Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est amitié. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est amitié. Afficher tous les articles

mardi 7 avril 2020

"Petits secrets, grands mensonges" de Liane Moriarty




Dans la petite ville côtière de Pirriwee c’est la fin de l’année et les enfants de 5 ans se préparent à faire leur rentrée de Janvier en classe de maternelle.
Lors de la matinée d’accueil un petit incident entre eux va mettre le feu aux poudres dans les relations des adultes.

Parmi les personnages principaux que l’on suit, il y a la belle, magnifique, Céleste, épouse du richissime et non moins splendide Perry - souvent absent pour son travail -,  et mère des jumeaux Max et Josh.


Madeline est divorcée de Nathan avec qui elle a eu Abigaël, et heureusement mariée à Ed qui lui a donné deux enfants, Fred et Chloé.


Jane, plus jeune, vient d’emménager dans la ville, seule, avec son petit garçon Ziggy et semble cacher un lourd passé. 


Dès le début on comprend qu'un terrible drame est arrivé, qu'il y a un mort, mais nous ne découvrions qu'à la fin de qui il s'agit et ce qu’il s’est passé ; tout le roman nous plonge dans les intrigues de cette petite communauté jusqu’au dénouement finale.


Il est question de violences conjugales, d’abandon, de divorce, d’infidélité, de jalousie, bref tout ce qu’il faut pour avoir son lot de drames.
On se croirait presque revenu dans Wisteria Lane. 

Soyons clair ce n’est pas de la grande littérature, mais un très bon roman qui nous prend et qui nous fait tourner les pages, vite, vite, vite.
Un bon moment de détente en particulier en confinement sous la pluie !



Le livre de poche, 572 pages. Septembre 2016
Traduction de Béatrice Taupeau.

mercredi 18 décembre 2019

"Les gratitudes" de Delphine de Vigan



C'est l'histoire de Michka, une vieille dame qui perd ses mots et doit vivre dans un EHPAD.
Autour d'elle il y a Marie, une jeune femme qui lui rend visite régulièrement et qui est très proche d'elle ; et puis Jérôme l'orthophoniste qui vient deux fois par semaine pour l'aider non pas à retrouver ses mots mais à les perdre moins vite.
C'est un roman court qui tourne autour de ces 3 personnages, Michka en est le centre et petit à petit on déroule les vies des uns et des autres.

Je dois être honnête c'est une déception pour moi.
On m'avait parlé de ce livre avec des trémolos dans la voix et les yeux embués de larmes ; mais ça n'a pas fonctionné sur moi, est-ce mon petit coeur qui se durcit ? Suis-je en train de perdre toute sensibilité ?
Même si je suis capable d'être touchée par Michka, si j'entends et comprends le propos (la vieillesse, la mort, la perte du langage et implicitement de la mémoire, le lourd passé (abandon, guerre, ....)), cette femme qui tout en se dégradant (en vieillissant !) attend la mort avec une dernière obsession, retrouver deux personnes qui ont été importantes pour elle, j'ai trouvé que c'était un peu trop poussif et attendu, il n'y a pas de surprise.
Bien que le livre soit agréable à lire grace à son style fluide et délicat, il y a cependant beaucoup de bons sentiments et les personnages peu nombreux sont finalement peu développés, c'est dommage, j'aurai voulu en avoir plus sur chacun d'eux.

Habituellement j'aime ce qu'écrit cette auteur et je n'aime pas trop dire du mal des livres mais je ne peux pas non plus mentir, et pour celui-là il n'y a pas eu la rencontre attendue... Dommage.

Sur un thème un peu similaire j'aurai envie de vous recommander un livre de Frederique Deghelt "La grand-mère de Jade" que j'ai trouvé plus profond et plus crédible.


JC Lattès, 173 pages. Mars 2019

mercredi 6 novembre 2019

❤️❤️❤️ "Boom" de Julien Dufresne-Lamy




"Tu es parti avec ma tranquillité."

Tim(othée) et Étienne sont amis
Depuis 3 ans
Une amitié forte, belle
Comme elle peut l'être à l'adolescence
Mais voilà
Timothée meurt
Et Étienne se retrouve tout seul

Un texte court, fort, intense
Un roman sur l'amitié
                 sur l'adolescence
                 sur le deuil

Ça fait boom dans le coeur
Des phrases simples
       des mots justes

Encore une fois la plume de Julien Dufresne-Lamy
a fait briller mes étoiles
a illuminé mon esprit
par sa sobriété, sa délicatesse et sa beauté.

C'est décidé je vais lire tout de cet auteur qui en deux livres a su me conquérir
A lire absolument, ainsi que mon coup de coeur de la rentrée 2019 "Jolis, jolis monstres".

Actes Sud Junior, 110 pages. Avril 2018

lundi 4 novembre 2019

"Bienvenue au club" et "le Cercle fermé" de Jonathan Coe



Ayant lu récemment "le coeur de l'Angleterre", qui reprend les personnages principaux de ce diptyque initial, je me suis dit que je pouvais me rafraichir la mémoire, et du coup j'ai réalisé que j'avais bien lu le premier volet il y a de nombreuses années mais que bien qu'étant en possession du second je ne l'avais pas encore découvert.

