Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est autobiographie. Afficher tous les articles
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mercredi 13 mai 2020

"L'écart" de Amy Liptrot



Amy Liptrot est née dans l’archipel des Orcades, au nord de l’Écosse ; elle a grandi dans la ferme de ses parents, dans un environnement rude, intense, entre les vents violents, sur un terrain escarpé, devant une mer forte et implacable, et surtout entre un père bipolaire et une mère très très religieuse.
C’est ainsi qu’elle est devenue une jeune femme qui a voulu partir et vivre intensément, toujours en équilibre, sur le fil. 
Elle s’est installée à Londres et petit à petit entre deux boulots et deux soirées, sans s’en rendre compte elle est devenue alcoolique. 


Dans ce récit autobiographique, Amy nous raconte sa descente en enfer puis son retour à la vie lorsqu’après avoir tout perdu elle décide enfin d’arrêter de boire et de faire une cure de désintoxication. Après quelques mois d’abstinence elle retourne sur son île.


L’auteur ne mâche pas ses mots et ne se cache pas derrière des excuses, elle se livre entièrement et sincèrement. J’ai trouvé la première partie assez difficile à lire, écœurante comme si je buvais autant qu’elle ; elle décrit très bien l’addiction, et comment cette addiction dirige sa vie, ce qui peut être très difficile à comprendre. Elle voit, elle sait qu’elle se détruit physiquement, qu’elle a des comportements et des attitudes qui la mettent en danger en permanence. 
La deuxième partie se passe aux Orcades, ces îles du nord, balayées par les vents, où peu de gens vivent. Elle y passe d’abord quelques jours auprès de son père, l’aide à refaire un mur, puis prolonge son séjour pour l’aider à l’agnelage, et petit à petit elle reste, trouve un job d’été à la RSPB (Royal Society for the Protection of Birds) pour laquelle elle doit parcourir l’archipel et recenser les râles des genêts (roi caille) en écoutant leur chant qu’il pousse essentiellement la nuit, et lorsque l’hiver vient, elle s’installe sur un des îlots les plus au nord qui se nomme Papay. Elle y fera de jolies rencontres autant humaines qu’animales. 


C’est un magnifique chemin de résilience que nous raconte Amy Liptrot, un chemin long et difficile mais qui l’emmène (et nous avec) dans de magnifiques paysages, sauvages, où se côtoient les moutons, les phoques et beaucoup d’oiseaux ! Elle découvre une nature différente de la vie londonienne faite de sorties, d’alcool, et de dancing, 
Un récit fort, déroutant et très intelligent. 


"Pour nous qui sommes sujets à la dépendance, l'alcool devient rapidement le moyen le plus simple de soulager l'anxiété physique et morale, et de surmonter les situations de stress. Or chaque fois que nous faisons un usage répété d'une substance narcotique, ces chemins neuronaux s'impriment si profondément dans notre encéphale qu'il nous sera impossible par la suite, de les effacer. Quoi qu'il arrive, je ne serai jamais à l'abri d'une rechute et je demeurerai vulnérable aux addictions de toutes sortes." 
"Le grand pingouin, aujourd'hui disparu, mesurait environ un mètre de haut. Le dernier spécimen de grand pingouin reproducteur vivant en Grande-Bretagne a été abattu par balle en 1813 sur l'île de Papay. Le chasseur responsable de cette prise agissait pour le compte d'un collectionneur londonien. Au cours des années mille neuf cent quatre-vingt-dix, les écoliers de Papay ont écrit et mis en scène Les Aventuriers du grand pingouin perdu, une pièce de théâtre relatant le destin tragique de cet oiseau exceptionnel." 
"Je suis née dans un foyer enclin au drame, j'ai grandi dans le mugissement du vent, au coeur d'une nature tourmentée, parmi les épaves de navires échoués, les agnelets mort-nés et les visions mystiques, avec la certitude que tout pouvait basculer à tout moment dans le chaos - excitant ou dévastateur, selon les cas. Au fil des années, ces variations d'un extrême à l'autre m'ont paru normales, voire souhaitables ; j'ai appris à m'y préparer, puis à les rechercher. N'est-il pas merveilleux de vivre au bord du monde ? L'alternative, celle de l'équilibre, m'a toujours semblé terne et sans intérêt."
"Reste l'explication la plus logique, celle d'une mauvaise habitude devenue incontrôlable. À force de boire de manière systématique pendant des années, j'ai usé mes freins, comme la falaise s'use sous le fracas répété des vagues. Quand j'ai voulu les réparer, il était trop tard - et je suis allée droit dans le mur."
"L'île est chaque jour plus petite, la falaise plus découpée et creusée plus profondément. De même, la vie est chaque jour plus triste, mais plus intéressante. Les coups et les blessures, telles des cicatrices sur le littoral, se creusent et s'effacent en permanence." 
"Boire, pour les alcooliques, n'est jamais une solution. C'est un remède inefficace, une erreur sans cesse recommencée, un train qui ne mène nulle part. Dans mon cas, quels que soient le soulagement ou l'euphorie recherchés, ils n'étaient jamais atteints." 

Globe, 336 pages. Août 2018
Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerre.

samedi 18 avril 2020

"Crazy brave" de Joy Harjo




Avec ce court récit je découvre Joy Harjo qui est une poétesse et musicienne américaine d’origine amérindienne, de la tribu et de culture creek.

