Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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dimanche 28 février 2021

❤️❤️❤️ "Arène" de Négar Djavadi

  


Benjamin Grossman vient des quartiers de l’est parisien, il a grandi seul avec sa maman mais aujourd’hui il compte parmi les têtes pensantes de la très grande firme BeCurrent qui diffuse des séries par centaines et touche des millions d’abonnés. Sa vie est régie par ce monstre imposant.

 

 

Un soir où il rend visite à sa mère, dans ce quartier populaire, il perd son portable…

Le lendemain circule sur tous les réseaux sociaux une vidéo montrant une flic bourrant de coups de pied le cadavre d’un adolescent sur le quai, près d’un camp de migrants.

De là toute une série d’actions s’enchainent et c’est le buzz, la révolte gronde, on ne cherche plus à savoir comment et pourquoi ce jeune garçon est mort mais comment punir la policière et tout ce qu’elle représente.

 

On suit plusieurs personnages comme des atomes qui virevoltent dans tous les sens et finissent par se télescoper. On ne peut s’empêcher de penser aux battements d’ailes du papillon qui provoquent un cyclone de l’autre côté de la planète, ici les agissements des uns et des autres sont très bien représentés dans ce qu’ils provoquent, dans leurs conséquences. 

 

 

L’analyse des caractères est très fine, intelligemment construite. Les séquences s’enchainent de manière fluides, judicieuses ; on est happé, pris dans les filets de cette histoire. 

 

 

C’est un roman percutant, dense, hyper intéressant ; il y a beaucoup de références, beaucoup d’avis et d'allusions. Plusieurs sujets sont abordés, parfois juste sur quelques lignes, mais c’est là, et c’est bien dit.

J'ai notamment aimé le passage sur les médicaments, l'alcool et les joints, j'ai aimé les passages sur la ville de Paris avec un peu d'histoire et de découverte, j'ai aimé la plongée dans ce milieu ultra moderne et hypocrite de la grande entreprise américaine où il y a beaucoup de paraitre, on y parle de flics, de voyous, mais aussi de gens simples qui voudraient juste vivre leur vie, et bien sur il y a l'islam, la politique, les migrants venus de pays en guerre mais aussi plus loin dans le temps venus de Chine. Chacun chercher à tirer l'épingle de ce jeu de dupe.

Et le plus gros de l'affaire tout de même, les réseaux sociaux, on y revient encore et encore, mais cette donnée a changé toutes les règles du jeu depuis plusieurs années, et ce à tous les niveaux. 


J’ai adoré ce roman, j’ai encore du mal à sortir les personnages de ma tête, et pourtant certains sont lâches, d’autres sont écœurants, mais beaucoup sont tout simplement humains.

Un roman à mettre dans toutes les mains, à lire absolument. 



Liana Levi, 426 pages. 2020 

 


jeudi 13 février 2020

"Vie de Gérard Fulmard" de Jean Echenoz



Lire Jean Echenoz c'est entrer dans une littérature différente, burlesque, inattendue, surprenante...
Mais c'est aussi entrer dans une littérature vraie où chaque mot a sa place, chaque phrase a son sens, chaque non-sens sa raison d'être.
Il faut être prêt, avoir l'esprit ouvert car on prend un grand bol d'absurdité dans la figure, et ne vous méprenez pas, j'adore !!!

Je partage d'ailleurs tout à fait l'analyse de Laure Adler dans son podcast "l'heure bleue" où elle dit que le démarrage de ce livre est extravagant mais finalement lorsqu'on le referme on a le sentiment d'avoir lu en substance une analyse précise de notre société, de notre politique.
Ce n'est donc pas tout à fait n'importe quoi, en fait pas du tout, derrière les bizarreries de ce monde littéraire il y a une histoire, des histoires, et tout s'emboite à la fin.

Gérald Fulmard est un homme quelconque, pas très malin, ancien steward. Il a perdu son travail pour une sombre raison et depuis végète dans son appartement entre deux rendez-vous chez son psy. Cependant il doit bien payer son loyer et pour cela il décide de s'improviser détective...

Dans le même temps, la secrétaire générale d'un petit parti politique pas très propre se fait enlever, et c'est le branle-bas dans cette drôle de "famille" où l'on ne sait plus trop qui manipule qui et pourquoi.

