Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2016. Afficher tous les articles
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vendredi 3 novembre 2017

"L'homme nu" de Marc Dugain et Christophe Labbé


PRIX LYCEEN "LIRE L'ÉCONOMIE" 2016

Dans cet essai les auteurs tentent de nous faire peur ! "1984" ça y est c'est là et nous sommes foutus.
L'homo sapiens est mort, vive l'homo numericus !!

Bon, bon, un peu de nuance s'il vous plait.
Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce livre et peut être un peu d'exagération, mais cela dit parfois cela fait du bien d'exagérer un peu pour prendre conscience des choses et essayer de doser un peu mieux.
Certes certaines grandes entreprises savent tout de nous, les gouvernements nous espionnent (pour notre sécurité et protection?), nous nous livrons totalement sur internet et n'avons plus que de (faux)amis Facebook (mouais...), nous sommes épiés, surveillés, monitorés...
Il y a sûrement beaucoup de vrai, et puis il y a aussi les progrès qui nous permettent une vie plus agréable, plus longue, plus facile...

Bon entre le complot, la vie éternelle, les objets connectés nous devrions être capables de faire la part des choses.

Cela dit apprendre que tous les employés de Google, Apple, Yahoo et autres grands groupes mettent leurs enfants dans des écoles "déconnectées" ça laisse un peu rêveur malgré tout... pendant que nous, nous trouvons merveilleux de voir nos petits de quelques mois à peine si habiles avec smartphones et tablettes...

Bref, lecture très intéressante malgré le manque total évident d'objectivité des auteurs.
Lecture que je donnerai à mon ado, non pour lui faire peur mais plutôt prendre conscience des risques.

PLON, 320 pages.

lundi 22 mai 2017

"Tropique de la violence" de Nathacha Appanah



"J'ai vingt-trois ans et le train arrive, bleu et sale. Je quitte la vallée de mon enfance où j'ai été une petite chose faible et perdue, écrasée par les montagnes. Je ne peux plus voir le noir de l'hiver dégouliner sur les maisons et les visages, je ne supporte plus l'odeur moisie dans l'air dès le matin, je ne supporte plus ma mère qui perd la tête, qui parle tout le temps et qui écoute Barbara à longueur de journée."

Ce n'est pas tout à fait le début du roman mais sur la première page.
Dès ce démarrage j'ai aimé le style d'écriture et tout de suite on est mis dans l'ambiance un peu glauque de ces vies que nous allons suivre dans ces petites îles de l'océan Indien.

Il s'agit donc de Marie, une blanche qui vit à Mayotte, elle va adopter Moïse, un enfant noir qui arrive des Comores. Moïse qui a un oeil vert et un oeil noir.
Et puis il y a Bruce, le chef de "Gaza" - un quartier défavorisé de Mamoudzou.
Olivier, un "flic", proche de la retraite qui se sent impuissant face à la montée de la violence.
Et Stéphane, le petit blanc qui arrive de la métropole pour faire un stage dans une ONG, il est là pour "aider" les jeunes dans les quartiers défavorisés...

Nathacha Appanah nous raconte leur vie en nous faisant entendre leurs voix, l'une après l'autre.

Mayotte est donc un territoire français, au milieu de l'océan Indien, il y a tous les immigrés des îles voisines qui voient un salut en débarquant sur cette île providence. Malheureusement... ce n'est pas toujours si facile, et le c'est ainsi que gonfle la population dans les bidonvilles, que gonfle le chiffre du chômage, que gonfle le bruit sourd de la révolte et de la violence.

C'est un livre dur, mais probablement très vrai. On s'accroche à nos petits personnages qui voient leur vie se déliter, s'enfoncer... On sent la "petitesse" de l'île, l'étroitesse, l'impossibilité de partir, de rêver...

"Je ne sais pas qui a surnommé ainsi le quartier défavorisé de Kaweni, à la lisière de Mamoudzou, mais il a visé juste. Gaza c'est un bidonville, c'est un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela, c'est un immense camp de clandestins à ciel ouvert, c'est une énorme poubelle fumante que l'on voit de loin. Gaza c'est un no man's land violent où les bandes de gamins shootés au chimique font la loi. Gaza c'est Cape Town, c'est Calcutta, c'est Rio. Gaza c'est Mayotte, Gaza c'est la France."
"Oh, après tout, ce n'est peut-être qu'une vieille histoire, cent fois entendue, cent fois ressassée. L'histoire d'un pays qui brille de mille feux et que tout le monde veut rejoindre. Il y a des mots pour ça : eldorado, mirage, paradis, chimère, utopie, Lampedusa. C'est l'histoire de ces bateaux que l'on appelle kwassas kwassas, ailleurs barque ou pirogue ou navire, et qui existent depuis la nuit des temps pour faire traverser les hommes pour ou contre leur gré. C'est l'histoire de ces êtres humains qui se retrouvent sur ces bateaux et on leur a donné des ces noms à ces gens-là, depuis la nuit des temps : esclaves, engagés, pestiférés, bagnards, rapatriés, Juifs, boat people, réfugiés, sans-papiers, clandestins. Moi qu'est-ce que je raconte, moi, je ne suis qu'un flic qui applique la loi française sur une île oubliée. Devant le corps de Bruce, chef de bande de Gaza, tyran, voleur, voyou, j'ai gardé les yeux fermés et j'ai prié." 
"Je ne sais pas qui a baptisé ce quartier de Kaweni Gaza, je ne suis pas sûr de savoir où se trouve la vraie ville de Gaza mais je sais que ce n'est pas bon. Est-ce que  si cette personne avait baptisé ce quartier avec un nom doux, un nom sans guerre, un nom sans enfants morts, un nom comme Tahiti qui sent les fleurs, un nom comme Washington qui sent les grandes avenues et les gens en costume cravate, un nom comme Californie qui sent le soleil et les filles, est-ce que ça aurait changé le destin et l'esprit des gens ici ?"
"J'ai quatorze ans ou déjà quinze je ne sais plus. Quelle importance après tout puisque chaque jour est le même. La peur, la faim, la marche, le sommeil, la faim, la peur, la marche, le sommeil. Je mangeais ce que je trouvais, je me lavais quand je pouvais, je dormais sous les varangues, un oeil ouvert." 
 
