"Car la lecture est un singulier dialogue qui ne rêve que de pluriel, celui du désir incandescent d'échanger, de partager et de confronter ses impressions de lecture, de les dire aux autres et au monde, un désir puissant de faire circuler les oeuvres et de donner aux mots aimés l'écho le plus long et le plus lointain possible" Manuel Hirbec pour "Page"
Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.
Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?
La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...
Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !
Au plaisir de (vous) lire.
jeudi 14 novembre 2019
❤️ "Baïkonour" de Odile d'Oultremont
En Bretagne, Anka, une jeune femme qui travaille dans un salon de coiffure, vient de perdre son père, marin-pêcheur, disparu alors qu'il était seul à bord de son bateau, le Baïkonour.
Bateau dont Anka a toujours rêvé de devenir un jour le capitaine.
Depuis qu'elle est toute petite elle aime la mer, la pêche, le bateau, et rêve d'accompagner son père lors de ses sorties. Elle aussi veut devenir marin-pêcheur mais ses parents ne sont pas de cet avis là, c'est bien trop dangereux...
Marcus est un homme libre, indépendant.
Ayant été "abandonné" par sa mère enfant, il a vécu seul avec son père, un fainéant de première classe qui n'a jamais rien fait de sa vie.
Mais Marcus est volontaire, actif et ne veut se reposer que sur lui-même. Il est grutier, et là-haut, au sommet de sa grue il se sent encore plus libre, seul, mais libre, il n'a besoin de personne...
Les chemins de ces deux êtres plein d'émotions vont se croiser, de haut, de loin... puis peut-être un peu plus près.
Chacun d'eux a son univers pour se sentir vivant, la mer bleue et immense, la hauteur et le silence.
Des personnages particulièrement attachants qui nous emmènent par la main, avec délicatesse, dans leur solitude, dans leur obsession, dans la beauté de leur liberté.
Un roman remarquablement bien écrit qui sait toucher notre sensibilité à l'endroit juste.
Juste, pour voir la beauté des douleurs de ces êtres blessés, la beauté de leur liberté, de leur désinvolture face aux aléas de la vie qui les poussent à continuer comme ils le veulent eux, dans leur esprit.
Cette liberté, l'expression de cette liberté et de cette indépendance m'ont marqué. J'ai aime, tellement, leur vision de leur propre vie, cette facilité pour eux à se laisser toucher par la simplicité.
Je découvre Odile d'Oultremont avec ce roman et suis impatiente de pouvoir lire son premier roman qui, si il est du même acabit, me plaira nécessairement 😊
Les éditions de l'Observatoire, 219 pages. Juin 2019
mercredi 26 septembre 2018
"Ne m'appelle pas Capitaine" de Lyonel Trouillot
Aude, une jeune fille issue d'une riche famille des beaux quartiers de Montagne Noire à Port-au-Prince, décide de prendre des cours de journalisme par correspondance.
Dans ce cours on lui demande de faire un reportage écrit sur un quartier de sa ville.
Elle choisit Morne Dédé, un quartier devenu pauvre après la fin de la dictature.
Grâce à son oncle Antoine elle part rencontrer le "Capitaine", un vieil homme qui vit seul dans une grande maison.
Tous les oppose, elle, la jeune femme, très blanche, très riche, qui ne connait rien à la vie et à ses difficultés, lui, le vieux, noir, pauvre, qui a vécu la pauvreté et la violence ; "une pimbêche et un vieux con".
Leurs rencontres deviennent rapidement un lieu de confidence pour lui, une ouverture sur la réalité pour elle, un rapprochement entre eux, une découverte ...
Petit à petit le "Capitaine" va se livrer, se raconter et elle va regarder sa famille et sa vie d'un autre oeil.
Il y a aussi autour du "Capitaine" beaucoup de petits jeunes qui gravitent et qui s'intéressent eux aussi à Aude.