Il se trouve aussi que Gérard Fulmard habite dans une rue où des choses bien étranges se sont déjà produites, mais je n'en dirais pas plus, à vous de découvrir.

Ce livre est loufoque, drôle et grave. Une littérature que j'aime, qui change et qui fait du bien.
C'est la deuxième fois que je lis Echenoz, je suis conquise !

Les éditions de Minuit, 235 pages. Janvier 2020

lundi 4 novembre 2019

"Bienvenue au club" et "le Cercle fermé" de Jonathan Coe



Ayant lu récemment "le coeur de l'Angleterre", qui reprend les personnages principaux de ce diptyque initial, je me suis dit que je pouvais me rafraichir la mémoire, et du coup j'ai réalisé que j'avais bien lu le premier volet il y a de nombreuses années mais que bien qu'étant en possession du second je ne l'avais pas encore découvert.

Je me suis donc replongée avec plaisir et délectation dans l'Angleterre des années 70 pour commencer et j'ai refais la connaissance de Benjamin Trotter, cet adolescent un peu coincé, timide, réservé (?) aimant la littérature et la musique autour duquel gravite un certain nombre de personnages dont Philip Chase, le meilleur copain avec lequel il veut créer un groupe de musique et qui partage sa passion de l'écriture ; Doug Anderton le fils du syndicaliste Bill Anderton, réputé dans la région et pro-actif notamment dans l'entreprise locale de voiture (dans laquelle le père de Benjamin travaille aussi) ; Sean Hardy est le trublion de service qui ne rate pas une occasion de faire des blagues, pas toujours très drôle. Claire et Cicely sont les filles du lycée à côté qui intéressent beaucoup les garçons...
Benjamin a aussi un petit frère Paul, très intelligent et qui n'a pas froid aux yeux, et une grande soeur Loïs.
Nous suivons donc cette petite troupe jusqu'à la fin du lycée pour le premier roman.
Dans le deuxième nous les retrouvons quelques années plus tard, ils sont mariés, ont des enfants et un travail... mais leurs liens sont toujours aussi forts et les ramènent souvent à leurs années lycée.
Tony Blair est maintenant au pouvoir et la guerre en Irak menace.
C'est l'heure des bilans, la quarantaine sonne et on remet en question sa vie personnelle et/ou professionnelle. On fait un petit bilan sur son histoire alors que l'Histoire de l'Angleterre elle-aussi avance.

Cette saga nous donne une belle image de l'Angleterre des années 70 jusqu'au début des années 2000, en suivant cette multitude de personnages on pénètre dans toutes les couches de la société anglaise et surtout on vit les questionnements, les conséquences, la politique locale et à plus grand niveau. C'est aussi une belle histoire d'amour, et de très belles amitiés qui survivent aux années qui passent.

Une traversée passionnante de plus de 30 années, emmenée avec fluidité par la plume de Jonathan Coe qui ne passe rien à ses personnages. C'est drôle, caustique, satirique, tellement bien mené. Je me suis régalée ☺️

"Bienvenue au club" Folio, 537 pages.
"Le cercle fermé" Gallimard, 537 pages.
Traduction de Jamila et Serge Chauvin.

lundi 16 septembre 2019

"Le coeur de l'Angleterre" de Jonathan Coe




Nous retrouvons la famille Trotter qui évolue en même temps que son pays au gré des aléas de la vie quotidienne et de l'histoire politique de l'Angleterre de 2010 à 2018.
Toute une décennie qui passe par la cohabitation, les émeutes de 2011, la liesse des Jeux Olympiques et bien sur le référendum qui amène au Brexit.

Lorsque nous reprenons le cours de la vie des Trotter, Benjamin vit depuis quelques mois dans un moulin, il ne travaille plus et tente de devenir écrivain. Sa conscience politique mettra beaucoup de temps à s'éveiller, ce n'est pas quelque chose qui l'intéresse, mais lorsque la question de quitter l'Europe va se poser, son intérêt va rapidement évoluer.
Pendant ce temps sa soeur Loïs vit toujours à York où elle est bibliothécaire, sans être vraiment séparée de son mari elle ne vit pas dans la même ville que lui, toujours obsédée par ses vieux démons, à savoir l'attentat dans un Pub où elle était présente à la fin des années 70 avec son amoureux de l'époque.
Sa fille Sophie est universitaire, spécialisée dans l'histoire de l'Art, elle va enfin rencontrer quelqu'un mais les divergences politiques sont parfois cruelles dans un couple.
Et puis il y a Doug le vieux copain d'école de Benjamin, un journaliste politique reconnu et qui régulièrement rencontre Nigel le responsable de la communication du 10 Downing Street, leurs échanges réguliers sont assez bien vus et plutôt amusants vu de l'extérieur.