 

mercredi 3 mai 2017

"Règne animal" de Jean-Baptiste Del Amo


De la fin du XIXème siècle aux années 1980 l'histoire d'une famille et de sa ferme dans le Sud-Ouest de la France ; famille et ferme qui traversent les deux guerres, ainsi que la révolution industrielle avec la modernisation de l'agriculture et notamment de l'élevage, ici de porc.

Dans cette petite ferme vivent côte à côte la génitrice, le père et la fille Éléonore. Simplement avec le terme génitrice tout est dit sur les relations que peuvent entretenir la mère et la fille. Le père lui est souffreteux, faible, il est bientôt contraint de demander de l'aide à un neveu, c'est Marcel qui viendra vivre avec eux.
Il y a quelques vaches, des cochons, des poules, des lapins et les champs ; beaucoup de travail à une époque où la modernité n'en est qu'à ses débuts. On vit sans l'eau courante, sur un sol en terre battue, les dents sont sales, l'haleine lourde.
L'atmosphère est pesante, oppressante, peu de parole, peu de reconnaissance et visiblement peu d'amour.
Puis nous passons aux années 80, la famille s'est agrandie et surtout la ferme est devenue une exploitation d'élevage porcin intensif. Éléonore est toujours présente - l'aïeule mémoire de la famille ; c'est son fils Henri qui a repris l'exploitation et l'a fait s'accroître, il est aidé par ses deux fils Serge et Joël. Il y a aussi dans la maison Catherine et Gabrielle, et les enfants, Marie-Julie, Jérôme ainsi que les jumeaux Pierre et Thomas.

Jean-Baptiste Del Amo nous décrit une ambiance "hyperréaliste", c'est suffocant, l'air est poisseux, collant, tout y est de la violence quotidienne, dans les relations humaines et avec les animaux.

Oui, il y a un message sur le mal que l'on fait aux animaux dans l'hyperproduction, ce besoin de manger de la viande tant et plus, et aussi le besoin de faire de l'argent pour les producteurs, alors on oublie que ses animaux sont des êtres vivants qui ressentent la douleur et la souffrance.  Leur vie n'est qu'une longue torture jusqu'à l'abattoir.
Et puis il y a la violence de la campagne, du travail laborieux, ingrat, de la pauvreté, de l'inculture.
L'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère, âme sensible s'abstenir...
C'est cru, réel, violent, difficile, révulsant, mais j'ai aimé ce livre.
J'ai aimé le style, propre, soigné, tellement en opposition avec le propos, j'ai aimé "vivre" cette vie paysanne d'avant guerre, j'ai aimé comprendre ce que c'était que la (sur)production animalière.
C'est un roman, mais c'est aussi une trace d'histoire, une occasion de réflexion sur notre évolution passée et à venir.
"Le visage du père est un masque mortuaire affaissé sur les reliefs du crâne. La pièce est empuantie par une odeur de charogne et de transpiration aigre, les vapeurs de geôle et de soupe que l'on sert pour se réchauffer, les haleines que les gueules cariées et les estomacs ulcéreux ont recrachées tout le jour, ressassant le même air confiné dont le suint embue les vitres des fenêtres. Lorsqu'ils voient Éléonore passer enfin la porte, les veilleurs se taisent. L'enfant est immobile, échevelée, sa petite robe de deuil froissée, maculée de traînées de poussière, de brins de paille et de touffes de poils desquamées ; ses bras lacérés."

vendredi 3 mars 2017

"Voici venir les rêveurs" de Imbolo Mbue



Jende vit à New-York depuis déjà plusieurs mois lorsqu'il fait venir sa femme et son fils du Cameroun. Il a travaillé dur dans des restaurants, puis comme chauffeur de taxi tout en étant très mal payé. Il décroche enfin le boulot de rêve : chauffeur particulier d'un riche banquier qui travaille chez Lehman Brothers. Lui et sa famille vont se lier aux Edwards.
L'épouse de Jende, Neni, est étudiante et veut devenir pharmacienne. Tout deux veulent vivre le "rêve américain" et offrir à leur fils une vie meilleure, pleine d'opportunités. Il faut donc absolument décrocher le sésame, la "green card"...
Mais nous sommes en 2007 et la crise vient d'éclater....

Ce premier roman de la camerounaise Imbolo Mbue nous parle du choc des cultures, de ces africains qui rêvent de la vie merveilleuse qu'ils peuvent avoir aux USA et des déceptions qu'ils vivent une fois installés. C'est vouloir à tout prix manger l'herbe qui parait plus verte chez le voisin. Mais à quel prix ? Est ce que finalement c'est mieux plus loin, ailleurs ?

J'avais particulièrement envie de lire ce roman car très bien vendu par l'éditeur qui m'avait accroché avec la phrase suivante dans sa présentation :
"S'inscrivant dans la lignée d'Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie ou du Ravissement des innocents de Taiye Selasi..."
ayant eu de gros coups de coeur pour ces deux romans cités j'y suis donc allée sereinement en fermant les yeux.
Évidemment j'ai été déçu, le livre n'est pas mauvais et loin de là, il est même très bien. Très bien écrit et raconté mais absolument pas à la hauteur des 2 ci-dessus que je vous recommande plus que vivement.
Donc un bon roman, avec quelques longueurs (notamment au milieu on ne sait plus trop si c'est l'histoire de la famille de Jende ou de son patron...), un moment de lecture très agréable.
Allez-y !!!

mercredi 22 février 2017

"Une bouche sans personne" de Gilles Marchand


C'est l'histoire d'un homme, seul, comptable, et qui tous les jours après sa journée de travail retrouve Thomas et Sam ses compagnons de solitude, dans un café tenu par la belle Lisa.
Ce rituel est établi depuis des années, lorsqu'un petit évènement va briser leur routine.

