Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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vendredi 8 mai 2020

"La cité de feu" de Kate Mosse


1562, de l’hiver à l’été, entre Toulouse, Carcassonne et Puivert, des catholiques et des protestants, une histoire de famille sur fond historique.
Marguerite Joubert, dite Minou, aura bientôt 20 ans ; elle vit avec son père, libraire, ainsi que son petit frère de 13 ans et sa sœur de 7 ans. Depuis que Florence, la mère, est décédée c’est Minou qui est en charge de la petite famille.
Du jour où son père est revenu de son dernier voyage en Janvier, il n’est plus le même et semble sombrer dans la mélancolie. Minou doit donc aussi gérer la librairie. C’est là qu’elle assiste et aide sa voisine agressée par deux « soldats » à la recherche d’un homme. C’est aussi là qu’elle reçoit l’étrange visite d’un homme qui cherche son père, et un mot qui la prévient « qu’elle » sait où elle est.
Beaucoup de mystères….


Et puis il y a Piet un jeune protestant apparemment recherché par les autorités catholique pour le vol du Suaire d’Antioche, une sainte relique de l’Eglise de Toulouse. Minou et Piet vont se croiser rapidement à Carcassonne et se retrouveront plus tard à Toulouse car le père de Minou décide de l’envoyer vivre à là-bas avec son jeune frère Aymeric. Ils s’installeront chez leur tante, pendant que lui souhaite partir à Puivert régler quelques anciens secrets. 


Sur fond de guerre de religion les intrigues liés à cette famille ainsi qu’au vol du Suaire vont se croiser, s’emmêler, jusqu’au dénouement. 
Beaucoup de complots, de trahisons, de folie, d’amour et de guerre bien sûr. 
Il semblerait que ce livre soit le premier tome d’une saga qui devrait s’étirer au long des siècles et nous mener jusqu’en Afrique du Sud à la fin du XIXème siècle.


J’ai aimé le fond historique de ce roman ainsi que l’idée de l’histoire et on a envie de s’attacher aux personnages, mais mon petit bémol va sur l’écriture et la manière de raconter cette histoire. J’ai du mal à dire ce qui m’a gêné, parce que tout en étant prise dans l’histoire je n’ai pas été prise par le style qui parfois m’a dérangé. J’ai trouvé que les enchainements étaient un peu faciles, et la narration un peu poussive.
Un livre qui ne me laissera probablement pas de grands souvenirs tout en restant une lecture facile et abordable.


Sonatine Éditions, 606 pages. Janvier 2020
Traduction de Caroline Nicolas.

lundi 4 novembre 2019

"Bienvenue au club" et "le Cercle fermé" de Jonathan Coe



Ayant lu récemment "le coeur de l'Angleterre", qui reprend les personnages principaux de ce diptyque initial, je me suis dit que je pouvais me rafraichir la mémoire, et du coup j'ai réalisé que j'avais bien lu le premier volet il y a de nombreuses années mais que bien qu'étant en possession du second je ne l'avais pas encore découvert.

Je me suis donc replongée avec plaisir et délectation dans l'Angleterre des années 70 pour commencer et j'ai refais la connaissance de Benjamin Trotter, cet adolescent un peu coincé, timide, réservé (?) aimant la littérature et la musique autour duquel gravite un certain nombre de personnages dont Philip Chase, le meilleur copain avec lequel il veut créer un groupe de musique et qui partage sa passion de l'écriture ; Doug Anderton le fils du syndicaliste Bill Anderton, réputé dans la région et pro-actif notamment dans l'entreprise locale de voiture (dans laquelle le père de Benjamin travaille aussi) ; Sean Hardy est le trublion de service qui ne rate pas une occasion de faire des blagues, pas toujours très drôle. Claire et Cicely sont les filles du lycée à côté qui intéressent beaucoup les garçons...
Benjamin a aussi un petit frère Paul, très intelligent et qui n'a pas froid aux yeux, et une grande soeur Loïs.
Nous suivons donc cette petite troupe jusqu'à la fin du lycée pour le premier roman.
Dans le deuxième nous les retrouvons quelques années plus tard, ils sont mariés, ont des enfants et un travail... mais leurs liens sont toujours aussi forts et les ramènent souvent à leurs années lycée.
Tony Blair est maintenant au pouvoir et la guerre en Irak menace.
C'est l'heure des bilans, la quarantaine sonne et on remet en question sa vie personnelle et/ou professionnelle. On fait un petit bilan sur son histoire alors que l'Histoire de l'Angleterre elle-aussi avance.