Je me suis donc replongée avec plaisir et délectation dans l'Angleterre des années 70 pour commencer et j'ai refais la connaissance de Benjamin Trotter, cet adolescent un peu coincé, timide, réservé (?) aimant la littérature et la musique autour duquel gravite un certain nombre de personnages dont Philip Chase, le meilleur copain avec lequel il veut créer un groupe de musique et qui partage sa passion de l'écriture ; Doug Anderton le fils du syndicaliste Bill Anderton, réputé dans la région et pro-actif notamment dans l'entreprise locale de voiture (dans laquelle le père de Benjamin travaille aussi) ; Sean Hardy est le trublion de service qui ne rate pas une occasion de faire des blagues, pas toujours très drôle. Claire et Cicely sont les filles du lycée à côté qui intéressent beaucoup les garçons...
Benjamin a aussi un petit frère Paul, très intelligent et qui n'a pas froid aux yeux, et une grande soeur Loïs.
Nous suivons donc cette petite troupe jusqu'à la fin du lycée pour le premier roman.
Dans le deuxième nous les retrouvons quelques années plus tard, ils sont mariés, ont des enfants et un travail... mais leurs liens sont toujours aussi forts et les ramènent souvent à leurs années lycée.
Tony Blair est maintenant au pouvoir et la guerre en Irak menace.
C'est l'heure des bilans, la quarantaine sonne et on remet en question sa vie personnelle et/ou professionnelle. On fait un petit bilan sur son histoire alors que l'Histoire de l'Angleterre elle-aussi avance.

Cette saga nous donne une belle image de l'Angleterre des années 70 jusqu'au début des années 2000, en suivant cette multitude de personnages on pénètre dans toutes les couches de la société anglaise et surtout on vit les questionnements, les conséquences, la politique locale et à plus grand niveau. C'est aussi une belle histoire d'amour, et de très belles amitiés qui survivent aux années qui passent.

Une traversée passionnante de plus de 30 années, emmenée avec fluidité par la plume de Jonathan Coe qui ne passe rien à ses personnages. C'est drôle, caustique, satirique, tellement bien mené. Je me suis régalée ☺️

"Bienvenue au club" Folio, 537 pages.
"Le cercle fermé" Gallimard, 537 pages.
Traduction de Jamila et Serge Chauvin.

lundi 16 septembre 2019

"Un coeur pur" de Jérôme Abranel


Lorsqu'Etienne décède c'est son ancien voisin Sam qui se retrouve en charge de la liquidation de sa maison, c'est à dire la vider et la vendre. Aux funérailles de l'homme ne sont présents, en dehors de lui, que Pierrette sa femme de ménage et une mystérieuse femme qui quitte l'endroit avant que Sam n'ai le temps de lui poser des questions.

Sam ne conserve pas grand chose de son ami, hormis des carnets et les clés d'une maison qu'il louait sur l'île de Groix.
En se rendant sur cette île Sam va découvrir qui était réellement son ami Etienne, d'où il venait et quel homme il était, un coeur pur...

Ainsi en alternant la lecture des carnets d'Etienne on découvre aussi la vie de Sam, ancien parisien venu s'installer à Nantes la tête pleine de rêves et de projets.

Ce premier roman se lit assez rapidement car on est vite pris par les histoires de chacun de ces deux hommes, l'alternance est bien faite et pousse notre curiosité à continuer.
C'est une histoire pleine de douceur, d'empathie, de bienveillance.

Mon petit bémol est plutôt sur le style littéraire qui est parfois un peu poussif et lourd, on sent que l'auteur veut bien faire, mais parfois la simplicité est ce qu'il y a de mieux. La deuxième partie du roman est nettement supérieure, ce qui me laisse penser qu'il faudra suivre cet auteur sur son prochain roman.

Je tiens à remercier l'auteur qui m'a contactée pour que je lise son livre, je lui sais gré de sa confiance.

Librinova, 196 pages.

samedi 31 août 2019

❤️ "Par les routes" de Sylvain Prudhomme


"Ce n'est pas forcément moins libre d'être là."


Sasha, la quarantaine, écrivain, vient s'installer dans la petite ville de V. dans le sud de la France.
Lors d'une soirée chez son cousin il rencontre Jeanne qui lui parle très vite de "l'autostoppeur" qu'elle souhaite qu'il rencontre.
Il se trouve que Sasha connait cet autostoppeur, il s'agit de son ancien ami de jeunesse, lorsqu'ils étaient étudiants. Et quand il le retrouve il fait la connaissance de sa compagne Marie et de leur fils Agustin.

L'autostoppeur aime partir, parcourir la France en autostop, rencontrer des gens, tous différents, mais qui ont le point commun d'avoir osé ouvrir la porte de leur voiture pour le transporter, d'avoir ouvert une fenêtre sur leur vie, leur intimité.

Petit à petit Sasha se rapproche de la famille de son ancien ami qui, lui, reprend ses activités d'autostoppeur de plus belle et s'éloigne d'eux insensiblement.

Ce texte nous parle de départ et d'absence, de voyage, de ce que c'est que d'être là , d'être loin, d'être présent tout en étant absent et inversement.
C'est un livre qui parle d'amitié, d'amour, de désir, de liberté.

