Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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jeudi 24 juin 2021

❤️❤️ "L'isle ou la mémoire du sable" de Jean-Marie Quéré

 

 


Je dois tout de suite avouer que ce livre est un gros coup de cœur, tant pour l’histoire que l’écriture. Il m’a touchée au cœur car c’est un livre rempli d’amour. On y parle d’enfance, de souvenirs, de mémoire, de transmission. 

 

 

 

C’est l’histoire d’une famille qui, tous les étés, part s’installer pour camper dans un pré à Belle-île-en-mer ; toute l’année est rythmée par l’attente de ce grand départ, l’émoi et l’excitation montent au fil du temps qui passe et des petits indices qui indiquent que ce jour approche. 

 

 

C’est l’histoire d’un petit garçon qui aime cette île, sa beauté, sa nature ; ce petit garçon qui le temps de l’été vit au rythme de la marée, du soleil et des averses. C’est une ode à cette île tant aimée, une ode aux souvenirs familiaux. 

 

 

Ce texte court, très poétique, nous emmène tendrement dans les souvenirs de cet enfant devenu grand, dans ce qu’il a gardé de son lien sauvage et brut à la nature, ce lien qui le ramène au lien familial, à la transmission transgénérationnelle. 

La transmission voulue et choisie mais aussi la transmission qui se passe de mot, la transmission des émotions juste par une présence ; ce lien discret, ténu mais puissant qui se tisse de génération en génération. 

La fin est particulièrement belle, à la fois mélancolique et pleine d’espoir ; la vie passe mais l’amour lui reste et se transmet d’une main à une autre…

 

 

 

J'ai aimé plonger dans la simplicité des années 1960-70, la description des voyages, de la préparation avec les petits détails comme la grande boîte qui apparait dans la cuisine et à laquelle on se cogne tout le temps mais qui signifie que bientôt on va la remplir pour partir. 

J'ai aimé la façon dont cette famille découvre ce pré et s'y installe.

J'ai aimé ce petit garçon qui apprécie, déguste, jouit de chaque instant, chaque moment. 

J'ai aimé son enthousiasme lorsque sa grand-mère vient enfin leur rendre visite sur leur île.

Tout est beau, fait rêver, donne envie. 

Ce genre de lecture toute simple qui réchauffe le coeur et fait sourire.


Les Découvertes de la Luciole, 157 pages. 2021

dimanche 24 janvier 2021

♥️♥️♥️ "Le démon de la colline aux loups" de Dimitri Rouchon-Borie.

 



Touchée en plein coeur par ce premier roman d'une justesse infinie.

Du fond de sa prison un homme (dont le prénom n'est découvert que tard dans la lecture) nous raconte son histoire, depuis le commencement, depuis son premier souvenir.
En tout simplicité et humilité il se livre, pour expliquer, pour demander pardon, pour (se) comprendre. 
Il nous raconte l'horreur, et l'arrivée du démon, et comment il a essayé de vivre avec.


C'est un livre très exigeant, tant sur le fond que sur la forme. 
Certains passages, notamment au début du livre, sont d'une violence inouïe, difficiles à lire, mais essentiels pour la compréhension de l'histoire, de l'évolution de cet enfant.  
La forme choisie, le ton, ne sont pas non plus aisés, mais une fois qu'on en est imprégné, c'est d'une évidence absolue. 
Ce sujet et cette forme d'écriture aurait vraiment pu être "casse-gueule" mais l'auteur est brillant, et la forme est tellement parfaite pour le texte qu'il sert, l'écriture est maitrisée, infiniment. 
Il n'y a pas d'erreur. 

Je me suis tant attachée à ce personnage, à Duke ; je l'imaginais penché sur sa machine à écrire, tapant sur les touches, tournant en rond dans sa cellule, souffrant de ses souvenirs, de sa culpabilité. 
J'ai imaginé cet enfant, dans cette maison, dans son nid, cherchant le calme et la protection. 
Depuis que j'ai tourné la dernière page je continue de penser à lui, chaque jour ; j'aimerai le voir, le prendre dans mes bras et lui donner toute mon affection.

Ce roman est un coup de poing dans l'estomac, il vous retourne, et vous chamboule.
Parce que malgré tout, il m'en reste de la lumière, il m'en reste un coeur rempli d'amour, de tendresse, il me reste de l'espoir.
Cet homme, capable d'une résilience incroyable, est une leçon de vie, une leçon d'espérance.

Ce premier roman (incroyable !) est touchant, attachant, envoûtant.
Il fera parti des quelques rares livres pour lesquels je pourrai me battre sans fin, ces livres que je veux garder près de moi et qui resteront nichés au fond de mon coeur. 

"Mon père disait ça se passe toujours comme à la Colline aux Loups et ça s'était passé comme ça pour lui et pour nous aussi. Maintenant je sais que ça s'est arrêté pour de bon. La Colline aux Loups c'est là que j'ai grandi et c'est ça quelle vais vous raconter. Même si c'est pas une belle histoire c'est la mienne c'est comme ça. La Colline aux Loups j'aime pas en parler d'habitude. Le Démon est né là et c'est là qu'il m'a pris. Mais si je devais taire tout ça à jamais j'aurais l'impression qu'il a volé mon âme pour de bon et bien plus encore mon histoire. J'espère que vous saurez vous montrer miséricordieux ou quelque chose comme ça parce que j'ai un parlement qui est à moi et pendant tout ce temps ces mots c'était ma façon d'être moi et pas un autre. Et comme j'ai pas fait l'école longtemps à cause du père, du Démon, de la mère et des autres, il manque des cases dans mon entendement des choses. À qui j'écris ce journal alors je ne sais pas. Peut-être à moi-même et à celui que j'étais avant le Démon."  

Le Tripode, 237 pages. Janvier 202.


samedi 18 avril 2020

"Crazy brave" de Joy Harjo




Avec ce court récit je découvre Joy Harjo qui est une poétesse et musicienne américaine d’origine amérindienne, de la tribu et de culture creek.

Dans ce texte  elle nous livre son histoire de sa naissance jusqu’à ses vingt ans, lorsqu’elle décide de prendre sa vie en main et découvre qu’elle aime la poésie.

Quatre parties nommées selon les quatre points cardinaux, s’ouvrant chacune sur un poème qui nous donne le mot clé d’une partie de sa vie ; il y a le commencement, l’ennemi(s), le dénouement et la délivrance.
  
Ses débuts n’auront pas été faciles entre un père alcoolique et absent, un beau-père violent, une grossesse très jeune… mais elle a toujours su vivre selon son instinct, son système d’alarme et respecter le plus profond de son âme. Elle a fait ses choix et les a assumés.

