trois jeunes filles très différentes mais dévouées et pleines de bonne volonté.
Il y a Prue la coiffeuse à qui rien ne fait peur et que rien n'arrête, Stella la romantique éternellement amoureuse, et Ag l'étudiante qui rêve de Cambridge. Toutes les trois débarquent dans une ferme où vit une famille de 3 personnes, John et Faith Lawrence et leur fils Joe, asthmatique il a été réformé.
Joe est fiancé à Janet qui est parti travailler loin, et malheureusement elle ne peut revenir que très rarement.
Il y a aussi Ratty qui donne un coup de main à la ferme depuis 20 ans mais avec l'âge il est maintenant en semi-retraite et ne vient plus que de temps en temps à la ferme. Il est marié à Edith une vieille irascible qui lui pourrie la vie.

Je me suis laissée prendre dans ce roman très féminin. J'ai aimé les caractères des trois jeunes femmes très bien dépeints et dont l'évolution m'a semblé logique et très bien vue.
Le côté agricole aussi m'a beaucoup plus, le travail de la terre, l'effort physique, la nature, les bêtes. C'est sur un fond de seconde guerre mondiale mais cela reste assez anecdotique.
On retrouve très bien l'ambiance de la campagne anglaise et de toute cette époque.

Bref un moment vraiment très agréable de lecture et de détente.

Petit Quai Voltaire, 443 pages.

mercredi 13 juin 2018

"L'enfant-mouche" de Philippe Pollet-Villard


L'enfant-mouche c'est Marie, cette enfant de 12 ans sortie de son orphelinat par sa "tante" Anne-Angèle.
En effet, Anne-Angèle, infirmière au Maroc venue à Paris suite à l'accident qui a causé la mort de sa soeur, se retrouve, par un drôle d'effet domino, en charge de la petite Marie.

Nous sommes en 1944, la France est occupée par l'armée allemande, et ensemble, Marie et sa tante partent vivre en Champagne dans un village près de Reims où Anne-Angèle doit gérer et remettre sur pied l'infirmerie.
Mais Anne-Angèle tombe malade et Marie doit se débrouiller pour leur trouver de quoi se nourrir dans une campagne épuisée, vidée par la guerre et l'hiver.
Elle ne peut compter sur personne et doit toujours être sur ses gardes. Elle apprendra souvent à ses dépens que la lâcheté, la trahison et la méchanceté ne sont jamais loin des hommes et qu'il lui faut se méfier d'eux "surtout quand il leur prend des envies d'héroïsme".

Pourtant Marie saura retomber sur ses pieds et tirer le mieux de chaque situation.

Dans ce roman, largement inspiré de l'enfance de sa maman, Philippe Pollet-Villard nous présente trois forts personnages de femmes pendant la seconde guerre mondiale.
Il y a bien sûr Marie, cette enfant qui grandit au milieu de la guerre et qui doit tout faire par elle-même. Heureusement elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot, elle a un caractère bien trempé qui lui permet certainement de tenir sans s'effondrer, elle n'a pas peur de tenir tête aux adultes, aux hommes, pas toujours bien intentionnés. On dirait qu'elle se fiche un peu de la guerre, de ses raisons, son souci principal étant sa propre survie. C'est d'ailleurs un peu le cas des deux autres femmes dont il est question dans le roman.
En effet Anne-Angèle a tout quitté pour se retrouver dans ce pays en guerre qui n'est plus vraiment le sien et qui plus est, elle est gravement malade. Et malgré l'hostilité flagrante des villageois couplée à sa maladie, elle continuera de se battre, de rester pour Marie.
La troisième femme est Toinette qui a des moeurs tout à fait questionnable et en particulier en tant de guerre. Mais c'est une belle femme, qui se fiche de ce que pensent les autres, qui ne veut manquer de rien, ni pour elle ni pour son mari ni pour son fils. Et elle fait ce qu'il faut pour permettre à sa famille de continuer à vivre correctement.

Un livre très fort, touchant. Des personnages ciselés, puissants et que l'on suit avec avidité. Rien ne leur fait peur et nous aimerions avoir ne serait-ce qu'un dixième de leur force mentale, de leur capacité de résistance.

