Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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dimanche 19 septembre 2021

❤️❤️❤️ "Enfant de Salaud" de Sorj Chalandon

 



Ah je l’attendais celui-là !!

Je ne pouvais tout simplement pas passer à côté. 


Pour moi c’est une réussite absolue ; du grand, du très grand Chalandon !

 

 

Il mêle ici l’Histoire à celle de son père, et donc à la sienne, à ses origines.

 

 

Tout en étant chroniqueur judiciaire à l’occasion du procès de Klaus Barbie à Lyon en 1987, il fait l’analyse du casier judiciaire de son père ; casier ouvert pendant la seconde guerre mondiale après qu’il eut été accusé de trahison à la patrie.

En effet le père « n’était pas du bon côté » selon les dires du grand-père, il aurait porté l’uniforme allemand, Sorj serait donc « un enfant de salaud ». 

 

 

Après nous avoir conté la mythomanie de son père dans « Profession du père », Sorj Chalandon tente de débroussailler tout ce que son père a pu dire, raconter, pour tenter d’entrapercevoir un bout de la vérité sur ce qu'il a vraiment été, sur ce qu'il a réellement fait durant cette guerre.


C'est l'occasion d'en apprendre plus sur le procès de Barbie, sur les témoignages, la rafle des enfants d'Izieu. On est plongé dans le côté sombre de Lyon pendant l'occupation.


Sorj Chalandon se dévoile beaucoup en parlant de son père. Père qui était effectivement présent à ce procès, mais il utilise ce roman pour inventer une confrontation avec ce qu'il a été et ce qu'il a fait. 

La fin est remarquable et on espère qu'elle aura permis à l'auteur de clore ce chapitre difficile.

 

 

Ce roman est touchant, magnifique, d’une très grande sensibilité ; historiquement passionnant, et toujours servi par un style littéraire parfait.

 

 

Je suis conquise ! (et je croise les doigts pour le Goncourt)



Grasset, 2021



mardi 14 janvier 2020

"L'Art du meurtre" de Chrystel Duchamp


Audrey, flic, la trentaine, est appelée sur une scène de crime assez étrange.
Un homme nu, assis à sa table - mise comme pour un banquet -, face à un crâne de squelette... une bien étrange mise en scène.
Alors qu'elle démarre l'enquête pour retrouver qui a assassiné cet avocat sadomasochiste, un deuxième meurtre est perpétré.

Notre enquêtrice est bien sur bourrée de problèmes, de remords, de défauts....
Heureusement elle a aussi étudié les beaux-arts avant de devenir flic comme son papa, ce qui l'aide beaucoup sur cette enquête.

Même si l'idée de départ est plutôt originale et sympa pour un polar, pour moi beaucoup trop d'évidences, de facilités, d'usage de "code" du roman policier. La trame est trop lisible et manque de finesse.

Et même si l'intrigue m'a un peu intéressée j'ai trouvé la fin assez décevante et cousu de fil blanc.

Bref je ne suis pas hyper emballée par ce premier roman qui bien qu'il ait beaucoup de bonnes choses me laisse un arrière-goût un peu amer quant aux finitions.

Voilà ça ne peut pas fonctionner à chaque fois.

L'Archipel, 272 pages. Janvier 2020

lundi 23 décembre 2019

"Une bête au paradis" de Cécile Coulon




Le Paradis c'est le nom de cette ferme dans un coin de campagne, loin de la ville ; une ferme où vivent ensemble des êtres blessés, abimés par leur vie.
Emilienne est la grand-mère, la ferme lui appartient, c'est elle qui gère d'une main de fer tout son petit monde.
Blanche et Gabriel sont les petits-enfants élevés par leur grand-mère après la mort de leurs parents.
Louis est le commis, recueilli par Emilienne après que son père se soit cogné sur lui une fois de trop.

Gabriel est le "petit", fragile, faible, qui a très mal vécu le décès de ses parents, et garde un trou noir au fond de son âme, ou plutôt un arbre de tristesse qui sera toujours là et dont il faut tailler régulièrement les branches.

Blanche a hérité du caractère fort, sauvage, violent de sa grand-mère ; il n'y a pas grand chose qu'elle craigne. Elle travaille dur, a les doigts crochus, la peau rugueuse, elle aime sa terre et sa ferme.
Et puis elle aime aussi Alexandre, le beau jeune homme du village, qui vit dans une maison triste et sans vie avec ses parents.

Louis est un peu le demi-fou de la maison, il observe de loin, ne dit rien, c'est l'amoureux éternellement repoussé, après avoir fui le couple toxique de ses parents il a reporté toute sa tendresse et son affection sur Emilienne et Blanche, mais il ne fait pas parti de la famille et reste l'employé.