Cette saga nous donne une belle image de l'Angleterre des années 70 jusqu'au début des années 2000, en suivant cette multitude de personnages on pénètre dans toutes les couches de la société anglaise et surtout on vit les questionnements, les conséquences, la politique locale et à plus grand niveau. C'est aussi une belle histoire d'amour, et de très belles amitiés qui survivent aux années qui passent.

Une traversée passionnante de plus de 30 années, emmenée avec fluidité par la plume de Jonathan Coe qui ne passe rien à ses personnages. C'est drôle, caustique, satirique, tellement bien mené. Je me suis régalée ☺️

"Bienvenue au club" Folio, 537 pages.
"Le cercle fermé" Gallimard, 537 pages.
Traduction de Jamila et Serge Chauvin.

vendredi 20 septembre 2019

"Les déracinés" de Catherine Bardon


"Regarde-les donc bien ces apatrides,
toi qui as la chance de savoir où sont ta maison
et ton pays [...]. Regarde-les bien, ces déracinés, 
toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis
et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel
point le hasard t'a favorisé par rapport aux autres. Regarde-les
bien, ces hommes entassés à l'arrière
du bateau et va vers eux, parle-leur, 
car cette simple démarche, aller vers eux, 
est déjà une consolation."
Stefan Zweig, Voyages

"Les déracinés" c'est l'histoire de 30 années de vie d'Almah et Wilhelm qui démarre avec leur rencontre à Vienne en Autriche en 1932.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, insolents de vitalité, et devant eux, un bel avenir à construire. Ils sont très amoureux et ne veulent pas voir ce qui se passe autour en Allemagne mais aussi en Autriche jusqu'à ce que cela devienne inéluctable et que leur judéité les conduise à l'exil.
Ce sera un long, très long voyage pour arriver à leur destination finale, la République Dominicaine, où le dictateur en place, Trujillo, accorde des visas à des émigrés juifs afin de bâtir un kibboutz dans le nord de l'île et d'y installer une nouvelle communauté juive.
Comment Almah et Wilhelm vont-ils parvenir à vivre sur cet île, loin de leur famille, de leur pays, loin des rêves qu'ils avaient pour eux-mêmes ? Comment une communauté peut-elle naître de rien au bout du monde, loin de ses racines ? Peut-on justement se créer de nouvelles racines ?

Ce premier roman très dense explore tout un pan de l'Histoire par le biais de ce couple et de cette future famille que l'on suit avec tendresse tout au long de leur vie.
Pour ma part c'est une découverte, encore, que cette communauté de juifs qui ont été envoyés en République Dominicaine. Était-ce une expérimentation en vue de la création d'un état d'Israël, ou réellement une volonté de sauver des vies ?
On réalise encore plus à quel point des gens, à cause de leur religion/origine, ont été déplacés sans que l'on ne tienne compte de leurs désirs, des liens avec leur famille.
Les déracinés est un mot très fort mais qui représente bien ce que ces familles ont vécu.

Je découvre aussi la République Dominicaine et un peu de son histoire, la violence de la dictature, encore et toujours, mais aussi la chaleur, le sourire, la bienveillance des dominicains.

C'est un roman fleuve dans lequel on se jette et lorsqu'on relève la tête on ne peut qu'être bouleversé par ce couple magnifique et la vie qu'ils ont mené.
J'ai particulièrement aimé le personnage d'Almah, une femme forte et tendre à la fois, une femme heureuse, gaie et déterminée.

Un très beau premier roman.