L'écriture de Sylvain Prudhomme est ronde, pleine de douceur et de calme, c'est comme si il nous susurrait  l'histoire, qu'il nous la racontait à voix basse au coin du feu. Il nous fait pénétrer dans son texte, dans son monde, avec finesse et grâce.
J'ai aimé cette petite mélancolie teintée de joie et de bonheur, une simplicité offerte pour profiter de la vie, là ou là-bas (?!).

L'arbalète gallimard, 296 pages.

jeudi 25 juillet 2019

"Changer l'eau des fleurs" de Valérie Perrin





Violette Trenet, née sous X, trimballée de famille d'accueil en famille d'accueil, rencontre Philippe Toussaint alors qu'elle n'a pas encore 18 ans ; une petite fille nait très rapidement et plus tard, sous la pression de  ses parents, le jeune homme finit par l'épouser.
Ensemble ils seront gardes-barrières à Malgrange-sur-Nancy, puis garde-cimetière à Brancion-en-Chalon. Enfin c'est surtout Violette qui travaille, parce que son mari est un homme qui ne fait rien - un bon à rien, est très absent et surtout très infidèle ; il finira par partir et Violette sera heureuse de ne plus l'avoir sous le nez. De drames en déceptions, de rencontres d'amour et d'amitié Valérie Perrin nous promène dans la vie de Violette.

Dans ce roman il y a beaucoup de personnages dont on suit les histoires en parallèle, avec de nombreux va-et-vient du passé au présent.
Il y a la vie romanesque de Violette mais aussi celle de certains personnages qu'elle rencontre et qui lui apporte souvent beaucoup de belles choses.
Au milieu des malheurs de la vie, il y a de beaux moments et de belles émotions, de belles histoires, c'est pour moi un peu un roman "feel-good", ce qui n'est pas désagréable de temps à autre et en particulier pendant les vacances.

Je reconnais avoir eu un peu de mal à entrer dans le livre et à m'attacher aux personnages, mais finalement je me suis fait prendre par l'histoire et par Violette ; le rythme s'accélérant aussi, les secrets se levant peu à peu, les mystères se dévoilant... on se prend au jeu et on a envie de connaitre la suite et surtout le passé.
J'ai aimé les descriptions des lieux, on se sent comme dans un cocon, surtout dans la maison du garde-cimetière et dans le cabanon des calanques de Marseille ; j'ai aimé les descriptions des personnages, on les voit, on les sent, là juste à côté de nous. Malgré les difficultés rencontrées par Violette, malgré les aléas parfois dramatiques de sa vie, il y a beaucoup de douceur et de tendresse.

Je crois que c'est un livre à lire avec simplicité car certains évènements, certains personnages ne sont peut-être pas très réalistes mais ce n'est pas grave, on a malgré tout envie d'y croire et de les suivre.

"Dans l'esprit de Philippe Toussaint, tout était simple : j'étais une fille perdue qu'il avait ramassée en boîte de nuit et il me faisait travailler en échange du gîte et du couvert. En plus, j'étais jeune et jolie, pas contrariante, de bonne composition, plutôt courageuse et il adorait me posséder physiquement. Et dans une sous-couche plus perverse de son esprit, il avait pigé que j'avais une peur bleue de l'abandon, donc que je ne partirais pas. Et avec un enfant de lui, il savait qu'il m'avais immobilisée là, à portée de sa main."

Albin Michel, 555 pages.

dimanche 28 avril 2019

"Of mice and men" de John Steinbeck


Nous sommes dans les années 1930 en Californie pendant la Grande Dépression ; deux hommes vont de ferme en ferme pour louer leurs bras et tenter de se constituer un petit pécule. Ils n'ont qu'un rêve, avoir leur petit lopin de terre à travailler, quelques animaux dont des lapins, et vivre tranquillement.

Mais voilà, la vie n'est pas si facile pour Georges et Lennie.
Lennie est un géant, qui possède une force démesurée et une cervelle de moineau, il n'est pas méchant mais pas malin non plus, alors Georges est là pour le protéger de lui-même mais aussi du reste du monde.

Lorsque qu'ils arrivent dans cette nouvelle ferme on sent la tension qui monte, que quelque chose va se produire, le récit est parfaitement mené et nous accroche, on ne peut plus lâcher le livre.

Je n'avais pas encore lu ce livre qui est pourtant un grand classique et je suis ravie de l'avoir fait, enfin, et en anglais, grace à mon fils qui l'a étudié récemment.
La lecture dans la langue originale apporte beaucoup même si cela n'a pas toujours été facile, mais j'ai été transportée dans ce milieu agricole, d'hommes, de travail difficile, où chacun doit se battre pour sa peau.

Une magnifique histoire d'amitié, de fidélité et en même temps tellement déchirante.
Un texte court mais lourd de sens.

Penguin Books, 121 pages.

mercredi 10 avril 2019

« Auschwitz et après - II - Une connaissance inutile » de Charlotte Delbo


"Je reviens 
                                 d'au-delà de la connaissance
                                      il faut maintenant désapprendre 
                          je vois bien qu'autrement
                          je ne pourrais plus vivre."


Après avoir lu "Je me promets d'éclatantes revanches" de Valentine Goby, j'avais commencé à lire et découvrir Charlotte Delbo avec "Auschwitz et après - I - Aucun de nous ne reviendra" qui est le premier tome d'une série de documents qu'elle écrivit plusieurs années après son retour des camps de la mort.

