Je me suis beaucoup interrogée sur les articles que je souhaite écrire, les livres dont je veux parler.

Dois-je faire un article pour chaque livre ? Ou uniquement ceux qui m'ont vraiment plu ?

La réponse je l'ai trouvé en pensant à mon club de lecture ; nous y sommes pour parler de tous les livres que nous lisons, pour échanger, discuter, alors comme l'idée est de faire un peu pareil ici, j'ai décidé de tout mettre. Il y aura donc des articles courts, des plus longs, des passionnés et des plus ternes. Certains vous donneront peut-être envie de lire le livre concerné, d'autres vous donneront peut-être envie de me convaincre...

Alors soyez indulgents, et surtout n'hésitez plus à faire un commentaire !

Au plaisir de (vous) lire.

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samedi 9 janvier 2021

"Darling #Automne" de Charlotte Erlih et Julien Dufresne-Lamy


Roman Jeunesse/adolescent.

May a été élue reine du lycée, elle fait partie des jeunes les plus populaires, quant à son frère jumeau, Néo, c’est un geek, un gros qui passe son temps derrière ses écrans avec son meilleur copain.

Le frère et la sœur s’ignorent royalement, et tentent de faire bonne figure en famille.

 

 

Puis Y entre dans la danse en envoyant de mystérieux messages à May ; une vraie séance de drague 2.0.

Tous les paramètres vont voler en éclats et la vie de ces adolescents va être complètement chamboulée, les cartes redistribuées.

 

 

Nous sommes tour à tour dans la tête de May, de Néo et de Y, tout en lisant les échanges sur les réseaux sociaux. 

 

 

Un roman écrit à quatre mains qui nous plonge directement dans la vie de nos adolescents. 

C’est doux et cruel à la fois, les jeunes ne se font aucun cadeau, pas de pitié

 

 

On se rappelle qu’être adolescent n’est pas une simple affaire, que même si les parents sont toujours là, présents pour nous, il y a toute cette vie en dehors de la famille, une vie où l’on découvre les trahisons, l’amour, l’amitié, le sexe. Une vie où l’on apprend aussi la différence, différence qui n’est pas toujours acceptée ; il faut apprendre à sortir du moule, à ne pas suivre la meute, à oser penser par soi-même, à ne pas toujours compter sur le regard de l’autre… 

C’est une période difficile, une épreuve, un test ; il n’y a qu’une fois arrivé à l’âge adulte que l’on peut parfois prendre la juste mesure des choses.

 

 

Je découvre la plume de Charlotte Erlih, et Julien Dufresne-Lamy est une nouvelle fois au rendez-vous du plaisir de la lecture, je suis impatiente de lire les 3 tomes suivants.


Actes Sud Junior, 350 pages. Septembre 2020.

 

lundi 23 novembre 2020

"Elle a menti pour les ailes" de Francesca Serra

 


Ilarène, petite station balnéaire du sud-est de la France, c’est la rentrée scolaire. Nous sommes en 2015, Garance a 15 ans et entre en seconde, au lycée. Enfin dans la cour des grands !

Elle vit seule avec sa mère, Ana, professeure de danse dans un petit studio qui lui appartient.

Garance part tous les jours à l’école avec son amie Souad, pour ne pas arriver seule. 

Depuis le collège elle en pince pour Vincent, un garçon un peu plus âgé qu’elle, il vient d’avoir son bac et étudie maintenant à la fac de droit de Grenoble.

 

 

C’est une immersion complète dans le monde de nos jeunes, ceux nés en même temps que l’arrivée d’internet, ils sont pendus à leur téléphone, sans cesse sur les réseaux sociaux, facebook, instagram, twitter…. Ils ne vivent qu’à travers des images, celles qu’ils fabriquent pour impressionner les autres, pour se faire croire une autre vie, pour attaquer et humilier, aussi... 

Un jour Garance reçoit une invitation facebook de Maud Artaud, ainsi qu’à sa fameuse et attendue soirée d’Halloween ! Garance n’en revient pas, ça va être pour elle l’occasion de revoir Vincent. 

 

 

À partir de cette soirée Garance va faire partie intégrante du groupe constitué de Maud, Salomé et Greg, tout trois en terminale, et de Vincent et Yvan le petit ami de Maud. Petit à Petit ce groupe va happer Garance qui va tourner le dos au reste de sa vie et tout donner au groupe, à la meute. C’est le début des conneries, il n’y a plus vraiment de limite pour être cool ou du moins le paraître et surtout pour ne pas être rejeté.

 

 

C’est l’histoire de Garance, son apprentissage et son évolution. Une fresque adolescente parfois glaçante, mais toujours juste. 

Un premier roman criant de vérité, qui nous ouvre la porte d’un monde que personnellement je n’ai pas connu. Je parle de cette adolescence au temps où l’intime n’existe plus, où tout est dit et mis sur les réseaux « sociaux », je dirais plutôt sur la place publique.  

 

 

Un roman incroyable, une construction organisée, sans erreur, des personnages malgré tout attachants, surtout touchants.

Nous voilà lycéen, on vit les émotions, les sensations, car ces sentiments-là sont les mêmes ; ce besoin de plaire à tout le monde, de faire partie d’une bande, si possible la plus en vue, faire comme le reste du groupe pour ne surtout pas se différencier, mais le jeu est plus tendu, plus risqué, lorsqu’en un clic on peut tout perdre. 

Où se trouve la limite ? Quand s’arrête-t-on ? 


Une belle démonstration des risques d'aujourd'hui, mais aussi de la candeur et de la cruauté mélangée de nos ado. 


A lire sans attendre. 

