Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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jeudi 14 novembre 2019

❤️ "Baïkonour" de Odile d'Oultremont



En Bretagne, Anka, une jeune femme qui travaille dans un salon de coiffure, vient de perdre son père, marin-pêcheur, disparu alors qu'il était seul à bord de son bateau, le Baïkonour.
Bateau dont Anka a toujours rêvé de devenir un jour le capitaine.
Depuis qu'elle est toute petite elle aime la mer, la pêche, le bateau, et rêve d'accompagner son père lors de ses sorties. Elle aussi veut devenir marin-pêcheur mais ses parents ne sont pas de cet avis là, c'est bien trop dangereux...

Marcus est un homme libre, indépendant.
Ayant été "abandonné" par sa mère enfant, il a vécu seul avec son père, un fainéant de première classe qui n'a jamais rien fait de sa vie.
Mais Marcus est volontaire, actif et ne veut se reposer que sur lui-même. Il est grutier, et là-haut, au sommet de sa grue il se sent encore plus libre, seul, mais libre, il n'a besoin de personne...

Les chemins de ces deux êtres plein d'émotions vont se croiser, de haut, de loin... puis peut-être un peu plus près.
Chacun d'eux a son univers pour se sentir vivant, la mer bleue et immense, la hauteur et le silence.

Des personnages particulièrement attachants qui nous emmènent par la main, avec délicatesse, dans leur solitude, dans leur obsession, dans la beauté de leur liberté.
Un roman remarquablement bien écrit qui sait toucher notre sensibilité à l'endroit juste.
Juste, pour voir la beauté des douleurs de ces êtres blessés, la beauté de leur liberté, de leur désinvolture face aux aléas de la vie qui les poussent à continuer comme ils le veulent eux, dans leur esprit.

Cette liberté, l'expression de cette liberté et de cette indépendance m'ont marqué. J'ai aime, tellement, leur vision de leur propre vie, cette facilité pour eux à se laisser toucher par la simplicité.

Je découvre Odile d'Oultremont avec ce roman et suis impatiente de pouvoir lire son premier roman qui, si il est du même acabit, me plaira nécessairement 😊


Les éditions de l'Observatoire, 219 pages. Juin 2019

mercredi 26 septembre 2018

"Ne m'appelle pas Capitaine" de Lyonel Trouillot



Aude, une jeune fille issue d'une riche famille des beaux quartiers de Montagne Noire à Port-au-Prince, décide de prendre des cours de journalisme par correspondance.
Dans ce cours on lui demande de faire un reportage écrit sur un quartier de sa ville.
Elle choisit Morne Dédé, un quartier devenu pauvre après la fin de la dictature.
Grâce à son oncle Antoine elle part rencontrer le "Capitaine", un vieil homme qui vit seul dans une grande maison.
Tous les oppose, elle, la jeune femme, très blanche, très riche, qui ne connait rien à la vie et à ses difficultés, lui, le vieux, noir, pauvre, qui a vécu la pauvreté et la violence ; "une pimbêche et un vieux con".

Leurs rencontres deviennent rapidement un lieu de confidence pour lui, une ouverture sur la réalité pour elle, un rapprochement entre eux, une découverte ...
Petit à petit le "Capitaine" va se livrer, se raconter et elle va regarder sa famille et sa vie d'un autre oeil.

Il y a aussi autour du "Capitaine" beaucoup de petits jeunes qui gravitent et qui s'intéressent eux aussi à Aude.

C'est un livre court, intelligent, habile, qui nous emporte avec délice dans la vie haïtienne.
Des personnages beaux, attachants, une langue magnifique.

Je retrouve avec plaisir la chaleur des caraïbes et la plume de Lyonel Trouillot.

Actes Sud, 148 pages.

"En me garant, une pensée pour Nahoum. Peut-être, sans avoir la réponse à sa question, aurais-je dû au moins me poser la question : qu'avait-il dans ce que nous avions ? Moi, j'avais cette idée de moi qui me sortait de l'ordinaire. J'étais moi et une autre que je pouvais devenir. Peut-être un geste aurait-il suffi... Un adjectif de couleur."
"Si tu ne peux pas entendre ça, ne reviens pas. Avec ta boîte à lunch, ta petite voiture. Tes fausses vertus. La charité bien ordonnée que ta mère a dû t'enseigner. Ton Dieu, peut-être, avec lequel tu mènes une conversation personnelle qui ne t'engage à rien en ce qui concerne les autres. De là où tu viens, les autres n'existent que lorsque vous avez quelque chose à leur prendre."
"Pour la première fois entre le vieux con et la pimbêche, entre lui, bateau échoué et moi, feuille volante, le temps d'un café et de quelques phrases, il passait quelque chose de doux, un partage ou une bienveillance."  

mardi 13 mars 2018

"Vivre en bourgeois, penser en demi-dieu" de Jacques Weber



Jacques Weber n'a bien entendu plus besoin d'être présenté ; acteur, scénariste, écrivain, il aime les mots et surtout il aime les partager, que cela soit sur scène ou dans ses livres.