Notre héros a fermé sa boite à souvenirs, visiblement trop de choses douloureuses, mais "visiblement" certains souvenirs ont laissé des traces, une cicatrice, puisqu'il doit cacher la moitié de son visage derrière une écharpe. Ses "amis" ne savent finalement pas grand chose de lui et un jour l'un d'entre eux pose la question.... il va donc commencer à nous raconter son enfance auprès de son grand-père. Un grand-père un peu farfelu, qui aime raconter des histoires, transformer la réalité lorsqu'elle n'est pas assez jolie ou rigolote.

Le ton est donné très rapidement et on est vite impatient de connaitre le fin mot de l'histoire, plus on avance plus on sent la lourdeur de l'Histoire s'installer, un poids se pose sur notre poitrine jusqu'à la fin, on devine la souffrance qui se cache...

Ce récit est dans la même veine que ceux de Pierre Raufast, Jean Echenoz, voire même de Boris Vian dans "l'écume des jours", en effet on y retrouve du burlesque, beaucoup d'humour (parfois grinçant), et une réalité imaginaire surfant sur l'impossible ; j'ai ri, me suis esclaffée, j'ai souri et commenté.
C'est assez particulier et je ne pense pas que cela puisse plaire à tout le monde cependant il me semble que ce "genre littéraire", si il est bien mené, peut nous apporter beaucoup, dans la réflexion mais aussi dans l'émotion, la perception.

J'ai trouvé ce premier roman tout à fait captivant, il a éveillé ma curiosité. L'auteur a réussi à m'emmener avec lui et me toucher, dans le ventre, là où les émotions se cachent.
J'ai aimé, je vais suivre... j'espère que je ne serai pas la seule.

"C'est l'heure des bilans, c'est le moment où l'on doit dire à ses collègues tout ce qu'ils nous ont apporté. Les dernières paroles que l'on espère graver dans la mémoire de l'entreprise, le dernier souffle avant de n'être plus qu'un dossier dans les archives de la comptabilité. Le discours d'adieux c'est la main du noyé qui se dresse une dernière fois à la surface de l'eau parce qu'il sait que dans quelques instants si l'on parle encore de lui, ce sera uniquement au passé."
"On ne pouvait pas lui dire : « Va ranger ta chambre et tant que t'y es, profites-en pour remettre de l'ordre dans tes prénoms ». De toute façon, on ne demandait jamais à papy Pierre-Jean de remettre de l'ordre où que ce soit. [...] Il était un peu comme mon père, un peu comme mes frères... Il était tout ce qui me restait de ma famille. Il ne m'a jamais abandonné et a fait couler toutes les années de ma jeunesse en les enveloppant d'humour et d'amour."
"[...] je commence un peu à comprendre ce qu'il voulait dire lorsqu'il m'a fait promettre de ne rien oublier sans y accorder trop d'importance. Il n'a jamais oublié d'où nous venions et il n'a jamais su où nous allions. Il a fait en sorte que le chemin sur lequel il m'accompagnait soit le plus heureux possible. Pour cela il fallait travestir un peu la réalité..."
"Le métro est rempli. Rempli de gens pressés. Pressés d'arriver et pressés les uns contre les autres." 
 


mardi 21 février 2017

"Un paquebot dans les arbres" de Valentine Goby



Le "Balto" c'est le café mais aussi le centre de "vie", le centre névralgique du village, et ceci grâce à Paul Blanc, le patron.
Paulot qui est toujours de bonne humeur, qui a toujours le sourire, qui efface les ardoises, aide son prochain plus que lui-même, Paulot c'est le vrai "gentil", celui que tout le monde aime.

Paulot est aussi chef de famille ; il y a Odile son épouse, tellement amoureuse, Annie sa fille ainée, Mathilde "son p'tit gars" et Jacques le petit dernier.

Mathilde c'est l'héroïne, c'est l'histoire de sa famille mais surtout son histoire à elle, car c'est elle qui supporte, et fait tenir tout ce petit monde.

Parce que voilà, en 1958 c'est le début de la fin avec Paulot qui va être diagnostiqué tuberculeux.
On est au milieu des Trente Glorieuses mais très vite on se rend compte que ce n'est pas glorieux pour tout le monde. La famille Blanc va vivre la chute, la descente infernale avec l'hospitalisation des parents, le placement en famille d'accueil des deux plus jeunes, les dettes qui s'accumulent... et tout le monde (ou presque) qui tourne le dos.

Mais Mathilde va se battre, pour rassembler, réunir, retrouver cette famille qui a été écartelée, explosée...

Le paquebot c'est le sanatorium où les parents ont été hospitalisés, où elle leur rend visite tous les week-ends, cette prison dorée pour les "tubards".

C'est un beau roman qui parle d'amour, de combat, de vie, de persévérance, d'espoir.

A lire !

mercredi 15 février 2017

"Les vies de papier" de Rabih Alameddine



Aaliya est une vieille femme de 72 ans, elle vit seule, depuis longtemps, à Beyrouth. Mariée jeune, elle a aussi divorcé très rapidement d'un mari impuissant et méchant mais qui lui a laissé l'appartement dans lequel elle se terre depuis.
Elle a travaillé toute sa vie dans une librairie, et chaque premier janvier depuis 50 ans elle commence une nouvelle traduction d'un roman du français et de l'anglais vers l'arabe ; traductions qu'elle garde ensuite précieusement dans des cartons mais que jamais personnes ne lira.
Avec ses souvenirs Aaliya nous promène dans Beyrouth, au travers de la guerre civile, dans sa famille et celle de son ex-mari, dans sa librairie et surtout dans ses livres.