De nombreux autres personnages apportent une vision plus précise sur la société et l'on se rend compte que les magouilles politiques et la langue de bois sont décidément les mêmes quelque soit le pays.
La vision des hommes politiques et de la politique en général est assez critique et parfois sarcastique mais comment en vouloir à nos personnages !
L'approche du référendum augmente les tensions, les discussions, et même au sein des familles et des couples les désaccords se font de plus en plus ressentir, et on voit très bien comment les politiques et les gens du "peuple" n'ont pas la même lecture des évènements ni les mêmes attentes.
Et puis il y a ceux qui cherchent à profiter de toutes situations... ceux qui n'ont aucun scrupule et ne pensent qu'à leurs propres bénéfices.

Bref un roman passionnant qui se dévore grâce à la fluidité de l'écriture, et une excellente traduction.


Gallimard, 545 pages.
Traduction de l'anglais par Josée Kahoun.

jeudi 14 mars 2019

"La symphonie du hasard" de Douglas Kennedy




Livre 1: Comme elle le fait régulièrement, Alice Burns rend visite à son frère Adam en prison, mais ce jour-là il lui avoue un vieux secret de famille ce qui replonge Alice vingt ans en arrière alors qu'elle est en dernière année de lycée et s'apprête à rentrer à l'université.

Alice nous transporte dans l'Amérique des années 70,  Nixon est président, il y a la guerre au Vietnam.
Son père est irlandais catholique, autoritaire, raciste, violent et un peu alcoolique, mais Alice l'adore et s'entend très bien avec lui. Sa mère est juive, irascible et agressive, malheureuse d'avoir quitté New-York pour la banlieue de Greenwich ; Alice est persuadée que sa mère ne l'aime pas.
Son frère ainé Peter est en conflit permanent avec sa famille et notamment avec le père dont il ne partage absolument pas les idées et notamment les idées politiques...
Adam, lui, aurait du devenir un grand sportif mais suite à un accident de voiture il a tout abandonné et travaille avec son père dans des mines qu'il possède au Chili, et ce au moment du coup d'état de Pinochet.
Alice va partir à l'université où elle découvrira un monde cruel tout en se prenant d'amitié pour un enseignant et d'amour pour un étudiant.
Sa vie de jeune femme démarre et elle devra faire des choix, prendre des décisions qui affecteront sa vie entière.

Livre 2 : Après une première année bien mouvementée à l'université, Alice a décidé de partir continuer ses études à Dublin au Trinity College. Elle découvre un autre monde, fermé, rigoureux, très religieux, un monde en guerre. Elle fait aussi de magnifiques rencontres et son installation dans cette nouvelle ville se fera finalement assez simplement.
Cependant certains démons du passé resurgiront pour venir chambouler cette nouvelle vie où elle avait enfin trouvé une certaine stabilité, et le "hasard" ne l'épargnera pas.

Livre 3 : Alice est retourné vivre aux États-Unis, sa famille va éclater pour trouver un épanouissement différent. Sa carrière va évoluer petit à petit, au fil de ses aventures, de ses histoires, en même temps que la grande Histoire avance elle aussi et nous mène jusqu'aux années 80 et le début du SIDA, mais aussi l'hyperconsommation et le meneur de vie qu'est devenu l'argent.

Dans l'ensemble j'ai plutôt bien aimé cette trilogie qui nous fait suivre le destin de cette jeune femme qui évolue dans un milieu intellectuel et surtout littéraire, pour finir dans une maison d'édition (le rêve !!!). Les 3 livres ne sont pas tous du même niveau selon mon goût. J'ai bien aimé le premier, moyennement le deuxième que j'ai trouvé un peu "too much" dans les évènements qui arrivent à notre héroïne, et j'ai beaucoup aimé le troisième qui est bien monté. Je me suis attachée à Alice et à ses déboires, à sa famille toxique, ses aventures littéraires...

