Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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mercredi 17 août 2022

"Zizi Cabane" de Bérengère Cournut

 



Une histoire de famille, une histoire de noms, une histoire d'eau...

À la fin de cette lecture, une sensation d'absolu

Absolu coup de coeur, 

Absolue sincérité, justesse, place.

Bercé par une écriture magique et poétique ce texte redonne une place à la joie, à la vie, aux sensations et ressentis.

Absolue beauté,

Ça coule et s'écoule sans limite, sans fin, à l'infini....

Énergie absolue, éternellement renouvelée, qui nous ravive et nous éveille.

Je me sens pleine, remplie d'amour et de douceur,

Absolu(ment) conquise,

Absolu(ment) privilégiée

Lisez, lisez, sans retenu

Tombez dans l'absolu.


Le Tripode, août 2022 

(un merci particulier aux éditions Le Tripode qui nous offre des textes originaux, hors du temps et du commun, qui nous font vibrer au-delà de l'attendu et à Astrid Jourdain pour cette couverture absolument divine)

dimanche 19 septembre 2021

❤️❤️❤️ "Enfant de Salaud" de Sorj Chalandon

 



Ah je l’attendais celui-là !!

Je ne pouvais tout simplement pas passer à côté. 


Pour moi c’est une réussite absolue ; du grand, du très grand Chalandon !

 

 

Il mêle ici l’Histoire à celle de son père, et donc à la sienne, à ses origines.

 

 

Tout en étant chroniqueur judiciaire à l’occasion du procès de Klaus Barbie à Lyon en 1987, il fait l’analyse du casier judiciaire de son père ; casier ouvert pendant la seconde guerre mondiale après qu’il eut été accusé de trahison à la patrie.

En effet le père « n’était pas du bon côté » selon les dires du grand-père, il aurait porté l’uniforme allemand, Sorj serait donc « un enfant de salaud ». 

 

 

Après nous avoir conté la mythomanie de son père dans « Profession du père », Sorj Chalandon tente de débroussailler tout ce que son père a pu dire, raconter, pour tenter d’entrapercevoir un bout de la vérité sur ce qu'il a vraiment été, sur ce qu'il a réellement fait durant cette guerre.


C'est l'occasion d'en apprendre plus sur le procès de Barbie, sur les témoignages, la rafle des enfants d'Izieu. On est plongé dans le côté sombre de Lyon pendant l'occupation.


Sorj Chalandon se dévoile beaucoup en parlant de son père. Père qui était effectivement présent à ce procès, mais il utilise ce roman pour inventer une confrontation avec ce qu'il a été et ce qu'il a fait. 

La fin est remarquable et on espère qu'elle aura permis à l'auteur de clore ce chapitre difficile.

 

 

Ce roman est touchant, magnifique, d’une très grande sensibilité ; historiquement passionnant, et toujours servi par un style littéraire parfait.

 

 

Je suis conquise ! (et je croise les doigts pour le Goncourt)



Grasset, 2021



jeudi 2 septembre 2021

❤️❤️❤️ " 907 fois Camille" de Julien Dufresne-Lamy

 



Mais comment faire pour vous parler de ce livre ? Il faudrait peut-être ne rien dire hormis « Lisez-le », ou écrire tout un livre pour en parler.

 

 

Julien Dufresne-Lamy nous raconte son amie Camille ; Camille qui a pour père « Dodo la Saumure » notamment rendu célèbre au moment de l’affaire DSK, mais qui est surtout un proxénète notoire. 

 

 

Comment grandir comme une petite fille puis une jeune femme quand on vit entouré de « l’aura » d’un tel père, dans ce clan de femmes constitué de la grand-mère paternelle, de tantes, demi-sœurs… toutes reliées à cet homme, qu’ici je ne jugerai pas car je ne veux même pas lui donner cette importance. 

Mais pour Camille ?

 

 

Ce texte est d’une bienveillance absolue, on sent l’amitié sincère et pleine, le profond respect de la femme, des femmes. 


Julien se livre, tout en pudeur ; il est d’une très grande sensibilité, son intelligence émotionnelle est infinie, il me donne de l’espoir, il me donne envie de croire encore. Il doit savoir écouter, les femmes en particulier car il les connaît, bien, il est rempli d’humanité.

 

 

On retrouve la question de l’identité, celle qui raconte d’où l’on vient, cette question si importante, pour tous et pour chacun ; et puis le jugement, qui ne devrait pas exister et être tout simplement remplacer par ce regard altruiste que Julien porte sur son amie, et tous les autres.

 

 

Je me sens toute petite, remplie d’humilité face à ce livre, simplement lisez-le, vraiment.


Plon, 2021


samedi 28 août 2021

❤️❤️❤️ "Les Contreforts" de Guillaume Sire

 


Il était une fois une famille qui vivait dans un château fort près des Corbières dans le sud de la France.

 

Dans cette famille ancestrale, il y a Léon, le père, un grand costaud exalté et un peu naïf ; la mère, Diane, qui porte à bout de bras tout son petit monde ; Clémence, 17 ans, est une bricoleuse de génie qui rafistole avec intelligence son château fabuleux, et Pierre, 15 ans, sensible et délicat, braconne dans les forêts alentour tout en vénérant sa sœur.

 

Malheureusement cette foutraque citadelle est en piteuse état et les Testasecca n’ont pas le moindre sou pour empêcher la dégradation et l’effondrement à venir. 

Et autour d’eux rodent les hyènes prêtent à profiter, à abattre, à couper leur tête pour s’enrichir.


L’expropriation se profite... mais cette famille un peu déjantée et hors norme n’a pas dit son dernier mot, ils feront tout pour sauver leur château de toujours, pour rendre honneur à leurs vaillants et célèbres ancêtres, c’est une guerre sans merci qui va se jouer.

 

Un roman magique, lumineux, déroutant ; une fresque familiale romanesque et excentrique, une balade hors des sentiers battus, un réel plaisir de lecture. 

 

Guillaume Sire m’avait conquise avec « Avant la longue flamme rouge », avec ce roman il sait à nouveau nous emporter dans un univers rocambolesque, tragique et passionné. 

 

On aime, on adore !!!


Calmann-Levy, 2021

dimanche 28 février 2021

❤️❤️❤️ "Arène" de Négar Djavadi

  


Benjamin Grossman vient des quartiers de l’est parisien, il a grandi seul avec sa maman mais aujourd’hui il compte parmi les têtes pensantes de la très grande firme BeCurrent qui diffuse des séries par centaines et touche des millions d’abonnés. Sa vie est régie par ce monstre imposant.