"Une connaissance inutile" est le deuxième livre de cette série.
Charlotte Delbo nous y parle d’amour, d’amitié, de peurs, de soutien, d’entraide jusqu’à la libération.

L'amour avec son mari qui fut arrêté avec elle mais tué peu de temps après son arrestation. Elle lui écrit des poèmes magnifiques.

L'amitié car dans les camps on ne survit pas seul, on survit en groupe. Souvent les groupes se font par pays d'origine, parfois lorsque l'on est arrivé dans le même convoi, parfois simplement aussi parce qu'on ne se comprend pas avec les autres femmes. Des liens forts de solidarité, pour partager, se soutenir, parfois même s'amuser.
Alors Charlotte nous parle de ses compagnes, comment elles se partagent une cigarette (échangée contre un quignon de pain), comment certaines disparaissent....
Lorsqu'elle se meurt de soif, une chaîne d'amitié s'organise pour qu'elle puisse boire dans la rivière.
Charlotte réussit même à récupérer un exemplaire du Misanthrope, elle l'apprend par coeur, et avec ses compagnes elles vont, pour elles-même, mettre en scène la pièce.

Elles vont aussi partir "en voyage" à Berlin dans le camp de Ravensbruck où elles devront travailler dans un atelier à coudre des vestes pour l'armée allemande.

Et jusqu'à la fin de la guerre, et surtout la libération, le départ enfin !

Encore une fois Charlotte Delbo nous touche par ses récits, la simplicité de son écriture, la beauté de ses mots.
Il y a des textes plus ou moins longs et des poèmes, toujours.
On ne peut rester indifférent à un tel témoignage, si vrai, sans fausse-pudeur.

"Je l'aimais
parce qu'il était beau
c'est une raison futile

Je l'aimais
parce qu'il m'aimait
c'est une raison égoïste

Mais
c'est pour vous
que je cherche des raisons
pour moi je n'en avais pas
Je l'aimais comme une femme aime un homme
sans mots pour le dire"

Les Éditions de Minuit, Documents, 187 pages.



lundi 18 mars 2019

"Le dernier frère" de Natacha Appanah



"Ce sentiment, comme une nausée qui monte et qui descend, c'était la perte de l'enfance et la conscience que rien, plus rien, ne me protégerait désormais du monde terrible des hommes."
Un vieil homme, Raj, fait un rêve. Il rêve de David, cet enfant qui fut son ami, il y a si longtemps.
Alors Raj nous emmène avec lui dans son enfance.
Tout d'abord à Mapou, dans les champs de canne à sucre avec ses frères, la rivière, la sécheresse et les pluies diluviennes, une vie heureuse malgré l'extrême pauvreté et les coups de trique du père, jusqu'à ce qu'un cyclone balaie cette famille et fasse tout voler en éclat.

Puis le jeune garçon se retrouve seul avec ses parents à Beau-Bassin, dans une maison de la forêt. Il se raconte beaucoup d'histoires pour s'occuper, il arpente la forêt qu'il connait par coeur. Jusqu'au jour où sa mère l'envoie apporter le déjeuner de son père à la prison où il travaille. Et Raj découvre que les prisonniers ne sont pas comme son père lui avait dit des mÉchAnts, des mArrOns, des vOlEUrs, mais juste des hommes, des femmes et des enfants....

Et c'est là qu'il rencontre David, ce garçon à la chevelure flamboyante et douce, qui va devenir son ami, son frère.

Ce roman se situe dans un contexte historique que je ne connaissais pas.
En effet au début de la seconde guerre mondiale, en 1940, des Juifs quittèrent l'Europe pour tenter d'aller s'établir en Palestine, seulement à leur arrivée au port d'Haïfa - alors sous mandat britannique - ils furent refoulés par les Anglais et envoyés dans leur colonie de l'île Maurice. Là-bas ils furent installés dans une prison à Beau-Bassin. Ils vivaient entassés, dans un climat tropical auquel ils n'étaient pas habitués, endurant les maladies locales.

Raj est un petit garçon qui subit la violence au quotidien avec un père alcoolique, agressif, vivant dans une grande misère. Heureusement sa mère lui donne beaucoup d'amour et de tendresse. C'est un enfant qui essaie de se construire malgré un environnement difficile, alors lorsqu'il croise David pour la première fois c'est un coup de foudre d'amitié.
Raj ne savait rien de la guerre qui sévissait en Europe, il ne savait rien de ce que subissait les Juifs, il ne savait même pas ce que c'était qu'être juif...
Les deux enfants vont vivre une belle histoire mais qui les mènera beaucoup trop loin.

C'est un très beau roman que j'ai beaucoup aimé.
Je me suis attachée à Raj et à sa terrible histoire. Ce petit garçon qui veut juste ajouter du bonheur dans sa vie, ne plus trembler au retour de son père, ne plus penser qu'il ne vaut rien et qu'il ne devrait pas être là. Ce besoin fou qu'il a d'aimer un autre enfant, de partager, de vivre ensemble.

