Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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lundi 22 mars 2021

❤️❤️❤️ "L'homme-chevreuil, sept ans de vie sauvage" de Geoffroy Delorme

 




Un enchainement de bonnes lectures, très différentes cela dit. 


Cette fois je me suis plongée dans une forêt de Normandie, j’ai suivi ce jeune homme qui a décidé de vivre auprès de ses amis les chevreuils. 

Un récit qui ne me semblait pas du tout être mon genre de lecture, et pourtant, quel délice, quel bonheur de découvrir la vie sauvage de nos forêts, de regarder les chevreuils et d’apprendre leurs habitudes, découvrir leur intelligence et leur capacité d’adaptation, d’observation et de résilience. 

 

 

J’ai aimé m’engouffrer dans la forêt, apprendre le nom des plantes, comment se nourrir, survivre dans la nature, mais ce que j’ai aimé le plus ce sont les histoires de rencontres et d’échanges, oui vraiment d’échanges, avec ces chevreuils qui tous portent le nom que leur a donné Geoffroy Delorme. 

 

 

C’est aussi un appel, un cri du cœur, car nous détruisons nos forêts, et avec, l’habitat et la source d’alimentation de nombreuses espèces qui vivent en paix. Il est temps de s’arrêter, d’observer, de comprendre et de RESPECTER ! 

 

 

Un récit hors norme, une vraie histoire d’amitié.

Un livre passionnant, émouvant et drôle.

N’attendez plus, lisez-le !!! 

Les Arènes, 252 pages. Février 2021

"Ce manque de considération des forestiers pour la forêt et ses habitants me désole profondément. Une forêt, c'est avant tout une communauté d'arbres qui accueille d'autres communautés végétales et animales. Lorsque l'équilibre sylvestre est ébranlé, ce sont toutes les communautés qui sont fragilisées. La forêt, c'est le reflet de la vie : complexe, mystérieuse, changeante. Elle offre à ses habitants ressources, protection, ombrage, réconfort, beauté et, surtout, elle est d'une grande importance biologique. Je peux vivre avec les chevreuils et les autres animaux sauvages non pas parce que j'applique une science mais parce que j'ai pénétré leurs secrets en comprenant l'une des oeuvres les plus magnifiques de la nature : la forêt. On n'apprend pas une langue en traduisant mot à mot. On apprend une langue grâce à la subtilité de son langage, au mode de vie des habitants du pays la parlent, sans rien comparer à ce que l'on connaît de sa propre langue. J'ai la chance de vivre avec les animaux sauvages, car je ne traduis pas la nature, je la parle.

samedi 30 mai 2020

"Sur les chemins noirs" de Sylvain Tesson



Après une chute de près de 8m de haut et 4 mois passés à l’hôpital, Sylvain Tesson, comme il se l’est promis sur son lit d’hôpital, part sur les chemins noirs de France. Une marche qui signifie beaucoup pour lui, un retour à la vie, un retour sur ses jambes, un retour à la liberté. 


Il prend la route fin août depuis le sud-est de la France et arrive en novembre sur la côte ouest en Normandie. Il marche seul, parfois accompagné d’amis qui le rejoignent. Il marche sur ses chemins que plus personne n’emprunte, il traverse des campagnes et des paysages qui valent parfois ce qu’il a pu découvrir à travers le monde. Il fait aussi des rencontres au fond de ses campagnes. 


C’est aussi l’occasion de reparler de la France, de sa ruralité et surtout de son urbanisation au cours des dernières décennies. Un terrible constat sur une évolution et des progrès pas toujours très heureux.


C’est toujours très très bien écrit, indéniablement, il y a de belles réfléxions, mais je me suis un peu ennuyée et je n’ai pas retrouvé cet emportement découvert dans La panthère des neiges, probablement lié à son état d’esprit lors de l’écriture de ce texte et encore plus au mien au moment de sa lecture…
Je testerai à nouveau plus tard, un autre livre.