Ici la famille est en générale pesante et plutôt nocive, avec des secrets et des relations à la limite de la perversité ; la mère n'a jamais une image très belle et est assez caricaturale dans l'ensemble, on baigne d'abord dans le milieu universitaire puis dans le milieu littéraire New-Yorkais. Les relations amoureuses ne sont pas très stables, il n'y a vraiment que l'amitié qui soit vu d'un oeil positif.

C'est la première fois que je lis Douglas Kennedy. Ce n'est pas de la grande littérature mais un bon livre avec une bonne histoire qui se déroule sur deux décennies, un peu comme une bonne série dont on s'enfile les épisodes les uns derrières les autres.
Alors je recommande pour passer un bon moment de lecture, et de détente. Une histoire attachante qui permet quelques petits retours sur l'Histoire notamment des États-unis.

Pocket, 416 pages, 368 pages, 480 pages. Traduit de l'anglais par Chloé Royer.

mercredi 9 janvier 2019

"Les cigognes sont immortelles" de Alain Mabanckou


Nous sommes en 1977, au mois de mars, à Pointe-Noire - Congo ; la veille (le vendredi 18) le Président Marien Ngouabi a été assassiné à Brazzaville.
C'est le récit des 3 jours qui vont suivre, d'un pan de l'Histoire du pays, et de l'histoire de Michel, 11 ans.
Car cet assassinat aura des répercussions politiques importantes pour le Congo et pour la famille de l'adolescent.

Michel vit seul avec sa mère et de temps en temps son beau-père papa Roger (qui retourne auprès de sa première épouse de temps à autre...). C'est maman Pauline qui a acheté la parcelle sur laquelle ils vivent, grâce à son travail de fournisseur de bananes.

Ce samedi 19 mars, Michel écoute la radio avec papa Roger, sous le manguier de leur parcelle tandis que maman Pauline prépare le déjeuner et que le chien Mboua Mabé somnole.
Ils écoutent "la voix de la Révolution Congolaise" la radio locale, mais qui ne dit rien sur l'assassinat qui a eu lieu la veille, alors que "La voix de l'Amérique" ne parle que de ça.
Bientôt une annonce officielle sera faite, c'est le début de l'effervescence dans tout le pays. Qui a tué le Président ? Que faut-il dire ? Taire ?
Puis un oncle - frère de maman Pauline - arrive, tout droit de Brazzaville, les nouvelles sont mauvaises, il faut prendre parti et des décisions, pour le bien-être de la famille.
Les choix de maman Pauline ne seront pas forcément ceux que l'on attend, et chaque décision aura des conséquences.

Alain Mabanckou nous raconte cette histoire comme une fable, en utilisant  l'exagération mais on sent bien que derrière ce choix narratif il y a une vraie détresse, du désespoir.

Il en profite pour nous raconter son enfance dans ce pays communiste, ami avec l'URSS, les chants russes patriotiques appris à l'école, le regard sur la France et ses Présidents avec leur petite valise.

J'ai trouvé ce livre émouvant, parfois drôle et surtout très instructif.
Je n'avais pas forcément été emballé par Alain Mabanckou avec mes précédentes lectures, mais je crois qu'il a finalement réussi à me prendre dans ses filets.

Seuil, 293 pages.

vendredi 13 juillet 2018

"Amsterdam" de Ian McEwan



Clive Linley et Vernon Halliday, deux amis, se retrouvent aux funérailles de Molly, photographe, critique culinaire et épouse de George Lan.
Leur ancienne maitresse est décédée rapidement suite à une maladie qui lui a fait perdre tout sens commun, ce qui amène les deux amis à se faire une promesse qui changera le cours de leur vie.

Un troisième amant, détesté par les deux premiers, se trouve être un homme politique de renom - Julian Harmony -  mais dont les idées déplaisent fortement à Clive et Vernon, ou serait-ce simplement de la jalousie ?

Clive Linley est un musicien compositeur qui a beaucoup d'estime pour sa personne et son oeuvre, Vernon, lui, est directeur de la rédaction dans un journal - "the Judge" - qui a des difficultés financières.
Clive est en train d'écrire "l'oeuvre du siècle", Vernon souhaite faire d'une pierre deux coups en faisant chuter son pire ennemi et en faisant remonter les ventes de son journal.

Nous suivons ces deux personnages principaux auto-centrés, sûr d'eux-même et que rien n'arrête jusqu'à un dénouement pathético-tragique.

