Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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mercredi 1 avril 2020

"Le Père Goriot" de Balzac






En ces temps étranges, et surtout grâce à Titiou Lecoq que j’ai écouté sur le podcast Lebookclub, Louie Media, j’ai tout à coup eu une furieuse envie de relire le Père Goriot qui m’avait laissé un goût amer et peu de bons souvenirs dans ma jeune adolescence. 
Titiou Lecoq a su aiguiser ma curiosité au point que je me suis précipitée pour relire ce classique sitôt le podcast écouté.

J’ai (re)découvert avec un plaisir étonnant la pension Vauquer et tous les protagonistes de cette histoire.
Finalement le jeune Eugène Rastignac est un bon garçon, peut-être un des personnages le moins frivole. 

Le fameux bon père Goriot est tellement « amoureux » de ses filles qu’il accepte tout, jusqu’au pire, et même s’il semble un peu « idiot », il sait en fait très bien de quoi il retourne et n’est pas si naïf qu’il pourrait paraître.

J’ai tellement aimé plonger dans cette époque que j’aurais voulu connaître, entendre le bruit des sabots et des calèches sur les pavés, ces histoires de sous qui me fascinent, de mariages, plus ou moins arrangés et d’amants et maitresses dont tout le monde connaît les moindres petites anecdotes. 

Bon on doit tout de même avouer que la place de la femme n’est pas jolie jolie et l’image rendue est assez légère ; on dirait que toutes sont des inconsistantes, des écervelées…

Je me suis attachée aussi au personnage rugueux et rustre qu’est la dame Vauquer, malgré son manque de bienveillance et sa dureté elle est pour moi un personnage central, et tenir une pension à cette époque ne devait pas être une mince affaire. 

Et c’est mal mais le coquin de Vautrin est tout de même assez intéressant, la proposition qu’il fait à Rastignac est très habile et maligne, il aura tout de même hésiter le bougre…

Et les lettres, ah les lettres envoyées à la mère et aux sœurs, un régal, on ne peut tellement pas imaginer écrire de telles lettres de nos jours, et pourtant …. 

Bref un moment de lecture intense qui me donne envie de replonger vite dans un autre « classique » 


Le Livre de Poche, classiques.

vendredi 20 décembre 2019

"Les Indifférents" de Julien Dufresne Lamy




Après la lecture de "Jolis, jolis monstres" qui m'avait bouleversée, j'ai décidé de continuer à découvrir Julien Dufresne Lamy. Il y a eu "Boom" il n'y a pas longtemps et voici maintenant le troisième.

Justine est une ado de 13 ans lorsque sa mère la sort de son internat pour l'emmener vivre dans le bassin d'Arcachon, elle doit quitter son Alsace natale, son père, toute sa vie.
Arrivée dans le Sud-Ouest elle fait rapidement la connaissance de Théo, pour le père de qui sa mère travaille. Théo l'intègre au groupe qu'il forme avec ses amis d'enfance Léonard et Daisy, les Indifférents.
Justine va grandir et s'épanouir auprès de ses nouveaux amis, elle va découvrir une nouvelle vie, une vie de petits bourgeois dans une ville où tout le monde se connait et respecte les plus forts.

Dès le début du roman on comprend qu'un drame va se produire, c'est là, sous nos yeux, on devine sans savoir, on est fébrile, on a peur.
Peur car ils sont jeunes, fou(gueux), carnassiers, amoureux ; peur car on s'attache à ce petit groupe, peur car on ne veut pas que cela arrive.

Entre les chapitres où Justine se raconte, de très courts chapitres s'insinuent, lentement, sûrement, et nous distillent à petites doses les détails sur le drame vers lequel l'histoire tend.

C'est un roman à la fois tendre et cruel sur l'adolescence, l'amitié et l'amour. Les relations entre les garçons et les filles sont très bien rendues, on sent la tension, une ambiance presque toujours comme sur un fil de rasoir permanent, tout peut basculer à tout moment dans un sens ou un autre.
L'adolescence a ce côté franc et violent, sans concession et pourtant si fragile aussi. Et pour ne pas souffrir il faut une (bonne) carapace ou faire souffrir en premier.

C'est aussi une critique de la petite bourgeoisie locale, des privilèges accordés aux riches, des petits arrangements entre "amis", que ce soit les riches entrepreneurs, l'administration, la justice...
Il y a le poids des secrets, des non-dits, le mensonge et la veulerie pour le côté "adulte".

