"Car la lecture est un singulier dialogue qui ne rêve que de pluriel, celui du désir incandescent d'échanger, de partager et de confronter ses impressions de lecture, de les dire aux autres et au monde, un désir puissant de faire circuler les oeuvres et de donner aux mots aimés l'écho le plus long et le plus lointain possible" Manuel Hirbec pour "Page"
Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.
Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?
La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...
Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !
Au plaisir de (vous) lire.
mercredi 17 octobre 2018
"Légende" de Sylvain Prudhomme
La plaine de la Crau, cette immense étendue aride, caillouteuse, balayée par le mistral ; Nell y vit depuis toujours, fils et petit-fils de berger, au gré des transhumances ; il est devenu photographe, et par dessus tout, il aime photographier cette plaine, ses cailloux, ses brebis et ses moutons.
Son ami, Matt, est anglais, il s'est établi depuis quelques années dans cette plaine, son métier à lui est d'installer des toilettes sèches publiques, mais ses passions sont la vidéo, les histoires, et c'est ainsi qu'il réalise des documentaires pour son plaisir personnel.
Une très forte amitié lie ses deux hommes. Mais voilà que Matt se prend d'intérêt pour une vieille boite de nuit qui fut le lieu de toutes les histoires dans les années 70 et 80, "La Chou" était L'ENDROIT où il fallait aller, être vu, s'amuser, sortir...
Mais en s'intéressant à ce lieu mythique Matt se trouve obligé de retracer l'histoire de deux frères, Christian et Fabien. Deux frères très différents, deux frères passionnés, deux frères jouisseurs, plein de vie, mais deux frères qui se trouvent être les cousins de Nell.
Leur amitié va-t-elle résister à la curiosité de Matt, à son intrusion dans la famille de Nell ?
Une histoire touchante, bouleversante, magnifique.
Je découvre ce jeune auteur qui sait manier la langue pour nous emmener avec pudeur dans le coeur de familles ébranlées par les aléas de la vie. On se trouve projeté dans le milieu de la fête des années 70 et 80, années encore insouciantes, où la drogue et le sexe n'étaient pas encore annonciateurs de mort.
L'arbalète gallimard, 292 pages.
jeudi 13 septembre 2018
"Impuretés" de Philippe Djian
Sur cette colline ne se trouvent que des villas luxueuses avec son contingent de starlettes, séducteurs, écrivains... mais surtout avec beaucoup de drogue, d'alcool et de sexe.
C'est dans ce milieu qu'évolue Evy un adolescent de 14 ans qui se remet à peine de la mort de sa soeur. Lisa, 18 ans, s'est noyée dans un lac suite à une soirée étrange et en présence de son frère. Celui-ci restant mutique sur le sujet est soupçonné du pire par une grande majorité de son entourage.
Cet ado, complètement paumé, doit essayer de continuer à grandir, entre une mère dépressive, ex-star de cinéma qui tente de faire son come-back et un père écrivain, ancien junkie et non moins paumé que son fils.
La mère est tour à tour méfiante, insensible, accusatrice mais jamais mère avec son propre fils, elle est beaucoup trop occupée à s'occuper de sa petite personne pour être capable de voir la détresse de son fils.
Le père, lui, est encore tellement jeune dans sa tête qu'il ne gère rien du tout et encore moins l'arrivée de son propre père, psychanalyste à la retraite, qui essaie de tout gérer....
Bref tout part à la dérive et les ados de son monde fou n'ont pas grand chose à quoi se raccrocher ; ils découvrent le sexe, l'alcool et la drogue à un âge beaucoup trop jeune et surtout de manière assez violente.
Philippe Djian nous jette dans ce milieu sordide, clinquant et brillant de l'exterieur, mais une fois que l'on est à l'intérieur on a juste la nausée en permanence....
Je ne suis pas sûre de pouvoir dire que j'ai aimé ce livre, je l'ai trouvé très dérangeant et glauque.
Gallimard, 352 pages.
dimanche 11 février 2018
"Mécaniques du chaos" de Daniel Rondeau
Un roman à plusieurs voix où l'on retrouve pêle-mêle un militaire africain qui a pris place dans l'ambassade américaine de Tripoli, un policier spécialisé dans le terrorisme, une journaliste française, un jeune africain de la banlieue, une étudiante française, un patron de la drogue toujours en banlieue, une immigrée, un diplomate-avocat turc, un diplomate français, un financier fils d'algérien immigré, une adolescente tunisienne et un archéologue.
L'archéologue est le seul qui dit "je", tous les autres sont racontés (à priori par l'archéologue).
Les histoires se mêlent, s'emmêlent et s'entremêlent, en passant de la France - ce pays où tout va mal, en perdition totale - à la Libye via la Turquie, Malte, la Tunisie ; nos protagonistes voyagent, complotent, s'organisent, se trahissent.
Au départ j'avoue que j'ai eu un peu de mal à suivre et puis petit à petit on rentre dans l'histoire, on se laisse happer par les personnages et l'engrenage de l'histoire où il est question bien sur de traffic de drogues, d'armes et d'antiquités mais tout cela pour cacher un autre traffic, celui des hommes qui partent pour le djihad, celui des hommes qui reviennent pour faire leur guerre sainte en France.
Un roman basé sur une réalité, notre réalité.
Il y a des rappels de ce que nous avons vécu, connu, et puis il y a la fiction qui n'est jamais bien loin mais qui aurait tout aussi bien pu être réelle.
On suit la montée en puissance des engagements de chacun, la bascule.
Il y a tout de même une petite note d'espoir, tout le monde n'est pas "fichu".
Une histoire intéressante servie par une écriture travaillée et agréable.
C'est dense, puissant.
Mon tout petit bémol peut-être serait l'histoire personnelle de notre archéologue et de son lien particulier à Rim la jeune adolescente qu'il a recueilli. J'avoue toujours me sentir mal à l'aise dans ce genre de relation où finalement on ne sait pas trop bien ce qu'il en est mais l'âge des protagonistes me pose problème.
"Hagards, hébétés, brûlés par le soleil et le sel mais tremblants de froid, giflés à chaque instant par des paquets de mer, les voyageurs se sont blottis les uns contre les autres. Ils chiaient tous dans leurs culottes. La peur. L'odeur de la merde était devenue plus forte que celle de la mer. Beaucoup essayaient encore de croire qu'ils allaient bientôt quitter leur radeau en caoutchouc et poser le pied sur la terre d'Europe, ce n'était qu'une question de patience. Il fallait encore un peu de courage. Certains priaient à voix haute. Tous ceux qui ne pleuraient pas."
"L'homme que j'avais en face de moi était armé d'un pouvoir de vie et de mort dans un monde qu'il simplifiait à l'extrême, aussi déterminé à tuer qu'à mourir. Très à l'aise, apparemment, dans cette violence binaire."
"Il avait soufflé au commandant Moussa l'idée de vendre sur le marché parallèle des statues ou des mosaïques de Leptis Magna. L'État islamique débitait et écoulait chaque jour des pièces du patrimoine syrien et irakien en même temps qu'il dynamitait des sites prestigieux sous le regard de ses caméras de propagande."
Grasset, 458 pages.