Mon seul petit bémol de rien du tout c'est cette couverture absolument horrible qui ne donne vraiment pas envie de prendre le livre et de le feuilleter, c'est bien dommage...


Éditions Anne Carrière, 472 pages. Août 2020

mardi 21 janvier 2020

"Le consentement" de Vanessa Springora



"Le consentement" c'est le livre dont tout le monde parle en ce moment, et pour cause, son auteur raconte comment à l'âge de 14 ans elle a vécu une histoire d'amour avec un écrivain connu de l'époque Gabriel Matzneff âgé lui de 50 ans.

Vanessa à cette époque vit seule avec sa mère, le père est terriblement absent.
Au cours d'un diner Vanessa rencontre G.M qui pose sur elle un regard qui la fait se sentir femme.
Et puis cet homme se met à lui faire une cour assidue par lettres, elle en tombe évidemment très amoureuse.

Vanessa Springora raconte très bien l'emprise que cet homme prend peu à peu sur elle, comment la jeune fille qu'elle était se sent exister et vivante dans les yeux de cet homme tout en "sentant" que quelque chose n'est pas tout à fait à sa place.
La montée du pouvoir de l'homme sur l'adolescente se fait insidieusement, parce qu'il n'est pas qu'un pédophile mais aussi un manipulateur puissant.
Et pourtant petit à petit elle découvre aussi ses faiblesses d'homme malade, son besoin de jeunesse, sa peur de la déchéance du corps...

Cette relation va durer un temps, jusqu'à ce que Vanessa réalise qu'il a (eu)  d'autres maitresses, qu'elle n'est pas unique, et surtout qu'il est aussi friand de petits garçons qu'il va retrouver aux Philippines.

Et une fois libérée de cette homme il faudra des années et des années à cette jeune femme pour se (re)construire, faire confiance à un homme, à l'amour et au sexe.

C'est un livre très bien construit et qui fait froid dans le dos notamment quant à l'absence de réaction de l'entourage proche de la jeune fille mais aussi de celui de l'écrivain.
Beaucoup de discussion et de débat autour de cette histoire, mais je crois que c'est très simple, il y a eu une époque où les personnalités célèbres pouvaient faire tout ce qu'elles voulaient, et même en le clamant haut et fort, leur célébrité les a clairement rendu intouchables, il y a tellement d'histoires comme celle-là que c'est indéniable.

Aujourd'hui la parole des victimes se fait entendre, et on ne peut qu'espérer que cela pousse notre société à refuser cette complaisance.

Un livre important, qui enferme cet auteur dans ce qu'il a été, comme lui-même a enfermé toutes ses petites victimes dans ses propres livres.

Grasset, 216 pages. Janvier 2020

vendredi 20 décembre 2019

"Les Indifférents" de Julien Dufresne Lamy




Après la lecture de "Jolis, jolis monstres" qui m'avait bouleversée, j'ai décidé de continuer à découvrir Julien Dufresne Lamy. Il y a eu "Boom" il n'y a pas longtemps et voici maintenant le troisième.

Justine est une ado de 13 ans lorsque sa mère la sort de son internat pour l'emmener vivre dans le bassin d'Arcachon, elle doit quitter son Alsace natale, son père, toute sa vie.
Arrivée dans le Sud-Ouest elle fait rapidement la connaissance de Théo, pour le père de qui sa mère travaille. Théo l'intègre au groupe qu'il forme avec ses amis d'enfance Léonard et Daisy, les Indifférents.
Justine va grandir et s'épanouir auprès de ses nouveaux amis, elle va découvrir une nouvelle vie, une vie de petits bourgeois dans une ville où tout le monde se connait et respecte les plus forts.

Dès le début du roman on comprend qu'un drame va se produire, c'est là, sous nos yeux, on devine sans savoir, on est fébrile, on a peur.
Peur car ils sont jeunes, fou(gueux), carnassiers, amoureux ; peur car on s'attache à ce petit groupe, peur car on ne veut pas que cela arrive.

Entre les chapitres où Justine se raconte, de très courts chapitres s'insinuent, lentement, sûrement, et nous distillent à petites doses les détails sur le drame vers lequel l'histoire tend.

C'est un roman à la fois tendre et cruel sur l'adolescence, l'amitié et l'amour. Les relations entre les garçons et les filles sont très bien rendues, on sent la tension, une ambiance presque toujours comme sur un fil de rasoir permanent, tout peut basculer à tout moment dans un sens ou un autre.
L'adolescence a ce côté franc et violent, sans concession et pourtant si fragile aussi. Et pour ne pas souffrir il faut une (bonne) carapace ou faire souffrir en premier.

C'est aussi une critique de la petite bourgeoisie locale, des privilèges accordés aux riches, des petits arrangements entre "amis", que ce soit les riches entrepreneurs, l'administration, la justice...
Il y a le poids des secrets, des non-dits, le mensonge et la veulerie pour le côté "adulte".

Malgré le soleil, les vacances et la plage Julien Dufresne Lamy ne nous montre pas une jolie face de l'être humain mais ses penchants les plus vils.
Encore un très bon moment de lecture grâce à cet auteur dont je ne doute plus, on est tenu en haleine jusqu'au bout.

Belfond, 346 pages. Février 2018

mercredi 6 novembre 2019

❤️❤️❤️ "Boom" de Julien Dufresne-Lamy




"Tu es parti avec ma tranquillité."