Dans ce texte  elle nous livre son histoire de sa naissance jusqu’à ses vingt ans, lorsqu’elle décide de prendre sa vie en main et découvre qu’elle aime la poésie.

Quatre parties nommées selon les quatre points cardinaux, s’ouvrant chacune sur un poème qui nous donne le mot clé d’une partie de sa vie ; il y a le commencement, l’ennemi(s), le dénouement et la délivrance.
  
Ses débuts n’auront pas été faciles entre un père alcoolique et absent, un beau-père violent, une grossesse très jeune… mais elle a toujours su vivre selon son instinct, son système d’alarme et respecter le plus profond de son âme. Elle a fait ses choix et les a assumés.

Âme qui revêt une importance toute particulière lorsqu’elle se mêle à sa culture amérindienne très forte.
L’autre monde y est très présent, ainsi que l’âme et ses voyages.

C’est un livre un peu particulier et j’aurais des difficultés à en parler sans avoir un échange, je ne suis pas certaine d’avoir perçue toutes les subtilités et je suis restée un peu en dehors malheureusement.
Il y a de très très beaux passages qui m’ont beaucoup touché mais j’ai aussi ressenti une certaine distance et froideur dans le texte. 
J’ai particulièrement aimé les poèmes et surtout les petits « contes » qui se trouvent au milieu et qui sont un autre moyen de se raconter, je les ai trouvé plus fort, plus plein d’émotions. 


❀❀❀
"En vérité, chacun de nous est seul, devant ses gouffres de tristesse..."
"Lors de sa venue au monde, chaque âme est accompagnée. Généralement, c'est un ancêtre avec lequel l'enfant partage des traits de caractère et des dons particuliers."
"Vers l'âge de treize ans, j'en ai eu assez de tous ceux qui se servaient de la Bible pour prouver la supériorité des Blancs et imposer la domination des femmes par les hommes, et je ne supportais plus l'interdiction de danser ni les mises en garde contre les prophéties et les visions."
"Je préférais voir en Dieu un bien-aimé plutôt qu'un homme blanc colérique et déterminé à détruire tous ceux qui ont de l'imagination."
"Nous étions tous des «Peaux-Rouges», embarqués dans un même voyage et en pleine métamorphose, confrontés aux mêmes traumas liés à la colonisation et à la déshumanisation. Nous étions la preuve vivante du combat de nos ancêtres. " 
 ❀❀❀
Globe, 163 pages. Janvier 2020
Traduction de Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski.

vendredi 6 mars 2020

"Love me tender" de Constance Debré




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Mais par où commencer pour parler de ce livre ?
.
La narratrice a quitté son mari trois années plus tôt, ainsi que sa robe d’avocate,
mais pas que,
elle a quitté ses cheveux longs, son look de jeune fille rangée,
maintenant c’est jean, t-shirt, tatouage, et les filles, l’amour avec les filles…

Lorsqu’elle se décide enfin de l’annoncer à son mari, il vrille et fait tout pour éloigner le petit Paul de sa mère qui se retrouve à n’avoir l’autorisation de rencontrer son fils qu’une heure tous les 15 jours sous surveillance, une aberration !
Ce texte est un long cri d’injustice d’une femme qui a voulu être libre,
libre à sa façon, et qui se retrouve punie
Punie parce qu’elle sort du cadre, parce qu’elle veut vivre différemment, 
Punie parce que son mâle de mari et la justice sont injustes, pour de mauvaises raisons, certainement…
C’est une femme qui a déconstruit sa vie pour la rebâtir autrement, 
C’est une femme qui a eu besoin de sortir de sa boîte pour continuer à vivre, 
Sans faire de mal à personne, en n’étant simplement libre, en exerçant ce droit à la liberté,
Et pourtant, pourtant….
Elle explore l’amour sous toutes ses formes, elle nous parle de l’amour d’une mère, d’un père, d’un autre, d’un enfant…. Peut-on faire le deuil de chacun de ses amours là ? Peut-on s’habituer ? s’adapter ? oublier ? 
Un livre écrit au cordeau, dans un souffle vibratoire qui ne peut laisser indifférent, 
Surtout pour une femme, 
Pour une mère…

"D'attendre que le livre sorte, que la procédure avance, de retrouver un peu de fric, de revoir mon fils. D'attendre que ça se calme, que l'univers s'habitue, cicatrise, se recompose. L'univers autour de moi. Je ne reviendrai pas en arrière, je ne reprendrai pas ma peau d'avant."
"Qu'elle n'est pas vraiment une mère puisqu'elle n'est pas vraiment une femme puisqu'elle n'aime pas vraiment les hommes. Que le droit est toujours du côté du plus fort et que la liberté n'est qu'une farce. Pour rester pure, je fais mon signe de croix au lubrifiant, je récite mon credo en jockstrap et mon confiteor en pinces à sein. La justice est porno, l'amour est porno, la famille est porno, il n'y a que le sexe qui ne l'est jamais. Puisqu'on se tait pour une fois, puisqu'on arrête de mentir."
"Quand j'ai les cheveux très courts, les quelques jours après le coiffeur, je passe ma main de la nuque au front, à rebrousse-poil pour sentir le crâne, les os, le squelette. Et puis ça repousse et je passe un peu moins la main. J'aimerais me raser la tête. J'y pense tous les jours. Mais peut-être qu'après il ne restera plus rien à faire. Peut-être qu'après je n'aurai plus d'idée. Plus aucun désir. C'est pour ça que je ne le fais pas."
Flammarion, 188 pages. Janvier 2020