Âme qui revêt une importance toute particulière lorsqu’elle se mêle à sa culture amérindienne très forte.
L’autre monde y est très présent, ainsi que l’âme et ses voyages.

C’est un livre un peu particulier et j’aurais des difficultés à en parler sans avoir un échange, je ne suis pas certaine d’avoir perçue toutes les subtilités et je suis restée un peu en dehors malheureusement.
Il y a de très très beaux passages qui m’ont beaucoup touché mais j’ai aussi ressenti une certaine distance et froideur dans le texte. 
J’ai particulièrement aimé les poèmes et surtout les petits « contes » qui se trouvent au milieu et qui sont un autre moyen de se raconter, je les ai trouvé plus fort, plus plein d’émotions. 


❀❀❀
"En vérité, chacun de nous est seul, devant ses gouffres de tristesse..."
"Lors de sa venue au monde, chaque âme est accompagnée. Généralement, c'est un ancêtre avec lequel l'enfant partage des traits de caractère et des dons particuliers."
"Vers l'âge de treize ans, j'en ai eu assez de tous ceux qui se servaient de la Bible pour prouver la supériorité des Blancs et imposer la domination des femmes par les hommes, et je ne supportais plus l'interdiction de danser ni les mises en garde contre les prophéties et les visions."
"Je préférais voir en Dieu un bien-aimé plutôt qu'un homme blanc colérique et déterminé à détruire tous ceux qui ont de l'imagination."
"Nous étions tous des «Peaux-Rouges», embarqués dans un même voyage et en pleine métamorphose, confrontés aux mêmes traumas liés à la colonisation et à la déshumanisation. Nous étions la preuve vivante du combat de nos ancêtres. " 
 ❀❀❀
Globe, 163 pages. Janvier 2020
Traduction de Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski.

mardi 3 mars 2020

❤️❤️❤️ "Avant la longue flamme rouge" de Guillaume Sire



Dans la tête de Saravouth il y a tout un monde qui existe, qu'il fait exister, qu'il construit, bâtit, en permanence grâce à ce qu'il voit chaque jour, grâce aux histoires merveilleuses que sa maman lui raconte - Peter Pan, l'Iliade et l'Odyssée - et dans ce monde il essaie d'y inviter sa petite soeur Dara qui est une petite fille pleine d'énergie mais aussi de violence et de force.

Nous sommes au début des années 70 à Phnom Penh au Cambodge, et le pire est à venir...
C'est la guerre civile qui mettra le jeune Saravouth à terre alors qu'il est à peine âgé de 11 ans.

Il est issu d'une famille cultivée ; le père travaille au ministère de l'agriculture et la mère est professeur de littérature, c'est elle qui fait découvrir à ses enfants le monde merveilleux des livres et de ce fait de l'imaginaire et des histoires. Monde dans lequel son jeune garçon plonge.

La chute approche, Saravouth va se retrouver seul, il n'aura de cesse de retrouver sa famille dans une Phnom Penh à feu et à sang.

Sur son long chemin il croisera des personnes qui l'aideront et d'autres moins bienveillantes, et ce jeune garçon deviendra un jeune homme au milieu de la guerre, de la misère, de la violence...

Par les mots, par les images, dans son royaume il s'accroche à des fils, il les remonte lentement, sans trop tirer pour ne pas les casser.

Ce livre est bouleversant, et magnifique !
- parce que la vie de ce petit garçon (tirée d'une histoire vraie) est déchirante,
- parce que Guillaume Sire écrit tellement, tellement bien. C'est une plume que je découvre mais qui m'a faite rêver. Dans la lecture j'aime les histoires mais aussi la langue, et là la langue est tout simplement belle.

Calmann Levy, 332 pages. Janvier 2020

mardi 20 août 2019

"Orléans" de Yann Moix



Dans ce roman (autobiographique ?) Yann Moix raconte en deux parties l'histoire d'un jeune homme de son année de maternelle à celle de mathématiques spéciales.
La première partie s'intitule "Dedans", ainsi pour chaque année scolaire il raconte sa vie à la maison, dans sa famille ; pour la seconde intitulée "Dehors" il s'agit de sa vie à l'école, à l'extérieur de sa famille, ses rencontres amoureuses et amicales.

C'est un livre un peu difficile à chroniquer car j'ai ressenti beaucoup d'ambivalence entre une compassion la plus absolue face à l'horreur infinie de la maltraitance et un ennui profond face à la vie d'un jeune garçon/homme.

Cette première partie sur la vie à la maison décrit une maltraitance psychologique et physique parfois à la limite du soutenable, ces parents sont d'une cruauté sans limite, mais le jeune garçon se plonge dans la littérature pour se "sauver", et malgré les différentes descentes de ses parents dans sa chambre pour brûler, jeter, déchirer les oeuvres qu'il lit, il s'accroche à ce besoin des mots et des phrases.

Dans la seconde partie à l'extérieur, le jeune garçon n'est pas tellement épargné non plus, par ses camarades ou par les filles. Il vit beaucoup d'humiliations et notamment amoureuses, mais pas que.

Je sais que l'homme est sujet à beaucoup de polémiques et je ne veux absolument pas m'attarder la dessus, c'est l'écrivain qui m'intéresse et là je crois que l'on peut dire qu'il y a un vrai génie, YM sait parfaitement manier le verbe et surtout la phrase, littérairement parlant c'est un plaisir de le lire.

Un bilan mitigé donc, un livre qui me laisse décontenancée face à un personnage encore plus f(l)ou qu'avant cette lecture.
"L'histoire, vue par les romanciers, n'est pas un tapis de dates, déroulé, sur lequel se situent des batailles, des évènements, des existences, des destructions, des naissances, des inventions ou des conquêtes : elle est la façon dont le temps transperce les hommes, qui ne sont que le tissu du motif et non plus la trame ; c'est le temps qui va d'homme en homme, et non l'homme qui va d'époque en époque. Le temps se diffracte là, il se déforme ici, s'enroule sur lui-même, ralentit, accélère soudain, devient ligne droite, ou spirale, s'éteint, disparaît, revient, s'agite : ce qu'on nomme l'histoire est l'aventure de ces mouvements, de ces circonvolutions, de ces volutes. Nous ne traversons pas le temps ; c'est le temps qui nous traverse."
Grasset, 272 pages.

samedi 27 juillet 2019

"Mon Père" de Grégoire Delacourt



Alors le pitch est vraiment très rapide à faire ; un père, Édouard, est à la recherche d'un autre Père, le prêtre qui a violé son fils Benjamin. Il s'enferme 3 jours dans une église avec le Père Préaumont dont il vient de saccager le sanctuaire.

