Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est relation père-fille. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est relation père-fille. Afficher tous les articles

samedi 16 novembre 2019

"Avant que j'oublie" de Anne Pauly


Dans ce premier roman très réussi, Anne Pauly se dévoile en nous livrant une partie de son intimité à un moment difficile de sa vie.
Son père vient de mourir, il faut préparer les obsèques, la cérémonie à l'église, vider la maison et faire son deuil.

Avec un style très juste et sans auto-apitoiement elle nous raconte les derniers instants à l'hôpital, la maladie et la fin de la vie du père ; ce père dont il faut faire le deuil et qu'il faut laisser partir.
Pourtant ce père a fait endurer à sa famille une vie teintée d'alcool et de violence, et malgré tout aussi d'amour et de reconnaissance. En tout cas de son point de vue à elle, car pour le frère il ne reste que la violence et l'amertume.

Avec une pointe d'humour, de la tendresse et de la finesse on passe les étapes ; il faut vider la chambre de l'hôpital, rencontrer les Pompes Funèbres, passer par la préparation de la cérémonie à l'église avec des personnes toujours très bienveillantes de la paroisse, jusqu'au petit frichti à la maison où l'on ne parle même plus du défunt, parfois sarcastique le ton est également parfois piquant, ironique et sans complaisance.

Mais lorsque l'on vide la maison de ses parents c'est aussi le moment de replonger dans ses souvenirs, de découvrir des choses que l'on ne soupçonnait pas, cela pourrait être le temps des regrets, et nécessairement il y en a mais c'est cela qui fait avancer, car c'est indécent certes mais la vie continue pour les autres.

Verdier, 144 pages. Août 2019.

mardi 26 mars 2019

"La place" de Annie Ernaux



A l'occasion du décès de son père, Annie Ernaux revient sur la vie de celui-ci, mais aussi sur la sienne et le fossé qui s'est creusé entre eux.

Les parents d'Annie étaient, comme on dit, des gens simples, ouvriers, artisans. Ils vivaient en Normandie où peu à peu ils se sont construits une vie, leur vie ; à la sueur de leur front.

Annie, elle, a pu étudier, et donc "s'élever", "faire un bon mariage"....
Plus elle s'éduquait plus elle s'éloignait de ses parents, de son père.

Elle décrit très bien le changement de "monde", les yeux qui s'ouvrent sur une vie, une vie qu'elle voit différemment. La difficulté de garder le lien, le contact malgré l'amour, car une fois que l'on est passé "de l'autre côté" c'est très compliqué de faire le chemin inverse.

On sent aussi la difficulté de ne pas juger, et malgré tout de voir qu'il y a des gens biens partout et de mauvaises gens aussi partout.... quel que soit le milieu d'où l'on vient ou celui où l'on se trouve...

Un récit court, intéressant d'un point de vue sociologique, parfois un peu dur, mais il est très difficile de juger ce que chacun vit.

Folio, 114 pages.

jeudi 14 mars 2019

"La symphonie du hasard" de Douglas Kennedy




Livre 1: Comme elle le fait régulièrement, Alice Burns rend visite à son frère Adam en prison, mais ce jour-là il lui avoue un vieux secret de famille ce qui replonge Alice vingt ans en arrière alors qu'elle est en dernière année de lycée et s'apprête à rentrer à l'université.

Alice nous transporte dans l'Amérique des années 70,  Nixon est président, il y a la guerre au Vietnam.
Son père est irlandais catholique, autoritaire, raciste, violent et un peu alcoolique, mais Alice l'adore et s'entend très bien avec lui. Sa mère est juive, irascible et agressive, malheureuse d'avoir quitté New-York pour la banlieue de Greenwich ; Alice est persuadée que sa mère ne l'aime pas.
Son frère ainé Peter est en conflit permanent avec sa famille et notamment avec le père dont il ne partage absolument pas les idées et notamment les idées politiques...
Adam, lui, aurait du devenir un grand sportif mais suite à un accident de voiture il a tout abandonné et travaille avec son père dans des mines qu'il possède au Chili, et ce au moment du coup d'état de Pinochet.
Alice va partir à l'université où elle découvrira un monde cruel tout en se prenant d'amitié pour un enseignant et d'amour pour un étudiant.
Sa vie de jeune femme démarre et elle devra faire des choix, prendre des décisions qui affecteront sa vie entière.