Tout le cynisme de Ian McEwan ressort dans ce roman où il nous campe des personnages cyniques avec un humour crissant. Le déroulement fait froid dans le dos.

Ce roman, qui n'est pas mon préféré de cet auteur, m'a laissé un goût amer tant ce qu'il décrit et écrit donne une image d'une société nombriliste, d'un Homme égoïste, mais aussi un regard sur la maladie et la détérioration de l'être humain qui n'est pas très positif.

Bref un roman bien ficelé mais dérangeant !

Folio, 252 pages.

lundi 18 juin 2018

"Un personnage de roman" de Philippe Besson



En août 2016, au cours d'un journal du soir, Emmanuel Macron apparaît et cette apparition provoque chez Philippe Besson "une illumination, une révélation". C'est ainsi qu'il décide d'écrire ce roman alors que Emmanuel M. ne s'est pas encore déclaré comme candidat à la présidence et que, bien sûr, personne n'imagine qu'il sera élu !

Philippe Besson propose donc à Emmanuel M. de le suivre et d'écrire un livre.
Dès le départ l'auteur nous le dit, ce sera un récit subjectif, il n'est pas un journaliste faisant un article mais bien un écrivain racontant ce qu'il observe, voit, entend, avec ses émotions et son ressenti.

Et cela aboutit à un livre plutôt intéressant, qui nous donne à voir un pan de la campagne présidentielle un peu différent, un côté politique moins repoussant, avec plus "d'humain".
Après on en fait ce qu'on veut, et cela ne veut pas forcément dire que l'on est avec ou pour mais la perspective non-objective d'un suivi de campagne nous permet aussi d'ouvrir notre esprit à autre chose.

Il y a tout de même quelques vérités ...
"...Si on met de côté que les Français clament leur foi en l'avenir mais ne cessent de se réfugier dans le « c'était mieux avant », réclament toujours des réformes mais s'y opposent systématiquement dès que quelqu'un s'efforce de les mettre en place, aspirent à la révolution mais élisent un roi, vomissent les partis mais votent pour eux, jouent au loto mais haïssent les individus liés à l'argent.
Et un peu d'humour ...
"Ce portrait au vitriol concentre le plus détestable : le désir de nuire ("je veux me faire confirmer"), la fausse information ("qui vient de parler à Closer"), la misogynie (qui n'est pas l'apanage des hommes), le crédit apporté aux ragots. Il est vrai qu'avoir été l'épouse de M.Strauss-Kahn pendant plus de vingt ans vous qualifie pour donner des leçons d'élégance." (à propos de propos tenus par Anne Sinclair sur Brigitte Macron) 

"Je dis : « Tu pourrais avoir la main qui tremble, ça se comprendrait...» Il me coupe : « Si tu as la main qui tremble, tu ne fais pas ce métier.»" 
 Juillard, 247 pages.

jeudi 26 octobre 2017

"Comment vivre en héros ?" de Fabrice Humbert


À 16 ans Tristan fait de la boxe, poussé par son père, ancien résistant et héros de la seconde guerre mondiale. 
Dans le métro avec son entraîneur Bouli, ce dernier provoque une bagarre - comme à son habitude - et Tristan se sauve...
Cet acte de lâcheté va le poursuivre toute sa vie. Lâcheté ou héroïsme ! Là est la question.
Mais comme lui dit sa maman il n'aurait certainement pas pu changer grand chose à la situation hormis se retrouver lui aussi en très fâcheuse position...

Cependant cet acte (ou non-acte) va conditionner le reste de sa vie, ses rencontres, ses choix d'études et même 38 secondes de sa vie qui une fois de plus lui feront prendre un chemin plutôt qu'un autre.

Ces 38 secondes feront de lui un héros et encore une fois il fera ses choix de vie en fonction de cette vision que son entourage a de lui.

Plusieurs questions se posent derrière ce texte, faut-il être un héros ? Sommes-nous tous des héros/lâches ? 
Finalement nos actes donnent à voir ce que chacun veut y voir, peut y voir, ou ce que nous-même laissons voir.

Tristan découvrira une autre vérité sur son père après sa mort, mais cela change-t-il celui qu'il a été et la manière de le voir et d'interpréter ses discours et ses actes ?