Au milieu de sa discussion avec le prêtre, Édouard nous fait revivre les premières années de Benjamin en partageant les moments doux, les moments de rire, les moments de bonheur qu'ils ont eu avant.
Car il veut comprendre ce qu'il s'est passé, il veut comprendre pourquoi, pourquoi son fils, pourquoi un homme fait ça, à un jeune enfant.
Comprendre pourquoi lui le père n'a pas pu protéger son fils, pourquoi il n'a pas vu ce que son fils exprimait et ne disait pas.
Et donc il fait parler le Père, il lui fait tout raconter, attention âme sensible s'abstenir, j'ai honnêtement failli arrêter la lecture car je ne voyais pas l'intérêt de lire ça, et d'ailleurs je ne suis toujours pas certaine de la nécessité de ce passage, en tout cas pour moi. J'avais bien compris l'idée...

Il y a beaucoup de références aux textes de la Bible et notamment à la parabole d'Abraham qui emmène Isaac son fils pour le sacrifier, mais l'ange retient la main d'Abraham et Isaac qui n'a pas dit un mot ne dira rien, plus jamais on ne parle de ce qu'il a vécu, c'est le silence, le silence de la victime. Le parallèle fait dans le livre est vraiment très intéressant.

Je ne veux pas dévoiler ce qu'il se passe donc je ne peux pas trop en dire, mais cette lecture se fait assez rapidement car il y a du rythme, le rythme de la colère du père, des journées qui s'écoulent avant le dimanche et l'heure de la messe, le rythme de l'effondrement de Benjamin.

Grégoire Delacourt n'épargne rien à l'Église en général, au silence manipulateur et politique, il dénonce.
Je reconnais avoir été surprise de le trouver sur ce registre, c'est pour moi un de ses livres les plus aboutis.
Je ne me sens pas de "recommander" ce livre, je crois que chacun doit savoir à quoi s'attendre, ce n'est pas facile, mais il y a des choses très intéressantes à retirer.

Le questionnement de la protection de nos enfants, le questionnement de la confiance aveugle en l'autre à cause d'une étiquette, ici le prêtre, mais cela pourrait aussi bien être le professeur, le grand-père, le cousin, tous ces gens à qui nous faisons confiance.
Il y est aussi question de ce que nous parents devons dire à nos enfants pour les prévenir, les avertir, les protéger ; qu'ils sachent que dans ce monde tous les humains ne sont pas bons, et que eux ne sont pas obligés d'être victimes.

La fin est un peu étrange et à mon sens pas vraiment positive ni optimiste, la fange humaine existe et se reproduit, "ce monde ne sera guéri que lorsque les victimes seront nos Rois".

Il y a malgré tout une très belle séquence sur le pardon, la revanche, le retour à la vie.
Bref un livre qui se lit vite mais à ne pas mettre dans toutes les mains. Une lecture que je ne regrette pas car elle pousse à la réflexion sur un sujet malheureusement encore trop d'actualité et réel, mais je crois en la parole, énormément, je pense qu'il faut dire les choses pour qu'elles ne s'inscrivent pas trop profondément.
"Et parce que je n'ai pas protégé ceux que j'avais la charge de consoler et de chérir. Et l'Église a fermé les yeux. L'évêque de notre diocèse a fermé les yeux. Le Vatican a préféré se coudre les paupières et manipuler les magistrats. Alors je me suis plu à imaginer que leur cécité étai tune forme d'assentiment. Car si les pères ne condamnent pas, si les pères n'interdisent pas, si les pères ne punissent pas, alors les fils conjecturent qu'ils ont tous les droits." 
JCLattès, 220 pages.

dimanche 21 juillet 2019

"Einstein, le sexe et moi" de Olivier Liron



 "Je suis autiste Asperger. Ce n'est pas une maladie, je vous rassure. C'est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu'avec d'autres personnes. [...] Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J'ai participé au jeu télévisé Question pour un champion et cela a été très important pour moi.


Voilà donc à peu près le résumé de ce livre. 
En effet, Olivier Liron nous emmène dans ses coulisses du jeu Question pour un champion, étape par étape il nous livre ce qu'il vit, comment il perçoit les autres candidats et surtout le présentateur Julien Lepers. 
Ce n'est pas n'importe quel jeu car il s'agit d'être le super-champion et il y a un homme à abattre, Michel, déjà super-champion lui-même.

Il y a donc les 3 séquences du jeu, "les neuf points gagnants", "le quatre à la suite" et enfin "le face-à-face", on a l'impression d'être à l'intérieur de sa tête et de revivre l'émission face aux questions, aux stress, on vit les interruptions, les retours, les pauses, les problèmes techniques. 

Et puis entre deux il y a un peu de son intimité qu'il nous livre par bribes, des souvenirs notamment de son enfance, de son adolescence. 
Les souvenirs sont courts mais d'une force rare car "sa différence" a fait toute la différence, on prend un petit coup de poing dans le ventre car ce qu'il a vécu est d'une violence inattendue. 
"La joie, le vert paradis, la douceur de l'enfance, ça, désolé, on repassera, je n'ai pas connu. Cela restera à jamais pour moi incompréhensible, cette violence. Ça marque au fer rouge. S'il n'y avait que les brimades, les blagues sur Forrest Gump et les insultes. On pourrait essayer d'oublier. Mais la façon dont les autres vous font comprendre votre différence, ça s'inscrit aussi dans le corps. J'ai dans mes tripes la mémoire de la différence qu'on m'a apprise, qu'on a tatouée dans ma chair."
On se rend compte qu'il y a une vraie incompréhension du système scolaire, des enseignants et des personnels des collèges/lycées, on ne le comprend pas - ou on ne l'écoute pas ? Mais il subit de plein fouet la violence et la stupidité des uns et des autres. Et apparemment ses parents ne lui sont pas d'un très grand secours, eux-mêmes enfermés dans leurs problèmes de couple.
"C'est marrant, je parle du corps, mais j'ai l'impression que les mots ont encore plus de pouvoir que les coups, que les mots sont les coups qui ne partent jamais, les plus indélébiles, les plus violents pour le corps, justement. [...] J'ai dû entendre dix mille fois les gens m'appeler gogol. À l'école, et surtout au collège, les enfants différents souffrent le martyre. C'est déjà le pouvoir hideux et haineux de la norme. Aujourd'hui encore, quand j'entends à la radio les « normaux », ceux qui ont le pouvoir de la norme, de dicter la norme, de faire la norme, les politiciens et les financiers, les humoristes pas drôles, les haineux de tous bords, j'ai envie de les déchiqueter avec les dents. Pour leur montrer de quel bois on se chauffe, nous les gogos. Je ne raconte pas ça pour me faire plaindre, mais pour témoigner de l'abandon absolu de tous les enfants différents par l'Éducation nationale."
Alors bien sur il se protège, cherche un moyen de "survivre", mais j'avoue que parfois j'ai été un petit peu heurtée par la virulence de ses propos, on sent de la colère, de la fureur.
"Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d'un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j'en suis le premier prisonnier." 
Sa description du jeu est plutôt drôle, cynique, même sarcastique. Il n'a aucune pitié pour les autres candidats, il entre en guerre et veut gagner. Il est d'une très grande lucidité.
J'ai beaucoup aimé les parties où il nous dévoile l'analyse de ses raisonnements pour trouver les réponses aux questions.