 

 

Un soir où il rend visite à sa mère, dans ce quartier populaire, il perd son portable…

Le lendemain circule sur tous les réseaux sociaux une vidéo montrant une flic bourrant de coups de pied le cadavre d’un adolescent sur le quai, près d’un camp de migrants.

De là toute une série d’actions s’enchainent et c’est le buzz, la révolte gronde, on ne cherche plus à savoir comment et pourquoi ce jeune garçon est mort mais comment punir la policière et tout ce qu’elle représente.

 

On suit plusieurs personnages comme des atomes qui virevoltent dans tous les sens et finissent par se télescoper. On ne peut s’empêcher de penser aux battements d’ailes du papillon qui provoquent un cyclone de l’autre côté de la planète, ici les agissements des uns et des autres sont très bien représentés dans ce qu’ils provoquent, dans leurs conséquences. 

 

 

L’analyse des caractères est très fine, intelligemment construite. Les séquences s’enchainent de manière fluides, judicieuses ; on est happé, pris dans les filets de cette histoire. 

 

 

C’est un roman percutant, dense, hyper intéressant ; il y a beaucoup de références, beaucoup d’avis et d'allusions. Plusieurs sujets sont abordés, parfois juste sur quelques lignes, mais c’est là, et c’est bien dit.

J'ai notamment aimé le passage sur les médicaments, l'alcool et les joints, j'ai aimé les passages sur la ville de Paris avec un peu d'histoire et de découverte, j'ai aimé la plongée dans ce milieu ultra moderne et hypocrite de la grande entreprise américaine où il y a beaucoup de paraitre, on y parle de flics, de voyous, mais aussi de gens simples qui voudraient juste vivre leur vie, et bien sur il y a l'islam, la politique, les migrants venus de pays en guerre mais aussi plus loin dans le temps venus de Chine. Chacun chercher à tirer l'épingle de ce jeu de dupe.

Et le plus gros de l'affaire tout de même, les réseaux sociaux, on y revient encore et encore, mais cette donnée a changé toutes les règles du jeu depuis plusieurs années, et ce à tous les niveaux. 


J’ai adoré ce roman, j’ai encore du mal à sortir les personnages de ma tête, et pourtant certains sont lâches, d’autres sont écœurants, mais beaucoup sont tout simplement humains.

Un roman à mettre dans toutes les mains, à lire absolument. 



Liana Levi, 426 pages. 2020 

 


dimanche 24 janvier 2021

♥️♥️♥️ "Le démon de la colline aux loups" de Dimitri Rouchon-Borie.

 



Touchée en plein coeur par ce premier roman d'une justesse infinie.

Du fond de sa prison un homme (dont le prénom n'est découvert que tard dans la lecture) nous raconte son histoire, depuis le commencement, depuis son premier souvenir.
En tout simplicité et humilité il se livre, pour expliquer, pour demander pardon, pour (se) comprendre. 
Il nous raconte l'horreur, et l'arrivée du démon, et comment il a essayé de vivre avec.


C'est un livre très exigeant, tant sur le fond que sur la forme. 
Certains passages, notamment au début du livre, sont d'une violence inouïe, difficiles à lire, mais essentiels pour la compréhension de l'histoire, de l'évolution de cet enfant.  
La forme choisie, le ton, ne sont pas non plus aisés, mais une fois qu'on en est imprégné, c'est d'une évidence absolue. 
Ce sujet et cette forme d'écriture aurait vraiment pu être "casse-gueule" mais l'auteur est brillant, et la forme est tellement parfaite pour le texte qu'il sert, l'écriture est maitrisée, infiniment. 
Il n'y a pas d'erreur. 

Je me suis tant attachée à ce personnage, à Duke ; je l'imaginais penché sur sa machine à écrire, tapant sur les touches, tournant en rond dans sa cellule, souffrant de ses souvenirs, de sa culpabilité. 
J'ai imaginé cet enfant, dans cette maison, dans son nid, cherchant le calme et la protection. 
Depuis que j'ai tourné la dernière page je continue de penser à lui, chaque jour ; j'aimerai le voir, le prendre dans mes bras et lui donner toute mon affection.

Ce roman est un coup de poing dans l'estomac, il vous retourne, et vous chamboule.
Parce que malgré tout, il m'en reste de la lumière, il m'en reste un coeur rempli d'amour, de tendresse, il me reste de l'espoir.
Cet homme, capable d'une résilience incroyable, est une leçon de vie, une leçon d'espérance.

Ce premier roman (incroyable !) est touchant, attachant, envoûtant.
Il fera parti des quelques rares livres pour lesquels je pourrai me battre sans fin, ces livres que je veux garder près de moi et qui resteront nichés au fond de mon coeur. 

"Mon père disait ça se passe toujours comme à la Colline aux Loups et ça s'était passé comme ça pour lui et pour nous aussi. Maintenant je sais que ça s'est arrêté pour de bon. La Colline aux Loups c'est là que j'ai grandi et c'est ça quelle vais vous raconter. Même si c'est pas une belle histoire c'est la mienne c'est comme ça. La Colline aux Loups j'aime pas en parler d'habitude. Le Démon est né là et c'est là qu'il m'a pris. Mais si je devais taire tout ça à jamais j'aurais l'impression qu'il a volé mon âme pour de bon et bien plus encore mon histoire. J'espère que vous saurez vous montrer miséricordieux ou quelque chose comme ça parce que j'ai un parlement qui est à moi et pendant tout ce temps ces mots c'était ma façon d'être moi et pas un autre. Et comme j'ai pas fait l'école longtemps à cause du père, du Démon, de la mère et des autres, il manque des cases dans mon entendement des choses. À qui j'écris ce journal alors je ne sais pas. Peut-être à moi-même et à celui que j'étais avant le Démon."  

Le Tripode, 237 pages. Janvier 202.


dimanche 6 décembre 2020

❤️❤️❤️ "Elise" de Marcel Sel

 

 

Mon dieu mais quel roman !!!!


🌺 Elise, une jeune allemande, est coincée dans la cantine de l’école de Rastenburg avec 14 autres jeunes femmes, ce sont les goûteuses d’Hitler dont la tanière se trouve toute proche.

Nous sommes le 27 janvier 1945, l’Armée Rouge déferle, c’est la fin. La fin de la guerre mais le début de l’horreur pour la population allemande de l’est. 

