Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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jeudi 14 janvier 2021

"La familia grande" de Camille Kouchner

 



Je ne voulais pas lire ce livre, j’ai honte, mais je me suis dit ENCORE, 

et puis finalement ça veut dire quoi ENCORE, 

ça veut dire qu’il y a combien de voix qui se taisent ENCORE,

combien d’adultes qui profitent de leur ascendance ENCORE, 

combien d’enfants que l’on détruit ENCORE, 

combien d’autres qui savent et se taisent, acceptent et font avec ENCORE, 

quand va-t-on pouvoir enfin ne plus dire, ENCORE ?

 

 

Camille se raconte, la relation avec sa mère d’abord, cette vie dissolue, ces fêtes, ces amis, cette mère qu’elle aime tant, et ce beau-père aussi, elle l’aime, il est un père pour elle, Camille raconte cette hydre, ce serpent qui la mord, 

Camille raconte cette famille de suicidés, cette famille où le mot Liberté prend un sens si différent, qu’on n’en voudrait presque pas, de cette liberté. C’est une liberté qui empêche, une liberté qui emprisonne. 

Camille raconte le secret de son frère, l’emprise du beau-père sur lui, mais sur elle aussi, cette emprise qui bouleverse toute sa vie. 

Il n’y a ni misérabilisme ni voyeurisme, simplement des faits, des ressentis, des émotions.

 

 

Ce texte est essentiel pour ce qu’il raconte ENCORE, essentiel car il est bourré de sincérité, essentiel car il n’est pas sale, essentiel pour que les paroles se libèrent, essentiel pour que tout ça s’arrête ENFIN.

 

 

J’écris, ma lecture à peine terminée, à chaud, je le fais si rarement, quand un texte m’a profondément bouleversé par son sujet, par ses mots, par sa simplicité, sa franchise, son courage.

 

 

Alors oui il faut lire ce texte, il faut le partager, il faut soutenir ces enfants devenus grands, les regarder droit dans les yeux sans les stigmatiser, car ils sont avant tout des hommes et des femmes, avec une blessure, mais la honte doit être sur les autres, ceux qui attaquent et ceux qui se taisent, ce sont eux que plus personne ne devrait regarder.

 

 

« Ce livre m’a permise d’être en colère contre ma mère et de l’aimer immensément », les mots de Camille Kouchner sont d’une telle puissance et d’une telle simplicité.


Seuil, 204 pages. Janvier 2021

vendredi 8 mai 2020

"La cité de feu" de Kate Mosse


1562, de l’hiver à l’été, entre Toulouse, Carcassonne et Puivert, des catholiques et des protestants, une histoire de famille sur fond historique.
Marguerite Joubert, dite Minou, aura bientôt 20 ans ; elle vit avec son père, libraire, ainsi que son petit frère de 13 ans et sa sœur de 7 ans. Depuis que Florence, la mère, est décédée c’est Minou qui est en charge de la petite famille.
Du jour où son père est revenu de son dernier voyage en Janvier, il n’est plus le même et semble sombrer dans la mélancolie. Minou doit donc aussi gérer la librairie. C’est là qu’elle assiste et aide sa voisine agressée par deux « soldats » à la recherche d’un homme. C’est aussi là qu’elle reçoit l’étrange visite d’un homme qui cherche son père, et un mot qui la prévient « qu’elle » sait où elle est.
Beaucoup de mystères….


Et puis il y a Piet un jeune protestant apparemment recherché par les autorités catholique pour le vol du Suaire d’Antioche, une sainte relique de l’Eglise de Toulouse. Minou et Piet vont se croiser rapidement à Carcassonne et se retrouveront plus tard à Toulouse car le père de Minou décide de l’envoyer vivre à là-bas avec son jeune frère Aymeric. Ils s’installeront chez leur tante, pendant que lui souhaite partir à Puivert régler quelques anciens secrets. 


Sur fond de guerre de religion les intrigues liés à cette famille ainsi qu’au vol du Suaire vont se croiser, s’emmêler, jusqu’au dénouement. 
Beaucoup de complots, de trahisons, de folie, d’amour et de guerre bien sûr. 
Il semblerait que ce livre soit le premier tome d’une saga qui devrait s’étirer au long des siècles et nous mener jusqu’en Afrique du Sud à la fin du XIXème siècle.


J’ai aimé le fond historique de ce roman ainsi que l’idée de l’histoire et on a envie de s’attacher aux personnages, mais mon petit bémol va sur l’écriture et la manière de raconter cette histoire. J’ai du mal à dire ce qui m’a gêné, parce que tout en étant prise dans l’histoire je n’ai pas été prise par le style qui parfois m’a dérangé. J’ai trouvé que les enchainements étaient un peu faciles, et la narration un peu poussive.
Un livre qui ne me laissera probablement pas de grands souvenirs tout en restant une lecture facile et abordable.


Sonatine Éditions, 606 pages. Janvier 2020
Traduction de Caroline Nicolas.

vendredi 27 septembre 2019

"Les choses humaines" de Karine Tuil


Jean Farel est un journaliste/présentateur politique de télé depuis plus de 30 ans, il s'est construit seul ce qui le rend intransigeant ; il est ambitieux et ne veut laisser sa place à aucun prix bien qu'il ait déjà atteint les 70 ans. La vieillesse et la mise à l'écart le terrorise.
Il est marié à Claire Farel, une franco-américaine, essayiste et féministe, 30 ans plus jeune que lui.
Ensemble ils ont un fils unique, Alexandre, brillant étudiant à Standford en Californie.

Cette famille va être bouleversée, renversée, écrasée, par une accusation de viol. Accusation qui survient juste après l'affaire Weinstein  et en plein #metoo et #balancetonporc.

Karine Tuil nous décrit avec finesse et précision le milieu journalistique de la télé, le pouvoir, la peur de vieillir et d'être évincé. Encore une fois elle ne cache rien de ses personnages et en fait des être humains complets avec leurs qualités, leurs défauts et surtout leurs questionnements ....

C'est un roman qui parle de viol, de sexe, de consentement, mais aussi de zone grise.
Un roman qui parle très bien de notre société mais sans simplification, elle nous montre parfaitement l'ambiguité des situations, les rouages de la justice, l'ambivalence des personnages.
Un roman qui fait beaucoup beaucoup réfléchir, il n'y a pas de parti pris mais l'exposition d'une histoire, de faits, de ressentis, et honnêtement, c'est perturbant.
Que l'on se mette à la place de chacun des personnages et nos émotions, nos impressions changent et évoluent, pour ça ce roman est brillant.

Mais cette ambivalence fait un peu peur, on voudrait que les choses (humaines) soient plus simples que ça...
Ce que Karine Tuil pointe du doigt est la complexité de l'humain et des relations, la complexité du jugement mais aussi des émotions ressentis, des moments vécus.
Ce qui est effrayant c'est que chacun est sincère, et pourtant chacun voit sa vie détruite.
Un livre remarquable qui pousse à la réflexion. Une fois la dernière page tournée on ne peut pas le quitter comme ça, on a besoin d'y penser, d'en parler, de discuter.

Gallimard, 342 pages. Juin 2019