POINTS, 211 pages.

samedi 26 janvier 2019

"Zao" de Richard Texier


Dans un court récit Richard Texier rend un hommage vibrant à son ami peintre franco-chinois, Zao Wou-ki.
C'est un texte très touchant sur l'histoire d'une amitié, amitié partagée autour d'une passion commune, la peinture.
J'ai aimé le ton du livre, cette chaleur dans l'amitié, ce grand respect d'un artiste pour un autre, j'ai aimé entendre le rire de Wou-ki dans les mots de Richard.
C'est un livre d'une grande tendresse et d'une douceur infinie.

Je ne suis pas très érudite en terme d'art mais cela m'a permis d'aller rechercher un peu plus d'informations sur Zao mais aussi sur Richard Texier, sur leurs oeuvres respectives.

Dans ce livre Richard parle aussi d'images qu'il a faites de Zao et notamment d'images vidéo, il m'a donné envie d'entendre le rire et la voix de l'artiste, de le sentir vivre et vibrer.

Alors curieuse je suis allée sur internet et j'ai trouvé le petit film dont il est question dans le livre et que Richard Texier a filmé avec son téléphone, vous trouverez le lien ICI .
"J'ai commencé ce jour-là une collection d'oeuvres de Zao Wou-ki. Elle me console aujourd'hui du manque de sa présence amicale et me remet en mémoire nos échanges d'artistes. Je revois sa main qui dansait  dans l'espace pour terminer les phrases quand les mots lui manquaient. Il tentait d'exprimer l'indicible en mimant dans l'air le geste du peintre qui parvient à capter le vol de l'esprit."
"L'affection s'accommode bien du silence. Il ne gêne que les étrangers. La présence bienveillante d'un ami suffit largement au bonheur partagé, toute parole est alors superflue."
"Il y avait de l'enfance dans cet homme-là." 
Gallimard, 153 pages.



lundi 17 décembre 2018

❤️ "Les huit montagnes" de Paolo Cognetti



Lorsque Pietro est encore enfant ses parents décident de louer une maison à Grana, un village perdu dans la montagne, pour passer l'été.
Chacun y trouve son compte, la mère aime la montagne des prairies et des forêts, tandis que le père aime partir à l'assaut de la montagne au cours de longues randonnées, et Pietro se fait un petit copain, Bruno.
Bruno est un enfant du village qui passe plus de temps dans les pâturages qu'à l'école, et chaque été il emmène Pietro à la découverte de la montagne.

Les années passent, Pietro grandit, quitte le nid familial et ne revient plus trop à Grana. Jusqu'à ce que  le coeur de son père lâche subitement et que Pietro se retrouve propriétaire d'une ruine en pierres en haut de la montagne. Il va alors retourner dans ce village, retrouver son ancien ami Bruno.

C'est une très belle histoire d'amitié mais surtout de montagne, la montagne qui est presque le personnage principal de ce roman. On traverse les forêts de pins, les prairies où paissent les vaches, les chèvres, et plus haut la rocaille, les névés, les glaciers.
On respire l'air pur, on sent le poids de la neige, son bruit délicat, on vit le printemps avec le lac qui dégel, les fleurs qui explosent, la vie qui renait.

J'ai énormément aimé ce livre, très simple et très beau. Il m'a fait voyager dans la nature, loin de la ville. L'histoire entre Bruno et Pietro et sa famille est aussi très belle, touchante.

Un livre parfait pour les amoureux de la nature et de la montagne en particulier, un livre qui fait rêver doucement.

Le Livre de Poche, 284 pages.

dimanche 30 septembre 2018

"Babylone" de Yasmina Reza


Elisabeth, la soixantaine, organise chez elle une petite fête de printemps où elle invite ses amis, sa soeur et ses voisins du dessus.
Yasmina Reza tire de cette rencontre une petite satire de la société et en profite pour se moquer des marottes des uns et des autres. Chaque personnage étant une caricature de ce qu'il représente.
La soirée se termine, Elisabeth et son mari vont se coucher, mais voilà que leur voisin du dessus revient, il a commis l'irréparable et sollicite leur aide.
Il s'en suit toute une aventure entre Elisabeth et son voisin, Jean-Lino.

L'auteur en profite pour nous raconter des souvenirs sans intérêts de l'héroïne, elle nous parle de personnage dont on ne comprend pas vraiment la raison d'être.

Bref, je n'ai pas aimé ce roman qui n'a ni queue ni tête et est totalement insignifiant pour moi. Je n'ai éprouvé aucune sympathie pour les personnages ni pour ce qu'il se passe. Ce fut une lecture laborieuse car je n'avais pas l'envie d'avancer.
Ce qui sauve ce livre c'est l'écriture qui est bien travaillée, mais honnêtement j'ai du mal à comprendre le prix Renaudot de ce roman

Je ne comprends pas non plus le titre.... Il est fait référence une fois à Babylone dans le texte, est ce que cela en justifie le titre, je me pose la question. Mais peut-être suis-je tout simplement inculte ?!
"Dans un couple, a-t-elle dit, chacun doit s'efforcer de faire honneur à l'autre. Ce qu'on donne à voir de soi rejaillit sur ce que les gens vont penser de l'autre."
"N'avoir personne c'est n'avoir même pas soi-même. Quelqu'un qui vous aime vous délivre un certificat d'existence (ou de consistance). Quand on se sent seule on ne peut pas exister sans une petite fable sociale." 
Folio, 219 pages.

lundi 10 septembre 2018

❤️ "Le livre que je ne voulais pas écrire" de Erwan Larher



"Le livre que je ne voulais pas écrire" se trouve être aussi le livre que JE ne voulais pas lire...
Par peur, par superstition...
Je ne voulais pas être poussée dans des scènes d'horreurs, poussée à larmoyer sur des émotions qu'on m'obligerait à ressentir, je voulais me protéger, faire comme si tout cela ne me concernait pas (et ne me concernerait jamais), alors non je ne voulais pas lire ce livre.