 

 

🎹 Au milieu des années 1980 François la soixantaine entreprend un grand voyage vers l’Allemagne, celle de l’Est, la Pologne, vers ce lieu où il fut prisonnier pendant les années de la seconde guerre mondiale, mais surtout vers ce lieu où il a connu et aimé Elise. 

 

 

🌺 Malgré les assauts répétés des Mongoles, des « Ivan » sauvages, Elise part, elle abandonne son corps et voyage dans sa tête, dans sa mémoire. Elle nous emmène avec elle pour oublier et fuir la douleur de l’instant. 

 

 

🎹 François veut comprendre pourquoi Elise a crié « Heil Hitler » avant de se prendre une balle dans la tête , elle qui détestait « Wolf » et sa cohorte de SS sanguinaires et impitoyables

 

 

🌺Une plongée dans l’Allemagne de 1940-1945, cette Allemagne victorieuse qui petit à petit prend l’eau ; plongée dans la folie d’un homme et de ses sbires. Une Allemagne où chacun se protège comme il peut, où chacun fait ce qu’il peut, avec ce qu’il comprend, une Allemagne qui ne tarde plus à sentir le sol trembler sous les coups de butoir des féroces troupes russes qui déboulent comme un vent de folie, de barbarie, d’horreur absolue. 

 

 

🎹Une plongée aussi dans cette Allemagne coupée en deux qui tente de se relever, dans la Pologne des années 80, dans cette partie de l’Europe qui pendant que les pays capitalistes se développent à tour de bras s’engluent dans le communisme, la surveillance, l’enfouissement des secrets de cette immonde guerre. 

 

 

C’est aussi l’histoire de Rita, en filigrane, discrètement, elle est le 3ème personnage caché de ce roman et de cette horreur. (Le troisième roman ? )

 

 

 

C’est un livre bouleversant, et magnifique, un livre qui remue, qui émeut.

C’est violent et sauvage, absolument.

C’est dur et éprouvant, mais essentiel 

Un livre qui soulève les questions de patriotisme, de renoncement, d’abnégation, du peuple qui suit aveuglément sa fureur, de remise en question, d’aveuglement….

 

 

Le seul bémol que j’aurais est le ton utilisé pour faire entendre François, ton que j’ai trouvé parfois trop « parlé », mais je suis facilement passée là-dessus tellement j’ai été tenue en haleine par ce récit.


Un livre à lire, un auteur à découvrir, j'avais déjà été conquise par son premier roman "Rosa".

Et surtout j'ai aussi particulièrement aimé cette lecture car je l'ai faite en lecture-partagée avec mon amie Emmanuelle du blog les Carpenters racontent, une expérience de lecture et de partage passionnante et très sympa.


ONLIT EDITIONS, 434 pages. Octobre 2019



jeudi 17 septembre 2020

❤️❤️❤️ "Les déviantes" de Capucine Delattre

 



Un premier roman époustouflant de par sa maturité, sa force et la puissance qu’il dégage. 

Un roman très féminin sans tomber dans l'ultra-féminisme. 

 

 

Trois jeunes femmes bousculées par la vie ne vont pas réagir comme elles le « devraient », c’est à dire comme la société s’attend à ce qu’elles le fassent.

Chacune d’elle va vivre SA vie, et surtout décider de choisir ce qu’ELLE veut pour elle, et non pas ce qu’on attend d’elle.

Des choix pas toujours faciles car elles vont devoir aller à l’encontre de leur entourage, elles vont devoir se battre plus fort mais pour une finalité qui peut-être se rapprochera de leur bonheur.

 

 

Tout va démarrer avec Anastasia, une jeune femme de 29 ans, brillante et carriériste, son cancer du sein sera le détonateur de son changement de vie, de sa déviation ; puis son amie Iris prendra le relais car finalement le carcan de son couple l’étouffe trop. Et enfin Lolita qui ne veut pas faire les études qu’on veut lui imposer mais mener sa vie, avec ses envies, ses décisions.

 

 

Non seulement le récit est bien monté, mais la plume est très belle avec un vocabulaire riche, un rythme dynamique, vivant. Il n’y a pas de pause, on veut dévorer les chapitres les uns après les autres. 

C’est un texte d’une justesse impressionnante quand on sait que l’autrice n’a que 19 ans, les personnages sont tout à fait crédibles et attachants. 

En tant que femme je crois que l’on peut facilement se sentir proche de l’une ou l’autre, et partager leurs questionnements. 

 

 

Pour moi un très grand premier roman, une jeune écrivain à suivre !

 

 

« Sa bague.
C’est sa pénitence, sa marque, son signe d’asservissement, son âme vendue au diable.
C’est le corset miniature enserré autour de ses rêves de sauvagerie et de spontanéité. »

 

« Je veux pouvoir vous donner des réponses, moi aussi. Et c’est pour ça que j’ai besoin de partir. Pour voir des choses que vous ne connaissez pas, pour échapper à votre regard, pour avoir le temps de devenir quelqu’un que vous ne pourrez pas calibrer. »


Belfond, 270 pages. Août 2020

mercredi 9 septembre 2020

❤️❤️❤️ "La petite dernière" de Fatima Daas

 



Un récit court, incisif, rythmé comme une litanie où l’autrice se livre par petite touche. 

C’est comme un dessin qui apparaît trait après trait, une sculpture que l’on voit naitre sous les coups de burin, 

A chaque phrase, à chaque chapitre on découvre un peu plus la jeune femme. 

 

 

Fatima Daas vit une double voire une triple intégration.

Intégration avec sa famille algérienne en France

Intégration dans sa famille car elle est la seule à être née en France, son pays à elle c’est la France

Intégration dans son propre corps, car elle a toujours été ce qu’on appelle « un garcon manqué », elle se sent musulmane, mais sa foi, sa religion n’accepte pas ce qu’elle est. 

 

 

Comment faire face à sa propre vie, à sa famille, à son pays ? 

Comment se construire lorsque sa foi ne rencontre pas la personne que l’on est ? Lorsque son prénom, Fatima, est celui d’une femme symbolique de l’islam, lorsque ce prénom porte toute la puissance de Dieu.

 

C’est délicat et féroce à la fois, touchant et bouleversant. 

J’ai aimé la sincérité de ce texte, j’ai aimé la forme avec la petite rengaine de chaque début de chapitre, j’ai aimé cette voix féminine si particulière.