Un livre intéressant et qui se lit rapidement.

Alma Editeur, 194 pages.

lundi 18 mars 2019

"Le dernier frère" de Natacha Appanah



"Ce sentiment, comme une nausée qui monte et qui descend, c'était la perte de l'enfance et la conscience que rien, plus rien, ne me protégerait désormais du monde terrible des hommes."
Un vieil homme, Raj, fait un rêve. Il rêve de David, cet enfant qui fut son ami, il y a si longtemps.
Alors Raj nous emmène avec lui dans son enfance.
Tout d'abord à Mapou, dans les champs de canne à sucre avec ses frères, la rivière, la sécheresse et les pluies diluviennes, une vie heureuse malgré l'extrême pauvreté et les coups de trique du père, jusqu'à ce qu'un cyclone balaie cette famille et fasse tout voler en éclat.

Puis le jeune garçon se retrouve seul avec ses parents à Beau-Bassin, dans une maison de la forêt. Il se raconte beaucoup d'histoires pour s'occuper, il arpente la forêt qu'il connait par coeur. Jusqu'au jour où sa mère l'envoie apporter le déjeuner de son père à la prison où il travaille. Et Raj découvre que les prisonniers ne sont pas comme son père lui avait dit des mÉchAnts, des mArrOns, des vOlEUrs, mais juste des hommes, des femmes et des enfants....

Et c'est là qu'il rencontre David, ce garçon à la chevelure flamboyante et douce, qui va devenir son ami, son frère.

Ce roman se situe dans un contexte historique que je ne connaissais pas.
En effet au début de la seconde guerre mondiale, en 1940, des Juifs quittèrent l'Europe pour tenter d'aller s'établir en Palestine, seulement à leur arrivée au port d'Haïfa - alors sous mandat britannique - ils furent refoulés par les Anglais et envoyés dans leur colonie de l'île Maurice. Là-bas ils furent installés dans une prison à Beau-Bassin. Ils vivaient entassés, dans un climat tropical auquel ils n'étaient pas habitués, endurant les maladies locales.

Raj est un petit garçon qui subit la violence au quotidien avec un père alcoolique, agressif, vivant dans une grande misère. Heureusement sa mère lui donne beaucoup d'amour et de tendresse. C'est un enfant qui essaie de se construire malgré un environnement difficile, alors lorsqu'il croise David pour la première fois c'est un coup de foudre d'amitié.
Raj ne savait rien de la guerre qui sévissait en Europe, il ne savait rien de ce que subissait les Juifs, il ne savait même pas ce que c'était qu'être juif...
Les deux enfants vont vivre une belle histoire mais qui les mènera beaucoup trop loin.

C'est un très beau roman que j'ai beaucoup aimé.
Je me suis attachée à Raj et à sa terrible histoire. Ce petit garçon qui veut juste ajouter du bonheur dans sa vie, ne plus trembler au retour de son père, ne plus penser qu'il ne vaut rien et qu'il ne devrait pas être là. Ce besoin fou qu'il a d'aimer un autre enfant, de partager, de vivre ensemble.

POINTS, 211 pages.

mercredi 9 janvier 2019

"Les cigognes sont immortelles" de Alain Mabanckou


Nous sommes en 1977, au mois de mars, à Pointe-Noire - Congo ; la veille (le vendredi 18) le Président Marien Ngouabi a été assassiné à Brazzaville.
C'est le récit des 3 jours qui vont suivre, d'un pan de l'Histoire du pays, et de l'histoire de Michel, 11 ans.
Car cet assassinat aura des répercussions politiques importantes pour le Congo et pour la famille de l'adolescent.

Michel vit seul avec sa mère et de temps en temps son beau-père papa Roger (qui retourne auprès de sa première épouse de temps à autre...). C'est maman Pauline qui a acheté la parcelle sur laquelle ils vivent, grâce à son travail de fournisseur de bananes.

Ce samedi 19 mars, Michel écoute la radio avec papa Roger, sous le manguier de leur parcelle tandis que maman Pauline prépare le déjeuner et que le chien Mboua Mabé somnole.
Ils écoutent "la voix de la Révolution Congolaise" la radio locale, mais qui ne dit rien sur l'assassinat qui a eu lieu la veille, alors que "La voix de l'Amérique" ne parle que de ça.
Bientôt une annonce officielle sera faite, c'est le début de l'effervescence dans tout le pays. Qui a tué le Président ? Que faut-il dire ? Taire ?
Puis un oncle - frère de maman Pauline - arrive, tout droit de Brazzaville, les nouvelles sont mauvaises, il faut prendre parti et des décisions, pour le bien-être de la famille.
Les choix de maman Pauline ne seront pas forcément ceux que l'on attend, et chaque décision aura des conséquences.

Alain Mabanckou nous raconte cette histoire comme une fable, en utilisant  l'exagération mais on sent bien que derrière ce choix narratif il y a une vraie détresse, du désespoir.

Il en profite pour nous raconter son enfance dans ce pays communiste, ami avec l'URSS, les chants russes patriotiques appris à l'école, le regard sur la France et ses Présidents avec leur petite valise.

J'ai trouvé ce livre émouvant, parfois drôle et surtout très instructif.
Je n'avais pas forcément été emballé par Alain Mabanckou avec mes précédentes lectures, mais je crois qu'il a finalement réussi à me prendre dans ses filets.

Seuil, 293 pages.

lundi 5 novembre 2018

"Tous les hommes désirent naturellement savoir" de Nina Bouraoui



Ce livre est présenté comme un roman mais il s'agit plus d'un récit autobiographique.
Avec des chapitres aux titres répétitifs, Nina Bouraoui revient sur son enfance, son adolescence et les prémices de son homosexualité.

Il y a les chapitres nommés "Se souvenir" où l'auteur se souvient de son enfance de 4 à 14 ans, en Algérie mais aussi lors de ses séjours en France ; "Savoir" parlent de ce qu'on lui a raconté, les souvenirs de sa famille, c'est avant elle mais aussi sa petite enfance ; "Devenir" c'est lorsqu'elle a 18 ans, qu'elle étudie à ASSAS, elle est seule à Paris et découvre le milieu homosexuel féminin, elle est attirée mais a peur, elle a envie tout en étant dégoutée ; et enfin le dernier qui n'arrive qu'à la fin du livre, "Être" qui en peu de mots nous dit ce qu'elle est, aujourd'hui.