Les escales, domaine français, 608 pages. Mai 2018

jeudi 14 mars 2019

"La symphonie du hasard" de Douglas Kennedy




Livre 1: Comme elle le fait régulièrement, Alice Burns rend visite à son frère Adam en prison, mais ce jour-là il lui avoue un vieux secret de famille ce qui replonge Alice vingt ans en arrière alors qu'elle est en dernière année de lycée et s'apprête à rentrer à l'université.

Alice nous transporte dans l'Amérique des années 70,  Nixon est président, il y a la guerre au Vietnam.
Son père est irlandais catholique, autoritaire, raciste, violent et un peu alcoolique, mais Alice l'adore et s'entend très bien avec lui. Sa mère est juive, irascible et agressive, malheureuse d'avoir quitté New-York pour la banlieue de Greenwich ; Alice est persuadée que sa mère ne l'aime pas.
Son frère ainé Peter est en conflit permanent avec sa famille et notamment avec le père dont il ne partage absolument pas les idées et notamment les idées politiques...
Adam, lui, aurait du devenir un grand sportif mais suite à un accident de voiture il a tout abandonné et travaille avec son père dans des mines qu'il possède au Chili, et ce au moment du coup d'état de Pinochet.
Alice va partir à l'université où elle découvrira un monde cruel tout en se prenant d'amitié pour un enseignant et d'amour pour un étudiant.
Sa vie de jeune femme démarre et elle devra faire des choix, prendre des décisions qui affecteront sa vie entière.

Livre 2 : Après une première année bien mouvementée à l'université, Alice a décidé de partir continuer ses études à Dublin au Trinity College. Elle découvre un autre monde, fermé, rigoureux, très religieux, un monde en guerre. Elle fait aussi de magnifiques rencontres et son installation dans cette nouvelle ville se fera finalement assez simplement.
Cependant certains démons du passé resurgiront pour venir chambouler cette nouvelle vie où elle avait enfin trouvé une certaine stabilité, et le "hasard" ne l'épargnera pas.

Livre 3 : Alice est retourné vivre aux États-Unis, sa famille va éclater pour trouver un épanouissement différent. Sa carrière va évoluer petit à petit, au fil de ses aventures, de ses histoires, en même temps que la grande Histoire avance elle aussi et nous mène jusqu'aux années 80 et le début du SIDA, mais aussi l'hyperconsommation et le meneur de vie qu'est devenu l'argent.

Dans l'ensemble j'ai plutôt bien aimé cette trilogie qui nous fait suivre le destin de cette jeune femme qui évolue dans un milieu intellectuel et surtout littéraire, pour finir dans une maison d'édition (le rêve !!!). Les 3 livres ne sont pas tous du même niveau selon mon goût. J'ai bien aimé le premier, moyennement le deuxième que j'ai trouvé un peu "too much" dans les évènements qui arrivent à notre héroïne, et j'ai beaucoup aimé le troisième qui est bien monté. Je me suis attachée à Alice et à ses déboires, à sa famille toxique, ses aventures littéraires...

Ici la famille est en générale pesante et plutôt nocive, avec des secrets et des relations à la limite de la perversité ; la mère n'a jamais une image très belle et est assez caricaturale dans l'ensemble, on baigne d'abord dans le milieu universitaire puis dans le milieu littéraire New-Yorkais. Les relations amoureuses ne sont pas très stables, il n'y a vraiment que l'amitié qui soit vu d'un oeil positif.

C'est la première fois que je lis Douglas Kennedy. Ce n'est pas de la grande littérature mais un bon livre avec une bonne histoire qui se déroule sur deux décennies, un peu comme une bonne série dont on s'enfile les épisodes les uns derrières les autres.
Alors je recommande pour passer un bon moment de lecture, et de détente. Une histoire attachante qui permet quelques petits retours sur l'Histoire notamment des États-unis.