Le texte est très beau et très bien écrit, émaillé de citations de très nombreux auteurs (dont beaucoup d'inconnus en ce qui me concerne) - notre auteur aurait-il voulu faire étalage de ses connaissances ? - il faut le dire il ne se passe pas grand chose, mais il y a malgré tout de beaux passages, de belles réflexions philosophiques dont certaines qui font bien réfléchir ...

J'ai particulièrement aimé le passage où elle se "sauve" au musée pour retrouver un moment de calme et de solitude ; mais surtout j'ai été particulièrement touchée et émue par le passage où elle vient visiter sa très vieille mère et où elle lui lave les pieds avec beaucoup de tendresse et d'attention parce que sa mère souffre ; mère qui ne l'a visiblement jamais tellement aimé, mère avec qui elle entretenait des relations très compliquées, ce qui rend ce moment d'échanges autour des pieds encore plus fort.

"En d'autres termes, la plupart d'entre nous pensons que nous sommes ce que nous sommes en raison des décisions que nous avons prises, en raison des évènements qui nous ont façonnés, des choix de ceux de notre entourage. Nous considérons rarement que nous sommes aussi façonnés par les décisions que nous n'avons pas prises, par les évènements qui auraient pu avoir lieu mais n'ont pas eu lieu, ou par les choix que nous n'avons pas faits, d'ailleurs."
"[...] Je pétris les tendons et les noeuds autour de l'astragale, lui masse les orteils, passe les doigts dans les ravins qui les séparent. Je sens son sang qui afflue. [...] Les yeux de ma mère sont fermés, ses lèvres aussi, et probablement ses oreilles. Le calme s'étend sur chaque ride de son visage. Elle ne se soucie guère que ce soit moi qui lui lave les pieds. Elle se soucie encore moins de ma conscience bêlante. Plus que satisfaite, elle semble contente. Elle n'est plus présente dans la pièce. Je ne sais que faire d'elle, que dire. Je poursuis ma tâche servile. Elle m'a de nouveau oubliée."
"Beyrouth est l'Elisabeth Taylor des villes : démente, magnifique, vulgaire, croulante, vieillissante et toujours en plein drame. Elle épousera n'importe quel prétendant enamouré lui promettant une vie plus confortable, aussi mal choisi soit-il." 

lundi 6 février 2017

"Le dernier quartier de lune" de CHI Zijian



Une très vieille femme, à la fin de sa vie, nous raconte son histoire, l'histoire de son peuple, la fin d'une époque.
Elle n'a pas de nom mais elle est de la tribu Évenk ; une tribu originaire du nord du lac Baïkal qui a été chassée par les russes et qui vit maintenant au nord-est de la Chine, aux confins de la Russie, de la Chine et de la Mongolie.
Les Évenk sont des nomades de la montagne, ils vivent de chasse, de pêche et de cueillette, élèvent aussi des rennes et sont animistes. Ils vivent par clan dans des urireng.

La narratrice parle de son enfance, de sa famille, de son clan à travers ce XXème siècle qui verra arriver les armes, l'alcool et la sédentarisation. Elle sera une des dernières à rester dans la montagne.
Au travers de son récit on voyage dans les montagnes, accompagné des rennes, dans les canoës, dans la neige. La vie est dure, violente mais il y a toujours de la place pour l'amour, malgré tout.

Je ne connaissais pas du tout cette tribu qui m'a beaucoup fait penser aux tribus indiennes d'Amérique, dans la manière de vivre, certaines croyances, traditions, coutumes.
Il est intéressant de constater aussi l'impact des guerres, de la modernisation, sur ces tribus "sauvages".
J'ai bien aimé ce livre et mon seul bémol est qu'il y a quelques petites erreurs de nom et quelques anachronismes, peut être lié à la traduction...

Lu via la "bibliothèque orange".

samedi 21 janvier 2017

❤️❤️❤️ "Continuer" de Laurent Mauvignier



Samuel est un adolescent en chute libre, tant au niveau scolaire que personnel.
Ses parents sont divorcés, il vit chez sa mère, Sybille, à Bordeaux.
Après "l'incident" de trop, Sybille décide d'agir pour son fils, pour le remettre sur le bon chemin.

C'est ainsi qu'ils partent tout les deux, 3 mois, à dos de cheval, parcourir le Kirghizistan.

Il y a la traversée d'un pays méconnu, dans des paysages magnifiques, quelques rencontres surprenantes, la vie des nomades dans les yourtes.
Il y a la vie, le passé de Sybille.
Il y a Samuel,
et cette relation mère-fils, tellement difficile, tellement compliquée, les non-dits, les secrets, les peurs, les haines...

Laurent Mauvignier, tout en simplicité nous emmène au coeur de cette relation, au coeur de la difficulté que cela peut être de communiquer avec un ado, son propre enfant, il nous emmène là où personne ne voudrait aller, au bord de la rupture relationnelle-communicante avec son propre enfant, lorsque ce petit que l'on aime tant, s'est éloigné et que l'on voudrait le rattraper, juste le toucher...

Un très beau roman, magnifiquement écrit, bouleversant, qui m'a ému avec une "force douce", que l'on souhaite déjà relire une fois terminé, pour ne pas quitter ce pays, ces mots...

Et malgré tout, de la tendresse, de l'amour...

