Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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jeudi 11 mars 2021

"Jolies filles" de Robert Bryndza

 


Le corps d’une jeune et jolie femme est retrouvé très salement blessé dans une poubelle.

Erika Foster, qui ne travaille plus aux homicides, se trouvait avec son amant appelé sur la scène du crime, et bien entendu elle ne peut s’empêcher de vouloir à tout prix travailler sur cette enquête.

Rapidement elle réussit à faire le lien avec le corps d’une autre jeune femme retrouvé plusieurs mois auparavant, lui aussi dans une poubelle et lacéré.

À chaque fois les jeunes femmes ont disparu plusieurs jours avant d’être retrouvées, où étaient-elles tous ces jours, que leur est-il arrivé ? Pourquoi ces traces de coups et ces coupures partout. 

Un mode opératoire se dessine peu à peu sur la manière dont elles ont été enlevées…

 

 

Plaisir de retrouver Erika, notre détective chouchou, plaisir de se plonger dans un roman policier qui fait bien son job, pour moi en tout cas, détente et délice de lecture. 

Ces romans sont toujours une parenthèse récréative entre d’autres lectures parfois plus exigeantes.

 

 

On est rapidement pris dans l’enquête, les détails, les indices, et bien sur les erreurs du tortionnaire. Même si une petite facilité m’a fait sourciller au cours de l’enquête, ça ne me dérange pas plus que ça, on est dans un roman et je ne recherche que le plaisir de l’enchainement des actions et pensées, et parfois un peu de chance ne fait pas de mal à nos enquêteurs. 😉

Bref je valide !!


Belfond, 408 pages. 2021

mercredi 13 mai 2020

"L'écart" de Amy Liptrot



Amy Liptrot est née dans l’archipel des Orcades, au nord de l’Écosse ; elle a grandi dans la ferme de ses parents, dans un environnement rude, intense, entre les vents violents, sur un terrain escarpé, devant une mer forte et implacable, et surtout entre un père bipolaire et une mère très très religieuse.
C’est ainsi qu’elle est devenue une jeune femme qui a voulu partir et vivre intensément, toujours en équilibre, sur le fil. 
Elle s’est installée à Londres et petit à petit entre deux boulots et deux soirées, sans s’en rendre compte elle est devenue alcoolique. 


Dans ce récit autobiographique, Amy nous raconte sa descente en enfer puis son retour à la vie lorsqu’après avoir tout perdu elle décide enfin d’arrêter de boire et de faire une cure de désintoxication. Après quelques mois d’abstinence elle retourne sur son île.


L’auteur ne mâche pas ses mots et ne se cache pas derrière des excuses, elle se livre entièrement et sincèrement. J’ai trouvé la première partie assez difficile à lire, écœurante comme si je buvais autant qu’elle ; elle décrit très bien l’addiction, et comment cette addiction dirige sa vie, ce qui peut être très difficile à comprendre. Elle voit, elle sait qu’elle se détruit physiquement, qu’elle a des comportements et des attitudes qui la mettent en danger en permanence. 
La deuxième partie se passe aux Orcades, ces îles du nord, balayées par les vents, où peu de gens vivent. Elle y passe d’abord quelques jours auprès de son père, l’aide à refaire un mur, puis prolonge son séjour pour l’aider à l’agnelage, et petit à petit elle reste, trouve un job d’été à la RSPB (Royal Society for the Protection of Birds) pour laquelle elle doit parcourir l’archipel et recenser les râles des genêts (roi caille) en écoutant leur chant qu’il pousse essentiellement la nuit, et lorsque l’hiver vient, elle s’installe sur un des îlots les plus au nord qui se nomme Papay. Elle y fera de jolies rencontres autant humaines qu’animales. 


C’est un magnifique chemin de résilience que nous raconte Amy Liptrot, un chemin long et difficile mais qui l’emmène (et nous avec) dans de magnifiques paysages, sauvages, où se côtoient les moutons, les phoques et beaucoup d’oiseaux ! Elle découvre une nature différente de la vie londonienne faite de sorties, d’alcool, et de dancing, 
Un récit fort, déroutant et très intelligent. 