Un auteur à découvrir et à suivre.

Ci-dessous une interview assez courte à propos de son roman.
https://www.youtube.com/watch?v=zH23vCu-Fm0

Flammarion, 421 pages.

mercredi 4 avril 2018

❤️❤️ "Ces rêves qu'on piétine" de Sébastien Spitzer



La fin de la seconde guerre mondiale approche, des colonnes de réfugiés des derniers camps de concentration sinuent dans la campagne, ce sont les derniers témoins à éliminer absolument.
Parmi ces réfugiés un rouleau de cuir fermé par une ficelle circule, dans ce rouleau des lettres. Elles sont le témoignage des camps, de l'abomination, mais aussi le témoignage de la plus grosse imposture du Reich.
Chacun, qui sera en charge du rouleau, rajoutera sa lettre, son mot, son message, jusqu'au dernier, jusqu'à Ava, cette petite fille rescapée, qui ne parle pas (encore) mais qui a tant vu, tant vécu.

Pendant ce temps à Berlin les derniers représentants du Reich se préparent aussi à disparaitre, la chancellerie sera bientôt prise par les russes qui arrivent.
Adolf et Eva se marient et se suicident, la famille Goebbels est présente, ce qu'il en reste. Magda et ses 6 enfants (l'aîné est prisonnier des russes), son aide de camp, le radio, le médecin, et le "rat" son époux fanatique.
Magda attend le "moment", elle n'en peut plus, sait que c'est la fin. Et elle se remémore...
Ses origines de fille bâtarde, une enfance isolée, pauvre, le pensionnat. Son ami-amour aussi, Viktor, le sioniste, son père adoptif... elle aura tout renié pour être "la première", pour être sur le devant de la scène.
Magda a été bouleversé par un livre écrit par un soldat de la première guerre, "À l'Ouest, rien de nouveau" de Remarque, livre qu'elle a mis longtemps a lire, et puis elle est allée voir l'adaptation cinématographique, avec son ami Viktor, et lors de cette représentation elle a aperçu pour la première fois celui qui deviendrait son mari, Joseph Goebbels. Il n'était pas là pour regarder le film mais pour dénoncer le traitre qui avait écrit le livre, le traitre qui critiquait la guerre...
Plus rien ne l'arrêtera, elle rentrera au parti et réussira à devenir ce qu'elle voulait, la première femme du pays, du Reich, une femme de pouvoir, pour cela elle a tout écrasé.

On pourrait se dire qu'il s'agit encore d'un livre sur la seconde guerre mondiale, le nazisme et les camps de concentration ; alors oui bien sur on retrouve l'horreur de toute cette guerre mais la construction de ce roman est assez originale et très intéressante.
Il y a une alternance de chapitres qui nous emmène de Magda Goebbels - dans son bunker et ses souvenirs - aux rescapés des camps qui transportent et transmettent un certain témoignage, et au milieu de ces chapitres il y a les lettres de Richard Friedländer à sa fille.

Un premier roman tout à fait réussi, où l'Histoire se mêle au romanesque dans une fresque terrible. C'est profond, puissant et tellement différent. Découverte d'un personnage important de notre Histoire contemporaine.
"Vous êtes l'incarnation de notre pire ennemi : l'oubli."
"Richard Friedländer a été. Il a lié son destin à celui de votre famille. Je suis Markus Yehuda Katz, fils de Salman et d'Olga Sternell. Et cette chaîne de mots, de moi, de nous, de noms infalsifiables, vous rattrapera, où que vous soyez. Il n'y aura pas d'oubli. Nous sommes le peuple qui doit durer, celui qu'on ne peut pas éteindre..."
Les éditions de l'Observatoire, 305 pages.

mercredi 14 mars 2018

❤️❤️ "Auschwitz et après - I - Aucun de nous ne reviendra " de Charlotte Delbo


"... Saviez-vous que la souffrance n'a pas de limite 
l'horreur pas de frontière
Le saviez-vous
Vous qui savez."

En janvier j'avais lu et découvert "Je me promets d'éclatantes revanches" de Valentine Goby, qui nous dévoilait l'existence de Charlotte Delbo, son passage dans le camp de Auschwitz et sa production écrite après son retour. Cet essai m'avait énormément plu et touché et m'avait bien entendu donné envie de lire Charlotte Delbo.