Ce petit monde évolue entre la ferme, l'école et le village jusqu'à ce qu'Alexandre décide de partir pour faire ses études en ville.

Enfermé dans ce huis clos au coeur de cette ferme, on a du mal à respirer, et bien que l'on soit à la campagne, l'air est lourd, épais. J'avoue que j'avais peur pendant la lecture, peur de ces gens qui semblaient inhumain tellement leurs émotions sont violentes.

L'ambiance générale du roman est assez glauque, il n'y a pas beaucoup d'espoir et de lumière.
Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé ce livre, mais je ne peux pas dire non plus que j'ai aimé car je me suis sentie assez mal.

J'ai aimé la ferme, le travail dur et physique, Louis qui passe le balai et ramasse les miettes, j'ai aimé ces petites choses du quotidien, j'ai aimé la vue, l'étang, les poules et les vaches, le grenier. J'ai aimé le marché, j'ai aimé Gabriel et sa maison carré, et Aurore, j'ai presque aimé Louis et sa petite folie.

Sans trop en dire (et c'est difficile donc attention divulgachage à partir de là) même si je comprends la douleur de Blanche et la trahison, je n'ai pas tellement cru à la fin, et surtout à cette pirouette du retour et de la trahison d'Alexandre, je ne sais pas, c'était trop. Je crois que jusqu'à ce retour j'ai plutôt bien aimé le livre mais ensuite j'ai été perdu.
Et pourtant j'aime les livres qui parle de la terre, de la difficulté de ce travail souvent ingrat, de la campagne, des animaux....
Donc petite retenue pour moi mais lisez ce livre et donnez moi votre avis !

L'Iconoclaste, 346 pages. Août 2019

jeudi 14 mars 2019

"La symphonie du hasard" de Douglas Kennedy




Livre 1: Comme elle le fait régulièrement, Alice Burns rend visite à son frère Adam en prison, mais ce jour-là il lui avoue un vieux secret de famille ce qui replonge Alice vingt ans en arrière alors qu'elle est en dernière année de lycée et s'apprête à rentrer à l'université.

Alice nous transporte dans l'Amérique des années 70,  Nixon est président, il y a la guerre au Vietnam.
Son père est irlandais catholique, autoritaire, raciste, violent et un peu alcoolique, mais Alice l'adore et s'entend très bien avec lui. Sa mère est juive, irascible et agressive, malheureuse d'avoir quitté New-York pour la banlieue de Greenwich ; Alice est persuadée que sa mère ne l'aime pas.
Son frère ainé Peter est en conflit permanent avec sa famille et notamment avec le père dont il ne partage absolument pas les idées et notamment les idées politiques...
Adam, lui, aurait du devenir un grand sportif mais suite à un accident de voiture il a tout abandonné et travaille avec son père dans des mines qu'il possède au Chili, et ce au moment du coup d'état de Pinochet.
Alice va partir à l'université où elle découvrira un monde cruel tout en se prenant d'amitié pour un enseignant et d'amour pour un étudiant.
Sa vie de jeune femme démarre et elle devra faire des choix, prendre des décisions qui affecteront sa vie entière.

Livre 2 : Après une première année bien mouvementée à l'université, Alice a décidé de partir continuer ses études à Dublin au Trinity College. Elle découvre un autre monde, fermé, rigoureux, très religieux, un monde en guerre. Elle fait aussi de magnifiques rencontres et son installation dans cette nouvelle ville se fera finalement assez simplement.
Cependant certains démons du passé resurgiront pour venir chambouler cette nouvelle vie où elle avait enfin trouvé une certaine stabilité, et le "hasard" ne l'épargnera pas.

Livre 3 : Alice est retourné vivre aux États-Unis, sa famille va éclater pour trouver un épanouissement différent. Sa carrière va évoluer petit à petit, au fil de ses aventures, de ses histoires, en même temps que la grande Histoire avance elle aussi et nous mène jusqu'aux années 80 et le début du SIDA, mais aussi l'hyperconsommation et le meneur de vie qu'est devenu l'argent.

Dans l'ensemble j'ai plutôt bien aimé cette trilogie qui nous fait suivre le destin de cette jeune femme qui évolue dans un milieu intellectuel et surtout littéraire, pour finir dans une maison d'édition (le rêve !!!). Les 3 livres ne sont pas tous du même niveau selon mon goût. J'ai bien aimé le premier, moyennement le deuxième que j'ai trouvé un peu "too much" dans les évènements qui arrivent à notre héroïne, et j'ai beaucoup aimé le troisième qui est bien monté. Je me suis attachée à Alice et à ses déboires, à sa famille toxique, ses aventures littéraires...