"Pour nous qui sommes sujets à la dépendance, l'alcool devient rapidement le moyen le plus simple de soulager l'anxiété physique et morale, et de surmonter les situations de stress. Or chaque fois que nous faisons un usage répété d'une substance narcotique, ces chemins neuronaux s'impriment si profondément dans notre encéphale qu'il nous sera impossible par la suite, de les effacer. Quoi qu'il arrive, je ne serai jamais à l'abri d'une rechute et je demeurerai vulnérable aux addictions de toutes sortes." 
"Le grand pingouin, aujourd'hui disparu, mesurait environ un mètre de haut. Le dernier spécimen de grand pingouin reproducteur vivant en Grande-Bretagne a été abattu par balle en 1813 sur l'île de Papay. Le chasseur responsable de cette prise agissait pour le compte d'un collectionneur londonien. Au cours des années mille neuf cent quatre-vingt-dix, les écoliers de Papay ont écrit et mis en scène Les Aventuriers du grand pingouin perdu, une pièce de théâtre relatant le destin tragique de cet oiseau exceptionnel." 
"Je suis née dans un foyer enclin au drame, j'ai grandi dans le mugissement du vent, au coeur d'une nature tourmentée, parmi les épaves de navires échoués, les agnelets mort-nés et les visions mystiques, avec la certitude que tout pouvait basculer à tout moment dans le chaos - excitant ou dévastateur, selon les cas. Au fil des années, ces variations d'un extrême à l'autre m'ont paru normales, voire souhaitables ; j'ai appris à m'y préparer, puis à les rechercher. N'est-il pas merveilleux de vivre au bord du monde ? L'alternative, celle de l'équilibre, m'a toujours semblé terne et sans intérêt."
"Reste l'explication la plus logique, celle d'une mauvaise habitude devenue incontrôlable. À force de boire de manière systématique pendant des années, j'ai usé mes freins, comme la falaise s'use sous le fracas répété des vagues. Quand j'ai voulu les réparer, il était trop tard - et je suis allée droit dans le mur."
"L'île est chaque jour plus petite, la falaise plus découpée et creusée plus profondément. De même, la vie est chaque jour plus triste, mais plus intéressante. Les coups et les blessures, telles des cicatrices sur le littoral, se creusent et s'effacent en permanence." 
"Boire, pour les alcooliques, n'est jamais une solution. C'est un remède inefficace, une erreur sans cesse recommencée, un train qui ne mène nulle part. Dans mon cas, quels que soient le soulagement ou l'euphorie recherchés, ils n'étaient jamais atteints." 

Globe, 336 pages. Août 2018
Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerre.

vendredi 8 mai 2020

"La cité de feu" de Kate Mosse


1562, de l’hiver à l’été, entre Toulouse, Carcassonne et Puivert, des catholiques et des protestants, une histoire de famille sur fond historique.
Marguerite Joubert, dite Minou, aura bientôt 20 ans ; elle vit avec son père, libraire, ainsi que son petit frère de 13 ans et sa sœur de 7 ans. Depuis que Florence, la mère, est décédée c’est Minou qui est en charge de la petite famille.
Du jour où son père est revenu de son dernier voyage en Janvier, il n’est plus le même et semble sombrer dans la mélancolie. Minou doit donc aussi gérer la librairie. C’est là qu’elle assiste et aide sa voisine agressée par deux « soldats » à la recherche d’un homme. C’est aussi là qu’elle reçoit l’étrange visite d’un homme qui cherche son père, et un mot qui la prévient « qu’elle » sait où elle est.
Beaucoup de mystères….


Et puis il y a Piet un jeune protestant apparemment recherché par les autorités catholique pour le vol du Suaire d’Antioche, une sainte relique de l’Eglise de Toulouse. Minou et Piet vont se croiser rapidement à Carcassonne et se retrouveront plus tard à Toulouse car le père de Minou décide de l’envoyer vivre à là-bas avec son jeune frère Aymeric. Ils s’installeront chez leur tante, pendant que lui souhaite partir à Puivert régler quelques anciens secrets. 


Sur fond de guerre de religion les intrigues liés à cette famille ainsi qu’au vol du Suaire vont se croiser, s’emmêler, jusqu’au dénouement. 
Beaucoup de complots, de trahisons, de folie, d’amour et de guerre bien sûr. 
Il semblerait que ce livre soit le premier tome d’une saga qui devrait s’étirer au long des siècles et nous mener jusqu’en Afrique du Sud à la fin du XIXème siècle.


J’ai aimé le fond historique de ce roman ainsi que l’idée de l’histoire et on a envie de s’attacher aux personnages, mais mon petit bémol va sur l’écriture et la manière de raconter cette histoire. J’ai du mal à dire ce qui m’a gêné, parce que tout en étant prise dans l’histoire je n’ai pas été prise par le style qui parfois m’a dérangé. J’ai trouvé que les enchainements étaient un peu faciles, et la narration un peu poussive.
Un livre qui ne me laissera probablement pas de grands souvenirs tout en restant une lecture facile et abordable.