Malgré le soleil, les vacances et la plage Julien Dufresne Lamy ne nous montre pas une jolie face de l'être humain mais ses penchants les plus vils.
Encore un très bon moment de lecture grâce à cet auteur dont je ne doute plus, on est tenu en haleine jusqu'au bout.

Belfond, 346 pages. Février 2018

lundi 4 novembre 2019

"Bienvenue au club" et "le Cercle fermé" de Jonathan Coe



Ayant lu récemment "le coeur de l'Angleterre", qui reprend les personnages principaux de ce diptyque initial, je me suis dit que je pouvais me rafraichir la mémoire, et du coup j'ai réalisé que j'avais bien lu le premier volet il y a de nombreuses années mais que bien qu'étant en possession du second je ne l'avais pas encore découvert.

Je me suis donc replongée avec plaisir et délectation dans l'Angleterre des années 70 pour commencer et j'ai refais la connaissance de Benjamin Trotter, cet adolescent un peu coincé, timide, réservé (?) aimant la littérature et la musique autour duquel gravite un certain nombre de personnages dont Philip Chase, le meilleur copain avec lequel il veut créer un groupe de musique et qui partage sa passion de l'écriture ; Doug Anderton le fils du syndicaliste Bill Anderton, réputé dans la région et pro-actif notamment dans l'entreprise locale de voiture (dans laquelle le père de Benjamin travaille aussi) ; Sean Hardy est le trublion de service qui ne rate pas une occasion de faire des blagues, pas toujours très drôle. Claire et Cicely sont les filles du lycée à côté qui intéressent beaucoup les garçons...
Benjamin a aussi un petit frère Paul, très intelligent et qui n'a pas froid aux yeux, et une grande soeur Loïs.
Nous suivons donc cette petite troupe jusqu'à la fin du lycée pour le premier roman.
Dans le deuxième nous les retrouvons quelques années plus tard, ils sont mariés, ont des enfants et un travail... mais leurs liens sont toujours aussi forts et les ramènent souvent à leurs années lycée.
Tony Blair est maintenant au pouvoir et la guerre en Irak menace.
C'est l'heure des bilans, la quarantaine sonne et on remet en question sa vie personnelle et/ou professionnelle. On fait un petit bilan sur son histoire alors que l'Histoire de l'Angleterre elle-aussi avance.

Cette saga nous donne une belle image de l'Angleterre des années 70 jusqu'au début des années 2000, en suivant cette multitude de personnages on pénètre dans toutes les couches de la société anglaise et surtout on vit les questionnements, les conséquences, la politique locale et à plus grand niveau. C'est aussi une belle histoire d'amour, et de très belles amitiés qui survivent aux années qui passent.

Une traversée passionnante de plus de 30 années, emmenée avec fluidité par la plume de Jonathan Coe qui ne passe rien à ses personnages. C'est drôle, caustique, satirique, tellement bien mené. Je me suis régalée ☺️

"Bienvenue au club" Folio, 537 pages.
"Le cercle fermé" Gallimard, 537 pages.
Traduction de Jamila et Serge Chauvin.

mardi 26 mars 2019

"La place" de Annie Ernaux



A l'occasion du décès de son père, Annie Ernaux revient sur la vie de celui-ci, mais aussi sur la sienne et le fossé qui s'est creusé entre eux.

Les parents d'Annie étaient, comme on dit, des gens simples, ouvriers, artisans. Ils vivaient en Normandie où peu à peu ils se sont construits une vie, leur vie ; à la sueur de leur front.

Annie, elle, a pu étudier, et donc "s'élever", "faire un bon mariage"....
Plus elle s'éduquait plus elle s'éloignait de ses parents, de son père.

Elle décrit très bien le changement de "monde", les yeux qui s'ouvrent sur une vie, une vie qu'elle voit différemment. La difficulté de garder le lien, le contact malgré l'amour, car une fois que l'on est passé "de l'autre côté" c'est très compliqué de faire le chemin inverse.

On sent aussi la difficulté de ne pas juger, et malgré tout de voir qu'il y a des gens biens partout et de mauvaises gens aussi partout.... quel que soit le milieu d'où l'on vient ou celui où l'on se trouve...