mercredi 4 septembre 2019

"Nous étions nés pour être heureux" de Lionel Duroy



Cet été j'ai lu "Priez pour nous"car je voulais lire "Nous étions nés pour être heureux"qui est en quelque sorte une ‹suite›, 30 ans après.
En effet, lorsque Lionel Duroy publie son premier roman qui raconte son enfance et celle de ses neuf frères et soeurs dans une famille assez dysfonctionnelle,  toute cette famille lui tourne le dos et le bannit, lui mais aussi sa femme et ses enfants. 
Ce nouveau roman est celui de la réconciliation, de la résilience familiale.

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Paul, le narrateur, est un écrivain de qui toute sa famille s'est détournée après la parution de son premier roman ; 27 ans plus tard, suite à une première approche de certains frères, toute la fratrie (ou presque) se retrouve au cours d'un déjeuner chez Paul.
Il manque le frère ainé, qui avait décidé de la mise au ban de la famille de Paul et des siens.
Les quatre enfants de Paul sont là, ceux-là même qui ont souffert injustement de cette mise à l'écart. Il y a aussi la première épouse, Agnès, qui a bien connu cette famille au début de sa vie de couple, la seconde fera un passage éclair.

Au cours de ce déjeuner la parole va se libérer. 
Tout d'abord la fratrie va s'excuser et notamment auprès de leurs neveu et nièces, puis ces derniers vont exprimer comment ils ont vécu cette situation, chacun à sa façon.
Ce sera aussi l'occasion de reparler de ce premier livre mais aussi des suivants, car "Paul" s'est fait une spécialité d'écrire sur sa vie, et donc sur celle de sa famille, des gens qui l'entourent. 
C'est pour lui vital, il ne sait pas traverser les évènements importants de sa vie sans les écrire..., oui mais pourquoi les éditer, est la question d'une soeur....sujet très intéressant, et comme dit "Paul" pourquoi un peintre expose ses oeuvres au lieu de les ranger sitôt terminées ?
On parle d'amour, de reconnaissance, de place dans la famille et dans notre monde.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui tout en étant autobiographique est une très belle image de la famille en générale, de la société, des relations des uns avec les autres, de notre incapacité parfois à essayer de comprendre ce que l'autre ressent, des malentendus, des non-dits.... ce qui fait de nous des êtres humains...
L'analyse des comportements et des réactions est d'une très grande justesse, la psychologie des uns et des autres est passionnante, on s'attache à chacun, on a tous envie de les prendre dans nos bras, et on se dit " quel gâchis"ces 27 dernières années, et en même temps c'est ce qui a permis d'arriver à ce très belle échange autour d'un déjeuner, mais que de souffrance.

Je comprends le questionnement de certains membres de la famille quant à la nécessité d'écrire sur leur vie privée, je comprends leur rejet, et en même temps c'est tellement bien fait, cela apporte tellement au lecteur, que je comprends aussi l'auteur.
Je vais continuer à découvrir ses écrits, maintenant je veux tout lire de lui, car j'aime son écriture, j'aime ce qu'il raconte et surtout la manière qu'il a de le faire.
Il est juste et il est vrai, il m'a touchée, émue, attendrie, il m'a poussé à la réflexion sur les relations familiales et humaines.

Juillard, 222 pages.

mardi 20 août 2019

"Orléans" de Yann Moix



Dans ce roman (autobiographique ?) Yann Moix raconte en deux parties l'histoire d'un jeune homme de son année de maternelle à celle de mathématiques spéciales.
La première partie s'intitule "Dedans", ainsi pour chaque année scolaire il raconte sa vie à la maison, dans sa famille ; pour la seconde intitulée "Dehors" il s'agit de sa vie à l'école, à l'extérieur de sa famille, ses rencontres amoureuses et amicales.

C'est un livre un peu difficile à chroniquer car j'ai ressenti beaucoup d'ambivalence entre une compassion la plus absolue face à l'horreur infinie de la maltraitance et un ennui profond face à la vie d'un jeune garçon/homme.

Cette première partie sur la vie à la maison décrit une maltraitance psychologique et physique parfois à la limite du soutenable, ces parents sont d'une cruauté sans limite, mais le jeune garçon se plonge dans la littérature pour se "sauver", et malgré les différentes descentes de ses parents dans sa chambre pour brûler, jeter, déchirer les oeuvres qu'il lit, il s'accroche à ce besoin des mots et des phrases.

Dans la seconde partie à l'extérieur, le jeune garçon n'est pas tellement épargné non plus, par ses camarades ou par les filles. Il vit beaucoup d'humiliations et notamment amoureuses, mais pas que.

Je sais que l'homme est sujet à beaucoup de polémiques et je ne veux absolument pas m'attarder la dessus, c'est l'écrivain qui m'intéresse et là je crois que l'on peut dire qu'il y a un vrai génie, YM sait parfaitement manier le verbe et surtout la phrase, littérairement parlant c'est un plaisir de le lire.