Sonatine Éditions, 606 pages. Janvier 2020
Traduction de Caroline Nicolas.

mercredi 25 mars 2020

"Ordinary people" de Diana Evans




J’ai mis beaucoup de temps à lire ce livre, pour de multiples raisons.
Les conditions actuelles font que la concentration m’a été difficile pendant plusieurs jours, mais aussi c’est un livre qui entre dans l’intimité des couples, dans leur réalité et forcément c’est assez perturbant.
C’est un livre sombre et triste, la vision du couple n’en ressort pas nécessairement grandie ni belle. Je n’y ai pas lu beaucoup d’espoir.

………………….

Nous sommes à Londres, ou plutôt dans sa banlieue sud en grande partie, une année s’écoule, plus ou moins encadrée entre l’élection de Barack Obama et la mort de Michaël Jackson, et nous suivons deux couples, deux couples en crise.

Il y a M&M, Melissa et Michael en couple depuis une petite quinzaine d’années, ils ont deux enfants dont le deuxième vient tout juste de naitre.
Il y a Stéphanie et Damian, amis des précédents, vivant carrément à la campagne et parents de 3 enfants.

Les deux couples sont encore trentenaires mais approchent de la quarantaine, ils ont donc des enfants encore jeunes, Stéphanie adore être femme au foyer et s’occuper de ses enfants tandis que Mélissa jongle entre son travail en free-lance à la maison et les enfants.

On comprend aussi petit à petit que Michael et Melissa sont noirs, issus d’une communauté mixte, et si ce détail ne compte pas pour Melissa il est d’une importance capitale pour Michael qui en fait un pivot essentiel de sa vie. 

En plus de l’étude des couples il y a une image de la vie londonienne, et notamment en périphérie, avec les communautés, les transports, les gangs….

Il est beaucoup question de désir, d’amour, d’envie de continuer, de trouver le bonheur ou pas, toutes questions qui habitent les couples après quelques années et l’arrivée des enfants.
On retrouve donc les concepts classiques d’amour, de fidélité, de famille, de sexe, mais aussi d’indépendance et de féminisme.

Ce roman aborde beaucoup de choses, je l’ai trouvé très intéressant mais lourd à lire, car pas très optimiste sur l’avenir du couple en général, et même si je partage beaucoup d’idées mon côté optimiste et positif à envie de se lever contre le défaitisme ambiant du livre. 

Mais peut-être que c’est elle qui a raison….

J’ai aimé l’écriture et la manière dont l’auteur apporte petit à petit des informations sur les couples, ce qu’ils sont, comment ils en sont arrivés là, l’évolution des sentiments, les déplacements dans la ville aussi. J’ai aimé qu’elle ose parler ainsi de la vie de couple, car les crises qu’ils vivent sont une réalité
« La relation que Michael entretenait avec ses origines et sa couleur de peau était une prison pour lui, autant que pour elle. »
«Tu ne crois pas que c’est un problème de perdre le contrôle de ce qu’on est vraiment, de la façon dont on fait les choses, de notre propre culture lorsqu’on est en couple ? »


Globe, 378 pages. Septembre 2019
Traduction de Karine Guerre

lundi 4 novembre 2019

"Bienvenue au club" et "le Cercle fermé" de Jonathan Coe



Ayant lu récemment "le coeur de l'Angleterre", qui reprend les personnages principaux de ce diptyque initial, je me suis dit que je pouvais me rafraichir la mémoire, et du coup j'ai réalisé que j'avais bien lu le premier volet il y a de nombreuses années mais que bien qu'étant en possession du second je ne l'avais pas encore découvert.

Je me suis donc replongée avec plaisir et délectation dans l'Angleterre des années 70 pour commencer et j'ai refais la connaissance de Benjamin Trotter, cet adolescent un peu coincé, timide, réservé (?) aimant la littérature et la musique autour duquel gravite un certain nombre de personnages dont Philip Chase, le meilleur copain avec lequel il veut créer un groupe de musique et qui partage sa passion de l'écriture ; Doug Anderton le fils du syndicaliste Bill Anderton, réputé dans la région et pro-actif notamment dans l'entreprise locale de voiture (dans laquelle le père de Benjamin travaille aussi) ; Sean Hardy est le trublion de service qui ne rate pas une occasion de faire des blagues, pas toujours très drôle. Claire et Cicely sont les filles du lycée à côté qui intéressent beaucoup les garçons...
Benjamin a aussi un petit frère Paul, très intelligent et qui n'a pas froid aux yeux, et une grande soeur Loïs.
Nous suivons donc cette petite troupe jusqu'à la fin du lycée pour le premier roman.
Dans le deuxième nous les retrouvons quelques années plus tard, ils sont mariés, ont des enfants et un travail... mais leurs liens sont toujours aussi forts et les ramènent souvent à leurs années lycée.
Tony Blair est maintenant au pouvoir et la guerre en Irak menace.
C'est l'heure des bilans, la quarantaine sonne et on remet en question sa vie personnelle et/ou professionnelle. On fait un petit bilan sur son histoire alors que l'Histoire de l'Angleterre elle-aussi avance.