 

N’attendez plus et lisez ce texte brillant !!


Les Éditions Noir sur Blanc, 190 pages. Août 2020

jeudi 20 août 2020

❤️❤️ "Rosa" de Marcel Sel

 



  

Un coup de cœur pour Maurice ! 

 

 

Maurice, un trentenaire qui se cherche, enfin qui voudrait devenir écrivain ; depuis tout petit.

Il écrivait des poèmes qu’il déposait délicatement sur le bureau de son père dans l’espoir d’être lu et enfin reconnu…

Albert Palombieri, le Père, propose un contrat à son fils ; à raison de 30 euros par page il lui demande d’écrire un roman. 

Et pour se venger de ce père avec qui les relations sont compliquées et basées sur des malentendus, Maurice décide d’écrire ce roman, il va retracer l’histoire de sa grand-mère Rosa, la mère d’Albert. 

Cette mère qui est partie, dont on n’a jamais parlé au petit Albert.

Giorgio - dit Nonno, le grand-père avait, au cours de l’adolescence de Maurice, raconté toute cette histoire que l’apprenti écrivain avait noté dans ses carnets, et aujourd’hui Maurice décide de les ressortir pour tout révéler et tout écrire. 

 

 

J’ai aimé la construction du roman où l’on suit Maurice dans sa vie et dans sa relation avec son père, et lorsqu’il envoie un nouveau chapitre de son roman on le lit et ainsi on découvre la vie de Rosa, cette jeune femme pétillante, nait sous le fascisme de Mussolini et disparue pendant la seconde guerre mondiale. 

 

 

J’ai aimé me promener en Italie, découvrir les paysages des montagnes, la cuisine, mais aussi cette période que je connais si mal d’entre-deux guerres. 

Je me suis attachée à Rosa, à Giorgio, à leur rencontre, leur amour, mais aussi une certaine commode bleue, une sauce tomate particulière…

 

 

Lorsque Maurice veut écrire une scène de séparation sur un quai de gare, il va passer quelques heures à la gare de Bruxelles pour voir des amoureux se séparer, se dire au revoir, j’ai tellement aimé cette façon de faire, d’observer, pour ensuite retranscrire les émotions, les gestes. 

 

 

C’est une écriture délicate, qui prend aux tripes et nous embarque. 

Un roman que j’ai aimé, infiniment ; un auteur que je veux lire encore (commande déjà passée 😊)


"- Et Dieu ? s'insurgea la jeune rousse qui les aurait bien mariés dans l'heure. 
- Tu m'as déjà vue aller à l'église ? Faire un signe de croix ? rétorqua la Genovese. Tu veux me juger ? 
Rosa baissa les yeux. Elle fit non de la tête. Giorgio, lui, était charmé. Ces deux-là vivaient leur histoire, vraiment. Pour eux, rien n'était jamais sûr. Pas de contrat. Pas de serment. Ils étaient liés par leur seule confiance mutuelle, par leurs seuls sentiments. Il leur dit qu'il trouvait ça beau."

ONLIT éditions, 301 pages. Février 2017 



mardi 12 mai 2020

❤️❤️❤️ "Un loup quelque part" de Amélie Cordonnier



L’héroïne est la mère d’Esther, 8 ans, et depuis 5 mois celle d’Alban.
Lorsqu’elle découvre une tâche brune dans le cou de ce dernier, elle réalise qu’il est en train de devenir noir et croit qu’elle n’aime plus son enfant. Tout va chavirer.
Voilà, dit ainsi, cela peut paraître effrayant voir même repoussant comme sujet, cependant c’est pour moi une réussite et un coup de cœur magistral !


C’est un huis clos dans la tête et dans la vie de cette jeune femme, qui tout à coup perd les pédales et le sens de la raison, le sens maternel. Devient-elle folle ? 
Elle compare la transformation de son fils à celle de Samsa dans la métamorphose de Kafka. Elle est écœurée, dégoutée.
Elle a peur, elle a honte, elle souffre, c’est elle-même qui se métamorphose, elle défait son lien avec Alban, elle se détache de son rôle de mère, dans la douleur. C’est une mère agonisante. 
Une femme qui a déjà souffert dans son enfance en devenant orpheline de mère à l’âge de 10 ans.


Je me suis terriblement attachée à cette femme, j’ai senti sa douleur et son errance au plus profond de mon être, elle m’a parlé, elle m’a touché. Je ne m’attendais tellement pas à ça avec ce roman. J’ai été bluffée !
C’est un texte d’une violence abyssale tout en étant d’une profonde tendresse ; l’auteur a su analyser, décortiquer, exposer les émotions de cette mère avec une finesse incroyable. 


C’est rare, très rare pour moi, mais j’ai fini ce livre, bouleversée, la gorge nouée et les yeux baignés de larmes. Un texte brillant, un livre qui m’a émue.

Flammarion, 270 pages. Mars 2020

mercredi 29 avril 2020

❤️❤️❤️ "La peste" de Albert Camus



"... l'habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même. "


Il y a quelques années j’ai trouvé chez un bouquiniste de rue un exemplaire de la Peste, édité au cours des années 60, je le gardais précieusement de côté mais depuis quelques mois je l’avais ressorti pour le mettre en haut de ma Pile-à-Lire et finalement au vu de la situation je me suis dit qu’il était temps.


Chroniquer « La peste » n’est vraiment pas aisé…
Je me sens toute petite face à ce monument de la littérature et je trouve difficile de devoir écrire à son sujet. J’ai beaucoup repoussé ce moment me demandant même si cela était nécessaire ; mais c’est un livre que j’ai lu, un livre qui m’a beaucoup plu donc je vais en parler, le plus humblement possible, et sûrement très mal, pardonnez-moi d’avance !


Oran, des rats meurent, dans les immeubles, dans les rues, des dizaines puis des centaines et rapidement les hommes sont touchés. On n’ose prononcer ce mot affreux de « peste » mais c’est bien d’elle dont il s’agit.

"Par conséquent, il importe peu que vous l'appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous l'empêchiez de tuer la moitié de la ville."

Et puis la ville est mise en confinement, elle est fermée, on ne peut plus ni entrer ni sortir, c’est le début de l’exil. 


