C'est l'histoire de la lente et douloureuse mutation d'une famille algérienne qui traverse les guerres et aléas du XXème siècle.
D'un petit paysan des montagnes de l'arrière-pays qui deviendra un homme riche grâce à ses plantations d'oliviers, via les camps français et les barres HLM des banlieues des villes françaises et jusqu'aux attentats de notre monde moderne ; c'est toute une trajectoire liée à des choix, des peurs, mais aussi et surtout à l'Histoire et ses perversions.
Ali est un petit garçon qui vit dans la montagne d'une Algérie française. En grandissant il devient, avec ses frères, entrepreneur ; ils possèdent une plantation d'oliviers qui leur permet de fabriquer de l'huile.
Au cours de la seconde guerre mondiale il se bat en Italie "pour" les français.
Sa vie est suit son cours, lentement, des enfants naissent, poussent, grandissent, jusqu'à ce que les premiers attentats secouent le pays, le FLN, l'indépendance réclamée et tout à coup ne plus savoir où l'on doit se placer, qui l'on est ; la peur qui entre en jeu, la confiance envers un peuple pour qui l'on s'est déjà battu... devenir un traitre sans le vouloir quel que soit le camp.
Et voilà Ali qui quitte l'Algérie pour protéger et sauver sa famille, ses enfants.
Une famille qui du jour au lendemain perd tout, sa maison, ses repères, sa langue, un patriarche qui devient juste un vieil homme sans plus aucun pouvoir ni autorité ; une chute violente, inattendue, impossible.
Et puis c'est Hamid, le fils ainé, né en Algérie mais qui finalement grandira en France, dans la honte des camps, dans la honte de la déchéance de son père, dans l'incompréhension de ses choix.
Mais aussi un jeune homme qui grandira en France, à l'école, loin de la religion et de sa langue maternelle. Un jeune homme qui épousera une française, une "blanche", qui sera proche du reniement de sa famille, de sa foi, de "son" pays.
Et la petite fille, née en France, mais baignée dans une culture qu'elle ne sait pas être sienne, une ambivalence compliquée, un prénom sans ambiguïté mais une langue qu'on ne sait pas parler.
La possibilité d'un retour, d'une rencontre ... ou pas.
Sur 3 générations Alice Zeniter nous emmène dans l'intimité de cette famille, mais aussi et surtout dans l'intimité de la vie de milliers de harkis, d'un peuple qui s'est retrouvé face à des choix cornéliens, qui n'est "ni...ni...", et surtout pas les deux, bref comme un immense sacrifice d'âmes humaines sur plusieurs générations avant de (re)trouver sa place.
Je partais très méfiante sur ce roman car mes premières rencontres avec Alice Zeniter n'ont pas été très réussies. Mais là je dois reconnaître qu'elle mérite son prix et pour plusieurs raisons.
Dans la société actuelle il est plutôt intéressant de rappeler ce que la France a fait dans ses "colonies", rappeler d'où certaines personnes viennent et l'importance de ne pas faire d'amagalme sur une couleur de peau, un nom ou une origine.
Finalement je ne connaissais pas grand chose de cette guerre d'Algérie et on découvre peu à peu de plus en plus de choses pas très jolies qui ont été faites pendant et après le conflit. Les promesses, les mensonges, une certaine honte.... (on peut relire
"Un loup pour l'homme" de Brigitte Giraud)
Un livre important pour l'Histoire, pour la Mémoire.