Tim(othée) et Étienne sont amis
Depuis 3 ans
Une amitié forte, belle
Comme elle peut l'être à l'adolescence
Mais voilà
Timothée meurt
Et Étienne se retrouve tout seul

Un texte court, fort, intense
Un roman sur l'amitié
                 sur l'adolescence
                 sur le deuil

Ça fait boom dans le coeur
Des phrases simples
       des mots justes

Encore une fois la plume de Julien Dufresne-Lamy
a fait briller mes étoiles
a illuminé mon esprit
par sa sobriété, sa délicatesse et sa beauté.

C'est décidé je vais lire tout de cet auteur qui en deux livres a su me conquérir
A lire absolument, ainsi que mon coup de coeur de la rentrée 2019 "Jolis, jolis monstres".

Actes Sud Junior, 110 pages. Avril 2018

lundi 4 novembre 2019

"Bienvenue au club" et "le Cercle fermé" de Jonathan Coe



Ayant lu récemment "le coeur de l'Angleterre", qui reprend les personnages principaux de ce diptyque initial, je me suis dit que je pouvais me rafraichir la mémoire, et du coup j'ai réalisé que j'avais bien lu le premier volet il y a de nombreuses années mais que bien qu'étant en possession du second je ne l'avais pas encore découvert.

Je me suis donc replongée avec plaisir et délectation dans l'Angleterre des années 70 pour commencer et j'ai refais la connaissance de Benjamin Trotter, cet adolescent un peu coincé, timide, réservé (?) aimant la littérature et la musique autour duquel gravite un certain nombre de personnages dont Philip Chase, le meilleur copain avec lequel il veut créer un groupe de musique et qui partage sa passion de l'écriture ; Doug Anderton le fils du syndicaliste Bill Anderton, réputé dans la région et pro-actif notamment dans l'entreprise locale de voiture (dans laquelle le père de Benjamin travaille aussi) ; Sean Hardy est le trublion de service qui ne rate pas une occasion de faire des blagues, pas toujours très drôle. Claire et Cicely sont les filles du lycée à côté qui intéressent beaucoup les garçons...
Benjamin a aussi un petit frère Paul, très intelligent et qui n'a pas froid aux yeux, et une grande soeur Loïs.
Nous suivons donc cette petite troupe jusqu'à la fin du lycée pour le premier roman.
Dans le deuxième nous les retrouvons quelques années plus tard, ils sont mariés, ont des enfants et un travail... mais leurs liens sont toujours aussi forts et les ramènent souvent à leurs années lycée.
Tony Blair est maintenant au pouvoir et la guerre en Irak menace.
C'est l'heure des bilans, la quarantaine sonne et on remet en question sa vie personnelle et/ou professionnelle. On fait un petit bilan sur son histoire alors que l'Histoire de l'Angleterre elle-aussi avance.

Cette saga nous donne une belle image de l'Angleterre des années 70 jusqu'au début des années 2000, en suivant cette multitude de personnages on pénètre dans toutes les couches de la société anglaise et surtout on vit les questionnements, les conséquences, la politique locale et à plus grand niveau. C'est aussi une belle histoire d'amour, et de très belles amitiés qui survivent aux années qui passent.

Une traversée passionnante de plus de 30 années, emmenée avec fluidité par la plume de Jonathan Coe qui ne passe rien à ses personnages. C'est drôle, caustique, satirique, tellement bien mené. Je me suis régalée ☺️

"Bienvenue au club" Folio, 537 pages.
"Le cercle fermé" Gallimard, 537 pages.
Traduction de Jamila et Serge Chauvin.

vendredi 4 octobre 2019

"Jour de courage" de Brigitte Giraud


"Autodafé était un mot que les élèves découvraient, et sur lequel Mme Martel voulait qu'ils réfléchissent. Un mot dont elle leur avait prié de noter l'étymologie et dont elle avait expliqué que c'était une cérémonie expiatoire par laquelle les tribunaux de l'Inquisition avaient fait exécuter leurs jugements, le plus souvent par la destruction de personnes ou d'objets par le feu. Une définition pointilleuse que chacun s'était mise dans la tête pour le jour du contrôle, mais qu'ils avaient oubliée aussitôt. Sauf Livio" 
Livio est en terminale et doit présenter un exposé devant sa classe en cours d'histoire, le thème est l'autodafé.
Il a choisi de parler du premier autodafé commis par les nazis à Berlin en 1933 sur la bibliothèque de Magnus Hirschfeld, un médecin qui avait créé un institut pour la recherche sexuelle. Dans cet institut on pouvait trouver des laboratoires, des cabinets de consultation et bien sûr une abondance d'ouvrages littéraires, médicaux ou psychologiques en lien avec la sexualité.
Et lorsque l'on parle de sexualité on parle d'homosexualité. Et Livio en profite pour faire de manière discrète mais indéniable son coming-out devant sa classe et sa petite amie.

La majorité du roman se situe dans la salle de classe avec l'exposé de Livio et surtout toutes les diversions qu'il fait au cours de son discours.
C'est un roman court mais intense, un roman sur l'intolérance mais aussi la solitude, la solitude quand on se sent différent, la solitude à l'école parmi ses camarades et la solitude au sein de sa propre famille.
C'est mon troisième roman en un mois avec la mise en scène de jeunes garçons adolescents de 16/17 ans (l'âge de mon fils), c'est perturbant de voir tout ce qu'il peut se passer dans la tête d'un adolescent, toutes les émotions par lesquelles ils passent.
J'ai aimé que ces romans me poussent à la réflexion, à la compréhension, ouvrent mon esprit à autre chose, même si parfois ça fait un peu peur.
"On avait l'impression que Livio riait intérieurement et que la prise de parole était en train de le changer. Il découvrait le pouvoir de mots et l'emprise qu'il pouvait avoir sur son auditoire. C'est lui qui dirigeait, lui qui décidait, de ce qu'il omettait ou pas, ce qu'il soulignait ou non, ce qu'il assénait comme une vérité ou comme une hypothèse à vérifier, et c'est aussi  pour cela que leur professeure tentait l'expérience. [...] pour que chacun comprenne que la voix haute est un outil de pouvoir, et même une arme. Celle qu'utilisent les hommes d'État et les dictateurs pour manipuler le peuple, cela commence toujours par l'art du discours, les mettait-elle régulièrement en garde."
Flammarion, 156 pages. Août 2019