Alors voilà j'ai commencé par ce premier récit où Charlotte Delbo ouvre les portes du camp et nous restitue des moments de "vie" dans ce camp.
Elle nous parle de la réalité du quotidien, des souffrances intimes, extrêmes, des pensées, du mental. Elle ne sait même plus pourquoi on tient, pourquoi on est encore vivant.
Alors que la mort serait si douce, si libératrice ; mais non elle ne veut pas être sur cette si "petite civière", la main qui tombe, portée par ses camarades, non ce rire des SS cet après-midi, non, ... elle ne peut pas encore mourir.

Il y a des passages sur la soif, le froid, l'attente.... on perçoit presque plus une lassitude que la peur, comme une acceptation tout en pensant à l'avenir, et en gardant une rage folle au fond, tout au fond, peut-être ce qui permet de garder la lumière allumée, la flamme vacillante mais toujours présente.

Il y a des textes courts, des poèmes, des dialogues, des descriptions, des ressentis...

Servi par une écriture fluide, douce, magnifique, ce récit est extrêmement puissant, fort, touchant, perturbant, d'une réalité glaçante.
Charlotte réussit à nous pousser à l'intérieur des barbelés, et même si jamais, jamais nous ne pourrons vraiment comprendre ce qu'ils ont vécu, elle nous approche si près que l'on pourrait se brûler.

Ce témoignage est une richesse immense pour le devoir de mémoire et je suis assez surprise de ne le découvrir que maintenant. Il est je crois d'une importance capitale que ces textes restent vivants, connus, sus, pour espérer que plus jamais.

Les éditions de minuit, Documents, 181 pages.

mercredi 14 février 2018

"L'amour après" de Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon


"Je me fous de mon âge. Ce sont les images de ma jeunesse qui m'affolent. J'ai vu la mort déjà. Des images trop nettes, des corps et des corps. Je sais qu'on meurt seul. Et je n'ai jamais compris pourquoi les yeux restent ouverts."

Marceline ne voit presque plus rien, elle a 89 ans et à défaut d'explorer le monde elle explore son appartement et retrouve une vieille valise qu'elle n'avait plus ouverte depuis de très (trop) nombreuses années.
Elle l'appelle sa "valise d'amour", et la (re)découvre avec nous ; retrouvant des lettres, des petits mots, qui la font voyager dans le temps au gré de ces histoires d'amour.

J'avais découvert Marceline Loridan-Ivens en juillet 2016 avec son magnifique récit sur sa déportation avec son père. Ce livre m'avait bouleversé tant son écriture était vraie, puissante, troublante ("Et tu n'es pas revenu").

Elle renoue ici avec un court récit, un peu différent, peut être un peu moins puissant mais avec malgré tout certains passages extrêmement forts et saisissants.

Je ne suis pas certaine qu'il soit vraiment sujet de l'amour après, c'est à dire après la déportation, mais plutôt de ses histoires d'amour, de sa façon à elle de pouvoir aimer ou pas, de qui pouvoir aimer, et comment.
C'est une femme blessée, meurtrie, cassée, qui a découvert le corps, la nudité, dans l'humiliation et la violence dans les camps de concentration, il faut donc tout réapprendre.
Elle le dit elle-même, sa manière de vivre "l'amour" diffère des autres femmes qui ont vécu la même chose qu'elle ; chacune sa façon de réagir, de vivre, de ressentir.