C'est un livre court, intelligent, habile, qui nous emporte avec délice dans la vie haïtienne.
Des personnages beaux, attachants, une langue magnifique.
Je retrouve avec plaisir la chaleur des caraïbes et la plume de Lyonel Trouillot.
Actes Sud, 148 pages.
"En me garant, une pensée pour Nahoum. Peut-être, sans avoir la réponse à sa question, aurais-je dû au moins me poser la question : qu'avait-il dans ce que nous avions ? Moi, j'avais cette idée de moi qui me sortait de l'ordinaire. J'étais moi et une autre que je pouvais devenir. Peut-être un geste aurait-il suffi... Un adjectif de couleur."
"Si tu ne peux pas entendre ça, ne reviens pas. Avec ta boîte à lunch, ta petite voiture. Tes fausses vertus. La charité bien ordonnée que ta mère a dû t'enseigner. Ton Dieu, peut-être, avec lequel tu mènes une conversation personnelle qui ne t'engage à rien en ce qui concerne les autres. De là où tu viens, les autres n'existent que lorsque vous avez quelque chose à leur prendre."
"Pour la première fois entre le vieux con et la pimbêche, entre lui, bateau échoué et moi, feuille volante, le temps d'un café et de quelques phrases, il passait quelque chose de doux, un partage ou une bienveillance."
mardi 13 mars 2018
"Vivre en bourgeois, penser en demi-dieu" de Jacques Weber
Jacques Weber n'a bien entendu plus besoin d'être présenté ; acteur, scénariste, écrivain, il aime les mots et surtout il aime les partager, que cela soit sur scène ou dans ses livres.
Dans cet essai il nous transmet sa passion, son amour, pour Flaubert. Le Flaubert de "Madame Bovary", mais pas seulement.
Le Flaubert que nous ne connaissons pas, celui des lettres enflammées qu'il écrit à ses maitresses, de ses échanges avec ses contemporains, le Flaubert volcanique, impétueux, gras, de mauvaise foi, un Flaubert vivant, jouisseur, au langage fleuri.
Ainsi Jacques Weber nous livre des moments de la vie ordinaire de Gustave pour nous parler de lui, pour nous le dévoiler différemment, il y a
Gustave l'ermite qui s'enferme des heures pour écrire,
Gustave l'épicurien qui s'encanaille dans les rues de Paris, un Paris retourné, éventré par le baron Haussmann,
Gustave l'ami de George Sand, le postier de Hugo,
Gustave l'amant...
Et au milieu de cette vie ordinaire Jacques Weber nous donne à voir un peu aussi de lui-même, de son intimité ; il y a des moments où l'on ne sait plus trop bien de qui il est question, c'est délicieusement troublant.
Jacques Weber a joué Gustave sur scène, il a lu ses correspondances, il le connait, il l'aime et il donne envie de (re)découvrir ce Flaubert là.
J'ai eu la chance de le rencontrer (Weber pas Flaubert (faut-il le préciser ?)), l'homme parle aussi bien qu'il écrit, passionnant et fascinant. Une simplicité, une chaleur, un enthousiasme que l'on reçoit tout naturellement.
On voudrait l'écouter des heures, le regarder vivre ses mots.
Une belle rencontre, un beau moment, une magnifique lecture
Fayard, 232 pages.
lundi 18 décembre 2017
"Repose-toi sur moi" de Serge Joncour
"Cette femme, il ne savait plus s'il avait vraiment voulu l'aider ou simplement la défier. Ce dont il était certain par contre, c'est qu'il prenait le risque de déstabiliser son couple, alors qu'ils étaient mille fois plus armés que lui, mille fois plus solides. [...] Alors il fixa cet appartement qu'il le dominait dans la nuit, avec ses fenêtres clignotantes, on aurait dit qu'il venait vers lui, il avait eu tort de s'approcher de ce couple, en se frottant à eux il avait tout à perdre, ce milieu n'était pas le sien, il n'aurait jamais dû s'approcher d'eux, ils finiraient par le broyer."
jeudi 3 novembre 2016
❤️❤️❤️ "Hiver à Sokcho" de Elisa Shua Dusapin
"Il est arrivé perdu dans un manteau de laine."Lui, c'est Yan Kerrand, un normand venu à Sokcho en pleine hiver. Il est auteur de bande-dessinée et cherche l'inspiration...
