Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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jeudi 17 septembre 2020

❤️❤️❤️ "Les déviantes" de Capucine Delattre

 



Un premier roman époustouflant de par sa maturité, sa force et la puissance qu’il dégage. 

Un roman très féminin sans tomber dans l'ultra-féminisme. 

 

 

Trois jeunes femmes bousculées par la vie ne vont pas réagir comme elles le « devraient », c’est à dire comme la société s’attend à ce qu’elles le fassent.

Chacune d’elle va vivre SA vie, et surtout décider de choisir ce qu’ELLE veut pour elle, et non pas ce qu’on attend d’elle.

Des choix pas toujours faciles car elles vont devoir aller à l’encontre de leur entourage, elles vont devoir se battre plus fort mais pour une finalité qui peut-être se rapprochera de leur bonheur.

 

 

Tout va démarrer avec Anastasia, une jeune femme de 29 ans, brillante et carriériste, son cancer du sein sera le détonateur de son changement de vie, de sa déviation ; puis son amie Iris prendra le relais car finalement le carcan de son couple l’étouffe trop. Et enfin Lolita qui ne veut pas faire les études qu’on veut lui imposer mais mener sa vie, avec ses envies, ses décisions.

 

 

Non seulement le récit est bien monté, mais la plume est très belle avec un vocabulaire riche, un rythme dynamique, vivant. Il n’y a pas de pause, on veut dévorer les chapitres les uns après les autres. 

C’est un texte d’une justesse impressionnante quand on sait que l’autrice n’a que 19 ans, les personnages sont tout à fait crédibles et attachants. 

En tant que femme je crois que l’on peut facilement se sentir proche de l’une ou l’autre, et partager leurs questionnements. 

 

 

Pour moi un très grand premier roman, une jeune écrivain à suivre !

 

 

« Sa bague.
C’est sa pénitence, sa marque, son signe d’asservissement, son âme vendue au diable.
C’est le corset miniature enserré autour de ses rêves de sauvagerie et de spontanéité. »

 

« Je veux pouvoir vous donner des réponses, moi aussi. Et c’est pour ça que j’ai besoin de partir. Pour voir des choses que vous ne connaissez pas, pour échapper à votre regard, pour avoir le temps de devenir quelqu’un que vous ne pourrez pas calibrer. »


Belfond, 270 pages. Août 2020

mercredi 9 septembre 2020

❤️❤️❤️ "La petite dernière" de Fatima Daas

 



Un récit court, incisif, rythmé comme une litanie où l’autrice se livre par petite touche. 

C’est comme un dessin qui apparaît trait après trait, une sculpture que l’on voit naitre sous les coups de burin, 

A chaque phrase, à chaque chapitre on découvre un peu plus la jeune femme. 

 

 

Fatima Daas vit une double voire une triple intégration.

Intégration avec sa famille algérienne en France

Intégration dans sa famille car elle est la seule à être née en France, son pays à elle c’est la France

Intégration dans son propre corps, car elle a toujours été ce qu’on appelle « un garcon manqué », elle se sent musulmane, mais sa foi, sa religion n’accepte pas ce qu’elle est. 

 

 

Comment faire face à sa propre vie, à sa famille, à son pays ? 

Comment se construire lorsque sa foi ne rencontre pas la personne que l’on est ? Lorsque son prénom, Fatima, est celui d’une femme symbolique de l’islam, lorsque ce prénom porte toute la puissance de Dieu.

 

C’est délicat et féroce à la fois, touchant et bouleversant. 

J’ai aimé la sincérité de ce texte, j’ai aimé la forme avec la petite rengaine de chaque début de chapitre, j’ai aimé cette voix féminine si particulière.

 

N’attendez plus et lisez ce texte brillant !!


Les Éditions Noir sur Blanc, 190 pages. Août 2020

dimanche 23 août 2020

"On ne touche pas" de Ketty Rouf



Un plaidoyer pour le corps, une critique acerbe du système scolaire. 

 

 

 

Une jeune femme peu sure d’elle, mal dans sa peau et surtout dans son corps qu’elle n’ose regarder et qu’elle trouve laid,

Une jeune femme qui enseigne la philosophie à des lycéens peu intéressés, des jeunes de la banlieue, qui ont mieux à faire que de lire Kant, Descartes et les autres,

Une jeune femme qui un jour décide de se prendre en main, 

de prendre des cours de danse, 

des cours de danse d’effeuillage.