Cette saga nous donne une belle image de l'Angleterre des années 70 jusqu'au début des années 2000, en suivant cette multitude de personnages on pénètre dans toutes les couches de la société anglaise et surtout on vit les questionnements, les conséquences, la politique locale et à plus grand niveau. C'est aussi une belle histoire d'amour, et de très belles amitiés qui survivent aux années qui passent.

Une traversée passionnante de plus de 30 années, emmenée avec fluidité par la plume de Jonathan Coe qui ne passe rien à ses personnages. C'est drôle, caustique, satirique, tellement bien mené. Je me suis régalée ☺️

"Bienvenue au club" Folio, 537 pages.
"Le cercle fermé" Gallimard, 537 pages.
Traduction de Jamila et Serge Chauvin.

mercredi 16 octobre 2019

"Liquide inflammable" de Robert Bryndza




Alors que la détective en chef Erika Foster fait draguer le fond d'une ancienne carrière inondée à la recherche d'une mallette remplie de drogue, les plongeurs remontent aussi un sac en plastique dans lequel se trouvent les ossements de ce qui était apparemment une toute jeune fille.
Très vite les ils se révèleront être ceux de Jessica Collins une enfant de 7 ans disparu il y a plus de 25 ans.
Erika va se battre pour récupérer cette enquête et tout faire pour retrouver le meurtrier de la jeune fille.
Pour la famille c'est un choc d'apprendre cette terrible nouvelle.
La mère vit toujours dans l'ancienne maison familiale, seule, avec le fantôme de sa petit fille. Le père, lui, a refait sa vie et a eu deux autres enfants. Il y a aussi la soeur et le frère ainés de Jessica qui ont du grandir dans l'ombre de leur petite soeur disparue.

Un bon policier qui nous emmène dans les tréfonds de l'âme humaine, dans les secrets des familles, avec des rebondissements, et juste ce qu'il faut de passion romantique et de blessures profondes.
C'est le troisième roman qui met en scène la DCI Erika Foster, une excellente détective, qui voit dans cet épisode sa soeur débarquer avec ses 3 enfants. Elle doit aussi faire avec l'ancienne détective qui avait mené l'enquête à l'époque de la disparition et qui ne s'est jamais vraiment remise.

Je me suis plongée dedans pour n'en sortir qu'une fois la dernière page tournée.
C'est simple, ça tient la route, et surtout ça détend !!

Editions Belford noir, 416 pages. Septembre 2019.
Traduction Chloé Royer

lundi 16 septembre 2019

"Le coeur de l'Angleterre" de Jonathan Coe




Nous retrouvons la famille Trotter qui évolue en même temps que son pays au gré des aléas de la vie quotidienne et de l'histoire politique de l'Angleterre de 2010 à 2018.
Toute une décennie qui passe par la cohabitation, les émeutes de 2011, la liesse des Jeux Olympiques et bien sur le référendum qui amène au Brexit.

Lorsque nous reprenons le cours de la vie des Trotter, Benjamin vit depuis quelques mois dans un moulin, il ne travaille plus et tente de devenir écrivain. Sa conscience politique mettra beaucoup de temps à s'éveiller, ce n'est pas quelque chose qui l'intéresse, mais lorsque la question de quitter l'Europe va se poser, son intérêt va rapidement évoluer.
Pendant ce temps sa soeur Loïs vit toujours à York où elle est bibliothécaire, sans être vraiment séparée de son mari elle ne vit pas dans la même ville que lui, toujours obsédée par ses vieux démons, à savoir l'attentat dans un Pub où elle était présente à la fin des années 70 avec son amoureux de l'époque.
Sa fille Sophie est universitaire, spécialisée dans l'histoire de l'Art, elle va enfin rencontrer quelqu'un mais les divergences politiques sont parfois cruelles dans un couple.
Et puis il y a Doug le vieux copain d'école de Benjamin, un journaliste politique reconnu et qui régulièrement rencontre Nigel le responsable de la communication du 10 Downing Street, leurs échanges réguliers sont assez bien vus et plutôt amusants vu de l'extérieur.