Dans cet essai il nous transmet sa passion, son amour, pour Flaubert. Le Flaubert de "Madame Bovary", mais pas seulement.
Le Flaubert que nous ne connaissons pas, celui des lettres enflammées qu'il écrit à ses maitresses, de ses échanges avec ses contemporains, le Flaubert volcanique, impétueux, gras, de mauvaise foi, un Flaubert vivant, jouisseur, au langage fleuri.

Ainsi Jacques Weber nous livre des moments de la vie ordinaire de Gustave pour nous parler de lui, pour nous le dévoiler différemment, il y a
Gustave l'ermite qui s'enferme des heures pour écrire,
Gustave l'épicurien qui s'encanaille dans les rues de Paris, un Paris retourné, éventré par le baron Haussmann,
Gustave l'ami de George Sand, le postier de Hugo,
Gustave l'amant...

Et au milieu de cette vie ordinaire Jacques Weber nous donne à voir un peu aussi de lui-même, de son intimité ; il y a des moments où l'on ne sait plus trop bien de qui il est question, c'est délicieusement troublant.

Jacques Weber a joué Gustave sur scène, il a lu ses correspondances, il le connait, il l'aime et il donne envie de (re)découvrir ce Flaubert là.

J'ai eu la chance de le rencontrer (Weber pas Flaubert (faut-il le préciser ?)), l'homme parle aussi bien qu'il écrit, passionnant et fascinant. Une simplicité, une chaleur, un enthousiasme que l'on reçoit tout naturellement.
On voudrait l'écouter des heures, le regarder vivre ses mots.

Une belle rencontre, un beau moment, une magnifique lecture

Fayard, 232 pages.


lundi 18 décembre 2017

"Repose-toi sur moi" de Serge Joncour


PRIX INTERALLIÉ 2016


Aurore est styliste et possède, avec Fabian son meilleur ami, une entreprise de création de mode. Son mari est franco-américain, un vrai businessman à qui tout réussit. Ensemble ils ont des jumeaux, un garçon et une fille.
Mais depuis quelques mois plus rien ne va dans la vie d'Aurore, elle se pose beaucoup de questions, et puis il y a ces deux corbeaux qui se sont installés dans la cour de son immeuble, ils la terrorisent, la tétanisent.

Dans le même immeuble parisien où vivent Aurore et sa famille, de l'autre côté de la cour, dans l'escalier C, vit Ludovic, un géant, célibataire, à Paris depuis seulement 3 ans.
Il vient de la campagne, c'est un ancien agriculteur, mais il a tout lâché pour venir faire sa vie ici, il travaille pour une entreprise de recouvrement de dettes. Il n'en est pas toujours fier mais c'est son travail. 
Régulièrement il retourne chez lui, dans la ferme de ses parents, que sa soeur et son beau-frère ont reprise. Il ne s'y sent plus tout à fait "comme à la maison", une gêne s'est installée, et puis il a du mal à supporter de voir sa mère dans son fauteuil, assise à ne rien faire, à oublier, à tenter de se souvenir.

Bien entendu Aurore et Ludovic vont se croiser, dans le local des boîtes aux lettres, dans la cour...
Tout les oppose, et pourtant une relation va naître. Petit à petit ces deux êtres blessés vont s'amadouer, se connaître, se reconnaître, jusqu'à ne plus pouvoir se passer l'un de l'autre.

Une histoire qui commence je dirais de façon tout à fait banale et puis petit à petit on rentre dans un scénario plutôt inattendu, on a parfois envie de dire -stop- mais où va-t-on ?, cependant ce couple improbable continue d'avancer, de manière surprenante.