On suit le docteur Rieux, qui pourrait aujourd’hui être associé à un lanceur d’alerte, car il comprend vite de quoi il s’agit et se bat avec la préfecture pour faire appliquer les règles strictes liées à une épidémie.
Petit à petit le nombre de malades et surtout de morts va augmenter et la ville va devoir s’organiser pour gérer cette situation au mieux. Les écoles sont réquisitionnées, ainsi que les stades, tout espace qui peut être utilisé pour être transformé soit en hôpital soit en lieu de quarantaine.
La résistance ( ! ) se met en place aussi autour du Docteur Rieux, notamment avec Tarrou et Rambert qui se battront jusqu’au bout pour aider leurs prochains.


Bien sûr Camus a écrit ce livre peu de temps après la seconde guerre mondiale et tout le monde sait qu’il fait une belle analogie entre la peste et le nazisme. On peut retrouver assez facilement les parallélismes et associations d’idées qui sont d’ailleurs souvent très intelligentes et surtout très bien représentés.
Cependant, sans le savoir, il a aussi écrit une vraie belle description d’une épidémie, voire même d’une pandémie si l’on compare Oran à notre humanité. 
Certains passages sont tellement d’actualité que c’en est troublant. Il y a tant de situations que l’on peut appliquer à ce que notre monde vit aujourd’hui, tant de situations que nous comprenons tous, malheureusement.


J’ai énormément apprécié ce livre, pour sa lecture à deux niveaux, pour la finesse de l’auteur, celle de Rieux et de ses amis Tarrou et Rambert dont les motivations initiales sont assez différentes mais qui finalement se rejoignent dans leur humanité.
 Je me suis attachée à ces personnages (malgré l’absence cruelle des femmes …)

"C'est que rien n'est moins spectaculaire qu'un fléau et, par leur durée même, les grands malheurs sont monotones. Dans le souvenir de ceux qui les ont vécues, les journées terribles de la peste n'apparaissent pas comme de grandes flammes somptueuses et cruelles, mais plutôt comme un interminable piétinement qui écrasait tout sur son passage."  
"Nos concitoyens s'étaient mis au pas, ils s'étaient adaptés, comme on dit, parce qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement. Ils avaient encore, naturellement, l'attitude du malheur et de la souffrance, mais ils n'en ressentaient plus la pointe." 
"... l'habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même. "
"Rieux secoua la tête avec son mouvement habituel, et dit que c'était l'affaire de Rambert, que ce dernier avait choisi le bonheur et que lui, Rieux, n'avait pas d'arguments à lui opposer. Il se sentait incapable de juger de ce qui était bon ou de ce qui était mal en cette affaire."
"Tarrou avait perdu la partie, comme il disait. Mais lui, Rieux, qu'avait-il gagné ? Il avait seulement gagné d'avoir connu la peste, et de s'en souvenir, d'avoir connu l'amitié et de s'en souvenir, de connaître la tendresse et de devoir un jour s'en souvenir. Tout ce que l'homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie c'était la connaissance et la mémoire. Peut-être était-ce cela que Tarrou appelait gagner la partie ? "
"... et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser."  
Gallimard, 332 pages. 1947

lundi 13 avril 2020

❤️❤️❤️ "La panthère des neiges" de Sylvain Tesson




Dans ce récit, Sylvain Tesson nous livre ses observations et pensées lors d’un voyage qu’il a fait au Tibet, sur le haut plateau de Chang Tang au pied du mont Kunlun. Un voyage un peu particulier car invité par Vincent Munier, photographe animalier, il partait se mettre à l’affût de la panthère des neiges. Avec Munier et Tesson,  Marie, cinéaste-animalière (et fiancée de Munier) et Léo aide de camp de Munier - après avoir abandonné sa thèse de philo. Quel drôle d’équipage !

Les voilà à plus de 4000 m d’altitude dans une nature sauvage, aride, gelée mais tellement vivante. Vivante de tous ces animaux qui déambulent à peu près librement -malheureusement les braconniers font tout de même partis de cette réalité.
Il y a des gazelles, des ânes sauvages, des renards, des loups, des yacks, des kiangs, des pikas, des chirous, des chèvres bleues, de multiples oiseaux du plus petit au plus gigantesque tels les vautours et aigles royaux…
Partir en hiver, car c’est l’hiver que les panthères sont en rut, qu’elles sortent, qu’on a une chance de les apercevoir…

Ainsi en étant à l’affût, ils sont contemplateurs, observateurs, témoins de cette force de vie magnifique !
Le plaisir est presque plus dans l’attente, l’attente décuple la joie du moment de l’apparition.


Un livre qui parle de montagne, d’animaux, de contemplation, d’attente, de patience, de philosophie : la vie.
Que fait l’homme, quelles traces laisse-t-il ? Un livre pour ouvrir les yeux ?
Il y a l’aventure physique, géographique mais aussi cette aventure du questionnement sur l’humain, la vie.

Une très belle analyse de l’Homme en tant qu’être humain qui veut tout et son contraire, qui est un éternel insatisfait, lui-même ne se met pas en dehors de cet être humain là, ce n’est pas un jugement des autres mais bien de la nature humaine.
Une critique qui à lire aujourd’hui, au moment où nous vivons le confinement, est assez intéressante. En espérant que notre mémoire ne nous joue pas de mauvais tour à la sortie de cette crise….

Un livre court, mais dense, très dense.
Ce fut pour moi un voyage lent, progressif, j’ai pris le temps de relire des phrases entières, plusieurs fois.
D’en recopier…parce que la langue est belle, finement maniée, utilisée.

Je découvre cet auteur avec son écriture si belle et si simple à la fois ; le vocabulaire est précis, imagé, il sait stimuler notre imaginaire, on voit, ressent, entend…. On y est !


C’est un livre qui pendant sa lecture m’en a remémoré de très beaux, tel « Voyage d’une parisienne à Lhassa » de l’extraordinaire Alexandra David-Néel, ou encore « Sur les pas d’Alexandra… », le très beau « Funérailles célestes » de XinRan ainsi que le récit de Paolo Cognetti « Sans jamais atteindre le sommet ». Tous ces livres qui nous font voyager dans le monde et près de nos âmes.