De nombreux autres personnages apportent une vision plus précise sur la société et l'on se rend compte que les magouilles politiques et la langue de bois sont décidément les mêmes quelque soit le pays.
La vision des hommes politiques et de la politique en général est assez critique et parfois sarcastique mais comment en vouloir à nos personnages !
L'approche du référendum augmente les tensions, les discussions, et même au sein des familles et des couples les désaccords se font de plus en plus ressentir, et on voit très bien comment les politiques et les gens du "peuple" n'ont pas la même lecture des évènements ni les mêmes attentes.
Et puis il y a ceux qui cherchent à profiter de toutes situations... ceux qui n'ont aucun scrupule et ne pensent qu'à leurs propres bénéfices.

Bref un roman passionnant qui se dévore grâce à la fluidité de l'écriture, et une excellente traduction.


Gallimard, 545 pages.
Traduction de l'anglais par Josée Kahoun.

mardi 4 juin 2019

"La libraire" de Penelope Fitzgerald



Nous sommes en 1959 dans un petit village du Suffolk, Florence Green, veuve d'une quarantaine d'années a pour ambition de racheter, The Old House, une maison à l'abandon depuis plusieurs années.
Son idée est de créer une librairie dans ce petit village de Hardborough bien que les commerces aient la vie dure et qu'elle ne soit pas sûre que les gens aient envie d'acheter des livres.

Bien entendu tout ne se passera pas comme elle l'espérait et devenir libraire dans ce village n'est pas si simple, car cela signifie devenir "quelqu'un" ce qui n'est pas au goût de tout le monde.
Comment ce village qui est organisée selon un  certain respect des strates de la société peut-il laisser une simple veuve devenir un personnage important?
La bourgeoisie locale, en la personne de Violet Gamart, va s'opposer farouchement à son installation en inventant tout un tas de contraintes.

Dans la liste des personnages on retrouve le banquier, le vétérinaire, les notaires, le plombier, la couturière, le poissonnier, la famille nombreuse, la petite fille, la célébrité locale, le général (un peu benêt), et bien sur l'homme riche que tout le monde écoute et respecte, une nouvelle satire sociale un peu comme une pièce de théâtre (un film a d'ailleurs été tiré de ce roman).

Certains personnages, donc, ont une très forte influence sur la vie quotidienne de cette petite communauté et on voit les évènements s'enchainer sans que rien n'y personne ne puisse faire quoi que ce soit pour stopper l'inéluctable.
Les "petites gens" suivent, ne font pas de vague, ne sortent surtout pas de la ligne tracée par les petits bourgeois un peu tyranniques.

C'est un roman assez court où finalement il ne se passe pas grand chose, mais au fil des pages on se laisse prendre dans ce tourbillon de la vie qui avance doucement mais sans faire de pause.
On retrouve le côté très anglais et très caricatural de la société des années 1970, un peu comme dans "La vie rêvée de Virginia Fly", ce qui m'a permis de mieux comprendre encore ce dernier roman en retrouvant beaucoup de similitude.

Une découverte interessante d'un livre écrit il y a bien longtemps, j'aime de temps en temps me plonger dans ces mondes si différents mais finalement pas si lointain.

Petit Quai Voltaire, 170 pages.
Traduit de l'anglais par Michèle Lévy-Bram

lundi 27 mai 2019

"La vie rêvée de Virginia Fly" de Angela Huth


Virginia Fly a 31 ans, elle est institutrice et vit chez ses parents dans la banlieue de Londres.
Elle est plutôt satisfaite de sa vie, certes un peu monotone, mais elle entretient une correspondance avec un dénommé Charlie qui vit aux États-Unis et fantasme beaucoup à son sujet. Elle sort aussi régulièrement avec un vieux professeur pour aller écouter de le musique.
Les relations avec sa mère ne sont pas très faciles et ne vont pas s'améliorer lorsque cette dernière va l'inscrire pour un reportage télévisé sur l'amour.... Virginia sera interviewée en sa qualité de trentenaire encore vierge....
Ce passage sur les ondes va chambouler ses relations amicales, d'autant plus que Charlie décide à ce moment-là de venir lui rendre visite.

Ce roman a été écrit en 1972 (deuxième roman de l'écrivain) et il caricature bien une certaine société anglaise de l'époque, la mère est totalement imbuvable et s'immisce en permanence dans la vie privée de sa fille, qui s'en plaint mais pourtant continue de vivre chez ses parents à trente ans passé. Le père est absent, très en retrait, mais volontairement ; un poltron qui ne veut pas affronter son épouse.
Charlie est un portrait grotesque de l'homme misogyne américain, bien entendu il sera une grosse déception.
Chaque personnage a des traits de caractère très poussés, à l'excès, pour mieux servir cette satire.