Pocket, 416 pages, 368 pages, 480 pages. Traduit de l'anglais par Chloé Royer.

samedi 19 janvier 2019

"Le lecteur de cadavres" de Antonio Garrido



Le roman commence en 1206 en Chine Orientale.
Notre héros se prénomme Ci, il a une vingtaine d'années, il vit avec ses parents, son frère Lu et sa soeur Troisième. Elle est ainsi nommée car c'est la troisième soeur née malade, les deux premières étant décédées.
La famille Song est revenue vivre dans son village d'origine après la mort du grand-père alors qu'ils étaient installés dans la grande ville de Lin'an où le père travaillait pour un juge et où Ci pouvait étudier.
Le retour à la campagne est particulièrement difficile pour Ci qui adorait s'instruire et voulait lui aussi devenir juge. Son frère ainé est très dur avec lui et le bat souvent.

Mais tout change le jour où Ci retrouve le cadavre de Shang dans le champ de son frère où il travaille.  -Shang de qui il devait épouser la fille.
Les évènements s'enchainent rapidement et Ci se retrouve obligé de fuir son village avec sa soeur Troisième. Il part donc pour Lin'an où il espère pouvoir retourner faire ses études.

Et ainsi nous suivons les péripéties de Ci dans une ville dangereuse où il faut se méfier de tout et tout le monde. Il va pourtant réussir à retourner étudier, et même mettre un pied dans le palais de l'Empereur, mais je n'en dirai pas plus...

Ci est une personnalité qui a réellement existé et son oeuvre est arrivée jusqu'à nous avec son "traité légiste", il est le précurseur si ce n'est le père de la médecine légale.

Antonio Garrido s'est très bien documenté sur lui mais aussi sur la culture chinoise et les traditions de l'époque, ce qui fait que ce roman est à la fois historique, policier mais surtout passionnant !!

Le livre de poche, 719 pages.

vendredi 29 juin 2018

"La ferme du bout du monde" de Sarah Vaughan



Sans le vouloir je me suis retrouvée plongée dans une autre histoire qui se passe dans une ferme anglaise, cette fois dans les Cornouailles.
C'est une ferme isolée, au bord des falaises, une ferme dans laquelle se sont succédées plusieurs générations de la même famille.

Tout débute en 2014, fin juin, avec Lucy, infirmière en néonatalogie dans un hôpital londonien, qui découvre que son mari Matt la trompe. Elle se met à douter de son mariage mais aussi de ses capacités professionnelles. Elle décide donc de rejoindre sa famille à Skylark, dans cette "ferme du bout du monde" où elle s'est toujours bien sentie.
Elle y retrouve sa mère, son frère mais aussi sa grand-mère Maggie.

En parallèle on suit aussi une partie de l'adolescence de Maggie, dans cette même ferme pendant la seconde guerre mondiale. Les difficultés d'être adolescent pendant la guerre, l'importance du "qu'en-dira-t-on" et du regard des autres.

Les chapitres se succèdent en glissant de 70 ans en avant ou en arrière et petit à petit on découvre les secrets de famille bien cachés, mais qui finissent toujours pas éclater au grand jour.

J'ai bien aimé ce roman qui est une lecture plutôt facile, on se laisse prendre par l'envie de découvrir les secrets même si pour être honnête on comprend assez vite de quoi il s'agit.
J'ai bien retrouvé l'ambiance de la ferme dans les années de guerre, avec les vaches qu'il faut traire, la difficulté de la vie à la ferme, et en même temps le plaisir du travail accompli.
Les premiers amours et la passion qu'ils inspirent sont aussi très bien décrits.

Un bon livre pour les vacances !

Preludes, 440 pages.

jeudi 5 avril 2018

"Couleurs de l'incendie" de Pierre Lemaitre



Dans ce deuxième roman de cette série un peu spéciale de Pierre Lemaitre, nous retrouvons Madeleine, la soeur d'Édouard, un des deux héros de "Au revoir là-haut".
Son père vient de mourir et le jour de l'enterrement son jeune fils tombe du deuxième étage sur le cercueil de son grand-père.
Sans mauvais jeu de mot c'est le début de la descente en enfer pour Madeleine qui va tout perdre.
Le crash boursier de 1929 ne l'épargnera pas, et son entourage non plus.

Mais elle fera tout pour se relever et surtout pour se venger.
Une famille qui décidément ne manque pas d'imagination pour arriver à ses fins.