J'ai plutôt bien aimé cette lecture, assez facile dans l'ensemble, on se laisse prendre par l'histoire - même si parfois il y a pour moi un poil d'exagération - et on suit, une jolie histoire d'amour. Peut être un peu de caricature ? Un bon livre de détente, où l'on voit une femme se battre pour sa société, pour son indépendance mais aussi pour son amour, un homme seul essayer de se reconstruire. 
Toutefois mon petit bémol est que la fin m'a semblé un peu négligée, comme si l'auteur ne savait plus trop quoi faire de ces héros, et les personnages secondaires sont finalement très peu existants bien qu'assez nombreux.
"Cette femme, il ne savait plus s'il avait vraiment voulu l'aider ou simplement la défier. Ce dont il était certain par contre, c'est qu'il prenait le risque de déstabiliser son couple, alors qu'ils étaient mille fois plus armés que lui, mille fois plus solides. [...] Alors il fixa cet appartement qu'il le dominait dans la nuit, avec ses fenêtres clignotantes, on aurait dit qu'il venait vers lui, il avait eu tort de s'approcher de ce couple, en se frottant à eux il avait tout à perdre, ce milieu n'était pas le sien, il n'aurait jamais dû s'approcher d'eux, ils finiraient par le broyer."
J'AI LU, 503 pages.

jeudi 3 novembre 2016

❤️❤️❤️ "Hiver à Sokcho" de Elisa Shua Dusapin


"Il est arrivé perdu dans un manteau de laine."
Lui, c'est Yan Kerrand, un normand venu à Sokcho en pleine hiver. Il est auteur de bande-dessinée et cherche l'inspiration...
Elle, elle travaille dans la guest-house où il vient d'arriver. Elle est franco-coréenne, mais surtout coréenne. Elle a un petit ami qui ambitionne de devenir mannequin à Séoul. Sa mère travaille au port avec les pêcheurs.

Une relation particulière va s'installer entre Elle et Lui.

Ce roman, plutôt court, est typiquement un roman "d'ambiance" comme je les apprécie. Il rappelle un peu l'islandaise Audur Ava Olafsdottir (Rosa Candida, Le rouge vif de la rhubarbe) avec une écriture douce, poétique, des descriptions qui nous emmènent directement sur les lieux de l'histoire.

Elisa Shua Dusapin nous offre avec pudeur et simplicité des mots, des phrases, dont on se délecte.
Avec délicatesse elle nous permet de regarder l'évolution de nos deux personnages principaux, une relation un peu mystérieuse faite de frôlements, d'effleurements, de silence.
Il y a peu de dialogue et les phrases sont courtes et rythmées tout en évoluant avec grâce et légèreté et lenteur. Beaucoup de calme, d'observation. Une atmosphère intimiste.

Alors peut-être que le fait d'avoir vécu en Corée et de connaître Sokcho m'a permis d'être plus touchée, plus émue, mais j'ai beaucoup aimé ce livre, je m'y suis retrouvée et j'y ai surtout retrouvé une certaine Corée que j'ai aimé.

Je le recommande vivement, pour cette belle histoire et surtout cette écriture incroyable pour un premier roman. Impatiente de lire ce que nous proposera cette auteur par la suite.

mardi 15 mars 2016

"Celle que vous croyez" de Camille Laurens



L'histoire :

C'est l'histoire de Claire, une femme proche de la cinquantaine, divorcée, et qui, pour pouvoir séduire un homme, plus jeune, se crée un faux profil Facebook avec la photo d'une jeune femme, beaucoup plus jeune ....

Mon avis : 

Le roman de Camille Laurens nous est livré en trois parties plus l'épilogue, avec à chaque fois un narrateur différent mais que l'on "entend" seul ; c'est à dire que l'on a uniquement son point de vue.
C'est une forme très particulière de narration mais qui permet de bien voir le cheminement de chacun dans l'évolution de l'histoire.

Il y a beaucoup de psychologie, l'auteur joue avec nous, jusqu'au bout, jusqu'au dernier mot.
Le montage du livre est vraiment très bon, en particulier si l'on aime les choses compliquées et alambiquées, c'est intéressant cela amène à penser et voir l'histoire sous différents angles. Le vrai-faux mélange de réalité et de fiction (qui n'est pas sans rappeler l'excellent roman de Delphine de Vigan "D'après une histoire vraie") est très troublant et en particulier lorsqu'apparaît un troisième personnage prénommé Camille et écrivain de son état !!

Le thème principal est le désir, la sexualité chez la femme "ménopausée", le regard des hommes sur nous les femmes et le changement de ce regard avec notre vieillissement ... à l'opposé du regard que la société peut avoir sur l'homme et son vieillissement ; ce que l'on "autorise" (tolère) à un homme d'un certain âge que l'on "n'autorisera" (ne tolèrera) pas chez une femme du même âge ... encore aujourd'hui dans nos sociétés "occidentales".

Quoi qu'il en soit cela nous amène à une réflexion, ce qu'il en ressortira, je vous en laisse juge.
Et bien sûr j'ai beaucoup aimé ce livre !