Livre 2 : Après une première année bien mouvementée à l'université, Alice a décidé de partir continuer ses études à Dublin au Trinity College. Elle découvre un autre monde, fermé, rigoureux, très religieux, un monde en guerre. Elle fait aussi de magnifiques rencontres et son installation dans cette nouvelle ville se fera finalement assez simplement.
Cependant certains démons du passé resurgiront pour venir chambouler cette nouvelle vie où elle avait enfin trouvé une certaine stabilité, et le "hasard" ne l'épargnera pas.

Livre 3 : Alice est retourné vivre aux États-Unis, sa famille va éclater pour trouver un épanouissement différent. Sa carrière va évoluer petit à petit, au fil de ses aventures, de ses histoires, en même temps que la grande Histoire avance elle aussi et nous mène jusqu'aux années 80 et le début du SIDA, mais aussi l'hyperconsommation et le meneur de vie qu'est devenu l'argent.

Dans l'ensemble j'ai plutôt bien aimé cette trilogie qui nous fait suivre le destin de cette jeune femme qui évolue dans un milieu intellectuel et surtout littéraire, pour finir dans une maison d'édition (le rêve !!!). Les 3 livres ne sont pas tous du même niveau selon mon goût. J'ai bien aimé le premier, moyennement le deuxième que j'ai trouvé un peu "too much" dans les évènements qui arrivent à notre héroïne, et j'ai beaucoup aimé le troisième qui est bien monté. Je me suis attachée à Alice et à ses déboires, à sa famille toxique, ses aventures littéraires...

Ici la famille est en générale pesante et plutôt nocive, avec des secrets et des relations à la limite de la perversité ; la mère n'a jamais une image très belle et est assez caricaturale dans l'ensemble, on baigne d'abord dans le milieu universitaire puis dans le milieu littéraire New-Yorkais. Les relations amoureuses ne sont pas très stables, il n'y a vraiment que l'amitié qui soit vu d'un oeil positif.

C'est la première fois que je lis Douglas Kennedy. Ce n'est pas de la grande littérature mais un bon livre avec une bonne histoire qui se déroule sur deux décennies, un peu comme une bonne série dont on s'enfile les épisodes les uns derrières les autres.
Alors je recommande pour passer un bon moment de lecture, et de détente. Une histoire attachante qui permet quelques petits retours sur l'Histoire notamment des États-unis.

Pocket, 416 pages, 368 pages, 480 pages. Traduit de l'anglais par Chloé Royer.

mardi 26 février 2019

"La chrysalide du papillon" de Dorothée Guimbal


"J'ai 20 ans et je veux une vie normale, des parents adultes et responsables. 
Est-ce trop demander ?"

Lucie est une jeune femme de 20 ans, étudiante à la fac de droit et amoureuse.
Un frère et une soeur plus jeunes vivent encore chez ses parents qui malheureusement ne savent plus ce qu'est d'être un couple.

Un jour tout bascule,
Lucie reçoit un appel qui l'informe que sa mère à tenté de mettre fin à sa vie en s'immolant par le feu, chez elle, pendant que son frère était endormi.

Va démarrer pour cette jeune femme un long cheminement de reconstruction par rapport à l'acte de sa mère et ce que tout cela implique pour elle et sa famille.
La reconstruction aussi de sa mère, grande brulée, et psychologiquement en très grande détresse.

A 20 ans qu'il est difficile de devoir devenir l'adulte, en charge, alors que l'on ne souhaite que vivre sa vie, son amour, ses études...
Se sentir abandonnée par sa mère, voir son père baisser les bras, un frère s'effondrer et une jeune soeur qui ne comprend plus rien.
Tout ça avec une famille peu aidante.

C'est un récit profond, troublant, sur le cheminement intérieur et personnel de Lucie.
On ne peut qu'être bouleversé par ce texte mais aussi par la force de caractère de cette jeune femme, par la puissance de vie qu'elle a en elle, cette détermination qu'elle a à vouloir vivre malgré tout, à être heureuse.

Un livre qui (re)donne espoir, un livre finalement lumineux malgré le noir qu'on y trouve.
Un livre qui nous raconte que la vie, la joie, le rire sont toujours (doivent toujours ?) être les plus forts.