Un bilan mitigé donc, un livre qui me laisse décontenancée face à un personnage encore plus f(l)ou qu'avant cette lecture.
"L'histoire, vue par les romanciers, n'est pas un tapis de dates, déroulé, sur lequel se situent des batailles, des évènements, des existences, des destructions, des naissances, des inventions ou des conquêtes : elle est la façon dont le temps transperce les hommes, qui ne sont que le tissu du motif et non plus la trame ; c'est le temps qui va d'homme en homme, et non l'homme qui va d'époque en époque. Le temps se diffracte là, il se déforme ici, s'enroule sur lui-même, ralentit, accélère soudain, devient ligne droite, ou spirale, s'éteint, disparaît, revient, s'agite : ce qu'on nomme l'histoire est l'aventure de ces mouvements, de ces circonvolutions, de ces volutes. Nous ne traversons pas le temps ; c'est le temps qui nous traverse."
Grasset, 272 pages.

lundi 5 août 2019

"Priez pour nous" de Lionel Duroy




La famille Guidon de Repeynac vit à Neuilly mais le titre de noblesse ne suffit pas à remplir les assiettes et les comptes en banque, ils sont sans argent et se retrouvent expulsés de leur bel appartement et relogés dans une HLM de la banlieue, la Cité du Bois-Brûlé...
Deux petits appartements dans lesquels il faut caser les parents, les sept enfants (!), les meubles Louis  XVI, les porcelaines de Chine, les tapis ... et Thérèse la bonne.

C'est par la voix de William que nous découvrons l'histoire de cette famille, il est le numéro 4 de cette grande fratrie qui continuera de s'agrandir au fil du récit.
On suit les pérégrinations du père, Toto, qui tente tout un tas de magouilles - pas toujours légales - pour trouver de l'argent et améliorer le quotidien de sa famille ; il embarque avec lui ses grands garçons qui ne sont que de très jeunes adolescents mais heureux de le suivre pour échapper à leur mère qui petit à petit nous est montrée comme une vraie marâtre, à moitié hystérique, jamais heureuse et toujours enceinte.
Le père ment constamment à son épouse pour ne pas subir son ire. Il n'a pas l'air très malin, et un peu lâche, bien que gentil, très bricoleur, et voulant faire au mieux mais ses petites combines sont trop souvent des échecs, et empiler les lettres des créanciers et des huissiers dans un coin n'a jamais fait disparaitre les dettes.
Ses enfants le soutiennent du mieux qu'ils peuvent mais ils ne sont malheureusement pas toujours capable de le sauver.

Un livre qui nous renvoie dans les années soixante, dans une famille catho-cliché ; je me suis attachée à ce petit William qui aime son père et voudrait l'aider, qui fini par haïr sa mère et on le comprend. Cette mère qui ne vit pas avec ses enfants et son mari mais dans un monde à part où l'apparence et les "on-dit" sont les plus importants.

Il s'agit du premier roman de Lionel Duroy qui lui a valu le désaveu de toute sa famille car apparemment très autobiographique... Il est certain que l'image de la mère n'est pas très reluisante mais celle du père est touchante, attendrissante, les frères et soeurs sont plutôt épargnés.

J'AI Lu, 319 pages.

dimanche 21 juillet 2019

"Einstein, le sexe et moi" de Olivier Liron



 "Je suis autiste Asperger. Ce n'est pas une maladie, je vous rassure. C'est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu'avec d'autres personnes. [...] Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J'ai participé au jeu télévisé Question pour un champion et cela a été très important pour moi.


Voilà donc à peu près le résumé de ce livre. 
En effet, Olivier Liron nous emmène dans ses coulisses du jeu Question pour un champion, étape par étape il nous livre ce qu'il vit, comment il perçoit les autres candidats et surtout le présentateur Julien Lepers. 
Ce n'est pas n'importe quel jeu car il s'agit d'être le super-champion et il y a un homme à abattre, Michel, déjà super-champion lui-même.

Il y a donc les 3 séquences du jeu, "les neuf points gagnants", "le quatre à la suite" et enfin "le face-à-face", on a l'impression d'être à l'intérieur de sa tête et de revivre l'émission face aux questions, aux stress, on vit les interruptions, les retours, les pauses, les problèmes techniques. 