Même si la langue est toujours aussi agréable à lire et la narration très alléchante, j'ai été un tout petit peu moins emballée par celui-ci.
Est-ce la proximité de lecture des deux romans ?
Peut-être tout simplement l'histoire, celle d'Au revoir là-haut m'avait totalement emportée et j'avais vraiment beaucoup aimé l'originalité de l'histoire, de l'arnaque et surtout le lien entre Albert et Edouard que j'avais trouvé magique et extrêmement bien décrit.

Ici les personnages sont, pour moi, un peu moins attachant même si ils ont du caractère et de la personnalité.
Malgré tout un super livre, une période d'entre-deux-guerres très intéressantes, un vrai bon moment de lecture.

Albin Michel, 544 pages.

jeudi 8 mars 2018

"Le voile de Téhéran" de Parinoush Saniee



Téhéran, fin des années 60, Massoumeh, 16 ans, est une lycéenne brillante, promis à un bel avenir, mais malgré un Iran qui se modernise sa famille reste très traditionnelle et religieuse.
Ainsi lorsque ses frères découvrent qu'elle entretien une relation épistolaire avec un jeune homme, c'est le drame.
Leur seule solution est de marier Massoumeh.
Et finalement de tractation en tractation elle épousera Hamid qui se révèlera être un fervent communiste révolutionnaire qui la poussera à reprendre ses études mais ne s'occupera pas beaucoup d'elle, trop pris par ses convictions et engagements politiques.
"Un jour, ma famille voulait me tuer sous prétexte que j'avais échangé quelques mots avec un homme que je connaissais depuis deux ans, sur lequel je savais beaucoup de choses, que j'aimais et que j'étais prête à suivre au bout du monde, et le lendemain elle prétendait m'obliger à coucher dans le même lit qu'un étranger dont j'ignorais tout et qui ne m'inspirait que de la terreur."
(un bien bel exemple d'absurdité totale .... de mon avis)

En traversant la vie de Massoumeh nous traversons l'Histoire de l'Iran, du régime du Shah à celui des islamistes. La vie change et en particulier celle des femmes.

Massoumeh, sans être engagée, se bat pour subvenir aux besoins de sa famille, pour rester indépendante malgré une présence familiale masculine très lourde. Et notamment ses frères qui veulent tout lui imposer, l'obliger, comme si elle n'avait pas d'esprit critique valable.

Dans ce récit autobiographique l'auteur nous montre bien la dangerosité des régimes totalitaires, l'engagement politique, l'islamisation, la difficulté de "sauver" ses propres enfants d'idées extrêmes.
Mais malgré tout elle nous montre aussi une lumière, un espoir. 
En se battant on peut y arriver, et surtout j'ai aimé sa manière de parler à ses enfants, sur l'ouverture d'esprit, sur l'importance de ne pas suivre bêtement mais de se faire sa propre opinion, de lire, de se renseigner et de ne pas avoir peur de changer d'avis, et écouter l'autre aussi, ses arguments et ses idées... tellement, mais tellement, d'actualité.
"...Je voudrais tellement que tu ne te fondes que sur tes réflexions personnelles, tes propres convictions, que tu pèses le pour et le contre de chaque option par des lectures et des enseignements, et qu'ensuite tu en tires toi-même tes conclusions et prennes ta décision en tout indépendance ! L'idéologie pure est un piège, elle engendre des préjugés et des à-priori, elle fait obstacle à la réflexion et aux opinions personnelles. Et surtout, elle transforme les gens en fanatiques incapables de faire la part des choses."
Un livre très agréable à lire, comme une grande saga, pas toujours rigolote.
Un défaut, l'édition pas très scrupuleuse et du coup beaucoup trop de coquilles dans l'impression... mais ça c'est du détail technique.

POINTS, 607 pages.

mardi 6 février 2018

❤️ "L'enfant perdue" de Elena Ferrante


Et voilà le quatrième et dernier tome de la très célèbre saga napolitaine où l'on retrouve, non sans plaisir, les familles de Lila, Elena ainsi que tous leurs amis/ennemis/connaissances depuis l'enfance.