La lecture de ce livre est très facile car les chapitres sont courts, parfois même très courts, mais tout est mélangé, c'est un va-et-vient incessant dans les différentes époques de son passé, ce qui est parfois pénible (et pourtant j'aime bien ce style de narration, mais là poussé à l'extrême...).
Cependant je me suis assez vite lassée de ce récit intime qui au final ne m'a rien apporté. C'est une énième confession, tranche de vie, sans grand intérêt et que je vais vite oublier à mon avis.

Dommage parce que c'est plutôt bien écrit et pour une première rencontre avec Nina Bouraoui je ne suis pas très convaincue, pas sûr d'y revenir.

JC Lattès, 264 pages.

mercredi 13 juin 2018

"L'enfant-mouche" de Philippe Pollet-Villard


L'enfant-mouche c'est Marie, cette enfant de 12 ans sortie de son orphelinat par sa "tante" Anne-Angèle.
En effet, Anne-Angèle, infirmière au Maroc venue à Paris suite à l'accident qui a causé la mort de sa soeur, se retrouve, par un drôle d'effet domino, en charge de la petite Marie.

Nous sommes en 1944, la France est occupée par l'armée allemande, et ensemble, Marie et sa tante partent vivre en Champagne dans un village près de Reims où Anne-Angèle doit gérer et remettre sur pied l'infirmerie.
Mais Anne-Angèle tombe malade et Marie doit se débrouiller pour leur trouver de quoi se nourrir dans une campagne épuisée, vidée par la guerre et l'hiver.
Elle ne peut compter sur personne et doit toujours être sur ses gardes. Elle apprendra souvent à ses dépens que la lâcheté, la trahison et la méchanceté ne sont jamais loin des hommes et qu'il lui faut se méfier d'eux "surtout quand il leur prend des envies d'héroïsme".

Pourtant Marie saura retomber sur ses pieds et tirer le mieux de chaque situation.

Dans ce roman, largement inspiré de l'enfance de sa maman, Philippe Pollet-Villard nous présente trois forts personnages de femmes pendant la seconde guerre mondiale.
Il y a bien sûr Marie, cette enfant qui grandit au milieu de la guerre et qui doit tout faire par elle-même. Heureusement elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot, elle a un caractère bien trempé qui lui permet certainement de tenir sans s'effondrer, elle n'a pas peur de tenir tête aux adultes, aux hommes, pas toujours bien intentionnés. On dirait qu'elle se fiche un peu de la guerre, de ses raisons, son souci principal étant sa propre survie. C'est d'ailleurs un peu le cas des deux autres femmes dont il est question dans le roman.
En effet Anne-Angèle a tout quitté pour se retrouver dans ce pays en guerre qui n'est plus vraiment le sien et qui plus est, elle est gravement malade. Et malgré l'hostilité flagrante des villageois couplée à sa maladie, elle continuera de se battre, de rester pour Marie.
La troisième femme est Toinette qui a des moeurs tout à fait questionnable et en particulier en tant de guerre. Mais c'est une belle femme, qui se fiche de ce que pensent les autres, qui ne veut manquer de rien, ni pour elle ni pour son mari ni pour son fils. Et elle fait ce qu'il faut pour permettre à sa famille de continuer à vivre correctement.

Un livre très fort, touchant. Des personnages ciselés, puissants et que l'on suit avec avidité. Rien ne leur fait peur et nous aimerions avoir ne serait-ce qu'un dixième de leur force mentale, de leur capacité de résistance.

Un auteur à découvrir et à suivre.

Ci-dessous une interview assez courte à propos de son roman.
https://www.youtube.com/watch?v=zH23vCu-Fm0

Flammarion, 421 pages.

lundi 4 juin 2018

"La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras



Giacomo, d'origine sarde, vit à Marseille où il est traducteur.
Il a beaucoup de travail et notamment depuis que son éditeur lui a demandé une traduction d'une nouvelle version de la très célèbre histoire de Moby Dick. Mais son oncle l'appelle depuis son village natale pour l'informer que sa grand-mère très malade est hospitalisée et n'en a plus pour très longtemps.
Aussitôt Giacomo prend le bateau pour rejoindre son île et replonge dans son enfance, dans son village coloré aux personnages étranges.
Il nous permet de découvrir un petit peu de Sardaigne, de ses habitants.
Et peu à peu il nous emmène dans sa propre histoire et ses secrets.

Alors soyons franc, je n'ai pas du tout accroché avec les personnages qui ne m'ont absolument pas touché. J'ai trouvé l'histoire assez insipide et je me suis forcée à aller au bout pensant qu'il y aurait peut-être une surprise intéressante, mais non.
Alors certes c'est coloré, comme les murs du village ou les chemises des hommes mais pour moi ça s'arrête là, je n'ai trouvé aucun intérêt et surtout aucun plaisir à la lecture de ce livre.
Dommage j'ai perdu un peu de temps à vouloir aller au bout...
Suivant !

PRELUDES, 314 pages.

vendredi 27 avril 2018

"Les rêveurs" de Isabelle Carré


"Voilà comme un seul geste a déterminé nos vies. Si Claire ne s'était pas précipitée, toute cette histoire n'existerait pas, et moi non plus. Je suis le fruit d'un malentendu, d'une lettre déchirée trop vite."
"Ou plutôt la rencontre de deux malentendus, mon père ne pouvant s'avouer quelle sorte de vie il souhaitait déjà, et ma mère jetant sa dernière chance au panier. Le fruit de deux orgueils blessés, qui se sont réchauffés un moment."

✿✿✿


Étant très peu cinéphile, je dois avouer que le nom d'Isabelle Carré ne me disait que vaguement quelque chose et de ce fait je n'ai pas voulu tout de suite aller voir qui elle était afin de lire ce roman "vierge" de tout préjugé. Ce n'est qu'après avoir terminé sa lecture que je me suis laissée aller à ma curiosité et bien entendu j'ai reconnu son visage.

Isabelle Carré raconte son enfance, son vécu et sa place dans sa famille en nous parlant principalement de ses parents. C'est son histoire vraie émaillée de petites touches romanesques pour les parties dont elle n'a jamais eu connaissance.

Ses parents sont issus de milieux diamétralement opposés. Sa mère vient d'une famille très bourgeoise et son père d'une famille plus pauvre de garde-barrière. 
Ils sont artistes dans l'âme et chacun d'eux porte au fond de lui un mal-être puissant qui va les diriger dans leurs différents choix de vie.