Pour moi derrière l'amour, il y a surtout l'attachement avec la confiance, et puis il y a une furieuse envie de vivre, de combattre la mort vécue si fort, si jeune.
"Francis est mort il y a quelques années maintenant, sans avoir trouvé la paix. L'ai-je trouvé moi ? Non, je ne la cherche pas, elle ne viendra pas, elle m'est impossible. Seuls comptent la quête, le mouvement, le sens. Et j'ai su jalonner ma vie de gens et de combats qui m'apaisent." 
Un récit pas toujours facile à lire dans sa construction, elle s'adresse à nous, puis à une tierce personne ou nous lit un morceau de lettre mais c'est court, on avance vite.
Si il n'y en avait qu'un à lire je recommanderais plutôt "Et tu n'es pas revenu".
"Et subitement je réalise qu'il manque quelque chose. Dans toutes ces lettres, il n'est jamais question de ma déportation. Je n'en parle pas et les autres non plus."
"J'ai décliné plusieurs demandes, je vivais des histoires en sachant que je n'irais pas au bout, je faisais l'amour librement mais sans ressentir plus que la première fois, il n'y avait pas non plus de distorsion en moi, pas de peur, mon corps restait secondaire, il se conformait à ce que l'on attendait de lui, tandis que ma tête rêvait d'un prince charmant et se disait, en l'attendant : s'offrir c'est désobéir."
"Il m'a fallu du temps pour comprendre que le plaisir vient du fantasme, puis de l'abandon. J'avais peur de l'abandon, c'était l'une des pires choses au camp, se relâcher, abandonner la lutte de chaque jour, flirter avec volupté vers l'idée que tout vous est égal, et devenir une loque qui n'attend plus que la mise à mort. Il m'a fallu faire taire la mauvaise voix en moi, celle qui parle la langue du camp, qui est chargée de son inhumanité, qui nous dédouble sans cesse, moi et bien d'autres qui ont connu le même sort."
"Je remets la lettre à l'intérieur. Autant qu'elle y reste, que la survivante que j'ai réchauffée de ma vie, de mes amours, de mes voyages, reste là entre les pages, le visage crispé de peine, les livres sont fait pour ça, nous empêcher d'oublier."
"Comment dire à un homme : surtout ne pas se jeter sur moi, j'aime pas me déshabiller, j'aime pas me laver, j'ai toujours pris sur moi, la sexualité m'importe et en même temps je m'en fous. Comment dire ce que soi-même on peine à comprendre ?"
Grasset, 157 pages.

vendredi 26 janvier 2018

❤️❤️ "Je me promets d'éclatantes revanches" de Valentine Goby



Lors de l'écriture d'un de ces précédents romans, "Kinderzimmer", Valentine Goby a rencontré Marie-José Chombart de Lauwe une ancienne résistante déportée.
Au cours d'un des nombreux entretiens le nom de Charlotte Delbo est prononcé pour la première fois et Valentine Goby veut tout retrouver à son sujet car elle est, elle-aussi, une ancienne résistante déportée à Auschwitz et après son retour elle a écrit pour témoigner, rendre hommage à toutes ses compagnes...
C'est ainsi que de bibliothèque en bibliothèque elle retrouve et ressort ses écrits, y compris les correspondances privées (dont elle n'a pas eu l'autorisation de retranscription dans son livre mais que l'on peut consulter à la Bibliothèque Nationale de France dans les archives du Fonds Delbo). Elle va lire ses récits, poèmes, pièces de théâtre, tout ce que l'auteur a produit après son retour du camp de Auschwitz-Birkenau.
Petit à petit Valentine Goby nous raconte Charlotte, elle lui rend un hommage, fort, respectueux. Pour elle c'est une écrivain qui a écrit comme personne sur les camps de concentration, mais aussi sur le retour, sur le long chemin du souvenir, du devoir de mémoire.

On (re)découvre une autre manière de vivre les choses, Valentine Goby nous donne un texte dans l'ensemble positif, presque rassurant alors même que Charlotte Delgo disait : "Il n'y a pas de compensation ni de consolation à la déportation. On ne revient pas meilleur. On n'est augmenté que d'effroi. La déportation est une perte sèche."
Charlotte Delbo est d'abord désemparée elle-aussi :
« [...]la vie m'a été rendue et je suis là devant la vie comme devant une robe qu'on ne peut plus mettre.»
A Jacques Chancel qui lui dit qu'on ne s'en sort plus de tout cela [les camps], elle répond : «Je crois au contraire que j'en suis sortie. Peut-être que, en l'écrivant, je le projette hors de moi.»
Pour elle la vie a été plus forte malgré le souvenir de son mari disparu, assassiné par les allemands.
C'est le hasard ou l'air du temps, mais Valentine parle aussi de Robert Antelme, l'ancien mari de Marguerite Duras lui aussi résistant déporté à Buchenwald et qui est le grand second rôle absent du film "la douleur" tiré du livre éponyme de Marguerite Duras.