Et puis entre deux il y a un peu de son intimité qu'il nous livre par bribes, des souvenirs notamment de son enfance, de son adolescence. 
Les souvenirs sont courts mais d'une force rare car "sa différence" a fait toute la différence, on prend un petit coup de poing dans le ventre car ce qu'il a vécu est d'une violence inattendue. 
"La joie, le vert paradis, la douceur de l'enfance, ça, désolé, on repassera, je n'ai pas connu. Cela restera à jamais pour moi incompréhensible, cette violence. Ça marque au fer rouge. S'il n'y avait que les brimades, les blagues sur Forrest Gump et les insultes. On pourrait essayer d'oublier. Mais la façon dont les autres vous font comprendre votre différence, ça s'inscrit aussi dans le corps. J'ai dans mes tripes la mémoire de la différence qu'on m'a apprise, qu'on a tatouée dans ma chair."
On se rend compte qu'il y a une vraie incompréhension du système scolaire, des enseignants et des personnels des collèges/lycées, on ne le comprend pas - ou on ne l'écoute pas ? Mais il subit de plein fouet la violence et la stupidité des uns et des autres. Et apparemment ses parents ne lui sont pas d'un très grand secours, eux-mêmes enfermés dans leurs problèmes de couple.
"C'est marrant, je parle du corps, mais j'ai l'impression que les mots ont encore plus de pouvoir que les coups, que les mots sont les coups qui ne partent jamais, les plus indélébiles, les plus violents pour le corps, justement. [...] J'ai dû entendre dix mille fois les gens m'appeler gogol. À l'école, et surtout au collège, les enfants différents souffrent le martyre. C'est déjà le pouvoir hideux et haineux de la norme. Aujourd'hui encore, quand j'entends à la radio les « normaux », ceux qui ont le pouvoir de la norme, de dicter la norme, de faire la norme, les politiciens et les financiers, les humoristes pas drôles, les haineux de tous bords, j'ai envie de les déchiqueter avec les dents. Pour leur montrer de quel bois on se chauffe, nous les gogos. Je ne raconte pas ça pour me faire plaindre, mais pour témoigner de l'abandon absolu de tous les enfants différents par l'Éducation nationale."
Alors bien sur il se protège, cherche un moyen de "survivre", mais j'avoue que parfois j'ai été un petit peu heurtée par la virulence de ses propos, on sent de la colère, de la fureur.
"Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d'un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j'en suis le premier prisonnier." 
Sa description du jeu est plutôt drôle, cynique, même sarcastique. Il n'a aucune pitié pour les autres candidats, il entre en guerre et veut gagner. Il est d'une très grande lucidité.
J'ai beaucoup aimé les parties où il nous dévoile l'analyse de ses raisonnements pour trouver les réponses aux questions.

Un livre intéressant et qui se lit rapidement.

Alma Editeur, 194 pages.

lundi 27 mai 2019

"Un certain Paul Darrigrand" de Philippe Besson





Ta-da !
Voilà Philippe Besson de retour, avec un nouveau roman autobiographique 😊
Je l'avoue pour mon plus grand bonheur !
Je l'ai découvert il y a deux ans avec "Arrête avec tes mensonges" et j'avais été éblouie par cette magnifique première histoire d'amour d'un jeune homme de 18 ans.

On retrouve ce même jeune homme, en 1988, il a 21 ans, il est étudiant à Rouen puis à Bordeaux.
Une année de sa vie nous est contée, une année où il va aimer, fort, très fort, une année où il va découvrir la maladie.

C'est la rentrée scolaire, notre héros rencontre ce fameux Paul, un jeune homme beau et mystérieux, un jeune homme qui semble le chercher et le fuir en même temps.
Peu avant Noël il y a ces quelques jours entre amis à l'île de Ré et le masque tombe, une relation forte démarre.
Mais Paul est marié et le jeune homme se retrouve être l'amant, celui que l'on cache.

Et puis c'est la maladie qui prend place, inattendue, elle trouble, elle perturbe, elle fait peur.

Je dois dire que je ne suis peut-être pas très objective, et pourtant si, c'est l'effet que me fait ce livre qui est le plus important finalement. Il m'a rendue heureuse, nostalgique, amoureuse. Je me suis sentie rassurée, réconfortée.
Philippe Besson sait mieux que personne nous raconter l'amour, nous livrer son "âme romantique et torturée".
Il s'adresse à nous lecteur, il nous raconte, il nous explique, il parle de ses premiers romans aussi, et moi il m'a emmenée avec lui, dans ses mots, dans ses phrases, dans ses amours, dans ses émois.
Il sait me toucher, il me trouble, je suis ébranlée par son romantisme, par sa flamme et sa plume.

Il nous parle aussi de cette maladie dont il a réchappé, avec beaucoup de pudeur et de simplicité. Comment il a réussi à vivre avec, continuer à étudier, à aimer, à croire en la vie.

Un récit haletant qui se lit dans un souffle comme il a été écrit.

Julliard, 211 pages.

jeudi 18 avril 2019

"L'empreinte" de Alexandria Marzano-Lesnevich



Alexandria fait des études de droit car elle veut devenir avocate, comme ses parents.
Depuis toujours elle est contre la peine de mort et c'est pourquoi elle choisit de faire un stage dans un cabinet d'avocats en Louisiane spécialisée dans la défense des condamnés à mort.

Le premier cas auquel elle se trouve confronté va changer sa vie, c'est celui de Ricky Langley qui a assassiné le 7 février 1992 le petit Jeremy Guillory âgé de 6 ans.
Ricky Langley n'a pas encore trente ans mais a déjà été arrêté pour pédophilie.
Pour Alexandria c'est un choc qui la renvoie à sa propre histoire.

Ce récit est une alternance entre un compte-rendu journalistique/enquête sur l'histoire de Ricky Langley, comment il est arrivé à l'assassinat de Jeremy, ses trois procès, et l'autobiographie de l'auteur, sa rencontre avec un pédophile, dans sa famille.
Elle manie parfaitement ce va-et-vient entre les deux récits et les rapprochements qu'elle peut faire entre les deux.

C'est un texte troublant, d'une très grande intelligence.
On y découvre les failles de deux familles (je ne peux m'empêcher de noter qu'il n'y a qu'une lettre de différence entre ses deux mots), le poids du secret, des non-dits, l'absence de reconnaissance de la vérité.
Mais aussi les faiblesses de tout un système, de notre société.
Peut-être que les différentes prises en charge ont évolué aujourd'hui, j'ai envie d'y croire, mais malheureusement on découvre tous les jours que le silence est encore très lourd.