"Les choses avaient tout de même mal tourné. Les hommes s'étaient multipliés, ils avaient investi le monde, cimenté la terre, occupé les vallées, peuplé les plateaux, tué les dieux, massacré les bêtes sauvages. Ils avaient lâché sur le territoire leurs enfants par générations entières et leurs troupeaux d'herbivores génétiquement trafiqués." 
"L'évolution avait accouché d'un être mal élevé et le monde était dans un désordre pas croyable."
"La ville gagnait du terrain. Ce fut le temps des ZUP dans les années 1960, des ZAC une décennie plus tard. Les autoroutes tendirent leurs tentacules, les supermarchés apparurent. La campagne se hérissa de silos. Pompidou était gros et la France prospère. L'agriculture s'industrialisait, les insectes refluaient, les eaux se polluaient. Seuls quelques rabat-joie du Larzac prévenaient du désastre. On les prenait pour des gauchistes, ce qu'ils étaient. On les laissa lire Lénine dans l'humidité des bergeries."
"Comme la planète était promue théâtre de la circulation générale des êtres et des marchandises, par contrecoup les vallées s'étaient vu affliger de leurs grand-routes, les montagnes de leurs tunnels. L'«aménagement du territoire» organisait le mouvement. Même le bleu du ciel était strié du panache des longs-courriers. Le paysage était devenu le décor du passage."  

 Gallimard, 142 pages. Octobre 2016

lundi 13 avril 2020

❤️❤️❤️ "La panthère des neiges" de Sylvain Tesson




Dans ce récit, Sylvain Tesson nous livre ses observations et pensées lors d’un voyage qu’il a fait au Tibet, sur le haut plateau de Chang Tang au pied du mont Kunlun. Un voyage un peu particulier car invité par Vincent Munier, photographe animalier, il partait se mettre à l’affût de la panthère des neiges. Avec Munier et Tesson,  Marie, cinéaste-animalière (et fiancée de Munier) et Léo aide de camp de Munier - après avoir abandonné sa thèse de philo. Quel drôle d’équipage !

Les voilà à plus de 4000 m d’altitude dans une nature sauvage, aride, gelée mais tellement vivante. Vivante de tous ces animaux qui déambulent à peu près librement -malheureusement les braconniers font tout de même partis de cette réalité.
Il y a des gazelles, des ânes sauvages, des renards, des loups, des yacks, des kiangs, des pikas, des chirous, des chèvres bleues, de multiples oiseaux du plus petit au plus gigantesque tels les vautours et aigles royaux…
Partir en hiver, car c’est l’hiver que les panthères sont en rut, qu’elles sortent, qu’on a une chance de les apercevoir…

Ainsi en étant à l’affût, ils sont contemplateurs, observateurs, témoins de cette force de vie magnifique !
Le plaisir est presque plus dans l’attente, l’attente décuple la joie du moment de l’apparition.


Un livre qui parle de montagne, d’animaux, de contemplation, d’attente, de patience, de philosophie : la vie.
Que fait l’homme, quelles traces laisse-t-il ? Un livre pour ouvrir les yeux ?
Il y a l’aventure physique, géographique mais aussi cette aventure du questionnement sur l’humain, la vie.

Une très belle analyse de l’Homme en tant qu’être humain qui veut tout et son contraire, qui est un éternel insatisfait, lui-même ne se met pas en dehors de cet être humain là, ce n’est pas un jugement des autres mais bien de la nature humaine.
Une critique qui à lire aujourd’hui, au moment où nous vivons le confinement, est assez intéressante. En espérant que notre mémoire ne nous joue pas de mauvais tour à la sortie de cette crise….

Un livre court, mais dense, très dense.
Ce fut pour moi un voyage lent, progressif, j’ai pris le temps de relire des phrases entières, plusieurs fois.
D’en recopier…parce que la langue est belle, finement maniée, utilisée.

Je découvre cet auteur avec son écriture si belle et si simple à la fois ; le vocabulaire est précis, imagé, il sait stimuler notre imaginaire, on voit, ressent, entend…. On y est !


C’est un livre qui pendant sa lecture m’en a remémoré de très beaux, tel « Voyage d’une parisienne à Lhassa » de l’extraordinaire Alexandra David-Néel, ou encore « Sur les pas d’Alexandra… », le très beau « Funérailles célestes » de XinRan ainsi que le récit de Paolo Cognetti « Sans jamais atteindre le sommet ». Tous ces livres qui nous font voyager dans le monde et près de nos âmes.