lundi 30 septembre 2019

"La chaleur" de Victor Jestin


C'est l'été, il fait chaud, très chaud.
Un camping où les jeunes s'amusent, font la fête le soir sur la plage, se draguent.
Et puis il y a Léonard, 17 ans, qui ne se joint pas aux autres et qui une nuit arpente le camping et en arrivant au parc pour enfants assiste à la mort d'Oscar qui s'étrangle avec une balançoire. Il ne fait rien pour le sauver, le regarde droit dans les yeux, le regarde mourir.

Le lendemain c'est la dernière journée de vacances, Léonard doit repartir avec ses parents, mais la journée est longue, s'étire... Plusieurs fois il se dit qu'il doit parler, à la mère d'Oscar, à ses parents, à Luce, aux gendarmes... mais à chaque fois il n'y arrive pas. Léonard ne sait pas pourquoi il agit ainsi.

La journée est chaude, lourde. On la vit avec Léonard, dans sa tête, l'ambiance s'épaissit, s'alourdit, l'orage approche.
Les relations entre les adolescents sont compliquées, il y a les jeux de séduction, de pouvoir, de sexe.

Léonard a-t-il tué Oscar ? Est-il responsable ?

Ce premier roman, qui se lit d'une traite, est terriblement perturbant ; l'atmosphère est extrêmement bien rendue, on sent l'air poisseux, la chaleur lourde dans le chant des grillons, les questions qui tournent dans la tête de Léonard, le cerveau qui s'embrume.

C'est flippant de voir l'écart entre la raison et l'inconscience, au moment du passage à l'acte et ensuite.
Brrrrr j'en tremble encore.... et pas sûr d'avoir saisi le message.


Flammarion, 139 pages. Mai 2019

samedi 22 décembre 2018

"Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu

PRIX GONCOURT 2018

En 1992 Anthony a 14 ans, il est amoureux de Stéph, qui elle-même en pince pour Simon qui lui n'est jamais contre, que ça soit Stéph ou une autre.
Il y a aussi le cousin (d'Anthony), avec sa mère dépressive ; les parents d'Anthony - un père violent et alcoolique, une mère qui s'est trop longtemps tue.
Il y a Hacine, ses potes et son père.
Et tous les autres

Et puis il y a aussi la drogue, l'alcool, les fêtes, la violence, les flirts, l'amour, le chômage, l'ennui...

C'est l'Est, la région des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, des usines qui sont fermées....

De ce premier été en 1992 jusqu'à l'été de la première victoire de la France en coupe du monde, Nicolas Mathieu nous emmène à la suite d'Anthony et de ses comparses, on suit l'évolution de nos héros au fil du temps, de leurs expériences, de leurs rencontres. De la tendre adolescence au jeune adulte, les années charnières, les années de construction.

Des personnages qui nous ressemblent, des personnages que l'on a croisé, que l'on a fréquenté... d'autant plus que je suis de cette génération, de cette époque, alors forcément on s'y retrouve un peu, beaucoup.

Une magnifique chronique sociale d'une époque révolue, d'une époque où l'on parlait encore de "catégories socio-professionnelles", d'une époque sans tablettes, sans téléphone, sans internet, d'une époque où l'on se rencontrait au bal, dehors...

J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel je me suis plongée sans retenu, dans lequel je suis restée bien longtemps après avoir refermé la dernière page.
L'écriture, sans être très littéraire, est belle et agréable, l'histoire est simple, mais prenante, il n'y a pas de doute. Un très très bon moment de lecture.

Actes Sud, 426 pages.

dimanche 18 novembre 2018

"Rue des voleurs" de Mathias Enard


Lakhdar est un jeune tangerois qui vit tranquillement son adolescence en lorgnant les formes de sa cousine Meryem, jusqu'au jour où les deux adolescents sont surpris, nus, ensemble...
Le jeune garçon est violemment mis à la porte par son père, il se retrouve dans la rue à errer et surtout à devoir se débrouiller seul.
C'est ainsi que va commencer pour lui un véritable voyage initiatique, entre Tanger et Barcelone, mais aussi dans son esprit et sa perception du monde qui l'entoure.

Il va vivre seul, dans la rue, puis dans une mosquée où il sera le "libraire" - car il adore lire, lire en français, surtout des polars ; il va aussi recopier des livres à mettre en ligne, des fiches de soldats de la première guerre mondiale ; il va travailler sur un bateau qui relie Tanger à Algésiras ; il sera le second d'un "croque-mort"; il sera professeur d'arabe...

Il rencontre Judith une jeune femme espagnole dont il va tomber amoureux, il va suivre de loin en loin son ami, Bassam, qu'il soupçonne d'avoir rejoint les Frères Musulmans...

Le monde autour de lui est en ébullition, c'est le Printemps Arabe, il y a des attentats, le mouvement des Indignés, et notre héros passe de l'adolescence à l'âge adulte en observateur, spectateur de cette société qui va trop vite pour lui. Sa conception de la vie sera bouleversé, sa Foi sera touché, il apprend et découvre chaque jour les turpitudes de l'Homme mais aussi son Amour.