Lorsque Virginia vit sa première expérience, la description est à vomir, elle n'arrive à voir que les points noirs, la peau grasse, les poils durs, les orifices sombres.... bref tout ce que le corps peut avoir de répugnant. Cette première expérience est assez sordide mais je trouve merveilleusement bien écrite, tellement elle est vraie.

Il y a donc quelques passages comme ca qui sont très forts et qui nous montre le futur potentiel de l'auteur mais je n'ai pas été très emballée par l'ensemble du livre. Le début est un petit peu long à se mettre en place, la fin m'a plus "attrapée".
Je dois reconnaitre une petite déception à cette lecture mais probablement parce que j'en attendais autre chose.
J'avais en effet tellement aimé un autre roman de cette auteur, "Les filles de Hallows Farm", roman dans lequel elle a prouvé une fois de plus son talent remarquable en ce qui concerne l'étude de ses personnages.

Folio, 258 pages.
Traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff.

mardi 26 mars 2019

"Tokyo" de Mo Hayder



Lorsque Grey débarque à Tokyo, elle n'a qu'une idée en tête et pas un sous en poche.
Elle vient tenter de récupérer le seul et unique film qui existerait sur le massacre de Nankin de 1937 perpétré par les Japonais lors de l'invasion de la ville, film dont elle a apparemment un besoin vital pour pouvoir se remettre de ce qui lui est arrivé dans sa jeune adolescence.

Elle pense qu'un certain Shi Chongming est en possession de ce film. C'est un éminent professeur de l'université, chinois et présent à Nankin pendant le massacre. Nous allons d'ailleurs lire son journal écrit au cours des mois qui précédèrent le massacre et jusqu'à celui-ci.

Grey est "recueillie" par un américain, Jason, qui lui offre le logis et un boulot. Logis dans un taudis avec des jumelles russes et lui-même, job d'hôtesse dans un bar.
Bar dans lequel elle rencontrera un des plus célèbre yakuza qui bien sur détient la clé d'un mystère que souhaiterait résoudre Shi Chongming et qui fera donc un chantage à Grey pour récupérer le film....

Bref, un thriller que j'ai trouvé assez décevant.... ce ne sont plus des ficelles mais de grosses grosses cordes, des invraisemblances tout le long du bouquin, je suis allée au bout en me disant que je serais peut-être surprise mais non, ce que l'on comprend très rapidement n'évolue pas.... Il y a des passages entiers totalement incompréhensibles et improbables voire totalement absurdes.

C'est plus que rare que je sois déçue par un polar/thriller parce que même si ce n'est jamais de la grande littérature en général je passe un bon moment de lecture et de détente, mais pas cette fois...

Vraiment pas certaine de retenter ma chance avec cette auteur, surtout en sachant que ce serait son meilleur bouquin....

Pocket, 480 pages.

vendredi 25 janvier 2019

"Les mots entre mes mains" de Guinevere Glasfurd



1634, Helena Jans van der Strom entre au service de Mr Sergeant, un libraire anglais installé à Amsterdam. Helena n'est pas une servante comme les autres car elle est capable de lire et d'écrire bien qu'à cette époque les petites filles n'étaient pas instruites.

Elle est plutôt satisfaite de sa vie chez le libraire ; peu à peu elle devient ami avec la servante de la maison d'à côté, elle trouve des solutions pour écrire et réussit même à former son amie à la lecture et à l'écriture.

Mais un jour un invité très spécial vient s'installer chez Mr Sergeant, il s'agit de René Descartes, philosophe, mathématicien, physicien, biologiste .... Cet homme étrange va se rapprocher peu à peu d'Helena qui va se sentir "considéré", il est comme un féministe avant l'heure et encourage le fait que les femmes puissent s'instruire. Peu à peu le lien entre eux va se renforcer, se transformer... Descartes est en pleine écriture de son fameux "Discours de la méthode", il est occupé à observer, disséquer, écrire ; Helena est présente, participe, aide.

Ensemble ils auront une fille dont Descartes sera très proche mais pourtant il n'épousera jamais Helena, elle est servante et beaucoup plus jeune que lui, c'est le 17ème siècle, encore très religieux. Alors il les garde près d'elle et les cache, avec l'aide de son valet, Limousin, qui lui n'est pas très fan de l'idée... peut être un peu jaloux...