Ici la famille est en générale pesante et plutôt nocive, avec des secrets et des relations à la limite de la perversité ; la mère n'a jamais une image très belle et est assez caricaturale dans l'ensemble, on baigne d'abord dans le milieu universitaire puis dans le milieu littéraire New-Yorkais. Les relations amoureuses ne sont pas très stables, il n'y a vraiment que l'amitié qui soit vu d'un oeil positif.

C'est la première fois que je lis Douglas Kennedy. Ce n'est pas de la grande littérature mais un bon livre avec une bonne histoire qui se déroule sur deux décennies, un peu comme une bonne série dont on s'enfile les épisodes les uns derrières les autres.
Alors je recommande pour passer un bon moment de lecture, et de détente. Une histoire attachante qui permet quelques petits retours sur l'Histoire notamment des États-unis.

Pocket, 416 pages, 368 pages, 480 pages. Traduit de l'anglais par Chloé Royer.

dimanche 18 novembre 2018

"De nos frères blessés" de Joseph Andras


Goncourt du premier roman 2016

En février 1957, Fernand Iveton est guillotiné, il sera le seul européen à l'être au cours de la guerre d'Algérie.
Il a une trentaine d'année, est ouvrier dans une usine, est communiste et aime plus que tout son pays, l'Algérie, et s'est donc engagé comme anticolonialiste.

Il a été arrêté alors qu'il venait de déposer une bombe dans son usine, bombe qui n'a pas eu le temps d'exploser et qui n'était pas prévu pour toucher des êtres humains mais juste pour provoquer des dégâts matériels.
Cependant il sera l'exemple ; la grâce présidentielle lui sera refusée pour satisfaire "l'opinion publique" car on se refuse toujours à parler de guerre en Algérie, mais simplement d'évènements...

Dans ce très beau roman, Joseph Andras nous raconte l'histoire de Fernand l'engagé politique, mais aussi Fernand enfant dans son beau pays, sa rencontre avec celle qui deviendra sa femme, Hélène. Il nous montre que celui dont on ne parla qu'en terme de terroriste était aussi un homme plein de sentiments, d'émotions, de convictions.

L'auteur nous dévoile sa passion pour cet homme qui fut probablement victime d'une certaine forme d'injustice.

Un premier roman très réussi !

Actes Sud, 140 pages.

samedi 28 avril 2018

❤️❤️ "Retour à Killybegs" de Sorj Chalandon


"Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes. [...] Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. [...]"

Ainsi débute le livre, par la confession de Tyrone Meehan, le héros de notre histoire. On le sait tout de suite, il était membre de l'IRA, l'armée républicaine irlandaise, et il a trahi.
Nous sommes en décembre 2006, il est de retour dans son village natal, Killybegs, et il s'apprête à mourir. Et depuis cet exil dans sa maison d'enfance, il revient sur son passé, sur son histoire, sur ce qui l'a amené aujourd'hui à être là, dans cette position plus que délicate, à 80 ans passés.

Tyrone vient d'une famille catholique, pauvre ; il a de nombreux frères et soeurs, une mère dévouée, un père profondément irlandais mais aussi violent et spécialement lorsqu'il a bu.
Adolescent il se retrouve à Belfast en territoire occupé par les anglais, et c'est tout naturellement qu'il va petit à petit faire ses premiers pas pour devenir membre à part entière de l' IRA.

L'IRA, tous des terroristes, des assassins.... c'est ce que j'ai toujours entendu, cru, pensé.
Il faut dire qu'enfant, puis plus tard adulte, je ne m'étais jamais vraiment intéressée au sujet ni posée la question.
Mais là, en lisant le roman de Sorj Chalandon j'ai été transporté "de l'autre côté", dans le camp des soi-disant méchants. Et sans excuser les assassinats et attentats on découvre le pourquoi, on découvre que de l'autre côté il y a des êtres humains qui eux aussi souffrent, sont mal traités et se battent pour une cause qui leur est chère.

Un récit brillant, touchant, mené d'une main de maitre encore une fois par un Sorj Chalandon qui décidément jamais ne nous déçoit.
Un livre que j'ai énormément aimé, un sujet passionnant, déroutant, perturbant. J'ai appris beaucoup de choses sur ce conflit entre irlandais et anglais, entre protestants et catholiques.
On y apprend aussi la loyauté, au delà de tout, et jusqu'à la trahison.

Livre de Poche, 332 pages.