C'est un roman dense, très riche, où se trouve beaucoup beaucoup de choses, beaucoup d'idées, d'informations. Mathis Énard n'est jamais avare dans son écriture et l'on apprend toujours beaucoup.
Il partage avec nous sa connaissance du monde arabe, son érudition est sans limite.

Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas LU ce livre mais je l'ai ÉCOUTÉ. C'est un exercice tout à fait différent mais très intéressant. On ne peut pas relire les phrases et on suit le "ton" donné par le lecteur, j'imagine qu'en fonction du livre et du lecteur l'effet ne doit pas toujours être là. Pour ce livre ce fut pour moi une belle découverte et une très belle expérience. Le lecteur a su se mettre dans la peau de Lakhdar et m'emmener avec lui dans ses aventures.


Studio5sur5, 9h, Lu par Othmane Moumen.

lundi 5 novembre 2018

"Tous les hommes désirent naturellement savoir" de Nina Bouraoui



Ce livre est présenté comme un roman mais il s'agit plus d'un récit autobiographique.
Avec des chapitres aux titres répétitifs, Nina Bouraoui revient sur son enfance, son adolescence et les prémices de son homosexualité.

Il y a les chapitres nommés "Se souvenir" où l'auteur se souvient de son enfance de 4 à 14 ans, en Algérie mais aussi lors de ses séjours en France ; "Savoir" parlent de ce qu'on lui a raconté, les souvenirs de sa famille, c'est avant elle mais aussi sa petite enfance ; "Devenir" c'est lorsqu'elle a 18 ans, qu'elle étudie à ASSAS, elle est seule à Paris et découvre le milieu homosexuel féminin, elle est attirée mais a peur, elle a envie tout en étant dégoutée ; et enfin le dernier qui n'arrive qu'à la fin du livre, "Être" qui en peu de mots nous dit ce qu'elle est, aujourd'hui.

La lecture de ce livre est très facile car les chapitres sont courts, parfois même très courts, mais tout est mélangé, c'est un va-et-vient incessant dans les différentes époques de son passé, ce qui est parfois pénible (et pourtant j'aime bien ce style de narration, mais là poussé à l'extrême...).
Cependant je me suis assez vite lassée de ce récit intime qui au final ne m'a rien apporté. C'est une énième confession, tranche de vie, sans grand intérêt et que je vais vite oublier à mon avis.

Dommage parce que c'est plutôt bien écrit et pour une première rencontre avec Nina Bouraoui je ne suis pas très convaincue, pas sûr d'y revenir.

JC Lattès, 264 pages.

mercredi 17 octobre 2018

"Une histoire des loups" de Emily Fridlund



C'est une histoire un peu étrange qui se passe dans le Minnesota, dans la région des lacs et des forêts. Une jeune fille, Madeline, a tout juste 14 ans lorsque, de l'autre côté du lac où elle vit, emménage une famille. Elle les observe à la jumelle puis se rapproche d'eux pour devenir la baby-sitter du petit Paul qui a 4 ans. Le père, Léo, est très absent et finalement Madeline passe la plupart de son temps avec le petit garçon et sa maman, Patra.
Dès le départ on comprend qu'un drame se noue et va se jouer sous nos yeux.

Madeline raconte l'histoire, elle est maintenant adulte et revient sur cette période trouble de sa vie.
On comprend qu'elle vit seule avec ses parents dans cette cabane au bord du lac, qu'ils étaient plus nombreux au départ, mais que tout le monde est parti -une secte ? des hippies ?
Madeline va au lycée, il ne s'y passe pas grand chose hormis une histoire avec un professeur d'histoire-géographie qui serait pédophile et cette autre fille, Lily, un peu étrange et paumée.
L'ambiance générale est assez glauque - bien représentative de cette maison d'édition - , mais le texte est trop foutrac pour moi, il n'a ni queue ni tête ; je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages qui sont pour moi peu crédules et surtout totalement inintéressants.

Le bandeau annonçait "coup d'essai, coup de maître", euh honnêtement pas pour moi, je me suis beaucoup trop ennuyée. Dommage le pitch de départ me plaisait bien et était plutôt vendeur et accrocheur mais beaucoup trop fade pour moi.

Bref un livre que je n'ai pas aimé, et que je ne peux malheureusement pas recommander.
Si quelqu'un a un autre avis je suis preneuse.

Gallmeister, 294 pages.

jeudi 13 septembre 2018

"Impuretés" de Philippe Djian



Sur cette colline ne se trouvent que des villas luxueuses avec son contingent de starlettes, séducteurs, écrivains... mais surtout avec beaucoup de drogue, d'alcool et de sexe.
C'est dans ce milieu qu'évolue Evy un adolescent de 14 ans qui se remet à peine de la mort de sa soeur. Lisa, 18 ans, s'est noyée dans un lac suite à une soirée étrange et en présence de son frère. Celui-ci restant mutique sur le sujet est soupçonné du pire par une grande majorité de son entourage.
Cet ado, complètement paumé, doit essayer de continuer à grandir, entre une mère dépressive, ex-star de cinéma qui tente de faire son come-back et un père écrivain, ancien junkie et non moins paumé que son fils.
La mère est tour à tour méfiante, insensible, accusatrice mais jamais mère avec son propre fils, elle est beaucoup trop occupée à s'occuper de sa petite personne pour être capable de voir la détresse de son fils.
Le père, lui, est encore tellement jeune dans sa tête qu'il ne gère rien du tout et encore moins l'arrivée de son propre père, psychanalyste à la retraite, qui essaie de tout gérer....