"L'affût est un pari : on part vers les bêtes, on risque l'échec."
"la montagne était immobile, l'air pur, l'horizon vide. D'où un troupeau aurait-il débouché ? "
"Il célébrait la grâce du loup, l'élégance de la grue, la perfection de l'ours. Ses photos appartenaient à l'art, pas à la mathématique. "
"...je m'étais dit qu'il était fort dommage d'affubler du même nom de chasseur l'homme éventrant le mammouth d'un coup d'épieu et le monsieur à double menton distribuant sa volée de plombs à un faisan obèse, entre le cognac et le chaource. "
"On pouvait d'échiner à explorer le monde et passer à côté du vivant."
 "Alors l'inétendu s'étendit, l'ineffable connut le décompte, l'immuable s'articula, l'indifférencié prit des visages multiples, l'obscur s'illumina. Ce fut la rupture. Fin de l'Unicité !"
 "Avec Munier je commençais à saisir que la contemplation des bêtes vous projette devant votre reflet inversé."
"...l'une des traces du passage de l'homme sur la Terre aura été sa capacité à faire place nette."
" C'étaient des totems envoyés dans les âges. Ils étaient lourds, puissants, silencieux, immobiles : si peu modernes ! Ils n'avaient pas évolué, ils ne s'étaient pas croisés. Les mêmes instincts les guidaient depuis des millions d'années, les mêmes gènes encodaient leurs désirs. Ils se maintenaient contre le vent, contre la pente, contre le mélange, contre toute évolution. Ils demeuraient purs, car stables. C'étaient les vaisseaux du temps arrêté. La Préhistoire pleurait et chacune de ses larmes était un yack. Leurs ombres disaient : "Nous sommes d'ici et de toujours. Vous êtes de la culture, plastiques et instables, vous innovez sans cesse, où vous dirigez-vous ?""
"Aussitôt que nous l'apercevions [la bête], une paix montait en nous, un saisissement nous électrisait. L'excitation et la plénitude, sentiments contradictoires."
" Le cheminot défend le cheminot. L'homme se préoccupe de l'homme. L'humanisme est un syndicalisme comme un autre." 
Gallimard, 167 pages. Octobre 2019.

mardi 18 février 2020

❤️❤️ "Marche blanche" de Claire Castillo




Ce livre est une bombe que l'on se prend en pleine figure !
Une fois ouvert on ne peut plus le refermer, hormis quelques petites pauses pour reprendre son souffle et ses esprits.

Nous sommes enfermés dans la tête d'une mère qui a perdu sa fille âgée de 4 ans et 9 mois ; Hortense a été enlevé dans un parc alors qu'elle jouait à cache-cache avec sa mère. 
Dix ans plus tard, alors que de nouveaux voisins s'installent dans la maison d'en face, la mère croit reconnaître sa fille dans la jeune ado de 14 ans de cette famille. 

Et tout part en vrille.
Elle devient totalement obsédée par Hélène qu'elle croit être Hortense, ses actes ont de moins en moins de sens, son mari, son amie de toujours s'inquiètent, ils voient la dérive mais ne peuvent imaginer à quel point cette mère vit sous tension.

Cette mère, éperdue d'amour pour sa fille, nous livre sa douleur, son manque, l'absence. 
Coincé dans le huis clos de son esprit nous suivons les méandres de son évolution psychologique, nous vivons avec cette femme qui n'en peut plus, qui vit au bord de la folie, jusqu'où ira-t'elle ? Comment se sortir de cette noirceur dans laquelle elle s'enfonce un peu plus chaque jour, malgré un entourage bienveillant et présent ? 

Une écriture nette, franche, qui ne cache rien et qui sert parfaitement son sujet. 
Un livre glaçant mais tellement brillant !  

"Elle n'est plus là, parce qu'elle n'est plus nulle part. Elle est dans mon coeur, elle peut très bien y vivre. Je la fais battre. Pour la réanimer."

Gallimard, 166 pages. Janvier 2020

vendredi 10 janvier 2020

❤️❤️❤️ "Les mains du miracle" de Joseph Kessel




Mais comment cela se fait-il que je n'ai pas lu ce livre avant ?!!
Comment cela se fait-il que ce livre ne soit pas lu à l'école ?!

Félix Kersten, dont les origines familiales ont traversé toute l'Europe, vit en Hollande et a un passeport finnois.
Après quelques tergiversations en tant que jeune homme il a fini par trouver sa voie dans la médecine et en particulier dans le massage thérapeutique.
Ses mains sont des fées magiciennes qui soignent et soulagent, et très vite leur réputation dépasse les frontières de la Hollande où il s'est installé.
Alors un très bon ami lui demande de soigner Himmler, le second de Hitler, qui représente tout ce qu'il exècre.
Ne pouvant refuser, Kersten soigne Himmler, et le soigne si bien que ce dernier en fait son médecin personnel.
Ce qui pour l'homme aux mains miraculeuses est au départ un évènement terrible devient petit à petit une opportunité magnifique de faire le bien en manipulant (dans tous les sens du terme), le petit homme sec et nerveux, ce monstrueux criminel.

En effet, au fur et à mesure des soins, Kersten prend un ascendant énorme sur Himmler et parvient à lui faire accepter de libérer des hommes, d'en épargner d'autres, de ne pas organiser la déportation de 3 millions de hollandais.... il devient un des hommes les plus influents en négociant avec Himmler et les suédois pour sauver le plus grand nombre, et notamment à la fin de la guerre.

Sous la plume magnifique de Kessel on voit naitre cette relation si étrange, on prend peur pour le docteur qui prend des risques, on est écoeuré de l'attitude de ce fou qu'était Himmler qui de son bureau ordonnait les atrocités les plus abjectes dans le seul but de plaire et d'obéir à son dieu (Hitler...).

Un roman passionnant, puissant, à découvrir absolument, pour l'histoire dans l'Histoire, mais aussi parce que finalement même au pire du pire il y a toujours des hommes courageux, forts, déterminés, valeureux, prêts à se sacrifier pour sauver le plus grand nombre simplement parce qu'ils sont bons.
Un roman dans lequel on découvre le pire comme le meilleur de l'espèce humaine.

Au début du livre Kessel nous explique comment on lui a parlé de Félix Kersten, la difficulté au départ pour lui de croire à cette histoire, en effet inconcevable, et finalement sa rencontre avec le docteur qui avait conservé tout un tas de documents prouvant ces actes.
Cet homme est un héros dont je n'avais jamais entendu parler, c'est bien triste que l'on ne retienne pas aussi son nom.
Mais je suis heureuse maintenant d'avoir lu ce livre et découvert son histoire !

Folio, 400 pages. 1960

mardi 10 septembre 2019

❤️❤️❤️ "Jolis jolis monstres" de Julien Dufresne-Lamy


"Jolis jolis monstres" est un roman qui nous parle de l'univers des drag-queens aux États-Unis des années 80 à nos jours.

