Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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jeudi 6 août 2020

"Honoré et moi" de Titiou Lecoq

Au collège je découvre Balzac en lecture obligatoire avec « Le Père Goriot ».

Autant dire qu’à l’époque j’ai détesté et que j’en avais gardé un souvenir terrible et peu engageant sur une exploration plus poussée de l’auteur.

 

 

Et puis récemment je repère sur les réseaux sociaux le livre de Titiou Lecoq, « Honoré et moi », la couverture m’intrigue par sa couleur, par la photo de Balzac ; les éloges que je lis sur ce texte m’interpellent encore plus, puis j’écoute un entretien avec l’auteur, et le ton et les mots qu’elle utilise titillent encore plus ma curiosité, me voilà prête pour une jolie rencontre  ! 

 

 

Les aléas du temps et le hasard font que je relis « Le Père Goriot » avant, et bien entendu j’apprécie beaucoup plus cette lecture à sa juste valeur (on nous fait lire des choses pas toujours adaptées à notre maturité au collège…), donc quand enfin je reçois ce joli livre orange je me précipite !

 

 

Quelle magnifique et belle surprise !


Titiou Lecoq nous emmène à la rencontre de Balzac, le vrai, l’infortuné, le malchanceux, l’homme d’affaire raté, l’amant amoureux éternel, des chicots plein la bouche, le ventre bedonnant, le cheveux gras, aimant les objets rares et beaux, aimant la richesse, l'argent, sa mère (pas toujours).

Honoré qui pourrait passer pour un homme comme les autres ne l’est vraiment pas, en plus d’être un génie littéraire, il a été un génie du ratage, un génie de la vie. 

Titiou Lecoq nous le fait aimer tellement fort qu’on voudrait pouvoir le rencontrer, le regarder s’agiter, on voudrait l’aider, le conseiller. 

Un homme attachant, émouvant, un texte drôle et enlevé, un récit à lire parce que le soustitre aussi est merveilleux et veut tout dire,

« parce qu’il a réussi sa vie en passant son temps à la rater, Balzac est mon frère. » 


L'Iconoclaste, 295 pages. Octobre 2019

mercredi 29 avril 2020

❤️❤️❤️ "La peste" de Albert Camus



"... l'habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même. "


Il y a quelques années j’ai trouvé chez un bouquiniste de rue un exemplaire de la Peste, édité au cours des années 60, je le gardais précieusement de côté mais depuis quelques mois je l’avais ressorti pour le mettre en haut de ma Pile-à-Lire et finalement au vu de la situation je me suis dit qu’il était temps.


Chroniquer « La peste » n’est vraiment pas aisé…
Je me sens toute petite face à ce monument de la littérature et je trouve difficile de devoir écrire à son sujet. J’ai beaucoup repoussé ce moment me demandant même si cela était nécessaire ; mais c’est un livre que j’ai lu, un livre qui m’a beaucoup plu donc je vais en parler, le plus humblement possible, et sûrement très mal, pardonnez-moi d’avance !


Oran, des rats meurent, dans les immeubles, dans les rues, des dizaines puis des centaines et rapidement les hommes sont touchés. On n’ose prononcer ce mot affreux de « peste » mais c’est bien d’elle dont il s’agit.

"Par conséquent, il importe peu que vous l'appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous l'empêchiez de tuer la moitié de la ville."

Et puis la ville est mise en confinement, elle est fermée, on ne peut plus ni entrer ni sortir, c’est le début de l’exil. 


On suit le docteur Rieux, qui pourrait aujourd’hui être associé à un lanceur d’alerte, car il comprend vite de quoi il s’agit et se bat avec la préfecture pour faire appliquer les règles strictes liées à une épidémie.
Petit à petit le nombre de malades et surtout de morts va augmenter et la ville va devoir s’organiser pour gérer cette situation au mieux. Les écoles sont réquisitionnées, ainsi que les stades, tout espace qui peut être utilisé pour être transformé soit en hôpital soit en lieu de quarantaine.
La résistance ( ! ) se met en place aussi autour du Docteur Rieux, notamment avec Tarrou et Rambert qui se battront jusqu’au bout pour aider leurs prochains.


Bien sûr Camus a écrit ce livre peu de temps après la seconde guerre mondiale et tout le monde sait qu’il fait une belle analogie entre la peste et le nazisme. On peut retrouver assez facilement les parallélismes et associations d’idées qui sont d’ailleurs souvent très intelligentes et surtout très bien représentés.
Cependant, sans le savoir, il a aussi écrit une vraie belle description d’une épidémie, voire même d’une pandémie si l’on compare Oran à notre humanité. 
Certains passages sont tellement d’actualité que c’en est troublant. Il y a tant de situations que l’on peut appliquer à ce que notre monde vit aujourd’hui, tant de situations que nous comprenons tous, malheureusement.