Bref tout part à la dérive et les ados de son monde fou n'ont pas grand chose à quoi se raccrocher ; ils découvrent le sexe, l'alcool et la drogue à un âge beaucoup trop jeune et surtout de manière assez violente.

Philippe Djian nous jette dans ce milieu sordide, clinquant et brillant de l'exterieur, mais une fois que l'on est à l'intérieur on a juste la nausée en permanence....

Je ne suis pas sûre de pouvoir dire que j'ai aimé ce livre, je l'ai trouvé très dérangeant et glauque.

Gallimard, 352 pages.

lundi 26 mars 2018

Un peu de Darrieussecq

Afin de préparer la venue de Marie Darrieussecq je me suis (re)plongée dans 3 de ses nombreux romans. Ayant lu "Truisme" deux fois je n'ai pas eu le courage de le lire une 3ème fois, surtout que je n'avais pas particulièrement aimé et notamment à la deuxième lecture.


J'ai donc commencé avec "Clèves", que j'avais déjà lu. L'histoire de Solange, une jeune fille adolescente qui devient femme (en ayant ses règles !) et qui découvrent la sexualité. Solange a des copines qui "l'ont fait", d'autres qui en parlent beaucoup et visiblement toute la vie de ces jeunes filles tournent autour de ça !! Le choix narratif ne m'a pas du tout plu, j'ai trouvé ce texte trop trash (pourtant je ne suis pas bégueule), je ne me suis pas du tout reconnu dans ces jeunes filles, j'ai été assez dérangée. Alors peut-être était-ce délibéré d'exagérer, de surjouer, d'utiliser un vocabulaire cru (comme les ados ?), en tout cas ça n'a pas fonctionné sur moi. Heureusement le livre est court et se lit très vite. Mais bien que ce soit une deuxième lecture je me suis rendue compte qu'il ne m'était pas resté grand chose de la première... et après cette deuxième lecture je ne vois toujours pas ce qu'il m'apporte. Peut-être une manière de montrer les amours (d')adolescents difficiles, féroces...


 Deux ans plus tard, Marie Darrieussecq retrouve l'héroïne de "Clèves" ; Solange a la trentaine, elle vit aux États-Unis où elle est actrice. Elle rencontre Kouhouesso un autre acteur, d'origine camerounaise, avec qui elle va vivre une aventure et dont elle va tomber amoureuse. Lui veut réaliser un film en Afrique, projet qui lui prend beaucoup de temps. Ensemble ils vont partir en France puis en Afrique car Solange a réussi à décrocher un rôle dans le film de son amant. On voit bien Solange tomber amoureuse, s'accrocher, devenir dépendante de cet homme, de cette relation ; alors que lui-même ne semble pas du tout être sur le même registre bien qu'attaché à elle. On la voit observer sa relation et presque deviner ce qu'il va en advenir.                                                                       J'ai beaucoup plus aimé ce roman là que j'ai trouvé plus "calme", reposé. Je me suis même demandé si c'était la même personne qui avait écrit ce livre (ayant lu les deux l'un derrière l'autre). J'ai aimé suivre Solange dans l'évolution de ces sentiments, son attachement, l'attente entre deux rencontres, puis la lente déliquescence de cette relation. J'ai senti beaucoup de solitude malgré un amour fort, un besoin de se fondre dans l'ordre, presque de disparaitre.



Apparemment ce livre là a été écrit après la naissance de son premier enfant. L'auteur nous parle de sa découverte d'être maman, la rencontre avec son bébé au fur et à mesure que le bébé grandit, et elle écrit, elle, sur ce qu'elle vit avec lui. Bon franchement ok on peut dire que c'est un joli texte à la gloire d'être maman, ou de son fils, je ne sais pas trop. Mais j'avoue que je me suis un peu ennuyée, j'ai trouvé ça un peu gnangnan, dégoulinant d'hormones maternels... Et pourtant j'aime les bébés, j'aime la naissance... bref un livre sur lequel je suis passée assez vite, dont il ne restera pas grand chose, j'en suis bien désolée.





Après avoir écrit ses articles j'ai rencontré Marie Darrieussecq, j'ai donc pu l'écouter parler de ses livres, de sa manière d'écrire, comment elle envisage un roman et comment elle lui donne vie.
Forcément rencontrer un auteur (en général) nous donne un avis plus "humain" sur lui, on comprend plus de chose et on ne veut pas être dur. Cependant, mon avis sur les livres lus n'a pas changé je n'ai donc pas touché à mes articles.
En revanche je pensais en avoir fini avec elle mais elle a réussi à me convaincre de lire 2 autres romans. On verra donc si ces futures lectures seront différentes.
Quoi qu'il en soit c'était une rencontre très riche, très intimiste (nous étions loin de la conférence publique), j'ai beaucoup aimé l'écouter, elle était très intéressante, convaincante.
A suivre...

mercredi 7 février 2018

"Les loyautés" de Delphine de Vigan



Il y a Hélène, enseignante de SVT au collège, une femme fragilisée par son enfance, sa maltraitance, mais aussi une femme forte qui sait "voir" et reconnaître la souffrance, même lorsqu'elle n'est pas visible, une femme qui écoute ses propres convictions et son ressenti.
C'est elle qui va repérer Théo et se battre pour lui.

Il y a Théo, un ado de 12 ans et demi, qui vit une semaine chez sa mère, une semaine chez son père. Il fait ses bagages tous les vendredis pour changer de maison, de parent, d'environnement. Sa mère ne veut même plus prononcer le nom de son père, elle fait un rejet total, elle ne sait pas regarder son fils correctement car elle est trop centrée sur elle-même.
Le père, lui ne gère plus rien, comme si il n'était même plus dans ce monde.
Et Théo boit, il boit pour oublier, pour se donner du courage.