Elle, elle travaille dans la guest-house où il vient d'arriver. Elle est franco-coréenne, mais surtout coréenne. Elle a un petit ami qui ambitionne de devenir mannequin à Séoul. Sa mère travaille au port avec les pêcheurs.
Une relation particulière va s'installer entre Elle et Lui.
Ce roman, plutôt court, est typiquement un roman "d'ambiance" comme je les apprécie. Il rappelle un peu l'islandaise Audur Ava Olafsdottir (Rosa Candida, Le rouge vif de la rhubarbe) avec une écriture douce, poétique, des descriptions qui nous emmènent directement sur les lieux de l'histoire.
Elisa Shua Dusapin nous offre avec pudeur et simplicité des mots, des phrases, dont on se délecte.
Avec délicatesse elle nous permet de regarder l'évolution de nos deux personnages principaux, une relation un peu mystérieuse faite de frôlements, d'effleurements, de silence.
Il y a peu de dialogue et les phrases sont courtes et rythmées tout en évoluant avec grâce et légèreté et lenteur. Beaucoup de calme, d'observation. Une atmosphère intimiste.
Alors peut-être que le fait d'avoir vécu en Corée et de connaître Sokcho m'a permis d'être plus touchée, plus émue, mais j'ai beaucoup aimé ce livre, je m'y suis retrouvée et j'y ai surtout retrouvé une certaine Corée que j'ai aimé.
Je le recommande vivement, pour cette belle histoire et surtout cette écriture incroyable pour un premier roman. Impatiente de lire ce que nous proposera cette auteur par la suite.
mardi 15 mars 2016
"Celle que vous croyez" de Camille Laurens
L'histoire :
C'est l'histoire de Claire, une femme proche de la cinquantaine, divorcée, et qui, pour pouvoir séduire un homme, plus jeune, se crée un faux profil Facebook avec la photo d'une jeune femme, beaucoup plus jeune ....
Mon avis :
Le roman de Camille Laurens nous est livré en trois parties plus l'épilogue, avec à chaque fois un narrateur différent mais que l'on "entend" seul ; c'est à dire que l'on a uniquement son point de vue.
C'est une forme très particulière de narration mais qui permet de bien voir le cheminement de chacun dans l'évolution de l'histoire.
Il y a beaucoup de psychologie, l'auteur joue avec nous, jusqu'au bout, jusqu'au dernier mot.
Le montage du livre est vraiment très bon, en particulier si l'on aime les choses compliquées et alambiquées, c'est intéressant cela amène à penser et voir l'histoire sous différents angles. Le vrai-faux mélange de réalité et de fiction (qui n'est pas sans rappeler l'excellent roman de Delphine de Vigan "D'après une histoire vraie") est très troublant et en particulier lorsqu'apparaît un troisième personnage prénommé Camille et écrivain de son état !!
Le thème principal est le désir, la sexualité chez la femme "ménopausée", le regard des hommes sur nous les femmes et le changement de ce regard avec notre vieillissement ... à l'opposé du regard que la société peut avoir sur l'homme et son vieillissement ; ce que l'on "autorise" (tolère) à un homme d'un certain âge que l'on "n'autorisera" (ne tolèrera) pas chez une femme du même âge ... encore aujourd'hui dans nos sociétés "occidentales".
Quoi qu'il en soit cela nous amène à une réflexion, ce qu'il en ressortira, je vous en laisse juge.
Et bien sûr j'ai beaucoup aimé ce livre !