"...comme si au fond, leurs discours racistes c'était juste l'incertitude sur soi, la peur de ne pas savoir être soi-même et d'être capable de le rester en face des autres. Comme s'il fallait toujours penser une relation dans la domination ou la soumission."
"- Si on a peur des autres, on est foutu. Aller vers les autres, si on ne le fait pas un peu, même un peu, de temps en temps, tu comprends, je crois qu'on peut en crever. Les gens,  mais les pays aussi en crèvent, tu comprends, tous, si on croit qu'on n'a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. Aller vers les autres, c'est pas renoncer à soi."

Minuit, 240 pages. 

dimanche 1 janvier 2017

"Crépuscule du tourment" de Léonora Miano




En Afrique subsaharienne (au Cameroun ? d'où vient l'auteur), quatre femmes s'adressent à un homme dans quatre longs monologues où elles se livrent à lui ; lui racontant leurs tourments, leurs espoirs et désespoirs, ce qu'elles n'attendent plus de la vie.

Dans l'ordre d'apparition il y a tout d'abord "Madame", la mère de l'homme, puis vient Amandla son ex-compagne, Ixora sa compagne actuelle, et enfin Tiki sa jeune soeur.

Les quatre parties sont très inégales et l'auteur a failli me perdre - après m'avoir beaucoup beaucoup ennuyé dans la seconde partie - mais j'ai persisté.

Madame, sans nous livrer ses secrets, nous donne à voir la condition des femmes, ce qu'elles doivent accepter, leurs sacrifices, la colonisation par les blancs, la difficulté de maintenir son statut, de vivre avec un homme violent ; on percoit qu'un lourd secret l'oblige à garder la tête haute, à cacher sa honte. Elle est dure, froide, intransigeante, et refuse l'union de son fils avec les deux seules femmes qu'il ait ramené à la maison, pour cause de basse extraction (elles sont à priori descendantes d'esclaves). Le fils qui avait quitté la maison pour le "Nord" est revenu, mais ce retour est difficile après tant d'années passées loin de l'Afrique.

Amandla est en colère, elle hait le blanc, la colonisation, elle recherche la vengeance, elle bannit le terme "noir" pour le remplacer par "kemit" mot d'origine égyptienne. Elle est pleine de rancoeur et obsédée par les "blancs" qui ont tout pris, tout imposé.

Ixora a eu une vie difficile, elle vivait au "Nord" et a décidé de revenir en Afrique avec l'homme. Elle cherche sa voix et finira par la trouver. Elle est beaucoup moins revendicative qu'Amandla, et a un regard dur et acéré sur les nouveaux bourgeois de l'Afrique, ceux qui ont profité du colonialisme, ceux qui se revendiquaient d'un seul peuple et qui maintenant oeuvre en solitaire, en égoïste, sans hésiter à piétiner leurs semblables.

Tiki quand à elle vit aussi au "Nord", elle est la plus "moderne", la moins féministe et la moins revancharde vis à vis des blancs. Elle a décidé de vivre sa vie à sa façon même si ce n'est pas toujours simple. Elle a tenté de percer le(s) secret(s) de sa mère, de ses parents, pour vivre mieux...

Roman difficile à lire, car beaucoup de revendications, de colères, de rancoeurs, vis à vis des blancs mais aussi des hommes. Certaines analyses sont intéressantes mais d'autres beaucoup trop lourdes, répétitives.

Bref, pas super méga emballé, ce roman assez court (280 pages) a été très long à lire pour cause de fêtes de fin d'année mais pas seulement, il ne me manquait pas et je n'avais pas particulièrement envie de me replonger dedans. Soulagement de l'avoir fini, ça a été tout de même une petite épreuve.

A bon entendeur !

"[...] j'avais assez vu ces gens, les rares fois où tu m'avais tolérées à tes côtés quand tu les rencontrais, une fois au cours d'un cocktail d'entreprise, une autre fois pendant un brunch dominical, peu avant une partie de golf, sport prisé de ces bourgeois patauds et inconscients de leur vulgarité, ne vivant que pour éventrer, piller cette société, on dit que ce sont les Nordistes qui font cela, on aime bien dire que ce sont les autres, les auteurs de nos actes, les responsables de nos choix, on aime bien refuser d'être libres."

"[...] de la seule arme à ma disposition, ma langue acérée, je t'ai insulté comme il fallait, comme tu le méritais, t'ai injurié de haut en bas, un nettoyage en règle, je t'ai traité d'homme en toc, toi qui avais quitté le Nord pour ne pas demeurer dans une société de plus en plus raciste, tout ça pour venir te plonger jusqu'au cou dans la poubelle où vivent les bourgeois subsahariens, cette benne à ordures où l'hypocrisie côtoie l'avidité, la violence, la dépravation, avec quels délices tu semblais te vautrer dans tout cela et, de plus en plus, prêter l'oreille aux paroles de Madame qui voulait pas d'une bru sans généalogie...."

lundi 12 décembre 2016

"Cannibales" de Régis Jauffret



Roman épistolaire dont les lettres sont principalement échangées entre Noémie, jeune peintre d'une vingtaine d'année, et Jeanne, vieille dame de 85 ans vivant à Cabourg et étant la mère de Geoffrey, architecte de 52 ans et ex de Noémie. Quelques lettres de Geoffrey se glissent aussi dans le roman.

Dans la première lettre, Noémie écrit à Jeanne pour "s'excuser" d'avoir quitté son fils. S'en suit une correspondance endiablée sur le thème du fils, sur la préparation de son assassinat et sur la manière dont il pourrait être dévoré. Au départ l'idée est plutôt originale et les premières pages m'ont rapidement conquise par le ton drôle, truculent, et le brin de folie qui se glisse à chaque phrase.

Cependant après le premier quart on se lasse ; on se lasse parce que d'une part finalement que ce soit Noémie ou Jeanne qui écrive, les lettres sont les mêmes, il n'y a pas de différence d'écriture, de style, entre les deux femmes qui sont pourtant séparées par 2 générations. Et d'autre part le grain de folie devient une totale ineptie, trop lourde et à laquelle on n'arrive plus à croire ou à s'attacher.