Leur rencontre tient à un hasard, mais elle tient aussi à ce qu'ils ont fait et ce qu'ils veulent faire/être.

Des parents qu'elle nous montre un peu égoïstes et tournés sur eux-mêmes, comme si les enfants ne passaient qu'après, voir ne comptaient pas vraiment. Isabelle a deux frères, l'aîné est à peine plus agé qu'elle et le second a quelques années de moins. Dans cette histoire on comprend l'importance du frère aîné dans la construction de la famille et même plus, dans sa raison d'être.
Le petit frère, lui est assez absent de ce texte. Est-ce un souhait de sa part à lui, un souhait de l'auteur ou un résultat non recherché et qui pourrait être interprété de plusieurs façons.
J'aurais presque aimé que ce livre soit écrit à plusieurs voix, l'avis, le ressenti des frères, leur vécu à eux me manquent.
Et bien sûr la version des parents auraient été encore plus intéressantes, elle aurait surement apporté une perspective différente, sans forcément les dédouaner de leurs comportements.

J'ai plutôt été agréablement surprise par ce livre que j'ai beaucoup apprécié. L'écriture est à la fois légère et précise sans guimauve. J'ai trouvé très intéressant le message de ce que l'on est par rapport aux choix de vie, que nos actes ont des conséquences.

Un joli livre plein de tendresse et d'amour.    

Grasset, 300 pages.

 #LesRêveurs #NetGalleyFrance

jeudi 25 janvier 2018

"Ma reine" de Jean-Baptiste Andrea


Il a 12/13 ans, et vit avec ses vieux parents dans une station service au pied de la montagne, il est "bizarre", différent des autres enfants.
Le médecin a expliqué à ses parents que sa tête avait arrêté de grandir, mais lui il ressent l'inverse, c'est tellement immense ce qu'il y a dans sa tête, tout ce qui s'y passe, qu'il a besoin d'espace, il a besoin de sortir de sa tête, "toucher le ciel avec une main et la terre avec l'autre".

Cet enfant-ado se raconte, nous raconte.
Il veut partir "loin" pour faire la guerre, pour prouver à ses parents qu'il est un homme, qu'il est grand.  Car ils ont décidé de l'envoyer ailleurs.
Alors il monte dans la montagne au-dessus de la station-essence, et arrive sur un plateau immense où il rencontre Viviane, une jeune adolescente qui va devenir sa reine. Une reine bien mystérieuse.

C'est une histoire d'amitié, d'amour, de rêve, d'enfance, de différence.

Un premier roman assez inattendu, mais plutôt prometteur, une jolie histoire pas toujours rigolote, mais qui pour une fois nous met dans la tête d'un enfant qui ne pense pas comme les autres, un enfant simple, sans méchanceté, plein d'amour.
"Si les gens lui avaient posé une question qui exigeait des mots il aurait répondu, mais personne ne lui demandait jamais rien. Alors voilà, il était muet la plupart du temps. J'ai acquiescé, c'était un peu pareil à la station. La différence c'est plutôt que de devenir muet, je préférais parler à mes jouets ou laisser les mots sortir au hasard, comme ça, pour ne pas les laisser s'empiler à l'intérieur."
 "Mais j'ai reposé doucement la trousse. Quelque part pendant le trajet j'avais lâché ma colère, elle devait être dans la luzerne à sécher au soleil parce qu'elle n'était plus sur moi, elle ne m'appuyait plus sur le front et les épaules. Je n'ai pas saccagé la chambre de Viviane, je n'ai rien défait ou cassé ou renversé. Je me suis juste assis sur le rebord du lit. C'était mieux comme ça."
L'Iconoclaste, 222 pages.

mercredi 17 janvier 2018

❤️ "Encore vivant" de Pierre Souchon



Pierre Souchon est journaliste pour "Le Monde diplomatique" et "L'Humanité", avec "encore vivant" il écrit son premier livre qui est un récit autobiographique au cours duquel il nous raconte sa maladie.
En effet Pierre Souchon découvre vers 20 ans qu'il souffre de bipolarité, un diagnostic qu'il lui faudra reconnaitre, admettre, accepter afin de pouvoir vivre avec, vivre malgré.

Il vient de trouver un nouveau travail, s'est marié il y a quelques mois avec Garance issue d'une famille bourgeoise parisienne, mais tout bascule, il vit une phase maniaque intense au bout de laquelle il est récupéré à moitié nu en haut de la statue de Jean Jaurès mangeant du buis...
Hospitalisé en psychiatrie il aura de nombreuses visites de son père au cours desquelles il pourra évoquer son passé, ses origines cévenols paysannes, revenir sur les possibles raisons de son mal-être, enfin accepter sa maladie, son traitement.

En nous racontant cette hospitalisation, Pierre Souchon revient sur les débuts de sa maladie, les premières crises, la première hospitalisation, la peur de ce monde (de) fou. Et comment il est arrivé à enterrer son passé pour pouvoir avancer dans sa vie à lui.

Certes une fragilité génétique est largement reconnue dans les causes de la bipolarité, mais il y a aussi des "déclencheurs", et notamment pour Pierre Souchon, on comprendra qu'en plus des "declencheurs" classiques le secret, le poids du secret, a eu un impact énorme sur son histoire.

Il nous replonge dans la condition paysanne, le pays cévennol, son enfance où l'on parlait encore l'occitan, ses grands-parents qui ont eu la vie si dure...

Un premier livre vraiment très réussi. Pierre Souchon étant journaliste, il écrit depuis longtemps mais son besoin était d'écrire un livre, il l'a fait et très bien fait. Il manie la langue brillamment. Que ce soit à l'HP ou dans les châtaigneraies cévenols, il nous transporte avec tact et finesse.
Il y a aussi de la violence, parce que ce qu'il vit, ce qu'il ressent est violent, mais c'est un magnifique plaidoyer pour ces malades et leurs symptômes pas tout à fait comme les autres, lorsque le symptôme touche l'humeur, le comportement, nous autre avons tendance à "juger".... comme il l'explique très bien lorsqu'il parle des visites qu'il n'a pas reçu de sa famille et de ses amis alors qu'il était hospitalisé et toutes celles que sa soeur a eu pour une intervention sur un organe, une maladie avec de "vrais" symptômes; toute la nuance du jugement.

J'ai aimé sa manière de se livrer, sans retenu, simplement, j'ai aimé la relation avec le père, douce et tendre, complice. J'ai aimé sa sincérité, sa franchise.