Bon en réalité ce roman est beaucoup plus simple que cela, facile à lire, on se laisse emporter dans l'histoire qui malgré quelques petites exagérations est tout à fait crédible, sur une vie banale de tous les jours. Les caractères des personnages sont un peu exagérés mais c'est aussi ce qui permet de comprendre leur manière d'être.

Une belle histoire d'amour en filigrane, une histoire de vie.

Ce n'est pas un coup de coeur mais un bon moment de lecture.

"—Marcel n'a rien d'un criminel. Il a un peu embelli son rôle ? Et alors ? Il a pris des risques énormes quand il était agent de liaison. Beaucoup ne l'ont pas fait. [...] Il n'a pas trahi, c'était seulement un homme ordinaire, comme moi, entraîné dans des événements inhumains."
"[...] Tout était aléatoire, tout était contradictoire. Marcel n'avait pas tiré - il aurait pu tirer. Il était un résistant courageux - il était un lâche. Il mentait - il disait pourtant vrai. Tout était contradictoire, tout était aléatoire."
Gallimard, 416 pages.

vendredi 27 janvier 2017

❤️ "Celle qui fuit et celle qui reste" de Elena Ferrante


Et voilà le troisième opus de la très célèbre "saga" de l'amie prodigieuse.
Nous retrouvons les deux jeunes femmes, Elena la narratrice et Lina son amie.
Elles ont maintenant la trentaine, Elena a écrit son premier roman qui est un succès, elle est fiancée à Pietro ; Lina travaille toujours dans son usine de viande et élève son fils Gennaro avec Enzo, un "ami".

Sur fond de révolution ouvrière, de montée du fascisme, du communisme, d'attentats, de féminisme, la vie des deux jeunes femmes continue en dents de scie pour l'une comme pour l'autre.

Il y a celle qui fuit, c'est à dire Elena, qui va s'installer à Florence, qui fuit sa famille, Naples, son quartier, ses origines modestes, et celle qui reste, Lina, qui revient s'installer dans le quartier et retrouve tous les protagonistes de celui-ci et donc de leur enfance.

La deuxième partie est largement consacrée à Elena qui va découvrir les joies de la vie de famille (mère, épouse, ...) et la difficulté à rester concentrée sur son travail. Son coeur vibre toujours pour Nino, l'amoureux de toujours. Elle se pose toujours beaucoup de questions et notamment sur ses relations avec Lina, elle va s'intéresser à la condition des ouvrier(e)s, au féminisme...


Encore une fois Elena Ferrante nous emporte dans ce tourbillon de vies. Les caractères des deux protagonistes sont très puissants, la force de narration de l'auteur nous fait vibrer. On y va, on embarque et on dévore .... jusqu'au dernier tome à paraître en septembre et qui clôturera l'histoire.
Un beau roman d'apprentissage qui nous tient en haleine depuis plusieurs années.

Gallimard, 479 pages.

dimanche 21 février 2016

"La renverse" de Olivier Adam


L'histoire :

Jean-Francois Laborde, un homme politique reconnu dans toute la France, meurt dans un accident de voiture. Cette nouvelle, ce nom, vont réveiller de douloureux souvenirs pour Antoine.
Lorsqu'il n'était qu'un adolescent, JF Laborde alors maire de sa ville, est accusé de viols et agressions sexuelles mais ce scandale rejaillit sur sa famille par le biais de sa mère, adjointe au maire, et soupçonnée d'être sa maîtresse et sa complice.






Mon avis :

Encore une fois Olivier Adam trouve le ton juste pour camper ses personnages dans une situation somme toute peu ordinaire.
Il est dans le "vrai", le réel est dépeint de manière crue et assez sombre. C'est un roman qui décrit une certaine société d'aujourd'hui. 
Avec cette histoire, il nous pousse à réfléchir au pouvoir, au monde politique et ses dérives possibles, à la famille et aux liens qui se tissent ou pas, lorsque l'on croit connaitre quelqu'un, on pense être dans l'échange, être présent et l'on fini par découvrir que l'on était absent.

"Avant même de prendre la fuite, j'étais déjà ailleurs."

Pour ceux qui me connaissent, vous savez qu'Olivier Adam fait parti de mes chouchous et que je suis une inconditionnelle. J'aime les histoires qu'il nous raconte, des histoires de "tous les jours", j'aime la manière dont il traite ses personnages, sa façon de nous mettre dans "l'ambiance", même si ce n'est jamais très joyeux.