C'est dommage parce que le départ me faisait envie, le thème aussi, mais trop c'est trop, on s'enlise.
Tant pis...

mardi 6 décembre 2016

"Le dernier des nôtres" de Adélaïde de Clermont-Tonnerre



  Werner Zilch est jeune, beau, intelligent, ambitieux ; il est associé avec son meilleur ami Marcus dans une affaire de promotion immobilière à New-York, qui va bientôt leur rapporter des millions.
Werner est un séducteur qui collectionne les conquêtes, jusqu'à ce qu'il croise les chevilles de Rebecca dont il tombe éperdument amoureux, mais leur histoire pourra-t-elle se construire, exister ?

Rebecca est la fille unique d'un richissime homme d'affaire, une artiste, une "princesse".

Werner, on le comprend très vite, est né en 1945 à Dresde en Allemagne sous les bombardements ; il a été adopté par les Goodman et ne sait rien de son histoire, de son passé.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre a construit son histoire en mêlant des chapitres du passé, et de l'histoire présente qui se déroule à partir de 1969. Petit à petit en revenant sur les années 1945, nous les lecteurs, nous comprenons d'où vient Werner et quelle est son histoire.

J'ai bien aimé ce roman qui une fois débuté nous entraine sur un rythme haletant, on veut, comme Werner, comprendre et savoir pourquoi, avoir les réponses à nos questions ; de même on a envie de savoir si cette histoire d'amour va être partagée, va pouvoir exister.

~attention spoiler

Mon bémol sur ce livre qui limite donc mon enthousiasme, est le côté un peu trop "fleur bleue", tout est bien qui fini bien. Il y a beaucoup de rebondissements, peut-être même un peu trop, un peu trop attendus et évidents, et finalement l'amour est plus fort que tout... Les héros ont tout de même beaucoup de chance, ils sont beaux, riches, rencontrent des personnes qui les aident... bref la fin reste moyennement crédible.
Malgré tout c'est un bon moment de lecture mais pas certaine que cela mérite un prix de l'Académie française.

jeudi 1 décembre 2016

"L'insouciance" de Karin Tuil



Trois personnages principaux font cette histoire, trois personnages qui vont se croiser, se percuter, s'entrechoquer ; une analyse de notre société d'aujourd'hui, une peinture au vitriol.

Tout d'abord il y a Romain Roller, jeune militaire, marié et père de famille. Il vient de passer 6 mois en Afghanistan où il a vu et vécu l'horreur. Avant le retour en France lui et ses collègues militaires sont envoyés sur une île, Chypre, 3 jours, afin de se "préparer" au retour. Il y rencontrera Marion Decker, une jeune journaliste, épouse de François Vély.

François Vély notre deuxième personnage, est un chef d'entreprise franco-américain, richissime, respecté et qui évolue dans les Hautes Sphères. Il n'est marié que depuis 2 ans avec Marion, et cette relation est plutôt compliquée. Il a eu 3 enfants d'un mariage précédent qui s'est très mal terminé.

Le dernier est Osman Dibouba, un noir issu de la banlieue (et de l'immigration) où il était éducateur/animateur, mais après des évènements très violents il a été remarqué par le Président qui l'a pris à ses côtés, il évolue donc maintenant dans les hautes sphères politiques où les places sont chères et très instables, où sa tête est mise à prix et que le moindre faux-pas vous fait redescendre tout en bas de l'échelle.

Marion est un des liens entre ces 3 hommes, mais il se trouve aussi que Osman a connu Romain du temps où il travaillait en banlieue.

Beaucoup d'évènements sont tirés de l'histoire de France de ces dernières années, Karin Tuil n'y va pas avec le dos de la cuillère, et le milieu politique comme celui des riches chef d'entreprise n'est pas épargné... Drogue, corruption, chantage, escroquerie, manipulation... tout y est. L'armée en prend aussi pour son grade (!!!).
Ce que le pouvoir peut donner, fait froid dans le dos. Elle n'a aucune pitié pour ces personnages.

Les destins de ces trois "héros" vont se retrouver liés par un enchainement d'évènements qui fera boule-de-neige. On découvre l'ascension et la descente politique/sociale/amoureuse. 

C'est un roman dense, mais je trouve très bien construit. Beaucoup plus abouti que le précédent.
Une fois que l'on entre dans l'histoire, impossible de poser le bouquin. J'avoue que je l'ai dévoré. C'est plutôt assez sombre comme vision des choses et de notre pays mais il y a certainement beaucoup de réalisme et quoi qu'il en soit, elle nous donne à réfléchir et à penser. 

"Il y a quelque chose de très malsain qui est en train de se produire dans notre société, tout est vu à travers le prisme identitaire. On est assigné à ses origines quoi qu'on fasse. Essaye de sortir de ce schéma-là et on dira de toi que tu renies ce que tu es ; assume-le et on te reprochera ta grégarité."

vendredi 25 novembre 2016

❤️ "L'autre qu'on adorait" de Catherine Cusset



Voilà le contre-exemple de mon article précédent, c'est à dire que ce livre ne me faisait pas vraiment envie, les critiques entendues ne m'avaient pas convaincu, mais je me suis tout de même laissée tenter  (vive les clubs de lecture !) et je ne le regrette absolument pas, je l'ai DE-VO-RÉ !

Catherine Cusset, dans ce roman, nous raconte l'histoire d'un de ses amis et ex-amant; comment un jeune homme brillant, avec un avenir non moins brillant devant lui, rate sa vie, et de manière répétitive, en enchainant les déconvenues amoureuses et professionnelles. Une longue descente vers l'enfer et l'inévitable... Malgré le soutien indéfectible de sa famille et de ses amis, une fois qu'il a mis le doigt dans la spirale infernale, il est très difficile d'en sortir.