Nous avions laissé Lila s'installer avec Enzo de retour dans leur quartier natal et créant une entreprise d'informatique; pendant que notre narratrice (re)tombait dans les bras de son amour de jeunesse, Nino au détriment de son mariage et de sa vie de famille.

Tout en continuant sa carrière d'écrivain, Elena vit sa vie amoureuse passionnément, elle voyage énormément et passe de moins en moins de temps auprès de ses filles. Elle se pose beaucoup de questions sur les priorités qu'elle doit se donner, sur ce qu'elle veut/doit faire.
Les relations avec sa famille vont beaucoup pâtir de ses décisions.

Pendant ce temps Lila développe son entreprise tout en étant toujours à couteaux tirés avec la famille Solara.

Les relations des uns et des autres continuent d'évoluer avec le temps, l'âge, les enfants qui grandissent, mais aussi l'Italie, le monde, la politique.

Je ne peux évidemment pas trop en dire et ne peux pas résumer ce dernier volume, je ne voudrais surtout pas gâcher le plaisir de lecture des uns et des autres.
Simplement nos deux héroïnes vieillissent, et à la fin nous revenons au début du premier roman, là où tout a commencé, lorsque Rino le fils de Lila appelle Elena pour lui dire que sa mère a disparu, et c'est à ce moment qu'elle décide de raconter leur histoire.

J'aime évidemment, je l'ai dévoré.
J'aime m'attacher à ces deux femmes si différentes et en même temps si humaines, ses deux amies qui s'aiment et pourtant se jalousent, s'envient, jusqu'à se faire du mal, parfois, et pourtant toujours là l'une pour l'autre.
J'aime cette vie de quartier, une époque bien particulière, ces femmes qui viennent de si loin et font tout jusqu'au bout.
Nous ne ferions pas tous les mêmes choix, ou ne prendrions pas les mêmes décisions mais c'est ce qui rend nos personnages si vrais, si touchants.

Bref je ne peux que recommander la lecture de la fin de cette sage, une page se tourne, je suis triste de quitter mes amies napolitaines mais heureuse de les avoir connues 😊

Gallimard, 550 pages.

mardi 28 novembre 2017

"Les Bourgeois" de Alice Ferney


Ce roman raconte l'histoire d'une famille bourgeoise, catholique, parisienne ; histoire qui couvre le XXème siècle.

Henri, le père de la famille, est né en 1895 et Mathilde, son épouse, en 1897 ; ils auront ensemble 10 enfants, 8 garçons et 2 filles qui naitront entre 1920 et 1940. Une grande et belle famille qui traversera le siècle et ses péripéties.

Après avoir combattu lors de la première guerre mondiale, Henri aura sa propre maison d'édition, il sera un père de famille juste, sévère et fervent catholique.
Dix enfants en vingt ans cela fait une grande différence générationnelle, et inévitablement entre les premiers et les derniers le clivage est important.
Les ainés seront exactement comme ils ont été éduqués dans la religion et la tradition, les derniers seront plus dans la mouvance de la modernité et de l'évolution du monde. Il y aura des militaires, des marins, un avocat, un médecin... bref les Bourgeois seront des bourgeois.

C'est une histoire plaisante à lire, on passe du bon temps, mais c'est un peu lent... on ne s'attache pas vraiment aux personnages car finalement leur histoire est on ne peut plus banale, et il ne se passe pas grand chose.

Ce que j'ai vraiment aimé dans ce livre, en revanche, ce sont les passages liés aux faits historiques, les deux guerres mondiales, la guerre d'Indochine (traitement un peu rapide), la guerre d'Algérie, mai 1968, la révolution féminine, la loi sur la contraception puis le droit à l'avortement, jusqu'aux attentats de janvier et novembre 2015. Ces passages là sont beaucoup plus forts et intéressants, une autre énergie circule.
Tout cela vu dans le prisme de cette famille bourgeoise, catholique, où les femmes, en jupe ou robe, sont à la maison à s'occuper des enfants, à gérer la maison. Evidemment quelques clichés mais en même temps c'est aussi une vérité.
"Et quand on a vécu un pareil abandon, que fait-on ? On replante des arbres, dit Louise. Ce serait donc la mort de Mathilde, l'écho dévastateur dans la vie de sa fille et la réparation nécessaire qui auraient déterminé la vie de Louise." 
Actes Sud, 350 pages.