Et puis, retour de vacances, rentrée littéraire, je découvre le dernier Boualem Sansal, je ne sais pas du tout de quoi il s'agit et petit à petit, bien malgré moi il m'emmène autour du 13 novembre, alors une fois son livre refermé j'ai de nouveau posé les yeux sur "Le livre que je ne voulais pas écrire [lire]" qui trônait en bonne place sur ma table de nuit.

Courage, fuyons... euh non, lisons !

Erwan Lahrer est écrivain, il est aussi fan de musique et notamment de rock et le soir du 13 novembre il était au Bataclan pour écouter Eagles Of Death Metal en concert, et ce soir là il était seul, et ce soir là il a été blessé, et ce soir là sa vie a changé.
Il ne voulait pas écrire ce livre, il ne voulait pas témoigner, il ne voulais pas en rajouter, mais ses amis on réussit à le convaincre de poser des mots sur son histoire, cette histoire, de partager en tant qu'écrivain.

Alors Erwan nous raconte, à sa façon, ce que lui a vécu le soir du 13 novembre, parmi tant d'autres histoires. Il nous raconte simplement, librement, sans pudeur ni retenu. Il est honnête avec nous, avec lui-même, avec son entourage. Il ne se prend pas pour un héros, ni tellement pour une victime. Il était là au mauvais endroit au mauvais moment...

Le livre est un récit/témoignage où l'auteur se parle, il utilise la deuxième personne du singulier pour écrire son histoire et entre deux chapitres il y a une alternance avec des textes de ses proches qui racontent eux aussi comment ils ont vécu cette soirée, cette nuit. Cette alternance nous fait revivre la soirée heure par heure quasiment mais sans pathos. Cela nous permet aussi de voir le petit décalage qu'il peut y avoir entre les histoires, les ressentis des uns et des autres. Nous sommes tous tellement différents face à un évènement...

Je ne regrette pas cette lecture et bien au contraire je remercie l'auteur et l'amie qui m'a poussé à le lire. Malgré l'horreur absolue Erwan Larher m'a rassuré et m'a donné de l'espoir, deux choses que je croyais totalement impossible après un tel évènement.

J'ai aimé la reconnaissance qu'il a vis à vis du personnel médical et hospitalier, une reconnaissance malheureusement pas toujours assez appuyée.

Si vous êtes un peu frileux comme moi face à ce "sujet", n'hésitez plus, allez-y !
D'autant plus que le choix narratif est surprenant et tout à fait adapté.

Un coup de coeur pour cette manière si particulière de traiter ce sujet, sans grandiloquence et exagération.

"De la colère. Du courage. Des combats à mener. Contre ce qui asservit et désespère. Déshumanise. Est-il indispensable de le faire les armes à la main ou peut-on espérer gagner en montrant l'exemple, en semant, en partageant ? Comment faire vaciller les diviseurs, les affameurs, les spéculateurs ? C'est à eux qu'il faut t'attaquer, Iblis. À ceux qui nous montent les uns contre les autres. Attaque-toi à l'ignorance et à ceux qui nous maintiennent dedans. Aux écrans. À l'esprit de concurrence et de compétition. Au veau d'or. Attaque-toi aux ronds-points, aux zones commerciales, aux pesticides. Attaque-toi à l'égoïsme, à la pingrerie. Attaque toi aux pédophiles et aux conducteurs qui tournent sans clignotant. Fais-nous découvrir Ibn Khaldoun, Abd El-Kader et Oum Khalsoum. Parce que là, en tirant sur des humains à terre, en tirant dans le dos, tu n'as pas vengé tes frères tombés en Syrie, tu as servi les desseins de ceux qui font bénéfices des tensions communautaristes en Europe. Toujours chercher à qui profite le crime, qui se cache derrière Lee Harvey Oswald et Jack Ruby. Sinon, pour les décideurs de chaque camp, ceux qui alimentent dans nos villes la fabrique des monstres, tu n'es qu'un risque à prendre, une marge d'erreur, un dommage collatéral. Un pion qui ôte la vie à d'autres pions pendant que rois et reines de chaque côté de l'échiquier dorment en sécurité à l'abri de leurs tours."
Quidam éditeur, 260 pages.

vendredi 13 juillet 2018

"Amsterdam" de Ian McEwan



Clive Linley et Vernon Halliday, deux amis, se retrouvent aux funérailles de Molly, photographe, critique culinaire et épouse de George Lan.
Leur ancienne maitresse est décédée rapidement suite à une maladie qui lui a fait perdre tout sens commun, ce qui amène les deux amis à se faire une promesse qui changera le cours de leur vie.