"L'affût est un pari : on part vers les bêtes, on risque l'échec."
"la montagne était immobile, l'air pur, l'horizon vide. D'où un troupeau aurait-il débouché ? "
"Il célébrait la grâce du loup, l'élégance de la grue, la perfection de l'ours. Ses photos appartenaient à l'art, pas à la mathématique. "
"...je m'étais dit qu'il était fort dommage d'affubler du même nom de chasseur l'homme éventrant le mammouth d'un coup d'épieu et le monsieur à double menton distribuant sa volée de plombs à un faisan obèse, entre le cognac et le chaource. "
"On pouvait d'échiner à explorer le monde et passer à côté du vivant."
 "Alors l'inétendu s'étendit, l'ineffable connut le décompte, l'immuable s'articula, l'indifférencié prit des visages multiples, l'obscur s'illumina. Ce fut la rupture. Fin de l'Unicité !"
 "Avec Munier je commençais à saisir que la contemplation des bêtes vous projette devant votre reflet inversé."
"...l'une des traces du passage de l'homme sur la Terre aura été sa capacité à faire place nette."
" C'étaient des totems envoyés dans les âges. Ils étaient lourds, puissants, silencieux, immobiles : si peu modernes ! Ils n'avaient pas évolué, ils ne s'étaient pas croisés. Les mêmes instincts les guidaient depuis des millions d'années, les mêmes gènes encodaient leurs désirs. Ils se maintenaient contre le vent, contre la pente, contre le mélange, contre toute évolution. Ils demeuraient purs, car stables. C'étaient les vaisseaux du temps arrêté. La Préhistoire pleurait et chacune de ses larmes était un yack. Leurs ombres disaient : "Nous sommes d'ici et de toujours. Vous êtes de la culture, plastiques et instables, vous innovez sans cesse, où vous dirigez-vous ?""
"Aussitôt que nous l'apercevions [la bête], une paix montait en nous, un saisissement nous électrisait. L'excitation et la plénitude, sentiments contradictoires."
" Le cheminot défend le cheminot. L'homme se préoccupe de l'homme. L'humanisme est un syndicalisme comme un autre." 
Gallimard, 167 pages. Octobre 2019.

dimanche 15 mars 2020

"The End" de Zep


Pour changer j'ai lu un roman graphique de ZEP qui colle pas mal avec l'actualité même s’il ne s'agit pas ici d'une épidémie mais plutôt d'une mystérieuse substance qui serait produite par les arbres...

🌳🌳🌳

Des hommes sont retrouvés morts de façon totalement inexpliquée, en même temps de curieux champignons sont trouvés au pied des arbres.
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Un scientifique étudie ses arbres, leur mode de communication et aussi leur séquence ADN, il est persuadé que ce sont les arbres qui sont à l'origine de l'extinction des dinosaures. 
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Une idée plutôt originale même si elle tient de la science-fiction, ça m'a plu d'imaginer que les arbres pouvaient "sauver" la planète. 
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À nous de nous poser les bonnes questions sur notre attitude, nos comportements et nos habitudes...
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J'ai besoin d'adhérer au dessin pour avancer dans un roman graphique et ici j'ai bien aimé le graphisme, c'est agréable une histoire dans une lecture un peu plus rapide.
Merci à mon ado qui m'a fait découvrir ce livre. 

Rue de Sèvres, 92 pages. Avril 2018

mardi 19 février 2019

"Le garçon sauvage" de Paolo Cognetti



Pendant quelques mois, Paolo Cognetti décide d'aller vivre en montagne, éprouver la solitude, la vie d'ermite.
Il se balade beaucoup en montagne et dans la forêt, il lit, tente de faire pousser un potager, puis à l'été avec l'arrivée des vachers venus nourrir leurs bêtes d'herbe tendre, il fait des rencontres, se fait des amis.
Pendant quelques semaines il rejoindra un refuge où il fera le "cuisto" auprès des deux propriétaires.
Finalement il n'est jamais seul et ces quelques mois dans la montagne lui apprendront qu'en réalité même si la solitude était ce qu'il cherchait, il n'y arrive pas, il ne sait pas vivre seul.

C'est un récit court, émaillé de références littéraires toujours en lien avec ce qu'il est en train de vivre ; il m'a permis entre autre de découvrir la poétesse Antonia Pozzi dont j'ai beaucoup aimé les quelques poèmes trouvés dans ce livre.

Un très joli texte qui nous promène encore une fois dans la nature, dans cette montagne belle et majestueuse qui fait aussi peur qu'elle attire.
Je recommande chaudement la lecture d'un roman du même auteur "Les huit montagnes" .