J’ai énormément apprécié ce livre, pour sa lecture à deux niveaux, pour la finesse de l’auteur, celle de Rieux et de ses amis Tarrou et Rambert dont les motivations initiales sont assez différentes mais qui finalement se rejoignent dans leur humanité.
 Je me suis attachée à ces personnages (malgré l’absence cruelle des femmes …)

"C'est que rien n'est moins spectaculaire qu'un fléau et, par leur durée même, les grands malheurs sont monotones. Dans le souvenir de ceux qui les ont vécues, les journées terribles de la peste n'apparaissent pas comme de grandes flammes somptueuses et cruelles, mais plutôt comme un interminable piétinement qui écrasait tout sur son passage."  
"Nos concitoyens s'étaient mis au pas, ils s'étaient adaptés, comme on dit, parce qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement. Ils avaient encore, naturellement, l'attitude du malheur et de la souffrance, mais ils n'en ressentaient plus la pointe." 
"... l'habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même. "
"Rieux secoua la tête avec son mouvement habituel, et dit que c'était l'affaire de Rambert, que ce dernier avait choisi le bonheur et que lui, Rieux, n'avait pas d'arguments à lui opposer. Il se sentait incapable de juger de ce qui était bon ou de ce qui était mal en cette affaire."
"Tarrou avait perdu la partie, comme il disait. Mais lui, Rieux, qu'avait-il gagné ? Il avait seulement gagné d'avoir connu la peste, et de s'en souvenir, d'avoir connu l'amitié et de s'en souvenir, de connaître la tendresse et de devoir un jour s'en souvenir. Tout ce que l'homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie c'était la connaissance et la mémoire. Peut-être était-ce cela que Tarrou appelait gagner la partie ? "
"... et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser."  
Gallimard, 332 pages. 1947

jeudi 9 avril 2020

"Les Rougon-Macquart" de Emile Zola - "La Fortune des Rougon"



Dans mon adolescence j’avais lu quelques romans de Zola et même si je n’ai pas exactement en mémoire les histoires et le texte, je me souviens en revanche très bien des sensations.
Je me souviens que j’avais aimé la langue avec laquelle on me racontait l’histoire, j’avais aimé – plus que ça même- l’ambiance dans laquelle je me trouvais, j’avais aimé les péripéties et aventures si vraies et je m’étais attachée aux personnages dont j’ai encore certain en mémoire….
Cela fait un petit moment que je souhaitais me (re)plonger dans cette gigantesque œuvre littéraire, et pour me motiver je m’étais offert le premier tome de la Pléiade de Zola !

Alors voilà, j’ai attaqué les Rougon-Maquart avec « la Fortune des Rougon », ce n’est surement pas le meilleur mais il a le mérite de poser les bases de la famille et de comprendre d’où l’on part.
Nous sommes à Plassans petite commune du Sud de la France, les quartiers sont bien séparés en fonction de la classe sociale des habitants et certains auraient bien envie d’évoluer et de changer de quartier. 
Le livre démarre au moment du coup d’état de décembre 1851 par Louis Napoléon-Bonaparte qui met fin à la deuxième République et va être à l’origine du Second Empire sous lequel se déroule toute cette saga familiale.

Pour mémoire, Adélaïde Fouque – dite Tante Dide – est à l’origine de cette grande famille, elle a d’abord épousé Rougon avec lequel elle a eu un fils Pierre, puis elle a eu pour amant Macquart qui lui donnera Antoine et Ursule. Bien entendu les demi-frères/sœur ne vont pas s’entendre.
Pierre et son épouse Félicité n’auront de cesse toute leur vie de tenter de devenir riche, tous les moyens sont bons mais c’est seulement à un âge tardif et donc à l’occasion de se coup d’état qu’ils vont enfin voir leurs vœux se réaliser et notamment grâce à l’aide de leur fils ainé, Eugène, qui se trouve à Paris et leur envoie des informations sur l’évolution de la situation et l’attitude à avoir.

L’histoire de cette famille est traversée par ce coup d’état et les rebelles révolutionnaires qui ne veulent pas abandonner leur chère République, mais aussi par la très jolie histoire d’amitié amoureuse entre Silvère (un neveu de Pierre Rougon) et Miette. Ces deux jeunes adolescents sont miséreux mais forts, vifs et ambitieux avec toute leur naïveté enfantine.

Dans ce premier roman Emile a mis en branle l’histoire de la famille Rougon-Macquart, nous pouvons déjà dessiner son arbre généalogique.
J’ai adoré me replonger dans cette époque si bien écrite et si bien rendue, je ne sais pas ce qui fait que dans l’écriture de Zola je me sens chez moi, je me sens bien et avide de savoir.
Je vais patienter un peu avant de lire le suivant mais j’ai déjà hâte de m’y remettre !