En utilisant la deuxième personne du singulier, comme si elle écrivait une longue lettre, l'auteur nous autorise à entrer dans la vie de Thomas, elle le rend vivant, présent, comme si il était là à côté de nous. Elle nous permet de nous attacher à lui et de vivre avec lui l'enchaînement (à double sens) de sa vie.

Ce récit est puissant, fort, émouvant. Il parle de maladie, d'amour, de littérature, de dépression, d'amitié.

Gallimard, 304 pages.

mercredi 23 novembre 2016

"Chanson douce" de Leïla Slimani



Bon alors me voilà bien embêtée, perplexe, déçue ?!
J'ai beaucoup, beaucoup entendu parler de ce livre, le Goncourt 2016, et j'étais particulièrement impatiente de le lire, peut-être trop....

Pour mémoire, dès le début du livre on apprend que la nounou a tué les deux enfants dont elle avait la charge, puis le livre retrace l'histoire de l'arrivée de Louise (la nounou) dans la famille de Myriam, Paul, Mila et Adam.

Je m'attendais à découvrir l'évolution de la nounou, l'évolution des relations avec la famille, les parents et les enfants, découvrir que tout peut basculer sans que rien ne soit prévisible. Je m'attendais à un vrai thriller psychologique, un peu à du David Vann mais il n'y a aucune dynamique psychique...

Et là est peut-être ma déception, finalement j'ai trouvé que la nounou était "spécial" dès le début, lorsqu'on parle d'elle seule, sans la famille, on voit tout de suite qu'elle est timbrée et qu'elle n'a pas eu une vie facile sans pour autant que ça soit approfondi, poussé.
J'ai regretté qu'il n'y ai pas une réflexion plus avancée sur ce personnage. J'ai trouvé les parents inintéressants, je n'ai pas réussi à m'attacher, être empathique. Même les enfants je ne les ai pas trouvé attachant. C'est fade et ennuyeux, même l'écriture est ultra-décevante.

Bref je suis complètement passé à côté de ce livre à priori, pas réussi à retrouver tout ce que j'en avais entendu, et pour avoir lu pas mal de livres de la rentrée littéraire il me semble que d'autres auraient largement mieux mérité le prix Goncourt... mais ce n'est que mon opinion. Mais quand même lorsque l'on compare à l'écriture de Gaël Faye pour "Petit pays" ou le petit trésor littéraire de Elisa Shua Sapin pour "Hiver à Sokcho" on se demande quel est le vrai jeu/objectif de ce prix....

A bon entendeur...

lundi 21 novembre 2016

"Eclipses japonaises" de Éric Faye



Éric Faye connait bien le Japon, la Corée, l'Asie...

À partir de faits réels, il nous retrace dans la fiction l'histoire de ces japonais qui, à la fin des années 1970, se sont volatilisés du jour au lendemain, sans que rien ni personne ne comprenne pourquoi.
Jusqu'à ce qu'après un attentat visant un vol de la Korean airline une jeune nord-coréenne soit arrêtée et révèle de surprenantes choses...

Avec beaucoup de pudeur et de force Éric Faye nous fait vivre l'histoire de ses japonais de tous âges, devenus malgré eux des coréens "rouge" du nord.

Un fait historique dont je n'avais pas connaissance malgré mes presque 5 années passées au Japon et en Corée.

Comme quoi, une fois de plus, la lecture nous ouvre les yeux et nous apprend bien des choses.

Lecture rapide et facile que je recommande !

lundi 14 novembre 2016

❤️❤️ "Le bal mécanique" de Yannick Grannec



Le challenge est de vous donner envie de lire ce livre sans pour autant trop vous en dévoiler....

L'histoire est en deux parties ; la première se déroule aujourd'hui : Josh est producteur d'une émission de télé-réalité avec son épouse Vikkie, il tente de "raccommoder" des familles, son père, peintre et ancien alcoolique, vit en France à Saint-Paul-de-Vence.
La deuxième se passe au début du XXème siècle, principalement entre l'Allemagne et la Suisse ; Théo aime l'Art, la peinture, il évolue dans ce milieu entouré de ses amis peintres. Et il y a sa fille Magda, qui dessine et aime les couleurs et souhaiterait elle-aussi devenir quelqu'un.

Comment tous ses personnages sont-ils liés ? Et pourquoi ? À vous de le découvrir....

Après les mathématiques avec Kurt Gödel ("La déesse des petites victoires", que je recommande vivement), Yannick Grannec nous emmène dans le milieu artistique d'avant-guerre, on y croise Klee, Kadinsky, Lux et tant d'autres....
Une fois de plus avec sa belle plume de conteuse elle sait nous intéresser, nous happer et nous emmener dans son voyage.

J'ai énormément aimé ce livre, cette histoire. J'aime le style, le rythme, les personnages, et en particulier toute cette deuxième partie des années 20.
Une saga familiale où l'on découvre les "clés" petit à petit.
Une petite idée de la généalogie, de l'hérédité, celle qu'on ne soupçonne pas, qu'on ne connait pas.

Il y a aussi un court, très beau et fort passage sur la guerre - en Corée - en peu de mots elle nous fait vivre toute l'horreur de la guerre.

"Monter, attendre, tirer, survivre, attendre, descendre, attendre, remonter. Un ressac d'hommes charriant cadavres et ferrailles, violant jour après jour cette terre qui n'a plus rien de terrestre."
"Toi, dans ton trou, tu t'emmerdes tellement que tu pries pour qu'il se passe quelque chose, au moins quelque chose, même un truc terrifiant pour ne plus être ce sac de viande inutile. Qu'on en finisse, vite. Alors, tu t'occupes. Tu ne sais plus si tu trompes ta peur ou ton ennui. Tu comptes les nuages. Tu dessines les herbes dans ta tête. Tu ne penses pas à ce que tu étais avant. Surtout pas à ce que tu seras après. Après n'existe peut-être pas. N'existent qu'ici et maintenant et cette touffe d'herbe devant toi. Cette touffe d'herbe est tout ce qui subsiste de la beauté du monde. Tant que tu la regardes, tu es encore là."