C'est un premier roman très réussi qui se base sur l'Histoire, celle de Descartes en particulier, de la Hollande et des découvertes scientifiques, mais c'est aussi une magnifique histoire d'amour romancée, l'histoire d'une femme qui sait ce qu'elle veut et qui se bat, une femme forte et sensible.

Je me suis beaucoup attachée à Helena, son environnement, son caractère, sa force et j'ai découvert René Descartes dont finalement je ne savais pas grand chose.

Merci à Sophie qui m'a fait découvrir ce roman, vous pouvez lire sa très belle critique ICI.

Préludes, 435 pages, traduit par Claire Desserrey.

vendredi 13 juillet 2018

"Amsterdam" de Ian McEwan



Clive Linley et Vernon Halliday, deux amis, se retrouvent aux funérailles de Molly, photographe, critique culinaire et épouse de George Lan.
Leur ancienne maitresse est décédée rapidement suite à une maladie qui lui a fait perdre tout sens commun, ce qui amène les deux amis à se faire une promesse qui changera le cours de leur vie.

Un troisième amant, détesté par les deux premiers, se trouve être un homme politique de renom - Julian Harmony -  mais dont les idées déplaisent fortement à Clive et Vernon, ou serait-ce simplement de la jalousie ?

Clive Linley est un musicien compositeur qui a beaucoup d'estime pour sa personne et son oeuvre, Vernon, lui, est directeur de la rédaction dans un journal - "the Judge" - qui a des difficultés financières.
Clive est en train d'écrire "l'oeuvre du siècle", Vernon souhaite faire d'une pierre deux coups en faisant chuter son pire ennemi et en faisant remonter les ventes de son journal.

Nous suivons ces deux personnages principaux auto-centrés, sûr d'eux-même et que rien n'arrête jusqu'à un dénouement pathético-tragique.

Tout le cynisme de Ian McEwan ressort dans ce roman où il nous campe des personnages cyniques avec un humour crissant. Le déroulement fait froid dans le dos.

Ce roman, qui n'est pas mon préféré de cet auteur, m'a laissé un goût amer tant ce qu'il décrit et écrit donne une image d'une société nombriliste, d'un Homme égoïste, mais aussi un regard sur la maladie et la détérioration de l'être humain qui n'est pas très positif.

Bref un roman bien ficelé mais dérangeant !

Folio, 252 pages.

vendredi 29 juin 2018

"La ferme du bout du monde" de Sarah Vaughan



Sans le vouloir je me suis retrouvée plongée dans une autre histoire qui se passe dans une ferme anglaise, cette fois dans les Cornouailles.
C'est une ferme isolée, au bord des falaises, une ferme dans laquelle se sont succédées plusieurs générations de la même famille.

Tout débute en 2014, fin juin, avec Lucy, infirmière en néonatalogie dans un hôpital londonien, qui découvre que son mari Matt la trompe. Elle se met à douter de son mariage mais aussi de ses capacités professionnelles. Elle décide donc de rejoindre sa famille à Skylark, dans cette "ferme du bout du monde" où elle s'est toujours bien sentie.
Elle y retrouve sa mère, son frère mais aussi sa grand-mère Maggie.

En parallèle on suit aussi une partie de l'adolescence de Maggie, dans cette même ferme pendant la seconde guerre mondiale. Les difficultés d'être adolescent pendant la guerre, l'importance du "qu'en-dira-t-on" et du regard des autres.

Les chapitres se succèdent en glissant de 70 ans en avant ou en arrière et petit à petit on découvre les secrets de famille bien cachés, mais qui finissent toujours pas éclater au grand jour.

J'ai bien aimé ce roman qui est une lecture plutôt facile, on se laisse prendre par l'envie de découvrir les secrets même si pour être honnête on comprend assez vite de quoi il s'agit.
J'ai bien retrouvé l'ambiance de la ferme dans les années de guerre, avec les vaches qu'il faut traire, la difficulté de la vie à la ferme, et en même temps le plaisir du travail accompli.
Les premiers amours et la passion qu'ils inspirent sont aussi très bien décrits.

Un bon livre pour les vacances !

Preludes, 440 pages.

mardi 26 juin 2018

"Les filles de Hallows Farm" de Angela Huth



Nous sommes en 1941 et l'Angleterre manque cruellement d'hommes, en particulier dans ses campagnes où de nombreuses fermes ont vu partir les fils sur le front.
Pour pallier ce manque le gouvernement a lancé un programme afin que des jeunes femmes volontaires partent travailler dans ses fermes.