Il y a Mathis, le copain, l'ami fidèle de Théo, celui qui est toujours là, qui accompagne, qui aide, soutien, partage. Une belle amitié d'adolescent, une loyauté sans limite, mais jusqu'où ?

Il y a Cécile, la mère de Mathis, une femme au foyer un peu perdue, mélancolique. On ne sait pas trop ce qui la tourmente, elle non plus d'ailleurs, jusqu'à ce qu'elle découvre un terrible secret, un secret qui concerne son mari. Doit-elle rester loyale envers celui qu'elle a épousé, doit-elle lui parler, le confronter ?

Oui il est beaucoup question de loyauté, celle d'une épouse, celle d'une mère, d'un père, d'un ami, d'une enseignante. Jusqu'où doit-on/peut-on être loyal ? Sans trahir, sans mettre en danger ....
La loyauté envers le(s) parent(s), la protection de celui que l'on aime malgré tout.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui est assez sombre, rude, mais qui soulève beaucoup de questions.
Delphine de Vigan sait mettre le doigt là où ça fait mal, elle sait enfoncer les clous et nous réveiller.
Oui nous avons le jugement un peu facile dans notre société, oui nous ne savons plus nous regarder et nous écouter.
Et si nous étions plus attentifs, plus proches, moins centrés sur nous-même. Et si avant de porter un jugement, nous étions plus ouverts aux attitudes et comportements en laissant une porte ouverte, une chance à l'autre avant de le mettre dans sa petite case et de décider qui il est.

Les thèmes sont forts, les personnages sont justes, elle m'a touchée, elle a éveillé en moi beaucoup de choses, confirmer aussi des idées.

J'ai le sentiment qu'il est de bon ton de critiquer de manière négative les romans de Delphine de Vigan, en tout cas c'est ce que je lis beaucoup dans la presse, ce que j'entends beaucoup à la radio, et à cause de cela j'ai failli ne pas lire ce livre.
Je suis bien contente d'être passée outre (merci Valérie H.) et je trouve les critiques assez injustes et pas toujours très objectives, in my opinion !

JC Lattès, 206 pages.

jeudi 19 octobre 2017

❤️❤️ "Fief" de David Lopez


Jonas est notre narrateur, et il y a ses copains Ixe, Poto, Sucré, Untel, Romain, Miskine et la mystérieuse Wanda ; ils partagent un quotidien dans une petite ville de banlieue qui n'a pas assez de bitume pour être la "vraie ville" mais pas assez de verdure pour être vraiment la campagne. C'est un entre-deux, ce "fief" justement, où l'on est ni l'un ni l'autre, un peu de l'un et un peu de l'autre.
Jonas vit encore chez son père, essaie de se faire discret. Il boxe, traine et fume des joints avec ses copains.

Il ne se passe pas grand chose dans ce roman, en terme d'action, mais il se passe beaucoup beaucoup de choses en terme de réflexion, de questionnement, d'analyse (?), et surtout de littérature.
C'est un livre d'ambiance, d'atmosphère, de milieu.
Ce premier roman de David Lopez est pour moi une très grande réussite. Il nous décrit à la perfection ce lieu instable, avec ses mots, leurs mots à eux, ce vocabulaire de la banlieue, ces expressions particulières de d'jeuns, et en même temps, derrière en filigrane il y a une grande culture,  beaucoup de jeux de mots, d'humour.
C'est truculent et triste à la fois.

On voit ses jeunes qui n'arrivent pas à sortir de leur vie, qui s'ennuie à longueur de journée ; pour eux la ville est trop loin et la campagne trop "campagnarde" !
On ressent tellement bien l'étirement des longues journées, suivies des longues soirées, il n'y a rien à faire ou si peu, et on a l'impression qu'ils sont écrasés par tout ce temps et cet ennui que cela les empêche de bouger, d'avancer, et ça fume, et ça fume....

Et il y a la boxe, Jonas fait des combats, il sait qu'il pourrait en faire son métier, qu'il pourrait tenter de sortir de tout ça, mais a t-il vraiment envie de partir ? A t-il vraiment envie de boxer ? A t-il vraiment envie de prendre le risque de se faire exploser la tête ?

Il y a de très très beaux passages notamment sur la boxe, c'est un texte d'une très grande richesse.
J'avoue être impatiente de lire ce que cet auteur nous proposera la prochaine fois.