Independently published, Amazon, 119 pages.

dimanche 4 novembre 2018

"My absolute darling" de Gabriel Tallent


Nous sommes en Californie, au bord de la mer, en lisière de forêt. Julia, surnommée Turtle, a 14 ans, elle vit seule avec son père Martin. Son grand-père paternel habite près de chez eux.
Turtle va à l'école, tous les matins elle prend le bus pour s'y rendre. Elle n'a pas d'amis et rencontre apparemment de grandes difficultés dans son apprentissage.
Une de ses enseignante, Anna, tente de l'aider, mais Turtle est sauvage et solitaire et n'en fait qu'à sa tête.
Dans cette maison où elle vit avec son père, plus rien n'est entretenu, la nature a repris ses droits, mais cela n'a pas l'air de gêner ses occupants.
Il y a des armes, des cibles partout dans la maison et dans la cave il y a de quoi s'auto-suffire pendant plusieurs années. Turtle ne connait peut-être pas correctement son vocabulaire mais elle sait manipuler toutes sortes d'armes à feu, les nettoyer, les démonter et remonter. Elle en connait aussi un rayon sur la nature qui l'entoure, elle n'a peur de rien.
Elle aime son papa et aussi son papy, mais elle n'a visiblement pas encore conscience que toutes les relations qu'elle connait/vit sont tordues. La relation avec son père est très ambiguë. Il lui répète sans cesse qu'il l'aime et qu'il a besoin d'elle pour se lever tous les matins, mais il lui fait vivre un enfer en étant manipulateur, violent. On perçoit que c'est un homme d'une grande intelligence tout en étant extrêmement torturé.
Mais Turtle grandit et à 14 ans elle entre pleinement dans l'adolescence, elle va aussi faire une rencontre qui va chambouler sa vision du monde et de sa vie et de fait chambouler la vie de son père...

C'est un livre absolument époustouflant dans la manière dont le récit est conduit.
L'auteur nous prend dans ses filets dès le départ, il installe la situation, et petit à petit nous dévoile ses personnages, et plus on avance plus on est estomaqué. Il pose le décor et puis doucement, tranquillement il fait évoluer l'histoire et met ses personnages à nu.
La description psychologique des protagonistes ainsi que leur progression est magistralement menée.
Je me suis attachée à cette jeune fille tout en étant bouleversée par sa manière de vivre son histoire, de réagir. J'ai haï le père mais j'ai compris comment elle n'arrivait pas à se détacher de son influence, comment elle a continué à l'aimer malgré tout et petit à petit on la voit ouvrir les yeux.

C'est dur, c'est violent, c'est extrême et puissant.
La fin du livre se lit d'une traite, on est happé et on ne peut plus s'arrêter de tourner les pages tout en ayant les mains qui tremblent, le coeur qui bat la chamade, le souffle coupé.

Quelques notions sont clairement bien exposées notamment sur les armes à feux, sur la nature et le monde dans lequel on vit et ce que l'on en fait.

On comprend aisément pourquoi il aura fallu 8 ans à Gabriel Tallent pour écrire ce premier roman. Il nous offre un moment de lecture incroyable et intense.
J'ai énormément aimé ce livre mais ne peux malgré tout pas le mettre en coup de coeur, impossible de mettre un joli coeur rouge à côté de ce texte d'une violence physique et psychologique parfois intolérable.

A lire absolument, mais attention tout de même, âme sensible s'abstenir !
"... Si tu n'es pas convaincu que le monde va mal, papa, c'est que tu ne regardes pas autour de toi. Les cerfs, les grizzlys, les loups ont disparu. Les saumons aussi, presque. Les séquoias, c'est terminé. Des pins morts, on en trouve par bosquets entiers sur des kilomètres carrés. Tes abeilles sont mortes. Comment on a pu faire naître Julia dans un monde aussi merdique ? Dans cette dépouille putride de ce qui aurait dû être, dans ces restes à l'agonie, violés ? Comment tu veux élever une enfant en compagnie de tous ces connards égocentriques qui ont détruit et gâché le monde dans lequel elle aurait dû grandir ? ..."
Gallmeister, 454 pages.