En résumé nous avons ici un récit intense, intelligent, et qui nous ouvre les portes d'un écrivain peu connu et qui apparemment mérite que l'on s'attarde un peu plus sur ses écrits.
Je suis bien évidemment fortement tentée... à suivre !
"L'injonction de parler [...], voilà ce qui commande à Charlotte Delbo, en dépit des souffrances endurées et de la perte de Georges, de préférer la vie. Incarner plus que soi-même, porter l'humanité en soi."
"Qui a lu les récits et poèmes du retour livrés par des déportés sait comme il est difficile de revenir d'Auschwitz. Je veux dire revenir complètement, au-delà du corps, se délester des réflexes de la déportée, de ses peurs, repousser l'invasion quotidienne. C'est un poids terrible que la cohorte des souvenirs."
"Écrire, c'est probablement chaque fois rouvrir la blessure. Mais aussi, et là est le miracle, faire l'expérience d'un mouvement paradoxal : plus la plaie est rouverte, mieux elle cicatrise."
L'Iconoclaste, 164 pages.

vendredi 1 juillet 2016

❤️❤️ "Et tu n'es pas revenu" de Marceline Loridan-Ivens


GRAND PRIX DES LECTRICES ELLE

"J'ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l'ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres." 

Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg d'un père juif polonais ayant fui les pogroms, nous livre une histoire poignante, d'une grande sensibilité et magnifiquement écrite. 
A 15 ans elle est arrêtée et déportée avec son père, d'abord Avignon, puis Marseille et finalement Auschwitz pour lui et Birkenau pour elle.
Dans ce court récit, rédigé comme une lettre à son père, Marceline nous narre son histoire, le manque de son père.

Dès le début le ton est donné :
"J'ai été quelqu'un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d'être triste et rire quand même."
Dans le train qui les mène à la séparation le père dit à sa fille :
"Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrais pas."
Cette prémonition hantera Marceline longtemps, et lui donnera toujours le sentiment que c'était elle ou lui. 

Marceline nous parle de sa "vie" au camp :
"Là-bas, c'est le contraire, on perd d'abord les repères d'amour et de sensibilité. On gèle de l'intérieur pour ne pas mourir. Là-bas, tu sais bien, comme l'esprit se contracte, comme le futur dure cinq minutes, comme on perd conscience de soi-même."
"J'avais participé à la construction de la deuxième rampe du crématoire où venaient d'être poussés leurs enfants. J'allais maintenant trier leurs vêtements." 
Son père réussit à lui faire passer un mot :
"Ta lettre aussi arrivait trop tard. Elle me parlait probablement d'espoir et d'amour mais il n'y avait plus d'humanité en moi, j'avais tué la petite fille,  je creusais tout près des chambres à gaz, chacun de mes gestes contredisait et enterrait tes mots. J'étais au service de la mort."
"J'avais perdu tout repère. Il fallait que la mémoire se  brise, sans cela je n'aurais pas pu vivre."
Puis de retour à Paris, elle sait qu'elle ne reverra pas son père :
"A tous ceux qui dans le hall consultaient les listes [...] à la recherche de leurs disparus, je répétais, "Tout le monde est mort [...] Il y avait des enfants ? Pas un enfant ne reviendra." Je ne prenais pas de gants, je ne les ménageais pas, j'avais l'habitude de la mort. J'étais devenue dure [...] survivre vous rend insupportables les larmes des autres. On pourrait s'y noyer."
 "Mais j'étais ailleurs. Agrippée à toi, c'est à dire au néant."
"Michel et Henriette sont morts de ta disparition [...] Je suis la survivante. Je sais où tu es mort et pourquoi. J'ai surtout des bouts de toi qui n'appartiennent qu'à moi. Tes derniers pas, tes derniers mots même si je les ai oubliés, tes derniers gestes, tes derniers baisers."
Lorsqu'elle est dans sa prison à Avignon, elle écrit sur le mur de sa cellule de Sainte-Anne "C'est presque un bonheur de savoir à quel point on peut être malheureux"
"Je t'aimais tellement que j'étais heureuse d'être déportée avec toi. Et je peux le dire encore. Car avec le temps, l'ombre des camps sur ma vie se confond avec ton absence. Et c'est d'avoir vécu sans toi qui me pèse."
"J'avais presque seize ans et je m'affichais gaulliste, ma codétenue résistante était communiste, elle m'avait demandé pourquoi je ne l'étais pas. "Parce que je n'aime pas le peuple, c'est lui qui fait les pogroms", avais-je répondu."
Et à propos des enfants et de sa vie :
"Je n'ai jamais eu d'enfants. Je n'en ai jamais voulu. [...] Le corps des femmes [...] a été pour moi définitivement défiguré par les camps. J'ai en horreur la chair et son élasticité. J'ai vu là-bas s'affaisser les peaux, les seins, les ventres, j'ai vu se plier, se friper les femmes, le délabrement des corps en accéléré. Jusqu'au déchaînement, au dégoût et jusqu'au crématoire."
""Finalement tu avais épousé ton père" [...] Il n'avait pas pris ta place, elle était imprenable, il n'avait pas été un protecteur, j'avais pris soin de lui, autant que lui de moi. Nous étions deux artistes, deux sauvages. Mais j'avais épousé un homme de ton âge, héritier de ce dix-neuvième siècle exalté qui croyait en un progrès mécanique et continue de l'Histoire.