James et Victor se croisent dans un pub, le premier, une cinquantaine d'année, afro-américain, est client, le second, petit jeune de 23 ans, d'origine mexicaine, est le barman.
Dans une première partie ils vont se raconter jusqu'à cette première rencontre, puis dans la seconde on les suit après, ce qu'ils deviennent ensemble.

Chacun raconte l'autre dans un tutoiement qui donne une vigueur et une énergie au texte incroyable.

James fut Lady Prudence du temps de sa splendeur, il n'a pas démarré à NY mais c'est là qu'il a fait sa vie de drag-queen, il nous dit toutes les difficultés qu'il a rencontré mais aussi ses joies et ses bonheurs.
Victor est un jeune homme, marié, déjà papa mais qui sent ce besoin confus, mystérieux et intense de devenir une drag-queen.

Ces deux personnages sont tellement attachants et touchants, ils sont restés avec moi et ne me quittent  plus. Avec eux on découvre ce milieu si particulier mais qui a bien changé en 40 ans.
L'arrivée du sida, la fermeture des clubs, et puis aujourd'hui l'hypermédiatisation avec les émissions de télé-réalité.

Beaucoup de personnages valsent autour de nos deux protagonistes principaux, chacun a sa particularité, chacun nous émeut, chacun nous attendrit mais nous enflamme aussi.

Il y a de la musique, de la danse, la fête et les rires, mais aussi de la violence, le rejet, l'incompréhension et la maladie.

C'est un livre qui renverse tous les codes, en tout cas les miens, il m'emmène dans un lieu que je ne connais pas et que j'ai aimé découvrir, il casse des tabous et des préjugés, il ouvre notre esprit à la différence.

Remarquable et bouleversant, encore une preuve que la lecture est une ouverture sur le monde, sur l'autre, sur nous. Un livre qui m'a rendu heureuse de lire, encore une fois !

❉ Dans ce livre on retrouve des personnages qui ont réellement existé, à la fin il y a des photos, mais vous pouvez aussi voir le documentaire "Paris is burning" sur Netflix de Jennie Livingston.
"« Monstres », ça revient toujours. C'est drôle quand on y pense. Certains répètent inlassablement qu'on est des monstres. Des fous à électrocuter. Alors que d'autres pensent que l'on est les plus belles choses du monde."
"...Nous sommes des centaures, des licornes, des chimères à tête de femme. C'est vrai que nous sommes les plus jolis monstres du monde."
Belfond, 416 pages.

jeudi 5 septembre 2019

❤️ "Rouge Impératrice" de Léonora Miano



Nous sommes en 2124, le Katiopa unifié regroupe 9 régions d'Afrique, à priori donc une très grande partie du continent. C'est un État qui s'est formé en agrégeant les anciennes nations coloniales.
Cet État est fermé au reste du monde avec très peu d'ouverture au niveau des frontières, et aucun échange commercial, il s'autosuffit.
C'est un pays moderne tout en étant respectueux de sa terre, avec une conscience écologique développée.
Le mokenzi (président) du Katiopa se nomme Ilunga, il a été choisi par ses pairs ; il est marié à  Seshamani avec qui il a un fils.
Au début de l'histoire Ilunga rencontre Boya, une jeune femme "rouge" qui tout de suite exerce un pouvoir d'attraction très fort sur lui, sans qu'elle ne le sache.
Boya vit dans le quartier de "Vieux Pays", elle est universitaire, se bat pour la cause des femmes et fait des recherches sur les fulasi, cette petite communauté en marge de la société katiopienne.
A savoir que les fulasi sont des français qui ont émigré en Afrique après que le Pongo (l'Europe) n'ai pas réussi à assimiler la vague migratoire venant d'Afrique.

Voilà pour planter un peu le décor.
Beaucoup de choses vont se jouer à partir du moment où Ilunga va rencontrer Boya car non seulement ils vont vivre une magnifique histoire d'amour mais elle va influer sur la vie politique du pays, sur des enjeux importants concernant notamment ce groupe communautaire que sont les fulasis, et bien entendu ce n'est pas au goût de tout le monde.

Moi qui n'avais pas spécialement aimé le seul autre roman lu de cet auteur (Crépuscule du tourment), je suis là sans voix, car j'ai tout aimé malgré un démarrage un peu compliqué.
Ce livre est d'une force, d'une puissance incroyable, il y a tellement, tellement de choses que l'on pourrait en parler pendant des heures. Je vais tenter d'être le plus concise possible.

On retrouve beaucoup de thèmes déjà présents dans "Crépuscule du tourment" mais traité avec moins de colère (c'est mon ressenti).
Il y a toute une réflexion sur le colonialisme et ses conséquences sur l'Afrique, et ce qui a amené à la création de ce nouvel État ; mais aussi sur la gestion de l'Europe, et donc des anciens colonisateurs, des vagues migratoires venues d'Afrique. Une analyse (de notre monde actuel) de notre société qui amène à la chute de l'Europe et au développement du continent Africain.
Il est question d'identité, d'ancêtres, d'âmes, de culture, tout ceci teinté de magie noire et de sciences occultes.
On trouve aussi une grande part de féminisme dans ce roman, avec des femmes qui se prennent en charge, qui sont autonomes, maitresses de leur corps et de leurs désirs, il y a beaucoup de sensualité, de beauté.

C'est un gros roman, un pavé comme on dit, mais il ne faut pas avoir peur, car c'est un livre qui vous emmène dans un autre monde, un futur possible ; c'est une histoire magnifique, pleine de sensibilité, d'une très grande intelligence.
J'ai aimé, j'ai adoré, je garde près de moi Ilunga et Boya ce couple intense, solide, infaillible, un couple modèle d'écoute et de respect.