Un troisième amant, détesté par les deux premiers, se trouve être un homme politique de renom - Julian Harmony -  mais dont les idées déplaisent fortement à Clive et Vernon, ou serait-ce simplement de la jalousie ?

Clive Linley est un musicien compositeur qui a beaucoup d'estime pour sa personne et son oeuvre, Vernon, lui, est directeur de la rédaction dans un journal - "the Judge" - qui a des difficultés financières.
Clive est en train d'écrire "l'oeuvre du siècle", Vernon souhaite faire d'une pierre deux coups en faisant chuter son pire ennemi et en faisant remonter les ventes de son journal.

Nous suivons ces deux personnages principaux auto-centrés, sûr d'eux-même et que rien n'arrête jusqu'à un dénouement pathético-tragique.

Tout le cynisme de Ian McEwan ressort dans ce roman où il nous campe des personnages cyniques avec un humour crissant. Le déroulement fait froid dans le dos.

Ce roman, qui n'est pas mon préféré de cet auteur, m'a laissé un goût amer tant ce qu'il décrit et écrit donne une image d'une société nombriliste, d'un Homme égoïste, mais aussi un regard sur la maladie et la détérioration de l'être humain qui n'est pas très positif.

Bref un roman bien ficelé mais dérangeant !

Folio, 252 pages.

mardi 1 mai 2018

❤️❤️ "Correspondance 1946-1959" de René Char et Albert Camus



Albert Camus et René Char se rencontrent après la guerre lors de la sollicitation du premier des poèmes du second pour sa collection "Espoirs" éditée chez Gallimard.
Très vite les deux hommes se lient d'amitié, ils essaient de se rencontrer le plus souvent possible, travaillent sur beaucoup de projets communs, ils deviennent même voisins à Paris et dans le sud de la France.

Au cours de leurs années d'amitié ils échangent quelques 200 lettres réunies dans ce livre et qui nous montrent l'attachement qu'ils ont l'un pour l'autre mais aussi le profond respect du travail de chacun voire l'admiration.

Certaines lettres n'ont que peu d'intérêt mais nous permettent de suivre l'évolution de leurs rencontres et de leur travail grâce aux notes très instructives (et nombreuses...) de Franck Planeille.

Une correspondance qui donne envie de (re)lire Camus, de découvrir la poésie de Char, une correspondance qui rend aussi nostalgique du temps où l'on s'écrivait des petits mots ou de longues lettres, sur du papier tout simplement, avec un stylo.

Beauté de cette amitié, des mots, de la profondeur de leur déférence commune, mais aussi de la simplicité chez de si grands hommes.

Gallimard, 250 pages.

mardi 6 février 2018

❤️ "L'enfant perdue" de Elena Ferrante


Et voilà le quatrième et dernier tome de la très célèbre saga napolitaine où l'on retrouve, non sans plaisir, les familles de Lila, Elena ainsi que tous leurs amis/ennemis/connaissances depuis l'enfance.

Nous avions laissé Lila s'installer avec Enzo de retour dans leur quartier natal et créant une entreprise d'informatique; pendant que notre narratrice (re)tombait dans les bras de son amour de jeunesse, Nino au détriment de son mariage et de sa vie de famille.

Tout en continuant sa carrière d'écrivain, Elena vit sa vie amoureuse passionnément, elle voyage énormément et passe de moins en moins de temps auprès de ses filles. Elle se pose beaucoup de questions sur les priorités qu'elle doit se donner, sur ce qu'elle veut/doit faire.
Les relations avec sa famille vont beaucoup pâtir de ses décisions.

Pendant ce temps Lila développe son entreprise tout en étant toujours à couteaux tirés avec la famille Solara.

Les relations des uns et des autres continuent d'évoluer avec le temps, l'âge, les enfants qui grandissent, mais aussi l'Italie, le monde, la politique.

Je ne peux évidemment pas trop en dire et ne peux pas résumer ce dernier volume, je ne voudrais surtout pas gâcher le plaisir de lecture des uns et des autres.
Simplement nos deux héroïnes vieillissent, et à la fin nous revenons au début du premier roman, là où tout a commencé, lorsque Rino le fils de Lila appelle Elena pour lui dire que sa mère a disparu, et c'est à ce moment qu'elle décide de raconter leur histoire.

J'aime évidemment, je l'ai dévoré.
J'aime m'attacher à ces deux femmes si différentes et en même temps si humaines, ses deux amies qui s'aiment et pourtant se jalousent, s'envient, jusqu'à se faire du mal, parfois, et pourtant toujours là l'une pour l'autre.
J'aime cette vie de quartier, une époque bien particulière, ces femmes qui viennent de si loin et font tout jusqu'au bout.
Nous ne ferions pas tous les mêmes choix, ou ne prendrions pas les mêmes décisions mais c'est ce qui rend nos personnages si vrais, si touchants.

Bref je ne peux que recommander la lecture de la fin de cette sage, une page se tourne, je suis triste de quitter mes amies napolitaines mais heureuse de les avoir connues 😊

Gallimard, 550 pages.

jeudi 25 janvier 2018

"Ma reine" de Jean-Baptiste Andrea


Il a 12/13 ans, et vit avec ses vieux parents dans une station service au pied de la montagne, il est "bizarre", différent des autres enfants.
Le médecin a expliqué à ses parents que sa tête avait arrêté de grandir, mais lui il ressent l'inverse, c'est tellement immense ce qu'il y a dans sa tête, tout ce qui s'y passe, qu'il a besoin d'espace, il a besoin de sortir de sa tête, "toucher le ciel avec une main et la terre avec l'autre".