Une jeune femme qui travaille la nuit, se déshabille, juste pour lire le désir et le plaisir dans les yeux des hommes, 

Une jeune femme qui reprend de l’assurance et goût à la vie.

 

 

Dans ce premier roman Ketty Rouf n’y va pas avec le dos de la cuillère, elle même enseignante en philosophie elle nous donne une certaine image du système scolaire, du lycée, de l’enseignement… et honnêtement ça ne fait pas rêver et ça fait même peur.

Mais ce roman c’est aussi une histoire de retrouvaille avec soi-même, de paix intérieur que l’on recherche lorsque tout vous malmène, et ici cela passe par la reconnaissance du corps, la maitrise, le désir de plaire. 

 

 

Même si j’ai du mal à imaginer ce besoin de se montrer et surtout le passage à l’acte, J’ai aimé ce premier roman, la dichotomie de cette vie, tellement en opposition.  J’ai aimé le regard et malgré tout l’envie d’aider ces jeunes. Le passage d’un monde à l’autre.

Il y a de très beaux moments, l’écriture est fluide, crue, vraie.

Un premier roman réussi, à découvrir.

"Pour si peu ? Quelle cruche je fais ! Tout ce « peu » qui est ma vie est en train de se casser la gueule. Qu'ai-je fait pour me retrouver dans le désarroi d'un manque de reconnaissance, d'argent, de joie ? Énorme, monstrueuse bêtise d'avoir voulu être prof. Séduite par la publicité des valeurs, je me suis fait baiser par l'illusion d'accomplir une noble mission, celle d'éduquer, un si beau métier. Et les vacances. Des vacances que je passe souvent à travailler, et pendant lesquelles je ne pars jamais bien loin."

"Ce qui me fait le plus peur, c'est d'être comme eux. Assis à la cantine du lycée, nous ne sommes que des femmes et des hommes rassemblés par l'étalage obscène de notre manque de volonté et de passion. Sur nos visages, dans nos discours, l'absence d'une quelconque intensité. J'espère toujours surprendre quelque chose de vivant, colère ou joie, peu importe, pourvu que ce soit de la vie. Les condamner, ça soulage mon petit moi. Moi, différente de tous les naïfs qui sentent avoir déjà gagné le combat de l'homme noble contre la pauvreté d'esprit, et se destinent au long fleuve tranquille du bonheur. Ceux-là, je les félicite avec mépris. Les autres n'y ont jamais pensé, au bonheur. C'est ça, la réalité qu'on me sert dans une assiette en plastique. Je bouffe du mépris en regardant mes collègues qui avalent, avalent tout, parlent des élèves, et des méthodes. Du programme et des conseils de classe. Ils exultent pour l'heure supplémentaire qui rapportera un peu d'argent à la fin du mois. Ils ont déjà sous le bras les copies à corriger dans le train ou le métro."

 "Car « il faut se rapprocher de la pratique culturelle des élèves et dans cette perspective qu'importent le support et le contenu. Star Trek ou Proust, c'est pareil si ça peut les faire travailler sans trop d'efforts, car c'est à vous de vous mettre à niveau... »"

"Tout le monde vous prend pour des imbéciles. Nos dirigeants, l'institution, mes collègues. Moi aussi. Et tout est fait pour que vous restiez des imbéciles. Vous vous êtes déjà demandé pourquoi on n'arrête pas d'alléger les programmes ? Ça ne vous fait pas réfléchir, ça ? Je vais vous le dire, pourquoi. Parce qu'on veut vous donner moins, et de moins en moins, pour faire croire à vos parents, à l'opinion publique et à la terre entière que vous assimilez vite et bien. Que vous êtes tous très intelligents. En réalité, on vous tire vers le bas parce qu'on a besoin de votre ignorance, et de votre incapacité à avoir une pensée élaborée, profonde. C'est pourquoi vous devriez pleurer tous les jours, vous désespérer, vous mettre à genoux, nous supplier de vous enseigner l'histoire, la littérature, la grammaire, la syntaxe, implorer pour qu'on vous donne des oeuvres complètes à lire, qu'on vous traite comme de vrais élèves à qui on impose silence, prise de notes, discipline, effort !" 

