Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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samedi 22 décembre 2018

"Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu

PRIX GONCOURT 2018

En 1992 Anthony a 14 ans, il est amoureux de Stéph, qui elle-même en pince pour Simon qui lui n'est jamais contre, que ça soit Stéph ou une autre.
Il y a aussi le cousin (d'Anthony), avec sa mère dépressive ; les parents d'Anthony - un père violent et alcoolique, une mère qui s'est trop longtemps tue.
Il y a Hacine, ses potes et son père.
Et tous les autres

Et puis il y a aussi la drogue, l'alcool, les fêtes, la violence, les flirts, l'amour, le chômage, l'ennui...

C'est l'Est, la région des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, des usines qui sont fermées....

De ce premier été en 1992 jusqu'à l'été de la première victoire de la France en coupe du monde, Nicolas Mathieu nous emmène à la suite d'Anthony et de ses comparses, on suit l'évolution de nos héros au fil du temps, de leurs expériences, de leurs rencontres. De la tendre adolescence au jeune adulte, les années charnières, les années de construction.

Des personnages qui nous ressemblent, des personnages que l'on a croisé, que l'on a fréquenté... d'autant plus que je suis de cette génération, de cette époque, alors forcément on s'y retrouve un peu, beaucoup.

Une magnifique chronique sociale d'une époque révolue, d'une époque où l'on parlait encore de "catégories socio-professionnelles", d'une époque sans tablettes, sans téléphone, sans internet, d'une époque où l'on se rencontrait au bal, dehors...

J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel je me suis plongée sans retenu, dans lequel je suis restée bien longtemps après avoir refermé la dernière page.
L'écriture, sans être très littéraire, est belle et agréable, l'histoire est simple, mais prenante, il n'y a pas de doute. Un très très bon moment de lecture.

Actes Sud, 426 pages.

mardi 27 février 2018

❤️❤️❤️ "Au revoir là-haut" de Pierre Lemaitre


PRIX GONCOURT 2013

C'est la fin de la première guerre mondiale et encore dans les tranchées, Edouard et Albert font connaissance d'une manière assez particulière mais qui va les lier l'un à l'autre pour toujours.

Albert est un pauvre garçon, élevé par une maman seule, il n'est pas très courageux ni vaillant même si c'est plutôt un bon gars qui voudrait bien vivre une petite vie tranquille, pépère.

Edouard est né avec une cuillère en argent dans la bouche mais pas comme son père l'aurait voulu. Edouard est un artiste, un sensible, il est différent et il profite de cette fin de guerre pour "disparaitre" et ne pas retourner chez lui.

Albert va s'occuper de lui, le suivre, l'écouter, et ensemble ils vont monter une terrible arnaque.

En parallèle, il y a la famille d'Edouard, avec Madeleine sa soeur et Mr Marcel Péricourt, son père, industriel et banquier.
Madeleine va faire un étrange mariage, avec un homme beau mais sans scrupule qui lui aussi profitera de l'après guerre pour monter une arnaque encore plus terrible. Cet homme est étroitement lié au passé d'Albert et d'Edouard et surtout à leurs malheurs.

Magistralement organisé et écrit, ce roman (que vous avez surement déjà tous lu !) est en même temps un message d'espoir (avec Albert), de tentative de reconstruction après cette terrible guerre.
Les malversations organisées sont terribles et en même temps on se prend d'amitié en particulier pour ce couple farfelu que forme Edouard et Albert.
Henri Pradelle lui est nettement moins excusable et plus facilement détestable.

J'ai beaucoup aimé ce roman, je me suis attachée à Albert qui bien que simple est d'une gentillesse incroyable et semble très doux. Je n'arrive pas à quitter cette atmosphère très particulière que l'auteur a su créer et dans laquelle je me suis glissée sans aucune difficulté.

Un livre bien agréable après les deux précédents.

J'ai hâte de voir le film et de lui le deuxième roman.

Albin Michel, 576 pages.

mercredi 23 novembre 2016

"Chanson douce" de Leïla Slimani



Bon alors me voilà bien embêtée, perplexe, déçue ?!
J'ai beaucoup, beaucoup entendu parler de ce livre, le Goncourt 2016, et j'étais particulièrement impatiente de le lire, peut-être trop....

Pour mémoire, dès le début du livre on apprend que la nounou a tué les deux enfants dont elle avait la charge, puis le livre retrace l'histoire de l'arrivée de Louise (la nounou) dans la famille de Myriam, Paul, Mila et Adam.