La Pléiade, 312 pages. 1871

mercredi 1 avril 2020

"Le Père Goriot" de Balzac






En ces temps étranges, et surtout grâce à Titiou Lecoq que j’ai écouté sur le podcast Lebookclub, Louie Media, j’ai tout à coup eu une furieuse envie de relire le Père Goriot qui m’avait laissé un goût amer et peu de bons souvenirs dans ma jeune adolescence. 
Titiou Lecoq a su aiguiser ma curiosité au point que je me suis précipitée pour relire ce classique sitôt le podcast écouté.

J’ai (re)découvert avec un plaisir étonnant la pension Vauquer et tous les protagonistes de cette histoire.
Finalement le jeune Eugène Rastignac est un bon garçon, peut-être un des personnages le moins frivole. 

Le fameux bon père Goriot est tellement « amoureux » de ses filles qu’il accepte tout, jusqu’au pire, et même s’il semble un peu « idiot », il sait en fait très bien de quoi il retourne et n’est pas si naïf qu’il pourrait paraître.

J’ai tellement aimé plonger dans cette époque que j’aurais voulu connaître, entendre le bruit des sabots et des calèches sur les pavés, ces histoires de sous qui me fascinent, de mariages, plus ou moins arrangés et d’amants et maitresses dont tout le monde connaît les moindres petites anecdotes. 

Bon on doit tout de même avouer que la place de la femme n’est pas jolie jolie et l’image rendue est assez légère ; on dirait que toutes sont des inconsistantes, des écervelées…

Je me suis attachée aussi au personnage rugueux et rustre qu’est la dame Vauquer, malgré son manque de bienveillance et sa dureté elle est pour moi un personnage central, et tenir une pension à cette époque ne devait pas être une mince affaire. 

Et c’est mal mais le coquin de Vautrin est tout de même assez intéressant, la proposition qu’il fait à Rastignac est très habile et maligne, il aura tout de même hésiter le bougre…

Et les lettres, ah les lettres envoyées à la mère et aux sœurs, un régal, on ne peut tellement pas imaginer écrire de telles lettres de nos jours, et pourtant …. 

Bref un moment de lecture intense qui me donne envie de replonger vite dans un autre « classique » 


Le Livre de Poche, classiques.

dimanche 11 août 2019

"Adolphe" de Benjamin Constant



Adolphe est un jeune homme oisif, qui s'ennuie, il observe ses compagnons avoir de jolies histoires d'amour et pour s'occuper - se mettre un défi -, il décide de séduire Ellénore qui est la maitresse officielle de Monsieur P. et la mère de ses deux enfants.
Après lui avoir fait la cour Adolphe fini par obtenir les faveurs d'Ellénore qui décide de tout abandonner, amant et enfants, pour partir avec lui.
Cependant Adolphe n'est pas réellement amoureux d'Ellénore et très rapidement la vie à deux est pour lui une réelle contrainte. Ellénore lui repproche son manque d'amour... et lui veut sans cesse la quitter mais ne passe pas à l'action car il est en même temps lâche et se sent coupable.

Que va donc faire Adolphe ? Doit-il abandonner Ellénore pour être heureux et se donner la chance d'être amoureux, doit-il rester près d'elle coûte que coûte pour honorer ses promesses ?

J'ai bien aimé ce court roman classique que je n'aurais jamais découvert sans les recommandations du podcast des bibliomaniacs.
En revanche je n'ai peut être pas tout à fait le même ressenti que la majorité des lecteurs. Adolphe est un jeune homme un peu fat et ennuyeux, sa jeunesse ne lui rend pas vraiment service mais malgré cela il reste ou revient toujours vers Ellénore, est ce de la pitié, est ce un manque de courage, un jeu ? On a parfois l'impression que c'est lui la "victime".
D'un autre côté j'ai le sentiment que c'est Ellénore qui est inconséquente, c'est elle qui a l'expérience, elle a une bonne "place" dans la société, son amant la lui a donné, elle est bien entourée et heureuse. Cependant elle se laisse séduire et surtout elle quitte tout pour ensuite être beaucoup dans la plainte, la lamentation et le reproche.
Un texte vraiment intéressant, encore très moderne bien qu'écrit au début du 19ème siècle, on suit cet affrontement de couple sans savoir comment les deux protagonistes finiront pas sortir de leur propre piège.
C'est Adolphe qui nous parle et nous raconte son histoire, est-il absolument sincère ?
«…mais du reste, toutes les femmes, aussi longtemps qu’il ne s’agissait pas de les épouser, lui paraissaient pouvoir, sans inconvénient, être prises, puis être quittées ; et je l’avais vu sourire avec une sorte d’approbation à cette parodie d’un mot connu : « Cela leur fait si peu de mal, et à nous tant de plaisir ! »

« Quiconque aurait lu dans mon cœur, en son absence, m’aurait pris pour un séducteur froid et peu sensible ; quiconque m’eût aperçu à ses côtés eût cru reconnaître en moi un amant novice, interdit et passionné. L’on se serait également trompé dans ces deux jugements : il n’y a point d’unité complète dans l’homme, et presque jamais personne n’est tout à fait sincère ni tout à fait de mauvaise foi.»