« - Il faut jamais se vanter, Chichi. Il faut être humble. Tu sais d'où ça vient, "humble" ?        - Non ?                                                                                                                                   - De humus, la terre. Comme nous. »
« C'est très intéressant, les bibles. La charité, l'attention, l'amour de son prochain, dedans c'est tout expliqué, et le prochain peut méditer dans son asile, parfois pendant trente ans, ça laisse un peu de temps. »
 « La famille Claudel, de nouveau, vide un de ses membres à l'asile. Comme ce catholique clan confit de bourgeoisie avait condamné les fulgurances et les transgressions amours d'une artiste, la laissant agoniser de faim au bout de la longue nuit de l'internement, le voici, un siècle plus tard dressé tout entier pour détruire jusqu'à la trace d'un aliéné qui avait espéré, le temps d'une noce, s'incorporer dans leur sainte trinité - vanité des vanités ! Et que crève la différence, au fond d'une piaule dénudée ou au bout d'une corde, pourvu que l'honneur de la tribu soit préservé. »
La brune au rouergue, 248 pages.

mardi 19 décembre 2017

❤️❤️ "Neverland" de Timothée de Fombelle


Une petite douceur, un petit bonbon sucré qui se dévore en quelques heures, et on se lèche les doigts pendant un petit moment de tout le sucre qui reste !

Timothée de Fombelle est l'auteur connu et reconnu de roman-jeunesse (Tobie Lolness, Vango...), pour la première fois ici il s'adresse aux adultes.

Il est difficile de "raconter" ce livre.
C'est un récit sur une tentative de retour en enfance, il y a des souvenirs mais pas seulement, il y a aussi ce petit quelque chose qui est plus de l'ordre du ressenti que de la mémoire, quelque chose qui vit dans notre chair et dans notre corps.
Timothée de Fombelle regarde le petit garçon qu'il a été, il se laisse conter son enfance, ce pays perdu dans lequel on se propulse grâce à une odeur, une image, une voix...

C'est beau et tendre, plein de poésie et de douceur.
On comprend finalement très bien pourquoi il écrit des romans pour les "enfants", cet enfant en lui qu'il a du mal à quitter, à laisser pour se tourner vers le monde des adultes.
Une jolie petite histoire qui fait du bien.
"Et quand, en découvrant un hiver une lettre de fiancé qu'il lui avait écrite au retour de captivité, je lus ces mots : « Je vous ai dit que toute ma vie serait consacrée à assurer votre bonheur et que je serais très difficile en cette matière, je ne veux pas pour vous d'un petit bonheur médiocre, à quatre sous, je veux un bonheur total, rayonnant, incommensurable. Je veux que vous viviez dans la gaité, dans la confiance, je veux que vous n'en croyiez pas vos yeux », quand j'ouvris, alors qu'ils avaient déjà tous les deux disparu depuis longtemps, cette lettre écrite à vingt ans, je ressentis le tremblement de terre que provoque en nous la parole tenue toute une vie."
"L'enfant est une île. Il ne sait et ne possède rien. Il devine des forces immenses sous les bandelettes qui serrent son corps. Pour lui, le lendemain n'existe pas. Le passé a déjà disparu. L'enfant commence par être cet instant suspendu, désarmé, qui jaillit comme un bouchon au milieu de la mer et regarde autour de lui." " - Oui. J'étais dans les rochers. Ils m'avaient l'air plus grands l'année dernière. Elle sourit sans me regarder.  -  C'est toi qui grandis. Aujourd'hui je me souviens exactement de ces mots. Et c'est vrai qu'en grimpant sur mon rocher, je me suis senti soudain différent. Une autre ligne à ajouter peut-être dans le cahier des jours où l'enfance m'a quitté."
"Mais au début, il n'y a que la sensation. Le monde vient cogner contre lui et l'enfant le laisse entrer."
"Je n'ai pratiquement pas de mémoire, et pourtant il y a un endroit où tout cela reste vivant. L'enfance n'habite pas la mémoire. Elle habite notre chair et nos os. [...] Elle est tout ce qui reste à ceux dont on dit qu'ils n'en ont pas eu. Je sens encore bouger en moi le corps de l'enfant."
 Il est des souvenirs que parfois on partage d'une certaine manière, et celui qui vient en particulier pour moi, j'ai la chance de pouvoir toujours en parler avec ma grand-mère. J'ai pu lui expliquer l'importance de ce vieux meuble en bois qu'elle a relégué ailleurs dans la maison mais qui pour toujours, pour moi, sera "le meuble à cadeaux" !
"Mais alors que la magie du tiroir sud reposait sur des objets tous anciens, périmés ou dépareillés, le tiroir supérieur, lui, encore plus large et plus fragile, n'était plein  que d'objets extraordinairement neufs. Une paire de chaussons dans son sachet, une valisette écossaise sous film transparent, une souris mécanique dans sa boîte. Le ravitaillement se fait sûrement par une trappe au fond du tiroir à l'aide de minuscules fourgons postaux tirés par des hannetons."
L'ICONOCLASTE, 117 pages.

mercredi 14 décembre 2016

❤️ "Landfall" de Ellen Urbani


2005, l'ouragan Katrina vient de frapper la Nouvelle-Orléans, Rose et sa mère Gertrude (qui l'a élevée seule) partent de Tuscaloosa pour apporter des vêtements et des produits de première nécessité aux victimes, mais en chemin c'est l'accident, Gertrude meurt ainsi qu'une jeune fille noire fauchée au passage, Rosy.
Rose n'aura de cesse de "ramener" Rosy à sa famille, et de comprendre ce qu'elle faisait sur cette route à des centaines de kilomètres de chez elle avec dans sa poche un papier très intrigant.

Sans savoir pourquoi, Rose se sent proche de Rosy, elle veut la connaître, la découvrir, la comprendre.

En alternant les chapitres avec les deux jeunes filles Ellen Urbani nous raconte leurs histoires.
Elle nous fait vivre l'arrivée de Katrina, le chaos, pendant et après.

C'est un premier roman d'une grande puissance, très fort. Les personnages sont attachants, on souffre avec eux, on tremble, les moments de joie sont rares, les vies sont difficiles. Deux mères célibataires élevant leurs filles du mieux qu'elles peuvent, avec leurs moyens, leur force et leur amour...

Très beau, très belle réussite, auteur à suivre.

Gallmeister, 304 pages.

lundi 10 octobre 2016

❤️❤️❤️ "Petit pays" de Gaël Faye



"Petit pays" est l'histoire de Gabriel, et avec lui celle du Burundi et du Rwanda.
Gabriel est né au Burundi d'un papa français et d'une maman réfugiée rwandaise, il vit à Bujumbura au Burundi et a 11 ans, lorsqu'en 1993, éclate la guerre au Rwanda avec le génocide des Tutsis.