Je m'attendais à découvrir l'évolution de la nounou, l'évolution des relations avec la famille, les parents et les enfants, découvrir que tout peut basculer sans que rien ne soit prévisible. Je m'attendais à un vrai thriller psychologique, un peu à du David Vann mais il n'y a aucune dynamique psychique...

Et là est peut-être ma déception, finalement j'ai trouvé que la nounou était "spécial" dès le début, lorsqu'on parle d'elle seule, sans la famille, on voit tout de suite qu'elle est timbrée et qu'elle n'a pas eu une vie facile sans pour autant que ça soit approfondi, poussé.
J'ai regretté qu'il n'y ai pas une réflexion plus avancée sur ce personnage. J'ai trouvé les parents inintéressants, je n'ai pas réussi à m'attacher, être empathique. Même les enfants je ne les ai pas trouvé attachant. C'est fade et ennuyeux, même l'écriture est ultra-décevante.

Bref je suis complètement passé à côté de ce livre à priori, pas réussi à retrouver tout ce que j'en avais entendu, et pour avoir lu pas mal de livres de la rentrée littéraire il me semble que d'autres auraient largement mieux mérité le prix Goncourt... mais ce n'est que mon opinion. Mais quand même lorsque l'on compare à l'écriture de Gaël Faye pour "Petit pays" ou le petit trésor littéraire de Elisa Shua Sapin pour "Hiver à Sokcho" on se demande quel est le vrai jeu/objectif de ce prix....

A bon entendeur...

dimanche 14 août 2016

❤️❤️❤️ "La vie devant soi" de Romain Gary


GONCOURT 1975

Un classique que je découvre.
J'avais déjà lu "La promesse de l'aube" que j'avais beaucoup aimé ; dans un tout autre style, Romain Gary nous livre ici une histoire touchante, attachante, drôle.

Mohammed, dit "Momo", vit chez Madame Rosa, une juive polonaise qui fut enfermée à Auschwitz.
Après avoir raccroché de son métier de prostitué, elle s'occupe dorénavant des enfants de ses anciennes collègues.
Momo raconte sa vie chez Madame Rosa, avec ses doutes, ses questions, mais aussi et surtout avec sa tendre et fidèle amitié pour celle qu'il considère comme une mère.

Romain Gary a choisi d'écrire son livre en se mettant complètement dans la peau de son personnage, un gosse de 10 ans (en fait 14 ans) sans éducation, pensant être arabe et musulman, un gosse plein de bonté et d'humour, qui déforme la langue française à sa guise, à son envie, à sa compréhension, ce qui donne un langage d'une drôlerie absurde et totalement cocasse et charmant à la fois. L'auteur crée une langue parlée familière sans être argotique où Momo modifie les mots, la grammaire, la langue française. On accroche totalement, on suit Momo pas à pas, en vivant ses émotions, sa tendresse.

A lire et à faire lire à nos ados !!

Quelques extraits :
"Bien sûr elle n'était jamais tout à fait tranquille la dessus car pour ça il faut être mort. Dans la vie c'est toujours la panique. "
"Lorsqu'on s'occupe des enfants il faut beaucoup d'anxiété, docteur, sans ça ils deviennent des voyous."
"[...] - c'est pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur, Momo -  ça, j'ai jamais oublié parce que c'est la chose la plus vraie que j'ai jamais entendue."
"Quand on lui amenait un nouveau pour quelques jours ou à la petite semaine, Madame Rosa l'examinait sous tous rapports, mais surtout pour voir s'il n'était pas consterné. [...] c'est comme s'ils étaient pas de ce monde [les enfants consternés] et c'est pour ça qu'on les appelle les antiques."
"Je ne sais pas du tout de quoi Madame Rosa pouvait bien rêver en général. Je ne vois pas à quoi ça sert de rêver en arrière et à son âge elle ne pouvait plus rêver en avant."
"Elle n'avait pas de taille et les fesses chez elle allaient directement aux épaules, sans s'arrêter. Quand elle marchait, c'était un déménagement."
"Le moins que j'ai compris, c'est lorsqu'il m'a dit que Madame Rosa était trop tendue et qu'elle pouvait être attaquée d'un moment à l'autre."
"Monsieur Soko a lui-même des enfants qu'il a laissé en Ivoire, parce qu'il a là-bas plus de femmes qu'ici. Je savais bien que je n'avais pas le droit de trainer dans un débit d'ivresse publique sans mes parents..." 