Mais ce livre n'est pas noire -pas totalement- car Alexandria voit la possibilité d'une résilience, d'un retour à la vie, ce qui ne veut pas dire oublier ou cacher, au contraire, dire, parler, informer .

Un livre dérangeant mais nécessaire ; une écriture simple, direct.

Éditions Sonatine, 471 pages, Traduction de Heloïse Esquié.

mardi 26 mars 2019

"La place" de Annie Ernaux



A l'occasion du décès de son père, Annie Ernaux revient sur la vie de celui-ci, mais aussi sur la sienne et le fossé qui s'est creusé entre eux.

Les parents d'Annie étaient, comme on dit, des gens simples, ouvriers, artisans. Ils vivaient en Normandie où peu à peu ils se sont construits une vie, leur vie ; à la sueur de leur front.

Annie, elle, a pu étudier, et donc "s'élever", "faire un bon mariage"....
Plus elle s'éduquait plus elle s'éloignait de ses parents, de son père.

Elle décrit très bien le changement de "monde", les yeux qui s'ouvrent sur une vie, une vie qu'elle voit différemment. La difficulté de garder le lien, le contact malgré l'amour, car une fois que l'on est passé "de l'autre côté" c'est très compliqué de faire le chemin inverse.

On sent aussi la difficulté de ne pas juger, et malgré tout de voir qu'il y a des gens biens partout et de mauvaises gens aussi partout.... quel que soit le milieu d'où l'on vient ou celui où l'on se trouve...

Un récit court, intéressant d'un point de vue sociologique, parfois un peu dur, mais il est très difficile de juger ce que chacun vit.

Folio, 114 pages.

lundi 5 novembre 2018

"Tous les hommes désirent naturellement savoir" de Nina Bouraoui



Ce livre est présenté comme un roman mais il s'agit plus d'un récit autobiographique.
Avec des chapitres aux titres répétitifs, Nina Bouraoui revient sur son enfance, son adolescence et les prémices de son homosexualité.

Il y a les chapitres nommés "Se souvenir" où l'auteur se souvient de son enfance de 4 à 14 ans, en Algérie mais aussi lors de ses séjours en France ; "Savoir" parlent de ce qu'on lui a raconté, les souvenirs de sa famille, c'est avant elle mais aussi sa petite enfance ; "Devenir" c'est lorsqu'elle a 18 ans, qu'elle étudie à ASSAS, elle est seule à Paris et découvre le milieu homosexuel féminin, elle est attirée mais a peur, elle a envie tout en étant dégoutée ; et enfin le dernier qui n'arrive qu'à la fin du livre, "Être" qui en peu de mots nous dit ce qu'elle est, aujourd'hui.

La lecture de ce livre est très facile car les chapitres sont courts, parfois même très courts, mais tout est mélangé, c'est un va-et-vient incessant dans les différentes époques de son passé, ce qui est parfois pénible (et pourtant j'aime bien ce style de narration, mais là poussé à l'extrême...).
Cependant je me suis assez vite lassée de ce récit intime qui au final ne m'a rien apporté. C'est une énième confession, tranche de vie, sans grand intérêt et que je vais vite oublier à mon avis.

Dommage parce que c'est plutôt bien écrit et pour une première rencontre avec Nina Bouraoui je ne suis pas très convaincue, pas sûr d'y revenir.

JC Lattès, 264 pages.

lundi 22 octobre 2018

❤️ "Dix-sept ans" de Éric Fottorino

C'est une histoire sur la quête des origines, la force et le poids des secrets de famille, des non-dits ; sur le temps qui passe et le manque de communication.

Tout commence lorsque Lina, 75 ans, convoque ses trois garçons pour leur révéler un secret trop longtemps enfoui dans son coeur et qui maintenant l'étouffe. Les deux plus jeunes, François et Jean, sont émus et soutiennent leur mère, tandis que Éric, 58 ans, est pétrifié et ne peut absolument pas réagir, dans un premier temps.

Mais cette révélation lui fait ouvrir les yeux sur sa mère et sur la relation qu'il entretient avec elle. Depuis de trop nombreuses années il ne la voit quasiment plus, il pense qu'il ne l'aime plus, ou pas assez, dans sa tête une petite phrase "Je ferai comme si tu étais morte."
Il se retrouve face à son histoire et commence un chemin initiatique à l'envers. Il doit retourner à sa naissance à lui pour enfin essayer de connaître et découvrir celle qui est sa mère.

Éric nous emmène de La Rochelle, à Bordeaux en passant par Nice, on quitte un océan pour une mer(e), un ciel bleu pour un autre, il recherche ses racines, il remonte dans le temps pour (re)connaître et comprendre sa mère, ses pères, ses oncles et sa grand-mère. Un chemin qui encore une fois en dit long sur les ressentis de chacun et l'interprétation des évènements.