Un récit court, intéressant d'un point de vue sociologique, parfois un peu dur, mais il est très difficile de juger ce que chacun vit.

Folio, 114 pages.

samedi 22 décembre 2018

"Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu

PRIX GONCOURT 2018

En 1992 Anthony a 14 ans, il est amoureux de Stéph, qui elle-même en pince pour Simon qui lui n'est jamais contre, que ça soit Stéph ou une autre.
Il y a aussi le cousin (d'Anthony), avec sa mère dépressive ; les parents d'Anthony - un père violent et alcoolique, une mère qui s'est trop longtemps tue.
Il y a Hacine, ses potes et son père.
Et tous les autres

Et puis il y a aussi la drogue, l'alcool, les fêtes, la violence, les flirts, l'amour, le chômage, l'ennui...

C'est l'Est, la région des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, des usines qui sont fermées....

De ce premier été en 1992 jusqu'à l'été de la première victoire de la France en coupe du monde, Nicolas Mathieu nous emmène à la suite d'Anthony et de ses comparses, on suit l'évolution de nos héros au fil du temps, de leurs expériences, de leurs rencontres. De la tendre adolescence au jeune adulte, les années charnières, les années de construction.

Des personnages qui nous ressemblent, des personnages que l'on a croisé, que l'on a fréquenté... d'autant plus que je suis de cette génération, de cette époque, alors forcément on s'y retrouve un peu, beaucoup.

Une magnifique chronique sociale d'une époque révolue, d'une époque où l'on parlait encore de "catégories socio-professionnelles", d'une époque sans tablettes, sans téléphone, sans internet, d'une époque où l'on se rencontrait au bal, dehors...

J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel je me suis plongée sans retenu, dans lequel je suis restée bien longtemps après avoir refermé la dernière page.
L'écriture, sans être très littéraire, est belle et agréable, l'histoire est simple, mais prenante, il n'y a pas de doute. Un très très bon moment de lecture.

Actes Sud, 426 pages.

mardi 6 février 2018

❤️ "L'enfant perdue" de Elena Ferrante


Et voilà le quatrième et dernier tome de la très célèbre saga napolitaine où l'on retrouve, non sans plaisir, les familles de Lila, Elena ainsi que tous leurs amis/ennemis/connaissances depuis l'enfance.

Nous avions laissé Lila s'installer avec Enzo de retour dans leur quartier natal et créant une entreprise d'informatique; pendant que notre narratrice (re)tombait dans les bras de son amour de jeunesse, Nino au détriment de son mariage et de sa vie de famille.

Tout en continuant sa carrière d'écrivain, Elena vit sa vie amoureuse passionnément, elle voyage énormément et passe de moins en moins de temps auprès de ses filles. Elle se pose beaucoup de questions sur les priorités qu'elle doit se donner, sur ce qu'elle veut/doit faire.
Les relations avec sa famille vont beaucoup pâtir de ses décisions.

Pendant ce temps Lila développe son entreprise tout en étant toujours à couteaux tirés avec la famille Solara.

Les relations des uns et des autres continuent d'évoluer avec le temps, l'âge, les enfants qui grandissent, mais aussi l'Italie, le monde, la politique.

Je ne peux évidemment pas trop en dire et ne peux pas résumer ce dernier volume, je ne voudrais surtout pas gâcher le plaisir de lecture des uns et des autres.
Simplement nos deux héroïnes vieillissent, et à la fin nous revenons au début du premier roman, là où tout a commencé, lorsque Rino le fils de Lila appelle Elena pour lui dire que sa mère a disparu, et c'est à ce moment qu'elle décide de raconter leur histoire.

J'aime évidemment, je l'ai dévoré.
J'aime m'attacher à ces deux femmes si différentes et en même temps si humaines, ses deux amies qui s'aiment et pourtant se jalousent, s'envient, jusqu'à se faire du mal, parfois, et pourtant toujours là l'une pour l'autre.
J'aime cette vie de quartier, une époque bien particulière, ces femmes qui viennent de si loin et font tout jusqu'au bout.
Nous ne ferions pas tous les mêmes choix, ou ne prendrions pas les mêmes décisions mais c'est ce qui rend nos personnages si vrais, si touchants.

Bref je ne peux que recommander la lecture de la fin de cette sage, une page se tourne, je suis triste de quitter mes amies napolitaines mais heureuse de les avoir connues 😊

Gallimard, 550 pages.