mercredi 25 mai 2016

❤️❤️❤️ " Boussole " de Mathias Enard


GONCOURT 2015

Au cours d'une longue nuit d'insomnie, le musicologue franco-autrichien Franz Ritter, qui vient d'apprendre qu'il est très malade, se remémore une partie de sa vie. Une partie de vie qu'il a passé en Orient, entouré d'orientalistes européens dont Sarah, une française passionnée et apparemment "passionante" - qui travaille notamment sur sa thèse dont le thème est "les images et représentations de l'Orient" - , Gilbert de Morgan le maître de thèse de Sarah, Marc Faugier qui fait une étude sur la prostitution et le sexe en Orient, et tant d'autres.
Ainsi en suivant Franz on se plonge dans les rues de Vienne, d'Istanbul, d'Alep, de Damas et Téhéran; sur les chemins des premiers orientalistes partis à la découverte de cette incroyable partie du monde, telle Annemarie Schwarzenbach - écrivaine, journaliste et aventurière suisse - et Marga d'Andurain - aventurière française, propriétaire de l'hôtel Zénobie à Palmyre.
On écoute Schubert, Schumann, les "Kindertotenlieder" de Mahler, Nazeri, Shahnam, on lit les poètes Hafez et Rumi...

Je pense qu'il n'est pas faux de dire que ce livre n'est pas à la portée de tout le monde, il faut être posé, au calme, pour en faire la lecture, avoir du temps devant soi.
Mathias Enard nous livre toute son érudition dans de grandes phrases, parfois très longues ; il utilise un vocabulaire très riche et si l'on est curieux on apprend beaucoup de choses, de mots de cette merveilleuse langue. Cependant l'histoire est passionnante et il m'est arrivé à plusieurs occasions d'avoir des fou-rire, il sait mélanger les différents registres de langue en passant du langage soutenu au langage familier facilement, un vrai plaisir de lecture de la "langue française" !

Lorsqu'il nous parle d'Istanbul :
"Il décrit, subjugué, cette succession de monuments, de palais, de villages, la puissance de ce site qui me frappait moi aussi en plein et me remplissait d'énergie, tant cette ville est ouverte, une plaie marine, une faille où la beauté s'engouffre ; se promener dans Istanbul était quel que soit le but de l'expédition, un déchirement de beauté dans la frontière - que l'on voit Constantinople comme la ville la plus à l'est de l'Europe ou la plus à l'ouest  de l'Asie, comme une fin ou un commencement, comme une passerelle ou une lisière, cette mixité est fracturée par la nature et le lieu y pèse sur l'histoire comme l'histoire elle-même sur les hommes."