Mon seul petit bémol tout de même est que dans la première partie il faut s'accrocher un tout petit peu, certains passages sont un poil trop longs, trop approfondis, ou peut-être juste ce qui m'intéresse moins.

Anne Carrière, 539 pages.


vendredi 4 novembre 2016

❤️❤️ "La Vengeance des mères" de Jim Fergus


La suite tant attendue de "Mille femmes blanches" !!!

C'est la fin du XIXème siècle et le gouvernement américain lance dans le plus grand secret le programme Femmes Blanches pour les Indiens qui consiste à échanger mille femmes blanches contre mille chevaux avec notamment les tribus Cheyennes. L'idée étant "d'infiltrer" les tribus indiennes...

Dans ce deuxième tome nous retrouvons certains protagonistes du premier et de nouvelles femmes blanches arrivent dans la tribu... Ces femmes sont "volontaires", elles sortent de prison, d'asile de fous, ou de conditions personnelles dangereuses.

Mais la situation avec le gouvernement ne s'améliore pas, les troupes américaines ont pour mot d'ordre d'éliminer tous les "sauvages".
La vie dans les grandes plaines est faite de petits bonheurs et de beaucoup de dangers, comment s'habituer aux coutumes indiennes lorsque l'on vient de villes "civilisées" ?

Encore une fois Jim Fergus nous emporte dans son histoire sans nous laisser de côté, on chevauche  de magnifiques mustangs, on parcourt les grandes prairies où l'on croise des bisons, on traverse des rivières, des forêts, on installe un campement, on se bat....

J'ai dévoré ce roman passionnant, comme le premier, bien écrit, parfaitement traduit.
Si vous aimez l'aventure et les grands espaces n'attendez plus et jetez vous dans le vent !!!

Le Cherche-Midi, 464 pages.

jeudi 3 novembre 2016

❤️❤️❤️ "Hiver à Sokcho" de Elisa Shua Dusapin


"Il est arrivé perdu dans un manteau de laine."
Lui, c'est Yan Kerrand, un normand venu à Sokcho en pleine hiver. Il est auteur de bande-dessinée et cherche l'inspiration...
Elle, elle travaille dans la guest-house où il vient d'arriver. Elle est franco-coréenne, mais surtout coréenne. Elle a un petit ami qui ambitionne de devenir mannequin à Séoul. Sa mère travaille au port avec les pêcheurs.

Une relation particulière va s'installer entre Elle et Lui.

Ce roman, plutôt court, est typiquement un roman "d'ambiance" comme je les apprécie. Il rappelle un peu l'islandaise Audur Ava Olafsdottir (Rosa Candida, Le rouge vif de la rhubarbe) avec une écriture douce, poétique, des descriptions qui nous emmènent directement sur les lieux de l'histoire.

Elisa Shua Dusapin nous offre avec pudeur et simplicité des mots, des phrases, dont on se délecte.
Avec délicatesse elle nous permet de regarder l'évolution de nos deux personnages principaux, une relation un peu mystérieuse faite de frôlements, d'effleurements, de silence.
Il y a peu de dialogue et les phrases sont courtes et rythmées tout en évoluant avec grâce et légèreté et lenteur. Beaucoup de calme, d'observation. Une atmosphère intimiste.

Alors peut-être que le fait d'avoir vécu en Corée et de connaître Sokcho m'a permis d'être plus touchée, plus émue, mais j'ai beaucoup aimé ce livre, je m'y suis retrouvée et j'y ai surtout retrouvé une certaine Corée que j'ai aimé.

Je le recommande vivement, pour cette belle histoire et surtout cette écriture incroyable pour un premier roman. Impatiente de lire ce que nous proposera cette auteur par la suite.

mercredi 2 novembre 2016

❤️❤️❤️ "Désorientale" de Négar Djavadi



À travers l'histoire de la famille Sadr, Négar Djavadi nous retrace l'Histoire de l'Iran.

Kimiâ est dans la salle d'attente d'un célèbre hôpital parisien en attente d'une insémination artificielle et tout en attendant l'arrivée du médecin elle se remémore son enfance en Iran, auprès de ses parents, ses soeurs, ses (nombreux) oncles...
Elle remonte à la naissance de sa grand-mère Nour, fille du Khan Montazemolmok dans la province de Mazandaran. Nour est la trentième enfant du Khan et la seule à être née avec ses yeux bleus.

Des aller-retours dans le passé nous apprennent toutes les origines et mésaventures de la famille.
Le père, Darius, est un intellectuel révolutionnaire qui écrira une lettre ouverte au Shah et deviendra l'ennemi public numéro un avec sa femme Sara. Après l'arrivée des mollah au pouvoir la situation ne s'arrangera pas et la famille devra fuir le pays.

Avec une écriture très entrainante et beaucoup d'humour Négar Djavadi nous emporte dans son h(H)istoire.

Vous me direz - encore un livre sur l'Iran ! - il est vrai que ces derniers mois il y en a beaucoup, et jusqu'à présent en ce qui me concerne seulement d'auteurs féminins. Mais chaque livre, roman, histoire est différent tout en s'appuyant sur Celle de l'Iran.
Grâce à ses différents livres j'ai beaucoup appris sur ce pays, sur son peuple, sur la difficulté de se reconstruire après un immense espoir déçu, après un autre enfermement...

Je recommande encore et encore. Ce qu'on peut dire c'est que ces auteurs iraniennes savent manier le français avec brio et conter leur histoire.

Liana Lévi, 347 pages.