Cet enfant-ado se raconte, nous raconte.
Il veut partir "loin" pour faire la guerre, pour prouver à ses parents qu'il est un homme, qu'il est grand.  Car ils ont décidé de l'envoyer ailleurs.
Alors il monte dans la montagne au-dessus de la station-essence, et arrive sur un plateau immense où il rencontre Viviane, une jeune adolescente qui va devenir sa reine. Une reine bien mystérieuse.

C'est une histoire d'amitié, d'amour, de rêve, d'enfance, de différence.

Un premier roman assez inattendu, mais plutôt prometteur, une jolie histoire pas toujours rigolote, mais qui pour une fois nous met dans la tête d'un enfant qui ne pense pas comme les autres, un enfant simple, sans méchanceté, plein d'amour.
"Si les gens lui avaient posé une question qui exigeait des mots il aurait répondu, mais personne ne lui demandait jamais rien. Alors voilà, il était muet la plupart du temps. J'ai acquiescé, c'était un peu pareil à la station. La différence c'est plutôt que de devenir muet, je préférais parler à mes jouets ou laisser les mots sortir au hasard, comme ça, pour ne pas les laisser s'empiler à l'intérieur."
 "Mais j'ai reposé doucement la trousse. Quelque part pendant le trajet j'avais lâché ma colère, elle devait être dans la luzerne à sécher au soleil parce qu'elle n'était plus sur moi, elle ne m'appuyait plus sur le front et les épaules. Je n'ai pas saccagé la chambre de Viviane, je n'ai rien défait ou cassé ou renversé. Je me suis juste assis sur le rebord du lit. C'était mieux comme ça."
L'Iconoclaste, 222 pages.

dimanche 21 janvier 2018

"Frappe-toi le coeur" de Amélie Nothomb

"Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie." Alfred de Musset

C'est l'histoire de Diane.
Diane qui était belle et intelligente.
Diane que sa mère n'aimait pas.
Diane qui voulait devenir médecin.

Une première partie narre la naissance et l'enfance de Diane dans une famille un peu spéciale où tout le monde a conscience du manque d'amour maternel envers cette petite fille et que tout le monde essaie plus ou moins de combler.

Puis une seconde partie s'attache à ses années d'étude pour devenir médecin, à son mentor, Olivia avec qui elle va vivre une amitié très forte.

Comme d'habitude avec Amélie Nothomb, roman très court qui va droit au but, mais du coup je n'ai pas eu le temps de m'attacher ou de ressentir de l'empathie ; les caractères sont trop "gros" ce qui m'a empêcher d'y croire.
En fait le thème de l'enfant mal aimé par sa mère me paraissait intéressant et j'ai été déçu par la rapidité et la manière de le traiter.

Pourtant quelques jolis passages et réflexions. Bref, pour un Nothomb as usual...

"Marie eût-elle pu se conduire autrement ? Diane pensait que non. Sa mère n'avait pas assez d'intelligence, il lui était impossible de prendre du recul. À quoi cela rimerait-il d'adresser des reproches à une personne incapable de s'analyser, à plus forte raison avec tant d'années de retard ?"
Albin Michel, 169 pages.

vendredi 27 janvier 2017

❤️ "Celle qui fuit et celle qui reste" de Elena Ferrante


Et voilà le troisième opus de la très célèbre "saga" de l'amie prodigieuse.
Nous retrouvons les deux jeunes femmes, Elena la narratrice et Lina son amie.
Elles ont maintenant la trentaine, Elena a écrit son premier roman qui est un succès, elle est fiancée à Pietro ; Lina travaille toujours dans son usine de viande et élève son fils Gennaro avec Enzo, un "ami".

Sur fond de révolution ouvrière, de montée du fascisme, du communisme, d'attentats, de féminisme, la vie des deux jeunes femmes continue en dents de scie pour l'une comme pour l'autre.

Il y a celle qui fuit, c'est à dire Elena, qui va s'installer à Florence, qui fuit sa famille, Naples, son quartier, ses origines modestes, et celle qui reste, Lina, qui revient s'installer dans le quartier et retrouve tous les protagonistes de celui-ci et donc de leur enfance.

La deuxième partie est largement consacrée à Elena qui va découvrir les joies de la vie de famille (mère, épouse, ...) et la difficulté à rester concentrée sur son travail. Son coeur vibre toujours pour Nino, l'amoureux de toujours. Elle se pose toujours beaucoup de questions et notamment sur ses relations avec Lina, elle va s'intéresser à la condition des ouvrier(e)s, au féminisme...


Encore une fois Elena Ferrante nous emporte dans ce tourbillon de vies. Les caractères des deux protagonistes sont très puissants, la force de narration de l'auteur nous fait vibrer. On y va, on embarque et on dévore .... jusqu'au dernier tome à paraître en septembre et qui clôturera l'histoire.
Un beau roman d'apprentissage qui nous tient en haleine depuis plusieurs années.

Gallimard, 479 pages.