Une magnifique histoire d'amour, touchante et émouvante dite comme une urgence, une pulsion.
De jolis mots, de belles images, on aime, on adore, ces phrases simples et sincères.
Finalement on se fiche de savoir quelle est la part de romanesque et de biographique, le tout est un plaisir littéraire et émotionnel.
"Je n'ai gardé de cette petite aucune image, rien qu'un vide immense. Irréparable et désespérant. Je pourrais douter que ce moment a vraiment existé. La seule chose qui m'est restée, c'est la violence."
"Petit garçon, lorsque Lina me disait : «Tu es né à Nice, je comprenais que j'étais né anis.» 
"Pourtant, sans le savoir, ma mère et mes pères, adoptif ou naturel, portaient en eux les germes de toutes les haines qui avaient ensanglanté le mois de juillet : les séquelles de la colonisation, l'intolérance religieuse, l'antisémitisme français, le rejet des basanés."  (Lorsque notre héros arrive à Nice c'est le mois de décembre, cinq mois après les attentats du 14 juillet...)
"Les secrets trop bien gardés sont comme des cartouches dans un stylo d'enfant. Quand ils éclatent, une encre sombre s'écoule et ça ressemble à du sang."
"Tu ne m'aimais jamais assez puisque je t'aimais toujours trop." 
Gallimard, 263 pages.

vendredi 27 avril 2018

"Les rêveurs" de Isabelle Carré


"Voilà comme un seul geste a déterminé nos vies. Si Claire ne s'était pas précipitée, toute cette histoire n'existerait pas, et moi non plus. Je suis le fruit d'un malentendu, d'une lettre déchirée trop vite."
"Ou plutôt la rencontre de deux malentendus, mon père ne pouvant s'avouer quelle sorte de vie il souhaitait déjà, et ma mère jetant sa dernière chance au panier. Le fruit de deux orgueils blessés, qui se sont réchauffés un moment."

✿✿✿


Étant très peu cinéphile, je dois avouer que le nom d'Isabelle Carré ne me disait que vaguement quelque chose et de ce fait je n'ai pas voulu tout de suite aller voir qui elle était afin de lire ce roman "vierge" de tout préjugé. Ce n'est qu'après avoir terminé sa lecture que je me suis laissée aller à ma curiosité et bien entendu j'ai reconnu son visage.

Isabelle Carré raconte son enfance, son vécu et sa place dans sa famille en nous parlant principalement de ses parents. C'est son histoire vraie émaillée de petites touches romanesques pour les parties dont elle n'a jamais eu connaissance.

Ses parents sont issus de milieux diamétralement opposés. Sa mère vient d'une famille très bourgeoise et son père d'une famille plus pauvre de garde-barrière. 
Ils sont artistes dans l'âme et chacun d'eux porte au fond de lui un mal-être puissant qui va les diriger dans leurs différents choix de vie.

Leur rencontre tient à un hasard, mais elle tient aussi à ce qu'ils ont fait et ce qu'ils veulent faire/être.

Des parents qu'elle nous montre un peu égoïstes et tournés sur eux-mêmes, comme si les enfants ne passaient qu'après, voir ne comptaient pas vraiment. Isabelle a deux frères, l'aîné est à peine plus agé qu'elle et le second a quelques années de moins. Dans cette histoire on comprend l'importance du frère aîné dans la construction de la famille et même plus, dans sa raison d'être.
Le petit frère, lui est assez absent de ce texte. Est-ce un souhait de sa part à lui, un souhait de l'auteur ou un résultat non recherché et qui pourrait être interprété de plusieurs façons.
J'aurais presque aimé que ce livre soit écrit à plusieurs voix, l'avis, le ressenti des frères, leur vécu à eux me manquent.
Et bien sûr la version des parents auraient été encore plus intéressantes, elle aurait surement apporté une perspective différente, sans forcément les dédouaner de leurs comportements.

J'ai plutôt été agréablement surprise par ce livre que j'ai beaucoup apprécié. L'écriture est à la fois légère et précise sans guimauve. J'ai trouvé très intéressant le message de ce que l'on est par rapport aux choix de vie, que nos actes ont des conséquences.

Un joli livre plein de tendresse et d'amour.    

Grasset, 300 pages.

 #LesRêveurs #NetGalleyFrance

vendredi 19 janvier 2018

❤️❤️ " Un certain M.Piekielny" de François-Henri Désérable



L'année du bac de français, F.H ne lut qu'un seul livre, La Promesse de l'aube, et sa bonne étoile lui valut d'être interrogé sur ce livre qu'il avait lu et relu.
Quelques années plus tard, suite à une série d'événements improbables, il erre par hasard dans Vilnius et se retrouve devant une plaque indiquant que Romain Gary a vécu dans cet immeuble, c'est alors que lui revient à l'esprit une phrase lu dans La Promesse de l'aube, au chapitre VII : "Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M.Piekielny..."

Dès lors le narrateur, qui n'est autre que l'auteur, va s'acharner à retrouver ce fameux M.Piekielny.
F.H Désérable nous fait replonger dans La Promesse de l'aube mais aussi et surtout dans la vie de Romain Gary, cet homme fantasque et passionnant. Et beaucoup d'éléments peuvent être lus ou relus différemment après les découvertes faites dans ce livre.

On voyage aussi beaucoup à Vilnius (Wilno), dans le temps, à l'époque de la seconde guerre mondiale; M.Piekielny a-t-il été tué d'une balle dans la nuque ? A-t-il été déporté ? A-t-il disparu dans les ghettos ?
Recherches sur le web, dans les archives de Vilnius, rien n'arrête notre intrépide auteur pourtant parfois découragé et nous suivons ses pérégrinations et questionnements tout au long de cet espèce de voyage initiatique autour de M.Piekielny et de Romain Gary.