À Hallows Farm arrivent trois jeunes filles très différentes mais dévouées et pleines de bonne volonté.
Il y a Prue la coiffeuse à qui rien ne fait peur et que rien n'arrête, Stella la romantique éternellement amoureuse, et Ag l'étudiante qui rêve de Cambridge. Toutes les trois débarquent dans une ferme où vit une famille de 3 personnes, John et Faith Lawrence et leur fils Joe, asthmatique il a été réformé.
Joe est fiancé à Janet qui est parti travailler loin, et malheureusement elle ne peut revenir que très rarement.
Il y a aussi Ratty qui donne un coup de main à la ferme depuis 20 ans mais avec l'âge il est maintenant en semi-retraite et ne vient plus que de temps en temps à la ferme. Il est marié à Edith une vieille irascible qui lui pourrie la vie.

Je me suis laissée prendre dans ce roman très féminin. J'ai aimé les caractères des trois jeunes femmes très bien dépeints et dont l'évolution m'a semblé logique et très bien vue.
Le côté agricole aussi m'a beaucoup plus, le travail de la terre, l'effort physique, la nature, les bêtes. C'est sur un fond de seconde guerre mondiale mais cela reste assez anecdotique.
On retrouve très bien l'ambiance de la campagne anglaise et de toute cette époque.

Bref un moment vraiment très agréable de lecture et de détente.

Petit Quai Voltaire, 443 pages.

mercredi 20 juin 2018

❤️ "La salle de bal" de Anna Hope



1911,  près de Leeds, Yorkshire, l'asile de Sharston.
Un bâtiment magnifique, avec un immense parc, les bois à côté et les fermes.
L'asile fonctionne en autosuffisance grâce à son environnement et en faisant travailler ses patients.
C'est le début du siècle et à cette époque on enferme encore les gens pour le moindre trouble "psychiatrique" (anorexie, dépression, parfois juste un fort caractère ou quelqu'un qui dérange...).
Certains déficients vont pouvoir sortir au terme d'un séjour plus ou moins long et d'autres sont "poussés" dans le pavillon des "chroniques" dont ils ne sortiront que les pieds devant.

Dans ce roman nous suivons trois personnages principaux, tour à tour :
Ella, une jeune femme qui arrive tout juste dans l'asile et qui travaillait dans une filature depuis son plus jeune âge et qui, suite à un accès de colère, a brisé une vitre ce qui lui vaut l'internement...
John, cet irlandais taciturne qui traine toujours avec son ami Dan Riley - le marin -dont on découvrira petit à petit les raisons de son internement.
Charles, un des médecins de cette institution, passionné de musique et qui souhaite ardemment révolutionner la prise en charge des déficients mentaux.

Les relations de ces trois personnages vont évoluer au fur et à mesure et leurs interactions vont avoir des conséquences assez importantes pour chacun.

Ella comprend vite que si elle veut sortir il lui faudra se tenir tranquille. Elle se lie rapidement avec Clem une jeune femme qui dévore les livres et qui va lui donner les quelques clés pour survivre dans ce lieu à l'air faussement calme et paisible...
John travaille dur avec son ami Dan, ils ont la chance de pouvoir être dehors même si c'est pour creuser les tombes de leurs camarades.

Charles est très intéressé par l'eugénisme et il souhaite participer à un colloque où il voudrait démontrer que la stérilisation systématique des malades mentaux n'est pas nécessaire - souhait notamment de Winston Churchill de promulguer une loi dans ce sens - mais que l'on peut les aider à évoluer favorablement notamment grâce à la musique. C'est ainsi qu'il a institué tous les vendredis soirs un bal où les femmes et les hommes (qui ont été "sages") peuvent se retrouver pour danser. C'est au cours d'un de ces bals que Ella et John vont faire plus ample connaissance.
Malheureusement Charles, qui est peut être le plus "malade" des trois, va peu à peu modifier son point de vue et son comportement.

Anna Hope s'est inspirée du West Riding Asylum devenu ensuite le High Royds Hospital pour situer son roman, mais aussi de l'histoire de son arrière-arrière grand-père qui y fut interné.

C'est un roman bouleversant, magnifiquement conté, touchant d'émotion et en même temps glaçant de constater le traitement qui était fait pour les personnes "différentes". Les questions autour de la maladie mentale, de son traitement, de ses limites sont abordées, mais aussi l'évolution de l'homme et la croyance pour certain que pour perfectionner la race humaine il faut en éliminer les rebuts. C'est tout une époque mais je ne suis pas certaine que ces idées aient totalement disparu.
Il y a aussi de l'amour, de l'amitié, de la loyauté.
Bref une belle histoire, un beau roman, à lire !!

Flammarion, 383 pages.