mercredi 9 mars 2016

"La cache" de Christophe Boltanski

La Cache

PRIX FEMINA

L'histoire :

Christophe Boltanski revient sur l'histoire de sa famille, depuis ses arrières-grands-parents qui ont quittés Odessa jusqu'à nos jours. Une famille d'artistes et d'écrivains, une famille "refermée" sur elle-même, qui a peur de tout et se suffit, qui vit comme dans un cocon comme si le monde passait juste devant leur porte sans jamais s'arrêter.
L'idée de départ est plutôt originale puisqu'il raconte l'histoire de la famille en partant de chacune des pièces de la maison familiale, petit schéma à l'appui.

Mon avis :

Bon, bon, bon, l'histoire pourrait être intéressante ... et en même temps encore une histoire d'une famille immigrée, une famille juive qui fuit les pogroms, encore une histoire d'une famille un peu particulière... mais finalement ne sommes-nous pas tous issus d'une famille avec sa propre histoire particulière, ses propres démons, ses propres secrets ?

Du coup pour rendre "son" histoire de famille intéressante, il faut faire un petit effort d'originalité, de narration, de style ... ce que l'auteur a tenté de faire avec ses chapitres ayant pour titre chacune des pièces de la maison.
Là, ça n'a pas fonctionné pour moi même si je suis allée au bout. Je ne me suis pas spécialement ennuyée, mais je n'y ai trouvé aucun intérêt, les personnages ne sont absolument pas attachants (parfois même énervants), et le style de récit est très lourd, trop lourd pour moi. C'est un cafouillis sans nom, ça part dans tous les sens et on n'est pas beaucoup aidé pour s'y retrouver. Je n'ai jamais compris ce que l'auteur faisait si souvent chez ses grands-parents (y vivait-il à l'année ou ne parlait-il que de ses visites régulières ? ) Impossible aussi de faire un arbre généalogique compréhensif avant presque la fin du livre, donc j'ai passé mon temps à me demander de qui on parlait, quels étaient les liens, qui faisait quoi et où ...

J'avais vu une interview de l'auteur que j'avais trouvé plutôt intéressante, la journaliste avait l'air très enthousiaste, et notamment en parlant de cette fameuse "cache" dans laquelle le grand-père se repli dès qu'un danger s'approche pendant la seconde guerre mondiale, et c'est ce qui m'intéressait, malheureusement on ne parle de cette fameuse cache que loin dans le livre et peu de temps.

Fallait-il vraiment donner le "prix Femina" à ce roman ? Est ce parce que Boltanski est un nom célèbre ou parce que l'on y parle de la seconde guerre mondiale. Personnellement je pense qu'il y a bien d'autres romans qui auraient mérités ce prix. Mais encore une fois ce n'est que mon avis personnel !!