Écrit avec beaucoup d'humour et d'intelligence j'ai dévoré ce livre que j'ai particulièrement aimé. Il y a de la recherche, de la dérision, un amour tendre envers R.G.
J'ai aimé les alternances biographie/roman, j'ai aimé être parfois perdu par l'auteur et son auteur-modèle. Pour moi le traitement du sujet et de l'idée est brillant.

Bref une découverte vraiment très chouette que je recommande !

"Elle est devenue exceptionnelle [...] La Promesse de l'aube l'a tirée de l'oubli dans lequel tombent toutes les mères. Il y a des quantités extraordinaires de mères extraordinaires qui se perdent parce que leur fils n'ont pas pu écrire La Promesse de l'aube, c'est tout. La nuit des temps est pleine de mères admirables, inconnues, ignorées, entièrement inconscientes de leur grandeur, comme le fut ma mère. Il est vrai qu'elle était exceptionnelle par le panache, par la couleur, la flamboyance, mais pas par l'amour. Elle était dans le peloton de tête, c'est tout. La mienne, au moins, a eu droit à un livre."
"[...] tu m'aurais dit que l'important c'est d'y croire, et que d'ailleurs j'y avais cru, tu m'aurais dit que c'est ça, la littérature, l'irruption de la fiction dans le réel, et parodiant la bonne vieille parade de Boris Vian tu m'aurais dit mais voyons, mon cher F-H, cette scène est vraie, puisque je l'ai inventée." 
Gallimard, 259 pages.

mercredi 17 janvier 2018

❤️ "Encore vivant" de Pierre Souchon



Pierre Souchon est journaliste pour "Le Monde diplomatique" et "L'Humanité", avec "encore vivant" il écrit son premier livre qui est un récit autobiographique au cours duquel il nous raconte sa maladie.
En effet Pierre Souchon découvre vers 20 ans qu'il souffre de bipolarité, un diagnostic qu'il lui faudra reconnaitre, admettre, accepter afin de pouvoir vivre avec, vivre malgré.

Il vient de trouver un nouveau travail, s'est marié il y a quelques mois avec Garance issue d'une famille bourgeoise parisienne, mais tout bascule, il vit une phase maniaque intense au bout de laquelle il est récupéré à moitié nu en haut de la statue de Jean Jaurès mangeant du buis...
Hospitalisé en psychiatrie il aura de nombreuses visites de son père au cours desquelles il pourra évoquer son passé, ses origines cévenols paysannes, revenir sur les possibles raisons de son mal-être, enfin accepter sa maladie, son traitement.

En nous racontant cette hospitalisation, Pierre Souchon revient sur les débuts de sa maladie, les premières crises, la première hospitalisation, la peur de ce monde (de) fou. Et comment il est arrivé à enterrer son passé pour pouvoir avancer dans sa vie à lui.

Certes une fragilité génétique est largement reconnue dans les causes de la bipolarité, mais il y a aussi des "déclencheurs", et notamment pour Pierre Souchon, on comprendra qu'en plus des "declencheurs" classiques le secret, le poids du secret, a eu un impact énorme sur son histoire.

Il nous replonge dans la condition paysanne, le pays cévennol, son enfance où l'on parlait encore l'occitan, ses grands-parents qui ont eu la vie si dure...

Un premier livre vraiment très réussi. Pierre Souchon étant journaliste, il écrit depuis longtemps mais son besoin était d'écrire un livre, il l'a fait et très bien fait. Il manie la langue brillamment. Que ce soit à l'HP ou dans les châtaigneraies cévenols, il nous transporte avec tact et finesse.
Il y a aussi de la violence, parce que ce qu'il vit, ce qu'il ressent est violent, mais c'est un magnifique plaidoyer pour ces malades et leurs symptômes pas tout à fait comme les autres, lorsque le symptôme touche l'humeur, le comportement, nous autre avons tendance à "juger".... comme il l'explique très bien lorsqu'il parle des visites qu'il n'a pas reçu de sa famille et de ses amis alors qu'il était hospitalisé et toutes celles que sa soeur a eu pour une intervention sur un organe, une maladie avec de "vrais" symptômes; toute la nuance du jugement.

J'ai aimé sa manière de se livrer, sans retenu, simplement, j'ai aimé la relation avec le père, douce et tendre, complice. J'ai aimé sa sincérité, sa franchise.

« - Il faut jamais se vanter, Chichi. Il faut être humble. Tu sais d'où ça vient, "humble" ?        - Non ?                                                                                                                                   - De humus, la terre. Comme nous. »
« C'est très intéressant, les bibles. La charité, l'attention, l'amour de son prochain, dedans c'est tout expliqué, et le prochain peut méditer dans son asile, parfois pendant trente ans, ça laisse un peu de temps. »
 « La famille Claudel, de nouveau, vide un de ses membres à l'asile. Comme ce catholique clan confit de bourgeoisie avait condamné les fulgurances et les transgressions amours d'une artiste, la laissant agoniser de faim au bout de la longue nuit de l'internement, le voici, un siècle plus tard dressé tout entier pour détruire jusqu'à la trace d'un aliéné qui avait espéré, le temps d'une noce, s'incorporer dans leur sainte trinité - vanité des vanités ! Et que crève la différence, au fond d'une piaule dénudée ou au bout d'une corde, pourvu que l'honneur de la tribu soit préservé. »
La brune au rouergue, 248 pages.