Albin Michel, 238 pages. Août 2020

dimanche 29 mars 2020

"Mamma Maria" de Serena Giuliano





Un peu de soleil d’Italie pour égayer des journées pluvieuses ; le plaisir de se retrouver au café « Mamma Maria », sur la jolie place d’un village de la côte amalfitaine tout près de la mer et au son des chansons de Adriano Celentano.

Sofia, jeune traductrice, revient s’installer dans son village natal après huit années passées à Paris et une déception amoureuse.
Le café tenu par Maria est le centre névralgique du village où tout se passe, tout se dit, tout se sait. Maria est un peu la maman de tous. Jeunes et vieux se retrouvent, discutent, jouent aux cartes, s’engueulent…

Par les voix de Sofia et de Maria nous suivons les aventures et aléas du village, nous rencontrons les personnages, nous apprenons à les connaître avec leurs qualités et leurs défauts. 

C’est un roman feel-good, ce qui en principe n’est pas trop ma tasse de thé, mais celui-ci est plutôt bien fait. Il se dévore.
Tout d’abord la construction est très attrayante car on passe de Sofia à Maria dans un enchainement ininterrompu et dynamique, les chapitres sont courts et enlevés.

Et puis ce livre aborde aussi de vrais sujets de société, tel que le racisme, l’arrivée des migrants, la vieillesse, la solitude…

J’ai aimé la lumière dégagée par les personnages, le lien entre les jeunes générations et les anciennes, l’entraide, et … la cuisine italienne !! Il y a tout le caractère de l’Italie dans ces pages.

Un joli livre que je recommande particulièrement en ce moment pour illuminer son quotidien ! et une mention particulière pour la couverture qui est vraiment très belle et attrayante. 

"Il faut des pâtes, pour vivre. Il faut des lasagnes, de la friture, du gras, de l'eau de mer et du soleil. Sinon, la vie ne vaut même pas la peine d'être vécue."
"Et puis j'ai un en charge un nouveau stagiaire, qui a le QI d'une moule. (Certains matins, il en a aussi l'odeur...)"
"Aux dernières élections, l'extrême droite est arrivée au pouvoir en Italie. Depuis, le racisme a envahi nos vies comme un tsunami de boue. Avec un ministre de l'Intérieur qui a pour slogan "Rentrez chez vous !", qui confond islam et terrorisme, qui accuse les migrants de tous les maux dont souffre l'Italie, les langues se sont déliées. Aujourd'hui, au travail, au bar, dans la rue, beaucoup revendiquent cette haine de l'autre comme ils brandiraient un étendard."
"Je remercie Dieu de les avoir envoyés dans le poulailler d'un homme encore pourvu d'amour pour son prochain, même lorsque ce prochain vient d'ailleurs." 
Cherche-midi,  240 pages. Mars 2020

mercredi 4 mars 2020

"À mains nues" de Amandine Dhée




Dans ce récit, Amandine Dhée nous fait part de son expérience de femme au regard du sexe, du désir, de l’amour. 
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La narration est intéressante avec des chapitres très courts qui se succèdent entre le « je » du présent, et le « elle » du passé.
Ainsi on découvre comment petit fille puis adolescente et jeune femme elle a fait face au désir naissant, à cette vibration du bas ventre mais aussi à toutes les questions qui viennent autour et avec. 
Le quoi, le comment, le qui ?
La découverte des garçons, des filles, du gynéco
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Aujourd’hui elle est en couple, elle a un petit garçon et se pose encore la question du sexe, de l’amour, quand on vit dans son train-train quotidien, quand on vieillit…
Elle a peur, veut se rassurer… 
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Cherche-t-on ses propres limites toute la vie, sont-elles en évolution constante ?
Doit-on avoir une vie sexuelle libre ? Continue-t-on à désirer et pratiquer l’acte sexuel en vieillissant, même avec la peau moins tendue, plus plissée….
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On perçoit bien aussi que cette question du désir, du corps féminin, du sexe, évolue encore plus vite ces dernières années avec l’évolution des droits de la femme, le féminisme, les metoo et balancetonporc.
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Un récit fort et intense, un récit dans lequel nous pouvons chacun et chacune nous retrouver. 

C’est un livre intime,
mais celui de toutes les femmes.

J’ai aimé le style, j’ai aimé le texte, j’ai aimé le questionnement où chacun finalement apportera sa réponse, mais où, c’est sûr, le meilleur est à venir !!

 La contre allée, 136 pages. Janvier 2020.