Gaël Faye m'a totalement envouté par son écriture, son récit.
Il nous décrit une Afrique magnifique où l'on a envie de se précipiter pour siroter des fanta à l'ombre des magnolias ou des manguiers, tout en écoutant la musique des oiseaux et des insectes. Malheureusement petit à petit ces douces chansons sont remplacés par les bruits de kalachnikovs et des coups de machette.
Avec Gabriel on découvre un enfant qui ne veut pas quitter son monde pour entrer dans celui violent des adultes, un enfant qui voudrait fermer les yeux et ne pas voir, vivre l'horreur humaine. Un enfant qui voit s'effondrer sa famille, sa mère partie à la recherche d'éventuels survivants.
Et la guerre les rattrape, et il faut fuir le Burundi.
Le petit Gabriel devenu adulte revient en arrière au pays de son enfance, de l'innocence.

J'ai énormément aimé ce livre, son histoire, son style. L'auteur nous emporte dans son monde de poésie, de jolies mots et de belles phrases malgré un sujet difficile et douloureux.

Je recommande vivement !

"Tu causes, tu causes, mais je connais l'envers du décor, ici - quand tu vois la douceur des collines, je sais la misère de ceux qui les peuplent. Quand tu t'émerveilles de la beauté des lacs, je respire déjà le méthane qui dort sous les eaux. Tu as fui la quiétude de ta France pour trouver l'aventure en Afrique. Grand bien te fasse ! Moi je cherche la sécurité que je n'ai jamais eue, le confort d'élever mes enfants dans un pays où l'on ne craint pas de mourir parce qu'on est ..."

"A l'OCAF, les voisins étaient surtout des Rwandais qui avaient quitté leur pays pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms, épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, pillages, apartheids, viols, meurtres, règlements de comptes et que sais-je encore. Comme maman et sa famille, ils avaient fui ces problèmes et en avaient rencontré de nouveaux au Burundi - pauvreté, exclusion, quotas, xénophobie, rejets, boucs émissaires, dépression, mal du pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés."

"Et quand il riait, Alphonse, la joie repeignait les murs du petit salon de Mamie."

"Il était comme nous, comme moi, un simple enfant qui faisait comme il pouvait dans un monde qui ne lui donnait pas le choix."

"J'ai fini par accepter son état, par ne plus chercher en elle la mère que j'avais eu. Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s'y sont pas noyés sont mazoutés à vie." 
Grasset, 216 pages.

dimanche 14 août 2016

❤️❤️❤️ "La vie devant soi" de Romain Gary


GONCOURT 1975

Un classique que je découvre.
J'avais déjà lu "La promesse de l'aube" que j'avais beaucoup aimé ; dans un tout autre style, Romain Gary nous livre ici une histoire touchante, attachante, drôle.

Mohammed, dit "Momo", vit chez Madame Rosa, une juive polonaise qui fut enfermée à Auschwitz.
Après avoir raccroché de son métier de prostitué, elle s'occupe dorénavant des enfants de ses anciennes collègues.
Momo raconte sa vie chez Madame Rosa, avec ses doutes, ses questions, mais aussi et surtout avec sa tendre et fidèle amitié pour celle qu'il considère comme une mère.

Romain Gary a choisi d'écrire son livre en se mettant complètement dans la peau de son personnage, un gosse de 10 ans (en fait 14 ans) sans éducation, pensant être arabe et musulman, un gosse plein de bonté et d'humour, qui déforme la langue française à sa guise, à son envie, à sa compréhension, ce qui donne un langage d'une drôlerie absurde et totalement cocasse et charmant à la fois. L'auteur crée une langue parlée familière sans être argotique où Momo modifie les mots, la grammaire, la langue française. On accroche totalement, on suit Momo pas à pas, en vivant ses émotions, sa tendresse.

A lire et à faire lire à nos ados !!

Quelques extraits :
"Bien sûr elle n'était jamais tout à fait tranquille la dessus car pour ça il faut être mort. Dans la vie c'est toujours la panique. "
"Lorsqu'on s'occupe des enfants il faut beaucoup d'anxiété, docteur, sans ça ils deviennent des voyous."
"[...] - c'est pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur, Momo -  ça, j'ai jamais oublié parce que c'est la chose la plus vraie que j'ai jamais entendue."
"Quand on lui amenait un nouveau pour quelques jours ou à la petite semaine, Madame Rosa l'examinait sous tous rapports, mais surtout pour voir s'il n'était pas consterné. [...] c'est comme s'ils étaient pas de ce monde [les enfants consternés] et c'est pour ça qu'on les appelle les antiques."
"Je ne sais pas du tout de quoi Madame Rosa pouvait bien rêver en général. Je ne vois pas à quoi ça sert de rêver en arrière et à son âge elle ne pouvait plus rêver en avant."
"Elle n'avait pas de taille et les fesses chez elle allaient directement aux épaules, sans s'arrêter. Quand elle marchait, c'était un déménagement."
"Le moins que j'ai compris, c'est lorsqu'il m'a dit que Madame Rosa était trop tendue et qu'elle pouvait être attaquée d'un moment à l'autre."
"Monsieur Soko a lui-même des enfants qu'il a laissé en Ivoire, parce qu'il a là-bas plus de femmes qu'ici. Je savais bien que je n'avais pas le droit de trainer dans un débit d'ivresse publique sans mes parents..." 

dimanche 21 février 2016

"La renverse" de Olivier Adam


L'histoire :

Jean-Francois Laborde, un homme politique reconnu dans toute la France, meurt dans un accident de voiture. Cette nouvelle, ce nom, vont réveiller de douloureux souvenirs pour Antoine.
Lorsqu'il n'était qu'un adolescent, JF Laborde alors maire de sa ville, est accusé de viols et agressions sexuelles mais ce scandale rejaillit sur sa famille par le biais de sa mère, adjointe au maire, et soupçonnée d'être sa maîtresse et sa complice.






Mon avis :

Encore une fois Olivier Adam trouve le ton juste pour camper ses personnages dans une situation somme toute peu ordinaire.
Il est dans le "vrai", le réel est dépeint de manière crue et assez sombre. C'est un roman qui décrit une certaine société d'aujourd'hui. 
Avec cette histoire, il nous pousse à réfléchir au pouvoir, au monde politique et ses dérives possibles, à la famille et aux liens qui se tissent ou pas, lorsque l'on croit connaitre quelqu'un, on pense être dans l'échange, être présent et l'on fini par découvrir que l'on était absent.

"Avant même de prendre la fuite, j'étais déjà ailleurs."

Pour ceux qui me connaissent, vous savez qu'Olivier Adam fait parti de mes chouchous et que je suis une inconditionnelle. J'aime les histoires qu'il nous raconte, des histoires de "tous les jours", j'aime la manière dont il traite ses personnages, sa façon de nous mettre dans "l'ambiance", même si ce n'est jamais très joyeux.