Franz avec un peu de culpabilité nous raconte son expérience de l'opium :
"L'opium était, dans notre imaginaire, tellement associé à l'Extrême-Orient, à des chromos de chinois allongés dans des fumeries qu'on en oubliait presque qu'il était originaire de Turquie et d'Inde et qu'on l'avait fumé de Thèbes à Téhéran en passant par Damas, ce qui, dans mon esprit, aidait aussi à éloigner l'appréhension : fumer à Istanbul ou Téhéran c'était retrouver un peu l'esprit du lieu, participer d'une tradition que nous connaissions mal et remettre au jour une réalité locale que les clichés coloniaux avaient déplacé ailleurs. [...]... je n'en sens plus mes poumons [...] à ma grande honte, je ne ressens rien d'autre que la disparition de mon appareil respiratoire, une grisaille de l'intérieur, on m'a noirci la poitrine au crayon à papier. [...] ... j'avais l'impression que mes considérations étaient comme le Bosphore - un bel endroit entre deux rives, mais qui, au fond, n'était que  de l'eau, pour ne pas dire du vent."
Il nous ramène parfois à la difficile réalité du moment, notamment lorsqu'il nous parle des djihadistes brûlant des tambours et des trompettes, ceux-là même qui donnaient l'alerte sur l'arrivée des janissaires turcs et que les francs ont copié :
"[...] et aucune image ne représente mieux la terrifiante batailles que les djihadistes livrent en réalité contre l'histoire de l'Islam que ces pauvres types en treillis, dans leur bout de désert, en train de s'acharner sur de tristes instruments martiaux dont ils ignorent la provenance."
ou encore :
" [...] mais on ne peut pas dire que Dieu donne le meilleur de lui-même ces temps-ci - les orientalistes non plus - j'entendais un spécialiste du Moyen-Orient préconiser qu'on laisse partir tous les aspirants djihadistes en Syrie [...] ils mourraient sous les bombes ou dans des escarmouches [...] . Il suffisait juste d'empêcher les survivants de revenir. [...] peut-on raisonnablement envoyer nos régiments de barbus se venger de l'Europe sur des populations civiles innocentes de Syrie et d'Irak [...]. Pratique, certes, mais pas très éthique."
On retrouve aussi ce que nous lisions déjà chez Delphine Minoui à propos de la jeunesse iranienne, jeunesse qui montre bien le fossé existant entre la société iranienne et la classe intellectuelle :
"Cette différence si iranienne entre le biroun et l'andaroum, l'intérieur et l'extérieur de la maison, le privé et le public [...] était poussée à l'extrême par la République islamique. On entrait dans un appartement ou une villa du nord de Téhéran et on se retrouvait soudain au milieu d'une jeunesse en maillot de bain qui s'amusait, un verre à la main, autour d'une piscine, parlait parfaitement anglais, français ou allemand et oubliait dans l'alcool de contrebande et le divertissement, le gris du dehors, l'absence de futur au sein de la société iranienne."
Franz nous parle de la virulence de l'identité plaquée par l'autre et prononcée telle une condamnation ; on lui a "imposé" d'être chrétien parce que blanc en Iran, on lui a "imposé" d'être allemand parce que blanc une fois encore et en présence d'un iranien-nazi souhaitant à tout prix rencontrer un allemand, on a "imposé" à Sarah une judaïté à cause de son nom, ainsi il dénonce cette assujettissement à une identité posé par un jugement :
"Il est étrange de penser qu'aujourd'hui en Europe on pose si facilement le nom de "musulman" sur tous ceux qui portent un patronyme d'origine arabe ou turc. La violence des identités imposées... "

Mathias Enard nous apprend aussi que c'est Halil Sherif Pasha dit "Halil Bey", un diplomate ottoman-égyptien - futur ministre des affaires étrangères à Istanbul - qui passa commande auprès de Gustave Courbet, de deux toiles très spéciales, "le Sommeil" où l'on voit deux femmes endormies enlacées, ainsi que "L'origine du monde", toile bien connue. C'était un grand collectionneur d'art et outre ses deux toiles il en commanda de nombreuses autres à de nombreux artistes dont Ingres (Le bain turc), Delacroix, Corot...

Pour finir et non pas pour vous effrayer une liste non-exhaustive des mots découverts (le challenge serait de retenir leur signification et de savoir les réutiliser ! ) : allogène, almé, altique, aporie, atrabilaire, biffin, bombarde, boutre, cantilène, chromo, climatère, douçaine, gamelan, herméneutique, heuriger, houri, librettiste, jusant, lusaphone, mélisme, monodie, ostinato, parousie, prébende, rhyton, roumi, sigillé, spécieux, sybarite, téléologie, tell, thébaïque, théosophique, thériaque, tiré-à-part, uniate, zarb, zilzr

dimanche 3 avril 2016

" Un aller simple " de Didier van Cauwerlaert


GONCOURT 1994

Aziz est arrêté par la police, avec de faux papiers... Le gouvernement veut faire de lui un exemple, le renvoyer dans son pays d'origine avec un "attaché humanitaire" qui doit l'aider à se réinsérer dans son pays, dans son village.

Sous ce prétexte, Didier van Cauwelaert, nous propose un voyage initiatique dans l'Atlas avec ce jeune Aziz (19 ans) et son "attaché" ainsi que Valérie, une guide trouvée sur place.
Une drôle d'amitié va se nouer entre Aziz, le jeune arabe encore au début de sa vie et Jean-Pierre, un brillant haut fonctionnaire, sous le regard de Valérie que plus rien ne touche.

L'histoire est brillamment menée et l'interaction entre les 3 personnages très surprenantes. La rencontre se fait pour chacun d'entre eux à un moment particulier de leur vie, où finalement chacun n'a plus rien à perdre et est prêt à aider l'autre. Mais qui sont-ils réellement ?

C'est joli et doux, un petit conte qui fait du bien. On voyage dans l'Atlas, le sable du désert, la neige des hautes montagnes, et les fonderies de Lorraine... avec toujours une très belle écriture, émouvante et touchante.

A lire !