NB: gros questionnement, les personnages sont les mêmes que ceux magiquement rencontrés dans "l'élégance des veuves" et qui d'un coup ne sont plus aussi beaux, fins et délicats ! Mais pourquoi ?
Les mêmes noms, les mêmes personnes, le même nombre d'enfants.... 
Je me sens un peu perplexe et ne sais trop quoi penser... Une bonne question à poser à l'auteur...


et la réponse trouvée sur le site de Actes Sud : 
"J’ai choisi dix personnages qui m’étaient familiers, les huit fils et deux filles de Mathilde et Henri Bourgeois, héros il y a vingt ans de mon roman L’Élégance des veuves. Ils occupent les places favorites de la bonne société – l’armée, la marine, la médecine, le droit, les affaires."

vendredi 27 janvier 2017

❤️ "Celle qui fuit et celle qui reste" de Elena Ferrante


Et voilà le troisième opus de la très célèbre "saga" de l'amie prodigieuse.
Nous retrouvons les deux jeunes femmes, Elena la narratrice et Lina son amie.
Elles ont maintenant la trentaine, Elena a écrit son premier roman qui est un succès, elle est fiancée à Pietro ; Lina travaille toujours dans son usine de viande et élève son fils Gennaro avec Enzo, un "ami".

Sur fond de révolution ouvrière, de montée du fascisme, du communisme, d'attentats, de féminisme, la vie des deux jeunes femmes continue en dents de scie pour l'une comme pour l'autre.

Il y a celle qui fuit, c'est à dire Elena, qui va s'installer à Florence, qui fuit sa famille, Naples, son quartier, ses origines modestes, et celle qui reste, Lina, qui revient s'installer dans le quartier et retrouve tous les protagonistes de celui-ci et donc de leur enfance.

La deuxième partie est largement consacrée à Elena qui va découvrir les joies de la vie de famille (mère, épouse, ...) et la difficulté à rester concentrée sur son travail. Son coeur vibre toujours pour Nino, l'amoureux de toujours. Elle se pose toujours beaucoup de questions et notamment sur ses relations avec Lina, elle va s'intéresser à la condition des ouvrier(e)s, au féminisme...


Encore une fois Elena Ferrante nous emporte dans ce tourbillon de vies. Les caractères des deux protagonistes sont très puissants, la force de narration de l'auteur nous fait vibrer. On y va, on embarque et on dévore .... jusqu'au dernier tome à paraître en septembre et qui clôturera l'histoire.
Un beau roman d'apprentissage qui nous tient en haleine depuis plusieurs années.

Gallimard, 479 pages.

dimanche 21 février 2016

❤️❤️❤️ "La neige noire" de Paul Lynch





















L'histoire : 

Le Donegal en Irlande, 1945, la famille Kane vit dans une ferme depuis 10 ans. C'est un retour au source pour Barnabas le père qui avait du quitter son pays, orphelin, pour émigrer aux Etats-Unis. Il est revenue dans le pays de son enfance avec sa femme, Eskra et leur fils, Billy.
Un accident survient, l'étable des vaches prend feu, et à partir de la tout va dérailler.

Mon avis :

Paul Lynch a une très belle écriture, l'histoire est sombre, noire, mais les descriptions de la campagne, des paysages, des personnages, sont tout simplement magnifiques. Les phrases, les mots, sont un délice à lire. C'est un texte très poétique. Bravo au traducteur qui a bien rendu le texte.

Extrait :

"La mule stoïque s'est engagée dans la descente d'un pied sûr, et le soleil en récompense, s'est mis à jouer avec sa silhouette. De ses longues oreilles grises, il a fait un lapin qui s'est profilé sur la mousse, puis il a travaillé sa charpente robuste et allongé sur la tourbière la noble et splendide silhouette d'un cheval halant une montagne."