"Dans ces ambiances, dès qu'il y en a un qui se met à parler de ses problèmes, il y en a un autre pour trouver que ce n'est pas marrant ce qu'il raconte, et puis ça passe à autre chose. Ou alors on fait des blagues dessus. Ça ne court pas les rues les oreilles. Pourtant, il paraît qu'il y en a plein les murs. Et à force qu'on les tienne ils doivent en savoir des trucs. Mais ils ne doivent pas s'en souvenir parce qu'ils sont trop foncerais les pauvres."
"Et puis on s'est habitués. Ce n'est plus nos soirées qu'on passait à fumer, mais aussi nos journées. Nos nuits. Nos heures de cours. Peu à peu on n'avait plus un joint, mais trois, et puis est venu le temps où on a eu chacun le sien. Fumer n'était plus l'occupation, on fumait en se demandant ce qu'on allait bien pouvoir foutre. On n'était plus dehors. On s'est enfermés. On a opté pour d'autres jeux. Des jeux auxquels on peut jouer assis. On ne se lance plus de glands. On ne se lance plus de boules de neige. On ne se lance plus des ballons de basket dans la gueule. On ne se lance plus que des insultes."
"Je demande à Sucré, Sucré, comment ça se fait que par exemple si je creuse pour aller en Chine ou en Australie [...], et je dis non mais on s'en fout en fait, admettons que je creuse tout droit tu vois, peu importe où ça me mène, [...], si je creuse pour aller en Chine, t'es bien d'accord que je vais creuser vers le bas, t'es d'accord, il dit ouais, et je dis alors que quand je vais arriver en Chine, je vais sortir de sous terre, donc je vais creuser vers le haut.  [...] On se regarde, et je demande, à quel moment je me retourne en fait ?"
"Notre ville c'est une cuvette. Il y a une colline de chaque côté. Celle où nous sommes, rive ouest, et en face celle sur laquelle est construite la cité des Tours, rive est. [...] Je devine aussi la maison de Romain, pas loin de la gare, et j'imagine les gars là-bas. Je me demande ce qu'ils peuvent bien être en train de foutre, mais ce n'est pas comme si l'éventail de possibilités était large.  [...] Je vois tout ça en même temps et je me dis que ma vie est là, dans cette cuvette. Pour en sortir il faut grimper."
Le Seuil, 256 pages.

samedi 21 janvier 2017

❤️❤️❤️ "Continuer" de Laurent Mauvignier



Samuel est un adolescent en chute libre, tant au niveau scolaire que personnel.
Ses parents sont divorcés, il vit chez sa mère, Sybille, à Bordeaux.
Après "l'incident" de trop, Sybille décide d'agir pour son fils, pour le remettre sur le bon chemin.

C'est ainsi qu'ils partent tout les deux, 3 mois, à dos de cheval, parcourir le Kirghizistan.

Il y a la traversée d'un pays méconnu, dans des paysages magnifiques, quelques rencontres surprenantes, la vie des nomades dans les yourtes.
Il y a la vie, le passé de Sybille.
Il y a Samuel,
et cette relation mère-fils, tellement difficile, tellement compliquée, les non-dits, les secrets, les peurs, les haines...

Laurent Mauvignier, tout en simplicité nous emmène au coeur de cette relation, au coeur de la difficulté que cela peut être de communiquer avec un ado, son propre enfant, il nous emmène là où personne ne voudrait aller, au bord de la rupture relationnelle-communicante avec son propre enfant, lorsque ce petit que l'on aime tant, s'est éloigné et que l'on voudrait le rattraper, juste le toucher...

Un très beau roman, magnifiquement écrit, bouleversant, qui m'a ému avec une "force douce", que l'on souhaite déjà relire une fois terminé, pour ne pas quitter ce pays, ces mots...

Et malgré tout, de la tendresse, de l'amour...

"...comme si au fond, leurs discours racistes c'était juste l'incertitude sur soi, la peur de ne pas savoir être soi-même et d'être capable de le rester en face des autres. Comme s'il fallait toujours penser une relation dans la domination ou la soumission."
"- Si on a peur des autres, on est foutu. Aller vers les autres, si on ne le fait pas un peu, même un peu, de temps en temps, tu comprends, je crois qu'on peut en crever. Les gens,  mais les pays aussi en crèvent, tu comprends, tous, si on croit qu'on n'a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. Aller vers les autres, c'est pas renoncer à soi."

Minuit, 240 pages. 

mardi 3 mai 2016

" L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage " de Haruki Murakami




Au lycée, dans sa ville natale de Nagoya, Tsukuru Tazaki fait parti d'un groupe, de 5 jeunes inséparables, composé de 3 garçons et 2 filles. Chacun des membres du groupe a dans son nom une couleur, il y a Rouge (Akamatsu), Bleu (Ômi), Noire (Kurono) et Blanche (Shirane) ; Tsukuru est le seul dont le nom ne porte pas de couleur, il est "celui qui fait".

Tsukuru est passionné par les gares et cette passion va l'amener à faire ses études à Tokyo, il est le seul du groupe à ne pas rester à Nagoya après la fin du lycée, mais à chaque vacances il rentre à Nagoya retrouver ses amis.
A la fin de sa deuxième année alors qu'il est de retour à Nagoya il essaie en vain de joindre ses amis, plus personne ne lui répond, finalement "bleu" lui dira de ne plus les contacter, qu'ils ne souhaitent plus le voir.
Tsukuru ne comprend pas ce qu'il se passe et pourquoi ses amis le rejettent. Il vivra plusieurs mois "au bord de la mort".

Seize ans plus tard il travaille comme architecte pour une entreprise qui construit des gares, il est célibataire et n'a pas quasiment pas d'amis. Il rencontre Sara avec qui il envisage un avenir mais cela le fait retourner seize ans en arrière et se poser des questions sur les raisons de son éviction.

Ainsi il va partir en "pèlerinage" dans son passé afin de comprendre ce qu'il s'est passé et pourquoi.

Murakami a toujours cette facilité à nous transporter dans un monde bien à lui, toujours teinté d'une once de surnaturelle, de fabuleux sans jamais en faire trop. On retrouve bien cette univers où tout pourrait arriver, où tout est possible, à la limite du fantastique.
J'aime toujours autant ce déplacement dans un "autre monde", tout en douceur, qu'il nous oblige à faire. Tout en nous racontant une histoire plutôt banale et disons le franchement n'ayant que peu d'intérêt, il arrive à nous intéresser par ses mots, ses réflexions, les questionnements qu'il provoque.

Donc même si pour moi ce n'est pas son meilleur, j'adhère toujours et pour les novices de Murakami, je vous recommande vivement celui qui reste de loin mon préféré "Kafka sur le rivage"