"Les deux aigles se rapprochèrent, perdant un peu d'altitude, et je vis que ce n'étatisa un couple, mais un adulte et son petit. Le spectacle auquel j'assistais m'avait tout l'air d'une leçon de voltige. L'aigle répétait une manoeuvre très compliquée : il restait immobile dans les airs, porté par un courant ascendant, puis repliait brusquement ses ailes et exécutait une vrille à  l'horizontale en se laissant tomber à pic. On aurait dit le numéro d'un pilote acrobatique. Quelques mètres plus bas, il déployait ses ailes, freinant sa chute, puis finissait par reprendre le courant qui le ramenait à sa hauteur initiale. L'aiglon l'observait attentivement et je me dis que, bientôt, ce serait à lui."
10/18, 139 pages

dimanche 4 novembre 2018

"My absolute darling" de Gabriel Tallent


Nous sommes en Californie, au bord de la mer, en lisière de forêt. Julia, surnommée Turtle, a 14 ans, elle vit seule avec son père Martin. Son grand-père paternel habite près de chez eux.
Turtle va à l'école, tous les matins elle prend le bus pour s'y rendre. Elle n'a pas d'amis et rencontre apparemment de grandes difficultés dans son apprentissage.
Une de ses enseignante, Anna, tente de l'aider, mais Turtle est sauvage et solitaire et n'en fait qu'à sa tête.
Dans cette maison où elle vit avec son père, plus rien n'est entretenu, la nature a repris ses droits, mais cela n'a pas l'air de gêner ses occupants.
Il y a des armes, des cibles partout dans la maison et dans la cave il y a de quoi s'auto-suffire pendant plusieurs années. Turtle ne connait peut-être pas correctement son vocabulaire mais elle sait manipuler toutes sortes d'armes à feu, les nettoyer, les démonter et remonter. Elle en connait aussi un rayon sur la nature qui l'entoure, elle n'a peur de rien.
Elle aime son papa et aussi son papy, mais elle n'a visiblement pas encore conscience que toutes les relations qu'elle connait/vit sont tordues. La relation avec son père est très ambiguë. Il lui répète sans cesse qu'il l'aime et qu'il a besoin d'elle pour se lever tous les matins, mais il lui fait vivre un enfer en étant manipulateur, violent. On perçoit que c'est un homme d'une grande intelligence tout en étant extrêmement torturé.
Mais Turtle grandit et à 14 ans elle entre pleinement dans l'adolescence, elle va aussi faire une rencontre qui va chambouler sa vision du monde et de sa vie et de fait chambouler la vie de son père...

C'est un livre absolument époustouflant dans la manière dont le récit est conduit.
L'auteur nous prend dans ses filets dès le départ, il installe la situation, et petit à petit nous dévoile ses personnages, et plus on avance plus on est estomaqué. Il pose le décor et puis doucement, tranquillement il fait évoluer l'histoire et met ses personnages à nu.
La description psychologique des protagonistes ainsi que leur progression est magistralement menée.
Je me suis attachée à cette jeune fille tout en étant bouleversée par sa manière de vivre son histoire, de réagir. J'ai haï le père mais j'ai compris comment elle n'arrivait pas à se détacher de son influence, comment elle a continué à l'aimer malgré tout et petit à petit on la voit ouvrir les yeux.

C'est dur, c'est violent, c'est extrême et puissant.
La fin du livre se lit d'une traite, on est happé et on ne peut plus s'arrêter de tourner les pages tout en ayant les mains qui tremblent, le coeur qui bat la chamade, le souffle coupé.

Quelques notions sont clairement bien exposées notamment sur les armes à feux, sur la nature et le monde dans lequel on vit et ce que l'on en fait.

On comprend aisément pourquoi il aura fallu 8 ans à Gabriel Tallent pour écrire ce premier roman. Il nous offre un moment de lecture incroyable et intense.
J'ai énormément aimé ce livre mais ne peux malgré tout pas le mettre en coup de coeur, impossible de mettre un joli coeur rouge à côté de ce texte d'une violence physique et psychologique parfois intolérable.

A lire absolument, mais attention tout de même, âme sensible s'abstenir !
"... Si tu n'es pas convaincu que le monde va mal, papa, c'est que tu ne regardes pas autour de toi. Les cerfs, les grizzlys, les loups ont disparu. Les saumons aussi, presque. Les séquoias, c'est terminé. Des pins morts, on en trouve par bosquets entiers sur des kilomètres carrés. Tes abeilles sont mortes. Comment on a pu faire naître Julia dans un monde aussi merdique ? Dans cette dépouille putride de ce qui aurait dû être, dans ces restes à l'agonie, violés ? Comment tu veux élever une enfant en compagnie de tous ces connards égocentriques qui ont détruit et gâché le monde dans lequel elle aurait dû grandir ? ..."
Gallmeister, 454 pages.