Bref je ne peux que vous recommander cette lecture, et pour finir de vous convaincre écouter Léonora Miano parler de son livre, c'est encore elle qui le fait le mieux 😊
https://www.youtube.com/watch?time_continue=258&v=-FjyK9hDXf4

Merci @NetGalleyFrance et aux Éditions Grasset pour la découverte de ce roman.
"Une déficience spirituelle les empêchait de comprendre une loi élémentaire : ce n'était pas parce qu'il était possible de réaliser certaines choses qu'elles devaient être mises en oeuvre."
"Il y avait d'ailleurs une hypocrisie à prétendre se soucier de la planète quand on s'inquiétait surtout pour la survie des humains. La Terre s'adapterait à toutes les mutations, aux ères géologiques encore inconnues..."
"Le sujet qui les occupait , il voulait y insister, n'était donc pas celui d'une éventuelle menace fulasi. La question était de savoir si on avait fait la paix avec la part de fulasi et, par extension, de Pongo à l'intérieur de soi. Il me semble que le problème est là, dans notre capacité à accepter que ce fameux nous-mêmes à défendre et à élever, se soit formé dans le contact avec les agresseurs d'hier, dans le long frottement des peaux et des cultures. En prenant le pouvoir, l'Alliance avait renommé le Continent pour témoigner de la conscience de soi retrouvée."
"Que l'on se soit choisi un nom ne suffisait pas à effacer les faits : nous-mêmes était encore constitué d'une part significative de Pongo. La manière dont on traitait les évadés du pays fulasi révélait le confort ou l'intranquillité dans lesquels on se trouvait pour affronter cette vérité : qu'ils étaient des membres de la même famille. [...] Il répondrait que telle avait été l'origine du Sinistre : le refus de cette autre présence à l'intérieur de soi, la résistance aux transformations qui s'étaient produites aussitôt que l'on avait posé les yeux sur l'autre, avant de le toucher."
Grasset, 608 pages.

samedi 31 août 2019

❤️ "Par les routes" de Sylvain Prudhomme


"Ce n'est pas forcément moins libre d'être là."


Sasha, la quarantaine, écrivain, vient s'installer dans la petite ville de V. dans le sud de la France.
Lors d'une soirée chez son cousin il rencontre Jeanne qui lui parle très vite de "l'autostoppeur" qu'elle souhaite qu'il rencontre.
Il se trouve que Sasha connait cet autostoppeur, il s'agit de son ancien ami de jeunesse, lorsqu'ils étaient étudiants. Et quand il le retrouve il fait la connaissance de sa compagne Marie et de leur fils Agustin.

L'autostoppeur aime partir, parcourir la France en autostop, rencontrer des gens, tous différents, mais qui ont le point commun d'avoir osé ouvrir la porte de leur voiture pour le transporter, d'avoir ouvert une fenêtre sur leur vie, leur intimité.

Petit à petit Sasha se rapproche de la famille de son ancien ami qui, lui, reprend ses activités d'autostoppeur de plus belle et s'éloigne d'eux insensiblement.

Ce texte nous parle de départ et d'absence, de voyage, de ce que c'est que d'être là , d'être loin, d'être présent tout en étant absent et inversement.
C'est un livre qui parle d'amitié, d'amour, de désir, de liberté.

L'écriture de Sylvain Prudhomme est ronde, pleine de douceur et de calme, c'est comme si il nous susurrait  l'histoire, qu'il nous la racontait à voix basse au coin du feu. Il nous fait pénétrer dans son texte, dans son monde, avec finesse et grâce.
J'ai aimé cette petite mélancolie teintée de joie et de bonheur, une simplicité offerte pour profiter de la vie, là ou là-bas (?!).

L'arbalète gallimard, 296 pages.

mercredi 4 avril 2018

❤️❤️ "Ces rêves qu'on piétine" de Sébastien Spitzer



La fin de la seconde guerre mondiale approche, des colonnes de réfugiés des derniers camps de concentration sinuent dans la campagne, ce sont les derniers témoins à éliminer absolument.
Parmi ces réfugiés un rouleau de cuir fermé par une ficelle circule, dans ce rouleau des lettres. Elles sont le témoignage des camps, de l'abomination, mais aussi le témoignage de la plus grosse imposture du Reich.
Chacun, qui sera en charge du rouleau, rajoutera sa lettre, son mot, son message, jusqu'au dernier, jusqu'à Ava, cette petite fille rescapée, qui ne parle pas (encore) mais qui a tant vu, tant vécu.

Pendant ce temps à Berlin les derniers représentants du Reich se préparent aussi à disparaitre, la chancellerie sera bientôt prise par les russes qui arrivent.
Adolf et Eva se marient et se suicident, la famille Goebbels est présente, ce qu'il en reste. Magda et ses 6 enfants (l'aîné est prisonnier des russes), son aide de camp, le radio, le médecin, et le "rat" son époux fanatique.
Magda attend le "moment", elle n'en peut plus, sait que c'est la fin. Et elle se remémore...
Ses origines de fille bâtarde, une enfance isolée, pauvre, le pensionnat. Son ami-amour aussi, Viktor, le sioniste, son père adoptif... elle aura tout renié pour être "la première", pour être sur le devant de la scène.
Magda a été bouleversé par un livre écrit par un soldat de la première guerre, "À l'Ouest, rien de nouveau" de Remarque, livre qu'elle a mis longtemps a lire, et puis elle est allée voir l'adaptation cinématographique, avec son ami Viktor, et lors de cette représentation elle a aperçu pour la première fois celui qui deviendrait son mari, Joseph Goebbels. Il n'était pas là pour regarder le film mais pour dénoncer le traitre qui avait écrit le livre, le traitre qui critiquait la guerre...
Plus rien ne l'arrêtera, elle rentrera au parti et réussira à devenir ce qu'elle voulait, la première femme du pays, du Reich, une femme de pouvoir, pour cela elle a tout écrasé.

On pourrait se dire qu'il s'agit encore d'un livre sur la seconde guerre mondiale, le nazisme et les camps de concentration ; alors oui bien sur on retrouve l'horreur de toute cette guerre mais la construction de ce roman est assez originale et très intéressante.
Il y a une alternance de chapitres qui nous emmène de Magda Goebbels - dans son bunker et ses souvenirs - aux rescapés des camps qui transportent et transmettent un certain témoignage, et au milieu de ces chapitres il y a les lettres de Richard Friedländer à sa fille.

Un premier roman tout à fait réussi, où l'Histoire se mêle au romanesque dans une fresque terrible. C'est profond, puissant et tellement différent. Découverte d'un personnage important de notre Histoire contemporaine.
"Vous êtes l'incarnation de notre pire ennemi : l'oubli."
"Richard Friedländer a été. Il a lié son destin à celui de votre famille. Je suis Markus Yehuda Katz, fils de Salman et d'Olga Sternell. Et cette chaîne de mots, de moi, de nous, de noms infalsifiables, vous rattrapera, où que vous soyez. Il n'y aura pas d'oubli. Nous sommes le peuple qui doit durer, celui qu'on ne peut pas éteindre..."
Les éditions de l'Observatoire, 305 pages.